V. GIBABT DANS l'ÉPOPÉE FRANÇAISE XCllI
vait y figurer comme allié de son frère Doon, mais non comme personnage principal. La chanson perdue de Doon de Kanteutl a dû être composée au xu' siècle, et probablement vers le milieu de ce siècle, car il y est fait allusion dans la panie ancienne d'Aie d'Avignon \ qui est certainement antérieure d'au moins vingt ou trente ans à l'an ]200. C'est donc à une époque passablement ancienne que Girart de Roussillon a été introduit dans l'épopée carolingienne.
C'est ici le lieu de noter que dans VOgier le Danois de Raimbert de Paris, poème qui, dans la rédaction que nous en possédons, ne paraît pas remonter eu delà du dernier quart du xu" siècle, on voit, figurer Girart de Roussillon * en compagnie de Doon de Nanteuil et d'AimoQ de Dordone. Il n'est pas dit que ces trois barons soient frères. Il est probable, toutefois, que ces personnages ont été empruntés à Doon de Nanteuil ou à une ancienne rédaction de Beuve d'Aigremont.
Nous avons maintenant à examiner deux autres témoignages assez difficiles à classer que nous fournit encore Renaut de Montauban. Le premier a été cité dans
cit^, pp. i99-3oo. Fauchel, à la fin du xvi* tiède, poufdail un mi. de Doon de Nanteuil dont il cite quelques vers. Ce ml. ne s'est pas coDiervd, miis. j'en ai retrouvé de* extraits, que je ferai connaître prochainement, dans un recueil de notes écrites de la main de Fauchet lui-mfme. On voit par ces extraits que ce pocme était le remaniement bit au ziif siècle (non au xtv*, comme le dît M. G.'Paiit, p. 3oo) d'une chanson plus ancienne. Les t£mai([nases fournis tant par Renaut de Montauban que par d'autres romans, se rapportent Mns nul doute à cette première forme de Doott de Nanteuil.
I Voy. pp. 1 1, 8t, 83 de l'édition que M. Guessard et moi avons donnée de ce poème (Paris, i86t).
». Edition Barrois, tv. 9514, 953o, 967S, 11693.
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XCIV INTRODUCTION
le second chapitre de cette introduction (p. xx). Le trait notable du passage en question, est que cette fois Charlemagne est banu par Girart et Doon, et poursuivi jusque sous Paris. J'ai fait remarquer (p. xli) que ce trait devait être emprunté à l'ancienne chanson de Girart de Roussillon, puisqu'il se retrouve dans la vie latine qui ne peut l'avoir puisé ailleurs. Mais le témoignage n'en est pas moins embarrassant, dès qu'on cherche à quel poème de l'épopée carolingienne il convient de le rapporter. En effet, il ne peut aucunement être fait allusion ici à un récit contenu dans le poème perdu de Doon de Nanteuil. L'auteur de Renaut de Montauban vient de nous dire que Charlemagne avait permis à quelques uns de ses hommes de dresser des embûches à Beuvc d' Aigrement, en pleine paix. Le duc Beuvc avait succombé après une vaillante défense et les meurtriers apportaient sa tête au roi. Mais, dit le poète, Charles eut lieu de se repentir de' cette trahison, car Girart de Roussillon et Doon de Nanteuil lui envoyèrent un défi et le poursuivirent jusque sous Paris. Ensuite ils firent la paix, et Girart, à titre d'expiation, fonda de nombreux monastères. Ce témoignage se trouve dans la première partie du poème, celle qu'on pourrait intituler la mort du duc Beuve d'Âigremont. Plus loin, dans le même poème, mais dans la partie qui est proprement la chanson de Renaut de Montauban ou dés quatre fils Âimon, on lit un second témoignage tout semblable au premier, mais où les faits annoncés dans celui-ci comme à venir, sont présentés comme accomplis. Un des barons de Charlemagne résume les faits exposés dans la Mort Beuve d'Aigremont , et, après avoir rappelé comment le duc Beuve avait été tué alors qu'il
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