‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 344 sur 406 · Dana lu sens de u rc.ioncw a · texte numérisé non relu

Dana lu sens de u rc.ioncw a

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et des armes, jusqu'à un terme fixé, alors qu'il aura fait pénitence pour tous se« péchés; et il lui donne part, tant qu'il vivra en ses bonnes œuvres ■. En partant, Girart pleura, et l'ermite les signa, les bénit et leur enseigna la route par la forêt antique. Avant qu'ils en fussent sortis, ils rencontrèrent des marchands. Girart leur demanda d'ob ils étuient : « Sire, de Paris, et nous venons de Bavière et de Hongrie. n — Quelles nouvelles du roi Otoo ' en ce païs? » Ils répondirent : ■ Sire, il est mort'; Charles, le rot de France, a en- « voyé des messagers au sujet de Girart le duc, s'il arrivait a dans ces parages. ■ Et U dame, à ces mots, s'épouvanta : B Girart est mort, je l'ai vu mettre en terre. — Dieu en soie n loué ! > répondent les marchands, > car il faisait toujours M la guerre et par lui nous avons souffert bien des mauxl » Et Girart, entendant parler ainsi, se rembrunit, et, s'il avait eu son épée, il en aurait frappé l'un d'eui. Béni soit le saint homme qui lui interdit les armesl Les marchands le racontèrent en France, la France de Louis ', et Charles en fut rempli de joie.

522. Les marchands contèrent en France, chez eux, que Girart était mort tout nouvellement. Le roi en eut grande

I . Mol â mot : u 11 l'admet en son bienfait, n u Bbhefactum, societas monnchica qua quis particeps lit oralionum et bonorum operum monasierii », Du Cange.

1. Le nom du roi Olon ne se trouve dans aucun di: nos mu,, qui sont tous corrompes à cet endroit, mais la bonne le;on peut être rétablie à l'aide du roman français; voir mon Recueil (f anciens ttxiet,

3. Ce Louis doit ftre le roi dont il est question ci-dessus, g loi, 107, 1 55, comme appartenant à une génération antérieure. Si on adoptait la leçon de P. (v. 6617) : « Ceux-ci le dirent en France au roi Louis •, il faudrait considérer le roi comme actuellement vivant, ce qui serait difficile à concilier avec les donnas générales du pofme. Je suis la leçon d'Oxf., et je pense que la France de Louis est la France centrale et occidentale, par opposition à la France orientale, celle de l^ltiaire. La leçon de L.. io rei de Sant Déni), est mds valeur.

joie, et aussi tous les ennemis de Girart. grands et petits, mais non pas ces. nobles hommes du temps ancien ; ceux-U eurent grande affliction, à cause de sa valeur, et la reine s'affligea plus que personne, pensant que le comte n'avait pas d'héritier qui pût, après sa mort, tenir un pied de sa terre. Laissons à parler du roi et de sa joie, et revenons A Girart qui était plongé dans la douleur.

523. Lorsqu'il se sépara des marchands, il entra en de mauvais sentiers oii il rencontra beaucoup de passages difficiles et d'obstacles, de ronces, d'épines et d'églantiers. Il descendit en un val profond et noir et trouva, au bord d'une rivière, deux petits moutiers et un saint ermite nommé Garnier qui les hébergea de bon cœur. Il ne leur donna point de mets délicats, point de pluviers, mais du pain d'orge pétri avec de la cendre ', et de l'eau de source. La nuit, Girart et sa femme dormirent jusqu'au lendemain, où il se remit en marche.

524. Or s'en va Girart au lever du soleil, par un étroit sentier, le long d'un chaume. 11 trouva une source sous un tilleul et s'y coucha à l'ombre, â cause du soleil. Il voulut s'endormir, car il avait sommeil ; mais ne croyez pas qu'il dorme beaucoup, le comte : loin de là, il verse des larmes, se tire les cheveux, dit qu'il aimerait mieux être mort en champ de bataille, que le roi et ses fidèles l'eussent tué ; et sa

I. Mot à mot, avec de la lessive, c'eslà-dire avec d« l'eau m£lée de cendres. C'est ce qu'a bien compris l'sùteur du roman de Girart de Roussillon, composé au iiv* siècle :

La nait [ci auberges et leur donna pain d'orge, Peitri àt fort leisai pour eidoucir la gorge.

(Édit, Mignard, p. loi.)

C'étail un geore de mortification dont on a d'autres exemples. On Ht dans Du Gange, sous lexuium (lisez lexivum), ce passage eitni) de la vie d'un ancien anachorète: a De pilis camelorum induebtlur et tunica, ulebatur paneduro lexuïo n (/. leiivo) composito.»

femme lui dit : « Ne dis point cela, mats prions Dieu qu'il » nous conseille. •

525. De là il se hébergea en une habitation ob les fils et le père avaient péri psr sa guerre. Là vous eussiez entendu fille et mère prorérer des malédictions, [et traiter Girart comme un larron '] ! Sans sa femme,il n'aurait pu supporter longtemps la vie : elle est sage, courtoise et bonne; un prédicateur ne parle pas mieux : n Sire, laisse les regrets, éloi- » gne-les de toi. De tout temps tu as été orgueilleux, guer- » royeur, batailleur et acharné pour tes intérêts. Tu as tué u plus d'hommes que lu ne saurais le dire, et appauvri leurs V héritiers et toute leur famille. Voilà que Dieu en prend » justice, le vrai justicier. Souviens toi du prud'homme » du bois de chênes' qui t'a donné pour pénitence de souf- » frir le mal. Si tu la veux faire, un jour tu recouvreras ton » fiel ! »

526. Et de là il se hébergea à Porz Cairaz \ d'où partent les chemins de sept comtés. l.à ils apprennent des nouvelles véritables : un messager y est passé la veille. Charles en a envoyé dans tous les sens : Qui trouvera Girart, s'il le lui amène, il en recevra sept fois le poids en or et en argent. • Sire, n dit la comtesse, « croyez-moi : évitons les châteaux » et les cités, les chevaliers, les hommes puissants, car la » féloaie est grande, et aussi la cupidité. Cher sire, votre » nom, changez-le. u Et il lui répondit : « Comme il vous » plaira.! Sur-le champ ils'appela Jocei Maunaz*. Use logea chez un richard au cœur dur, qui avait une femme plus dure encore. Là lui prit une maladie telle que de quarante jours it ne se leva point, jusqu'à la nuit de Noël, où Dieu naquit. Alors [le maître] le fit jeter hors de sa maison, dans

I, Ver» qui ne se trouve que dans P. ;v. 6653). i. Ou€de Caire !>, voirî5i3.

î. C'est la leçon d'Oïfard, P. a ortj dauraj. et L pori^ mira^. 4. M. à m. u mal né . -, c'est Is leçon de P. (v. 6680) ; Oxf. mauiaj, L. vaan'i&z, David Aubcrt (fol. 469) « Joste le mauvais 0.

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Id voûte d'un cetlier, sous le degré '. C'est là que la comtesse eut douloureux soûlas.

527. Girart gît sous la voûte : il n'a point de serviteur, sinon sa femme qui le sert avec douceur. Alors voici un valet * qui vient à elle, véritablement envoyé par Dieu : il lui apporte un drap et l'étend devant elle : ■ Dame, pour H l'amour de Dieu tout puissant qui naquit en telle nuit » à Bethléem, taïllez-moi dans ce drap un vêtement. — » Volontiers, > dit-elle. Aussitôt elle le prend et sur-Ic-champ se mit à tailler et à coudre. A l'hâtesse le contèrent les serviteurs : « Cette vagabonde coût très bien. • Elle lut envoya le vêtement d'un de ses parents, et lui manda de le coudre tôt et vite. Elle répond au messager, avec humilité : * Ami, j'en cous un à un plus riche; ensuite je 1 prendrai le sien, s'il veut bien attendre.» Le serviteur rapporta ces paroles : l'hôtesse s'en vint par l'escalier en courant, furieuse comme un démon, et les jeta hors de son habitation.

528. Jamais vous ne vîtes si mauvaise femme, comme elle les ■ fait jeter dehors dans la fange. Le comte n'a force, oî

t. Cest toujour» c sous le degrj o. c'est-â-dire sous l'escalier de te nuUon, que nous voyons les malheureux venir s'abriter, comiiie aussi ceux que l'esprit de pénitence conduisait i clioiiir ta vie la plut misérable; voir, par exemple, la vie de saint Alexis. Le comte Simon de Crépi mourut ainsi u pauper, jacens sub gradu ■. (Et. de Bourbon, éd. Lecoy, p. 67).

s. Valet, dans le sens moderne, homme qui loue ses services. La bonne leçon paraît ilre celle d'Oif.,un gahel, que j'identifiE avec le bas Istin gaJaHi (voy. Du Gange); l'anc. fr. jaal (voy. Romania, II, 140, note) qui désigne une personne, homme ou femme, qui sert pour d« l'argent, par suite une personne de bas étage. Si on adoptait (ce que j'ai fait dans mon Recueil d'anciem textes, p. 64, v, 5»o) la leçon de L. Mi'jfae), il faudrait entendre l'archange saint Michel, ce qui s'accorderait assez bien avec l'idde exprimée au vers suivant, que cet être, quel qu'il fût, était envoyé par Dieu; mais l'entrée en seine d'un personnage aussi important eût s^ns doute été annoncée plut eiplicitemeal.

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chair, ni sang '. La comtesse le prit par les flancs. Elle Aait ' faible et épuisée : tous deux tombèrent dans la fange. Un prud'homme les regarda, un homme au cœur franc : il fit ôt«r un banc d'auprès de son feu, et lui fit faire un lit mollet et blanc ; puis il lui donna venaison et poisson d'étang.

539. Quand ils Furent tombés tous deux dans la boue, là -se pâma la dame de douleur qu'elle eut. Le prud'homme le regarda. Dieu le voulut ainsi, et le fit relever et apporter tout froid et inerte. Il lui fit faire prés de son feu un Ut, puis lui donna chair sauvage et poisson de lac, et le garda jusqu'à ce qu'il l'eût guéri.

53o. Girart se regarda, étendu qu'il était : il n'avait que les os, la peau et les nerfs. « Hé Dieu ! > dit>il, < tu te » montres si dur envers moi ! Les œuvres que j'ai faîtes, tu » me les fais payer bien sévèrement. Fouque l'avait bien dit, » et aussi Landri de Nevers '! Bernart, Fouchier, Séguin, H Boson et Gilbert, que je suis misérable de vous avoir » survécu I • Et sa bonne femme lui essuie la tête : 1 Cher » sire, laisse en repos là terre que tu pers, car, si tu prends » en gré le mal, tu en mériteras une meilleure, n Puis elle lui récite trois versets des psaumes de David, et lui parle de Job qui fut serviteur de Dieu, et le sermon oCi saint Rîgoberi dit.... ^Car ce fut un miracle grand et évident que Dieu

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