‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 389 sur 406 · Voy. cependant p. îGo, n, i · texte numérisé non relu

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3o6 GIBABT DE «OOSSILLON

Aibeline, leur disant : i Débarrassez-moi d« cette brute qui 1 m'énerve. »

649. L'impudeni gars répondit alors : 1 Je ne sais pour- B quoi, à cause de Madame, je feindrais : je vaux mieux j> que le pÈlerin avec qui elle va. Pourquoi sort-elle i une

• telle heure? Voilà ce que je voudrais savoir. — Vil gars, ■ est-ce que j'ai à vous en rendre compte? Si tu en dis un

> mot de plus, je te ferai pendre. • Et le garçon descend les degrés, va à son hdtel ceindre son épée, monte â cheval et court faire au duc Glrart des rapports pour lesquels il eût mérité la pendaison, car c'est la perversité et le mensonge qui l'inspirent.

650. Il rencontra le duc qui rentrait ; il le prît à part et lui conta pour vérité 'un grand mensonge. Le comte l'ouït ; il en fut fort affligé. Pour un peu, il se serait emporté contre le messager, c Si c'est un mensonge que tu me dis, que » Dieu te protège! » dit-il, t car je suis bien étonné qu'elle » ait conçu une telle pensée !

65 1. — Sire, elle a jeté son dévolu sur un pèlerin. La » nuit, elle sort avec lui quand le monde dort, en bas du

> chateau, où sont les jardins. — Je ne veux pas que mou

• serviteur m'apportç des nouvelles qui, à l'examen, se trou- « vent fausses. — Si je ne puis prouver mon dire, alors j'ai » tort et je consens à mourir dans les tourments. ■ Lorsque le comte entendit ces paroles, il en fut si affligé, que jamais aucune nouvelle ne l'avait déconcerté à ce point. 11 ne mangea de la journée et la nuit ne put dormir.

652. Girart se leva le matin, sans perdre de temps. Tandis qu'il chevauchait, il disait entre ses dents : « Ah ! com- " tesse amie, belle personne, intelligente, courtoise et sage,

• simple, affectueuse, douce, bien élevée, en quelles peines . s'est passée ta jeunesseT A cause de moi, tu as vécu long- » temps en grande pauvreté, et jamais tu ne m'as rappelé ta j> riche parenté, mais tu m'as conseillé et servi loyalement. » C'est ton intelligence qui m'a tiré de la misère, ta sagesse

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* qui ma rendu mon rang. Et, si jamais tu as pu concevoir » une idée pareille, où avais-tu Tesprit? Que Dieu maudisse > ces gens qui brouillent ceux qui s'aiment. Tu ' en auras ■ les yeux arrachés, ou tu 5ei;as pendu I » Andicas, qui était homme sage, lui dit : « Sire, d^oti vous vient ce tourment î » Vous avez la figure noire comme de l'encre ', Appelez Be- 11 delon et vos parents, qui vous conseilleront, si vous le » voulez bien. — Sire, que vous dirais-je ? J'ai de la peine '. 653. — Sire comte, « dit Bedelon, « je ne veux pas vous o cacher la vérité : vous avez trop le sens d'un jeune homme B et le cceur léger, quand vous vous en fiez à un gars au 11 sujet de votre femme. Je vous dirai ce qu'elle m'a conté M l'autre jour. Lorsque le roi fonda le moutier Sainte-So- » phie, il interdit au peuple de son empire et de Constanti- » nople de contribuer à la dépense, ne fût-ce que pour un 9 denier *. Mais une pauvre femme en eut le désir. Avec le » pauvre gain qu'elle se procurait légitimement par son mé- » lier, en cousant, en iîlant, elle achetait de Therbe pour » donner à manger aux bêtes de somme ^ tandis qu'elles se 11 reposaient à l'ombre. La nuit, tandis que tout le monde » dormait, elle apportait en un vase de l'eau pour mettre sur n le mortier. Quand le moutier fut bâti avec ses clochers, le »roi, qui y avait mis des sommes immenses, demanda à » Dieu le véridique quelle récompense il en aurait. Et Dieu B lui fit savoir par messager que la pauvre femme aurait

t. Slidrsasuit à, l'auteur du faux rapport*.

1. Par suite de l'fmotion. L'eflel des vives émotions, de la colÈre principalement, «ur le leint, est très ordinairement repréienij, dans les telles du moyen jlge, par des expressions telles que celle-ci, ou ■ noir eOmmt charbon. ■

3. Jasuiioffrenç.wieHSuisufrcHSiP. v. 863 1). est susceptible, en ancien franfait, d'un sens spécial qui s'appliquerait & la situation particuliire où croit lire Girari.

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