L'HISTOIRE. — LE COMTE GIRART
Le comte Girart est un personnage historique. Il joue un rôle considérable dans les événements politiques du ixf siècle. Il ne s'était pas distingué seulement par ces exploits guerriers qui ont le don de frapper vivement l'imagination populaire. Il s'était signalé par sa piété et avait donné à l'Eglise des marques durables de sa munificence, en fondant et en dotant richement plusieurs monastères. Nous avons, par suite, sur Girart deux groupes de documents : les uns nous le montrent homme politique, adniinistrateur, guerrier, les autres se rapportent à sa vie privée et principalement à ses fondations pieuses. Dans aucun de ces documents, 11 ne porte le surnom de Roussillon. Il y a lieu de croire qu'au IX* siècle tes surnoms étaient déjà en usage, mais ils ne parabsaient pas encore dans les documents écrits.
IV INTRODUCTION
Nous n'avons aucun moyen de savoir si le comte Girart était, de son vivant, communément appelé Girari de Rcussillon. Bornons-nous à dire que ce surnom, dont nous chercherons plus loin à établir l'origine, apparaît pour la première fois dans les récits poétiques.
Le comte Girart, type réel du Girart de Roussîllon légendaire, est déjà un puissant personnage lorsqu'on le signale pour la première fois d'une façon certaine dans les monuments de notre histoire. Il est qualifié d' « illustris cornes et marchîo, » dans un diplôme de Lothaire, daté de 853 ', où il est fait mention de lui comme ayant obtenu de cet empereur la restitution à l'Eglise de Lyon de certaines propriétés. Il n'est pas douteux qu'il était alors gouverneur de la partie de la Bourgogne qui appanenait à Lothaire, et dans laquelle était située la cité de Lyon. Lothaire mort, en 856, il eut la garde de son troisième fils, Charles, roi de Provence. En cette qualité il administra tout le royaume de Provence et les terres situées sur la rive gauche du Rhône qui en dépendaient. Dans un diplôme de l'an 856, il est qualifié par le roi Charles, au nom de- qui l'acte est passé, de « inlustrissimus comes et parens noster ac nutritor » » ; dans un autre, en 863, de « inlustris comes ac magister noster ' » . Nous savons par les Annales de Saint-Bertin que le roi . de Provence, infirme et hors d'état de prendre la défense de ses états, fut plus d'une fois l'objet des entreprises de
I. Bouquet, VIK. ïSg ; cf, Longnon, Girard de RoussilloH dans l'Iiitloirt, dans la Revue historique, VllI (187S), i&i.
1. Bouquet, VllI. 396; Cf. Terrebasae, Geraid deRoussillon (Lyon, i856}, p. ivij, et Longnon, 1. 1.. ï54.
3. Bouquet, VIII, 401 ; cf. Vahtète, Histoire de Languedoc, 1, 565; Longnon, /. I., ï55.