VII. — L HISTOIRE DE CHARLES-MARTEL CLXni
de cette introduction. Il n'est guère douteux d'ailleurs que te premier tome de Charles Martel, sinon la totalité de cette longue et souvent fastidieuse compilation, trouvera quelque jour un éditeur, à qui incombera la tache de nous renseigner exactement sur la composition de l'ouvrage. L'Académie royale de Belgique, toujours si empressée de mettre au jour les œuvres linéraires composées dans les Flandres, le Hainaut, le Brabant, oe manquera pas d'accueillir celle-ci, lorsque l'intérêt lui en aura été signalé. Si elle recule devant cette tâche, je l'entreprendrai peut-être quelque jour. Tout ce que )e puis faire présentement, consiste à donner, en appendice, la suite des rubriques du premier volume, avec quelques extraits propres à faire voir la relation de ce texte avec notre chanson de geste . Ce qui ressort avec évidence de l'examen du Charles Martel, c'est que l'auteur, tout en traduisant avec un certain d^é de fidélité des poèmes vieux alors de deux ou trois siècles, a combiné les récits qu'il tirait de ces sources diverses, passant arbitrairement d'un poème à un autre, mais sans dissimuler que, sur certains points, ces fabuleuses histoires étaient en désacoord. Il a soin, du reste, de nous avertir lorsqu'il change d'origipal '. Les originaux qu'il a suivis tour à tour paraissent avoir été au nombre de deux : un poème perdu relatif à Charles Martel, une chanson de Girart de Roussillon qui ne paraît pas avoir été différente de la nôtre. Il n'est pas non plus impossible qu'il ait connu quelque autre poème,peut- &re la rédaction de Girart de Roussillon dont nous avons plus haut (pp. cxiii et cliii) supposé l'existence d'après
I. Voy. la morceaux publiéi i l'ippeadice, S. 47b v' et &19 r*.
CLXIV INTRODUCTION
Jacques de Guise et Wauquelin. Le poème sur Charles I^artel paraît avoir été un de ces romans volumineux et compliqués que les pays wallons ont produits en si grand nooibreduxiii'siècleau XV'. Charles Martel y était gratifié d'une généalogie tout à fait fabuleuse, son père étant un certain Eustache de Berry, son aïeul un duc de Berry nommé Gloriant. Il devenait amoureux de Marcebille, fille du roi de France Theodorus, et l'épousait contre la volonté de ce dernier. Il se rencontrait fortuitement avec le duc Girart de Roussillon, avec qui il se liait d'amitié. Tous deux se rendaient à Constantinople, pour se mettre au service de l'empereur de Grèce et se trouvaient séparés à la suite des aventures les plus romanesques pour se rencontrer ensuite face à face, à un moment oij le premier était devenu roi de Fiance et le second duc de Bourgc^ne.
Je ne puis m^attarder à l'analyse de tous ces contes, et )e dois renvoyer le lecteur aux rubriques publiées %n appendice à cette introduction, ou, st les rubriques ne lui suffisent pas, au livre même d'où sont tirées ces rubriques. Tout ce qui importe ici, c'est d'établir à l'aide de quels éléments a été constitué le rôle de Girart de Roussillon, tel qu'il apparaît dans l'Histoire en prose de Charles Martel, en distinguant, autant que possible, ce qui vient de chacun des ouvrages mis à contribution par le compilateur de cette histoire. Il n'y a pas de doute que l'auteur du poème perdu de Charles Martel, œuvre peu ancienne, nous Tavons dit, donnait à Girart de Roussillon un rôte considérable. Que Pinvention y ait eu une grande part, on n'est pas tenté de le contester, lorsqu'on a lu les aventures que l'Histoire de Charles Martel raconte d'après ce poème perdu. Mais il n'en est pas moins certain que