VI. — TÉMOIGNAGES DIVERS CVH
On pourrait, à la rigueur, trouver une allusion à Girart de Roussillon dans ces vers àHÉUe de Saint- Gilles ;
Karles Marteus le dist ,j. jor en reprover, Selonc que dist la letre, la forcke paist le pré.
(Edit, de la Société des Anciens Testes français, w. 3383-4-)
Ce proverbe bien connu se trouve, en effet, quoi qu'ait pu dire au contraire l'éditeur d^Élie <, au § 624 de notre poème. Il n'est pas placé, à la vérité, dans la bouche de Charles Martel, mais il lui est appliqué. C'est au . moment où Charles est battu par les fcH:ces supérieures de Girart que le proverbe intervient comme pour résumer la situation des deux partis.
Girart de Roussillon a été connu dans le nord de l'Italie. Nous verrons plus loin que notre plus précieux manuscrit de ce poème a été copié dans cette contrée. Aussi ne serons-nous pas surpris que l'auteur anonyme de l'Entrée de Spagne, qui était de Padoue et écrivait à la ûa du xiii^ siècle, ait fait une allusion précise à notre poème. En voici les termes :
En Valbeton ou fu l'assenblemant
Des Berguegnons et de la Franche gent, '
Ou fu Gerart et Folches son parant,
Envers Carlon Martel ou cors valant,
N'i fo esfor si greu ne si pesant
Cum vos oîrois, s'un petit plu vos çant ',
Je crois retrouver une autre allusion, bien fugitive il
i. p. ïiii deUprëface-
a. A. Thomas, Nouvelles recherches sur VEnlrée de Spagne, p. 4b.
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CVin INTRODUCTION
est vrai, dans un texte fort interpolé du roman d^Alexandre dont le manuscrit a été certainement exécuté à Venise ou en Vénétie, comme le prouve évidemment le style des miniatures dont il est orné. Dans une des parties interpolées de ce ms. on lit ceci :
' Li amiral se sist desor un bel peîron, Et UD suen almansor et H rei environ.. DesoE l'ombra d'un pin qui lor flairoit bon Se sist Nabusardans sire de Saint Margon, £ s'i estoit Falez 61s lo rei Fareou, Li dus de Pincenie qui bien sembla baron El li princes d'Alquei qui a bêle raison, Enqui cante un juglar, Amaristot ot non, A son col sa viele, en sa main son arçon. Del tens ancienor lor dist une chançoa E de la grant bataille quifu en Val Béton, De .vj. reis d'une part contre un fol fellon (iic) : . Ce fu reis Arioz til lo rei Egeoo, Quant il les ot vencuz, s'en tome en son reon... '.
Bien que le manuscrit soit indubitablement d'une écriture italienne, j'hésiterais à affirmer que ces vers, d'une facture très médiocre, mais toutefois correcte, soient l'œuivre d'un Italien. Mais ils peuvent avoir été composés dans le nord de Tltalie par un des nombreux jongleurs français qui venaient y gagner leur vie. Quoi qu'il en soit, l'idée d'une bataille livrée « en Valbeton », ne peut guère être venue qu'à un homme à qui la chanson de Girart de Roussillon était familière.
Pour terminer, je rappelle que plus haut, p. xcviii, on a eu la preuve que l'auteur de Gas/m connaissait notre poème.