‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 94 sur 406 · VII. — L HISTOIRE D£ CHARLES MARTEL CLIX · texte numérisé non relu

VII. — L HISTOIRE D£ CHARLES MARTEL CLIX

S 3. — L'histoire de Ckarlei Martel.

Au temps même où Wauquelin achevait son volumineux roman, un autre compilateur, dont le nom ne nous est pas connu, s'occupait de rédiger, d'après des chansons de geste, une vaste histoire de Charles Martel et de Pépin, dans laquelle Girart de Roussillon occupe une place considérable. Cette nouvelle compilation n'est connue jusqu'à présent que par un seul exemplaire formant quatre énormes volumes in-folio qui sont conservés à la Bibliothèque royale de Belgique sous les n<" 6 à g. L'auteur anonyme dit en son prologue ' que, sî l'on n'ignore pas que Charles Martel eut pour (ils Pépin, ■ lequel après lui w fut empereur de Rome », on ne sait généralement pas de qui ce Chartes Martel était fils ni- comment il obtint la couronne de France. C'est là ce que notre anonyme s'est I«T3posé de raconter, avec bien d'autres choses. II a puisé ses informations dans les livres les moins dignes de foi qu'il pût rencontrer : dans des chansons de geste qu'il ne possédait pas sous leur forme la plus ancienne, et à l'une desquelles s'appliquerait avec plus de propriété le nom de roman de chevalerie. Dans cette compilation i! ne mettra rien du sien, nous dit-il, « mais m'eSôrcheray « d'ensieuvir la matière, laquelle j'ai prinse et translatée « d'anchiennes histoires rymées jadiz, et redduite en « cette prose, pour ce que aujourd'huy les grans prince ces et autres seigneurs appetent plus la prose que la « ryme, et pour le langaige quy est plus entier et n'est « mie tant constraint ». De ces dernières paroles on peut

j. On en trouvera k lexlc i:i-aprcs. à l'appendiiTc.

Clx introduction

induire que la compilation a été faite pour quelque grand seigneur. Mais pour qui en particulier? L'auteur ne nous le dit pas, et, sur ce point, nous sommes réduits aux conjectures. Peut-être nous l'eût-iL appris, peut-être aussi se âeraii-il fait connaître, s'il avait présenté lui-même son œuvre à celui pour qui il l'avait entreprise. Mais il ne paraît pas que cette présentation ait eu lieu, ou du moins il n'y en a pas trace dans l'unique exemplaire qui nous est parvenu. Cet exemplaire est l'œuvre de David Aubert, le copiste "principal de Philippe le Boa et de Charles le Téméraire, ou plutôt le chef de l'atelier des copistes qui travaillaient pour ces princes '. Selon sa coutume, David Aubert a joint à sa copie un prologue et divers épilogues de sa façon; et il est fort possible qu'en même temps qu'il se mettait en évidence, il ait supprimé la préface de présentation, ou, si l'on veut, la dédicace, de l'ouvrage qu'il transcrivait. Quoiqu'il en soit, voici ce qu'il nous apprend tant sur la copie exécutée par ses soins que sur la date de l'ouvrage copié. En son prologue placé en tête du premier volume^, il nous dît que par le commandement de Philippe, duc de Bout^ogne,

I. L'étude des nombreuses copies et'corapilations que les ducs de Bourgogne oni fail exécuter par David Aubert pourrait fournir la matière d'un mémoire iniéressani. Je nu; borne présentement â remar-

nant dispersées en un grand nombre de bibliothèques, à Bruxelles, â Paris, à Londres, à Oxford (voir Bibl. de VEçoU des Chartes, b' série, lEl, 3o5), à Breslau (le Froissart richement illuminé qui fui eijcuté pour Antoine, bâtard de Bourgogne). David Aubert avait Thabiiude de dater les mss. qu'il exécutait. Ceilx d'entre eux que je connais se placent entre 14^^ ('^^ Coiiquestes de Charlemaine, à Bruxelles) et 147g (la Vie du Christ, Musée bril. Old royal. 16. G. lit).

1. Voir le texte à l'appendice : Prologue declairant qui a fait grosser cestuy volume et antres trois eassieuvans.

zeSovGoOglc

vu. — L HISTOIRE DE CHARLES MARTEL CLXI

etc., ce volume et les trois suivants ont été « grosses » c'est à dire écrits en grosse lettre, par lui, David Aubert, en 1463. Mais il eût été plus exact de dire que la copie fut commencée en 1463, car à la iîn du second volume, celui coté n" 7, au fol. 435, Aubert s'exprime ainsi, nous donnant à la fois la date de la copie de ce second volume et celte de l'ouvrage copié : « Et pour la cause que « dit est, cestuy second volume prend icy fin, lequel tx a tous les trois autres furent réduits de ryme en prose M au mois de may l'an mil .çccc. quarante huit. Et de- « puis, en Tan de grace mil .cccc. soi:cante cinq, par le « commandement et ordonnence de très hault, très ex- « cellent et très puissant prince et mon très redoublé « seigneur triomphant en gloire pardessus tous princes a terriens, Phelippe, par la grace de Dieu duc de Bour-

« goingne a esté grosse par David Aubert, son

« indigne cscrivain, en la forme et manière <]uy s'ensieut'».

C'est donc en 144S, moins d'un an après le moment où Wauquelin achevait son roman de Girart de Roussillon, que cette compilation a été terminée. Si on considère la date de l'ouvrage et la place très considérable qu^y occupent les récits légendaires relatifs à Girart de Rbussillon, on sera porté à conjecturer qu'il a dû être fait, comme le travail de Wauquelin, pour Philippe le Bon.

Les quatre énormes volumes copiés par David Aubert

I. Ce putag« a dé}k été c'iti par H. Pinchart dans son mémoire intitulé Miniaturistes, enlumineurs et caUtgraphes employés par Philippe le Boit et Charles le Téméraire, publié dins le Bullelin des commiaglons royales d'arl et i archéologie, 4* année (i86â). Yoy. p. 5o6 de ce volume, ou pp. li-6 du tirage à pan.

CLXII INTRODUCTION

sont déàgnés comme suit dans l'inventaire de Bruges, vers 1467 :

Item, quatre volumes de livres en parchemin non lyés ne hbtoriés, dont le premier volume parle de Charles Martel, parfeît et collacioaé. Le secood volume parle de Gerart de Rossillon et de Lorrain Garin, parfait et collacioné. Le troisième de la mort du comte Froment de Lens et de son filz Fromondin, parfait et collacioné. Le quatrième et dernier volume finant les gestes du Lorrain Garin, parfait ei collacionné '.

On voir par cette description très sommaire qu'une partie du second volume et les tomes III et IV sont occupés par la geste des Lorrains, mtse en prose. C'est dans le premier et dans le second volumes seulement qu'il est question de Girart de Roussillon, dont la fabuleuse histoire est contée d'après deux sources totalement différentes : d'abord, au t. I, d'après deux chansons de geste ou peut-être trois, puis au t. Il* d'après Wauquelin. Dans le premier cas, l'action se passe sous Charles Martel, dans le second sous Charles le Chauve.

Occupons-nous d'abord du tome I, qui seul a pour l'histoire de Girart de Roussillon une réelle importance.

Je ne puis entreprendre ici de faire connaître en détail le contenu de ce premier volume ni d'en indiquer avec précision les sources diverses. Je rencontrerais, chemin faisant, diverses questions délicates, qui ne peuvent être résolues<qu'à la suite de recherches étrangères au sujet

I. Barrois, BibliotHigut protypograpHigue, i^ i5g6à iSgg. L'fditeur ■ eu lori de diviser cet article en quatre. Le mfme ouvrage est catalogué celte fois avec mention de la reliure ei des premiers mott du second feuillet dans l'inventaire fait i Bruxelles en 14)17 (Barrois, 1** i749-5a)- — Cf. pour ce qui concerne l'ornementation de ce* volumes le m£moire précitf de M. Piochart, Btiiletin, etc., IV, SoS-ç.

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