VII. — LE ROMAN EN ALEXANDRINS CXLI
dans ta vie latine qu'une matière très sèche, il a justement pensé qu'il n'y avait pas plus d'inconvénient à nourrir son récit par des emprunts faits à la chanson, qu'à inventer lui-même. Il a donc tiré de celle-ci beaucoup de détails;' il lui a pris un certain nombre de personnages. Mais aucune chanson de geste n'a jamais obtenu, au moyen âge, l'autorité qui s'attachait aux textes latins. D'ailleurs il y avait dans la chanson, qui elle-même était le remaniement d'un poème du xi' siècle, bien des faits, bien des noms qui, au xiv* siècle, ne pouvaient plus intéresser personne. Aussi a-t-il traité les données qu'il lui empruntait avec beaucoup de liberté, tandis qu'il ne modifie guère celles qu'il tire de la vie latine. Il ne s'est ■ pas fait faute notacnment d'introduire dans son récit un grand nombre de noms appartenant à des familles bourguignonnes de son tenips, augmentant ainsi, dans une notable proportion, les chances de succès de son œuvre. Cette œuvre, prise pour ce qu'elle est, n'est assurément pas dépourvue d'intérêt. C'est un poème sut generis, se rattachant à l'épopée, mais n'ayant presque aucun des caractères de la chanson de geste. C'est un document curieux de la littérature du xiv= siècle, mais il n'y a rien à en tirer pour l'histoire de Girart de RoussïUon, personnage légendaire, ni, à plus forte raison, pour celle du comte Girart, personnage historique. C'est cependant cet ouvrage de seconde main, dont nous possédons les sources, qui a été la base principale des travaux que certains érudits locaux ont consacrés au Girart de la poésie et au Girart de l'histoire '.
I . Voir aoiamiDcnt le mémoire publié p»r M. le président Clerc soui ce litre : Gerard de Roussillon, récit du ix' tiècU, Parii et Besaafon. 1869, So p. in-8* (Eitraii des Mémoires de l'Acsdéoiie de Besancon).
irrrRODUCnoN
g i, — L'histoire de Girart de RoussiUon par Jean Wauquelin,
Jean Wauquelin, bourgeois de Mons, fut l'un des plus féconds entre les écrivains qui, au xv* siècle, furent employés par les ducs de Bourgogne à composer des ouvrages Ayant en général le caractère de compilations ou de traductions. On possède de lui ' ;
La traduction du Brut de Gaufrei de Monmouth '. — '445;
Une histoire d'Alexandre le Grand, mise en prose d'après le roman en vers alexandrins de Lambert le Tort, Alexandre de Paris et autres auteurs. Cet ouvrage doit être un peu antérieur à 1 446 ' \
L'histoire de Girart de RoussiUon qui va être l'objet de notre étude. — 1447 ;
Le roman de la belle Hélène de Consttntinople. — '448*;
I. La litle qui suit eit dressée en partie d'aprÈs 1m renieignements donnés par M. de Rsm dans son édition de la Chronique des dua de BratanI, d'Edmond de Dynter. pp. xcix et luiv, (Col)ection des chroniques belges, in-4«,)
X. M. de Ram Ip. cxvj considère cette traduction comme peidue. Il ne la connaît que par un ancien catalogue de la bibliothique de rtiilippe le Bon, pour qui, saut doute, elle fut exécutée. Mais il y en a, au Musée briunoique, dan* le ms. Lansdowne 214, une copie i la fin de laquelle on lil : a El fui translatée par un bourgois de Mous en u Haynau només Jehan Wauquelin, en l'an de N. S. mille .iii). cent H .xIt., le .XXV*. iour de iuillel.n
3. Voir ce que je dis de ce roman en prose dans mon Histoire de la légende d'Alexandie, chip. xi.
4. La Bibliothèque royale de Belgique possède de c«t ouvrage un titagoifique ms. (9967) fail pour le duc de Bourgogne. Philippe le Bon,