ÉTAT DES PERSONNES ET CIVILISATION LXVII
nous à quelques indications sonunaires. Girart est aé en Boui^ogne (§§ 1 1 , gg), qui paraît constituer son domaine direct, son ductié. Il se neot ordinairement à Roussiltoa, château d'une existence plus ou moins problématique dont j'ai indiqué au chapitre précédent la situation d'après les données de la légende latine ef d'après celles du poème. Je ne saurais dire exactement quelles étaient, dans la pensée de l'auteur, les limites de la Bourgogne : je n'ai pu réussir à identifier le château de Mont-Espir qui. était situé à Tune des extrémités de cette puvince (§ 1 3o), probablement vers le nord-est ', mais il me paraît rraisemblable que vers le sud elles s'étendaient aussi loin que celles du premier royaume de Bourgogne, ^est-àdire jusqu'à la Durance. En effet, Vienne et Avignon paraissent faire partie du domaine direct de Girart (§§ 73-3, 596). Le poète a donc raison de dire de la Bourgogne qu'elle est « grande et large » (§ 35).
Selon un passage du poème auquel il ne faut peut être pas attribuer grande importance, les possessions de Girart auraient dépassé de beaucoup les limites de la Bourgc^e. '< Du Rhin à Bayonne, » dit le roi, « tout « le pays est à lui ; en Espagne, il s'étend jusqu'à Barcer « lone, et l' Aragon lui paie tribut » (§ 36). Nous allons voir que, d'après d'autres passages du poème, Girart ne possédait rien, au moins du vivant de son père, du côté de l'Espagne.
Entre les alliés de Girart, deux se distinguent par leur
I. Uont'lDsplr 6gure, mais comme nom appartenant à une gdogra* phie imaginaire, dans AspremonI :
Et AbiUoz, li rai de Mont Eipir.
'Ml. Barroia, fol. 134.]
LXVlll INTRODUCTION
puissance : Drogon son père, Odilon son oncle. On voit par le § 9g que Drc^on avait le Rbussillon, la Cerdâgne et le nord-est de PEspagne jusqu'à Barcelone. Les païens de Majorque et d'Afrique lui payaient tribut. li résidait! Besauduiii(§ i34). Quanta Odilon, il tenait la Provence jusqu'à la Durance et aux Alpes (§§ 99, j 34). Les guerriers provençaux qu'il conduit au secours de Girart sont au nombre de soixante mille (§§ i38, i56). Le dévouement absolu au seigneur est le fondement de la morale féodale. Comme le dit un vieux poème :
Soit (Irois, soit lors, s'ai oï tesmolgnier, Doit li bons liges son droit seignor aidier.
(Gajrdon, p. 93.)
Aussi voyons-nous dans notre poème Fouque, qui représente en toute occasion le parti de la sagesse et de la modération, apponer à Girart, son cousin et son seigneur, un concours illimité dans une guerre qu'il a désapprouvée (§ 343). Un cousin germain de Girart combat dans l'armée de Charles, parce qu'il tient un fief du roi {§ 172). Tout cela est conforme au droit.
Il ne paraît pas que le service militaire dû par le vassal soit dès lors limité, mais il n'est pas gratuit. Le baron qui consent à servira ses frais le dit expressément (§ 262).
Clergé, — Il y a peu de faits à recueillir dans Girart de Roussillon sur l'état du clergé. Notons cependant quelques traits. Le pape n'est point seigneur souverain. La suzeraineté de Rome appartient à l'empereur de