V. GIRART DANS l'ÉPOPÉE FRANÇAISE XCI
mitif, celui que connaissait l'auteur de ta vie latine de Girait, mais on conçoit que la substitution n'a pas dû se faire instantanément. Le poème du xi' siècle ne s'est probablement pas éclipsé du jour au lendemain comme un objet mis en réforme. C'est ce qui explique qu'un poème assez peu ancien, Renaut de Montauban, ait pu nous fournir une allusion à l'ancienne chanson.
Recherchons donc les traces des emprunts que notre aacienne épopée a pu faire à Girart de Roussillon : nous aurons là comme autant de témoignages sur la popularité dont notre poème a joui sous l'une ou l'autre de ses deux formes successives.
g I. — Girart de Roussillon dans Doon de Nanteuîl, Beuve d'Aigreraont, Gaufrei.
Dans la chanson de Renaut de Montauban, dans la rédaction même qui nous a fourni une si précieuse allusion à an épisode du vieux poème que n'a pas conservé le nouveau, il est souvent fait mention de Girart de Roussillon. Celui-ci est rattaché à une famille qui fut célèbre dans l'épopée carolingienne. Il a trois frères : Aimon de Dordone , Doon de Nanteuil , Beuve d'Aigremont '. Deux de ces barons, Doon et Girart, ont jadis été en guerre contre Charlemagne. Le poème de Renaut de Montauban, ou, pour parler plus exactement, la partie qui lui sert de préambule et qu'on pourrait appeler la mort Beuve d'Aigremont, fait allusion à cette guerre dans les passages ci-après cités. Charlemagne explique
f . Il* sont menlionnë* succeisivement dans cet ordre, au dfbut du poème, Renaut de Montauban, éd. MicbeUnt (Stuttgart, liJSi), p. t.
ioïGooqIc
XCII INTRODUCTION
pourquoi le duc Betive d'Aigremont refuse de venir â sa cour :
11 me het por son frère, que je bien sai et voi, Cui je tolî Nantueil; s'abati le bofoi. Girars de Ross ill on en guerroia vers moi Chaitif l'en fis fuïr parmi le sablonotz.
(Éd. Michelam, p. S-i
Plus loin, la femme de Beuve rappelle à son époux la défaite subie par ses deux frères, pour rengager à se montrer prudent :
Membre vos de Doon vo frère, le guerrier. Entre lui et Girart, ki molt s'avoient chier, Assés le ■ guerroierent au fer et â l'acier; Mais a la pardefin ne porent avancier : Fuïr les en covînt et le pats vuidier, . ' Par l'esfors des amis les fist il repairier. Par la proiere d'aus, n'en qutst autre loier. Or revolés le roi de novel guerroier !
{tb>d.,p. i3.)
M. G. Paris a conclu de ces passages qu'il a dû exister sur Girart de Roussillon i un poème français assez différent, et d'une date reculée, bien que moins ancien que le provençal * • . Cette opinion doit être, ce me semble, modifiée, en ce sens que le poème auquel se réfèrent ces deux allusions était, non poftit une chanson de Girart de Roussillon, mais une chanson de Doon de Nanteutl, qui ne s'est pas conservée, sur laquelle toutefois nous avons des témoignagescertains'. Girart de Roussillonde-