Voir
2. Conjurer, en droit féodal, voulait dire mettre en demeure ou sotnmer, au nom de la foi jurée, d'accomplir un devoir. Le seigneur pouvait conjurer son vassal, et réciproquement le vassal pouvait con-
rer eat employé dans une acception différente : c'est mettre la personne interpellée dans l'obligation de répondre la vérité, une réponse mensongère ou evasive devenant un parjure à cause des noms sacr^ qxx't invoqués l'auieiir de la question. Ainsi, dans une enquête datée de 10S9, un témoin est mis en demeure de déclarer la vérité sous la foi du serment- Il refuse de prêter le serment ei de répondre. On I'^ con~ iraint aussitdt en le conjurant ; u Iioardus et archiepiscopus dïserunl Peiro Baiio ut diceret veritaiem sicut ipse sciekal, ut ipse posait jurare quod ila sil. At ille noluit jurare nec dicere verîtatem. Illi veto conta per fidelitatem Dei et sanete Marie et sancti Marcetlini
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n drais avoir donaé trente cités pour quelle comte fût vivant » et eût paix et toute la terre dont il a été dépouillé. » Alors Girart se rapprocha d'elle et lui bailla l'anneau, et dit : « Voyez! je suis ce Gïrart dont vous parlez! «Et, quand elle tint l'anneau, elle le reconnut bien. Il n'y eut Vendredi- Saint qui ttnt : sur le lieu Girart fut sept fois baisé.. Elle appela Almar, clerc lettré : « Cet homme est de mon pays, et sa » famille est alliée à la mienne. Cherchez-moi Bienassis, , » amenez- l9-mot. » Et le clerc répondit : « Volontiers. « 11 y alla et la reine fit éloigner ses damoiselles.
541 . Elle prit Girart par le col et le baisa souvent, car elle l'aimaït, et le tira en un coin, sous l'arcade, et lui demanda tout ce qu'elle voulait ouïr ; et, pendant qu'il contait, elle avait grande douleur.
542. ( Sire, ob est ma sœur ? — Dame, là dehors en » l'hôtel d'Hervieu, L'aubergiste. Jamais on ne vît dame » de sa valeur: de mille vies je n'aurais pas la moin- » dre, mais elle m'a sauvé par sa douceur, par son bon » conseil, par son amour; c'est elle qui m'a fait venir ici, » malgré mes craintes. — Sire, ne vous troublez pas, car 11 j'ai pour moi la fleur du conseil de la cour de l'empereur. o Je leur ai tant donné de richesses et d'argent, que les meil- » leurs d'entre eux me sont tous dévoués. Et ne cherchez » pas d'autre protection, sî je ne réussis pas d vous secourir » en ce besoin, car je fais de mon seigneur ce que je veux. » Elle appela le chantre Bienassis, du moutier Sainte-Croix : <• Logez ce pèlerin, lui et sa femme. Il est de mon pays, je » m'intéresse à lui. Nos parents sont du même lignage. Et » faîtes cela si secrètement qu'au dehors les mauvais plaisants » n'en sachent rien, ni chevalier, ni sergent mauvaise M langue. — Volontiers, ■ répond-il, et, plein de joie, il se
et sancii Victoria, et per fidem quam els debebal, ut verum diceret e juraret. Ille, constriclut, dixit te esse faclunim quod îpsi videbant. : fCartul. de S. Victor de Marseille, ». 563.)
250 GIRART DE BOUSSILLON
faâce de conduire Girart dans sa meilleure chambre. La reine y entra pour voir sa sœur, tandis que son escorte restait au dehors. Je ne vous conterai pas la douleur, les pleurs, les paroles qu'il y eut entre eux : la reine ne s'éloigna qu'au jour.
543. Ce fut le jour dii vendredi saint. La reine appelle l'évêque Augis ; « Sire, pour Dieu, priez le roi et ses amis
, » de faire grâce à ces malheureux qu'il a déshérités et réduits u à la misère, qu'il pardonne toute rancune à ses ennemis, » à tous ceux, morts et vivants, à qui .il en veut. » L'évêque fait à sa volonté et parla à Charles en homme habile. Avant d^adorer le bois de la croix où Dieu fut crucifié, le roi lui octroya toutes ses demandes, et accorda le pardon qui lui était demandé. La reine envoya dire chez Bienassis que Girart peut changer ses larmes en rires joyeux, car un jour sa terre lui sera rendue.
544. Le lendemain fut le samedi, veille de Pâques : le roi était bajgné, tondu et rasé. La reine avait revéïu des pailes de soie tels que jamais on n'en vit meilleurs, soit rouges, soit foncés. Elle s'approcha du roi et doucement elle lui dit : a Sire, écoutez un songe qui ne se vérifiera pas. Cette nuit, » avant le jour, il m^a semblé voir le comte Girart venir par H une route, entrer ici dedans par cette porte, et jurer sur les u saints, comme homme loyal, que jamais, tant qu'il vivrait, » it nervous viendrait par lui trouble ni mal. Ta salle était a tendue.de dossiers ' neuls, de pailes, de tapîs, de housses, > et il était le puissant sénéchal de ta cour. — Hé Dieu! »dit le roi, « que ne l'est-il '. Je voudrais qu'il fût vivant et sain » et sauf. Et pourtant il m'a fait une mortelle guerre, et m'a M causé, à moi et aux miens', mille douleurs poignantes !
545. — Sire, > dit la reine, • accordez-moi un don : c'est ï que j'envoie savoir s'il est vivant eu non. Car, l'autre jour.
, On appelait ainsi, jusqu'au xvii' siccle les grandi railles ; Du Cangc, dorsale ; Coigrave, Dossit
GIRART DE ROUSSILI.ON 25l
j'ai entendu dire au vieux Droon ' qu'il était encore vi- V vant dans le royaume d'Oton. Roi, laisse le venir en ta
> maison, et, pour Dieu et pour moi, pardonne-lui, et il te
■ servira à éperon > ; car il est ton homme, le meilleur de ton .
> royaume. > Et elle s'agenouilla et, lui prenant le pied, le lui baisa. Le roi la relève, contrarié; il ne lui dît pas non, mais lui accorde sa demande, pensant bien que Girart avait péri sous Roussillon, li où il fut blessé à la poitrine ^. Mais le lendemain, l'accord étant fait, il regretta bien ce qu'il avait'fait.
546. Le lendemain, on célébra la Pâque, Le roi ouït la messe à Sainte-Croix. Quand il eut porté couronne et fut sorti de l'église, on demanda l'eau * et on s'assît à table. Et quand on eut mangé, midi étant passé, on étendit par la salle des tapis neufs et dessus on plaça deux fauteuils d'or massif. Charles, le roi de France, s'assît en l'un et fit asseoir la reine en l'autre. Les comtes et les marquis, mandés par lui, étaient présents. Le roi se leva et s'adressa â tous : « Le comte Gi-
> rart, qui a été banni, vous avez tous bien ouï dire qu'il est
■ moit. Pardonnez-lui, tous ceux d'entre vous à qui il a lait » tort : son âme s^en trouvera mieux en paradis. 1 Tous lui ont octroyé sa demande, excepté le comte Aimar et Henri que Girart avait défaits en bataille, tuant leur frère et faisant Henri manchot de la main droite ^. Celui-ci pardonna à contre-cœur. La reine lui baisa la bouche et le visage. Elle appela Almar, celui de Paris ^ : ■ Prenez un vêtement de
■ toile, du vair et du gris, et courez chez Bienassia, habillez
I. <■ Au comte Drogoo n, Oxf. L; mais il faut admettre U leçon de P. (y. 6976^ On verra tout à l'heure ({3 ^53-4) quiéiaii ce personnage dont il n'a pisëtë question iusqu'ici.
1. C.-à-d. en qualité de chevalier, il s'agit du service militaire.