AT DES PERSONNES ET OVILISATION LXXV
part de nos chansons, de geste, constituent toute la bataîlle, ne sont, dans Girarl de Jioussillon, que dea épisodes. Le poète a Tidée des mouvements d'ensemble; il nous représente les échelles chargeant en bataille après avoir poussé leur cri de guerre. Il sait quelle émotion inlindble s^empare des âmes les mieux trempées au moment où les deux lignes vont s'aborder la lance baissée, et l'indique d'un mot oi^ l'on ne peut méconnaître un profond sentiment de la réalité : « Les Bretons crient Malol « tes Gascons Bie\! A l'abaisser des laiices, tous se tai- « sent » (§ 1 47) '. Certains corps sont assez solides pour fournir une charge en retour, après avoir une première fois traversé la ligne ennemie (§§ 162, 3g2). On a soin d'ailleurs de garder en réserve des troupes sûres qu'on n'engage qu'au dernier moment (§ 392).
Dans les guerres du moyen âge, qui ont ordinairement un champ d'action assez restreint, la troupe la plus faible réussit facilement à se soustraire à la poursuite de l'ennemi en se réfugiant dans des châteaux-forts. Les engagements décisifs sont rares, et la guerre consiste sur- ' tout en sièges et en ravages réciproques exercés sur les territoires des deux seigneurs ennemis. Ces dévastations sont opérées avec une cruauté systématique. On incendie les villages, on brûle les moissons, on coupe les vignes et les arbres fruitiers, on enlève les troupeaux, on massacre, OQ mutile les paysans (§§ 121, 127, i32, 283). Mats, malgré ces ruines, les deux adversaires, pourvu qu'ils aient des lieux de refuge suffisamment forts et assez d'argent pour entretenir de petits corps de troupes, peuvent continuer longtemps la lutte. C'est à cette sorte de guerre que
I, hMroe Mt* et m£me expretsion à la fin du J i63.
LXXVI INTRODUCTION
se résigne Girart après avoir été vaincu à Civaux, su^ les bords de la Vienne \ et il la soutient pendant cinq ans, sans jamais, nous dit le poète,' se laisser aborder en rase campagne par le gros des forces de Charles (§ 416]. Pour éviter ces guerres indéfiniment prolongées et les ruines qu'elles causaient, on convenait parfois de se rencontrer à jour fixe en un Heudéterminé.C'estce qu'on appelait une bataille aramte, c'est-à-dire convenue entre tes parties adverses par un engagement solennel. Les batailles de Vaubeton et de Civaui (§§ 126 et Syî) sont des batailles aramies *. On attribuait souvent à ces rencontres déterminées d'avance la valeur d'un jugement de Dieu. Tel fut, par exemple, le cas, pour citer un fait historique, de la bataille de Fontenai, en 841. Divers passages du poème montrent qu'il était d'usage, avant d'engager une grande bataille, de consulter les sorts *.
Dans les combats de Girart de Roussillon, on ne voit guère figurer de gens de pied, sinon en qualité de convoyeurs [§§ 441,627]. Les masses de cavalerie conduites sur le champ de bataille dépassent toute vraisemblance. Odilon, l'oncle de Girart, chevauche à la tête de soixante mille Provençaux tous à cheval (§ 1 56) ■». Cependant Girart compte parmi ses alliés les Navarrais et les Basques dont les armes sont des dards et un épieu, et qui, sans doute, combattent à pied (§§ 1 36, 342). Les sei^ents sont