OEL
Que voulez-vous dire ?
LE COMTE
Tu me comprends. Je veux dire que tu es arrivé au moment le plus difficile dans la vie d’un homme de ton rang. Jusqu’à présent, tu as vécu comme vivent tous les fils 'de famille plus ou moins bourgeoises, pourvu qu’ils soient plus ou moins riches. Tu as passé ton temps à monter à cheval, jouer, souper, aller au club ou à l’Opéra, à voyager l’été pour te remettre des fatigues de l’hiver; cela t’a convenu, je ne in’y suis pas opposé. Mais, mon cher enfant, pensestu que sa première jeunesse une fois partie, un gentilhomme, un lils, n’ail pas d’autres devoirs à remplir envers son père, envers sa maison ?
NOËL
Vous avez raison, mon père, et ce que vous me dites là me décide à accepter un poste dans une ambassade ; on m’en a proposé dernièrement un convenable.
LE COMTE
Dans unè ambassade... ça ne te convient pas. Chez nous, on vit dans ses terres neuf mois de l’année, on s’occupe de ses paysans, on se marie, on fait souche. Je t’ai laissé diriger la première moitié de ta vie à ta guise, vois où cela t’a conduit. Noël, laisse-moi donner une meilleure impulsion à la seconde. Tiens, écoute , ta cousine Berthe du Fresnay a dix-huit ans, elle est charmante , nos terres se touchent , ça te fera une chasse superbe. Pars avec moi, tout de suite, je t’emmène.
NOËL
En vérité, mon père, cela m’est impossible en ce moment.
LECOMTE
Impossible !... pourquoi?... qui te retient ici?
NOËL
Mon cher père, une des choses les plus remarquables en vous, c’est la rigidité des principes en ce qui concerne l’honneur. Que diriez-vous à un homme auquel une femme noble, pure, jeune et belle, aurait donné son cœur en échange d’une loyale promesse de fidélité, si cet homme...
LE COMTE, l’interrompant.
Ah 1 diantre ! ceci me contrarie. Eh bien ! mais, je lui dirais à cet homme : Puisque vous êtes engagé, puisque vous avez promis, tenez votre promesse , épousez cette femme, si vous le pouvez sans déroger.
NOËL
Et si cette femme était mariée ?
LE COMTE
Mariée?... Oh ! alors...
NOEU
Alors, faudrait-il que celui pour qui elle a tout sacrifié ne lui rendît que le désespoir, sous prétexte de satisfaire quelques motifs de convenance ? le lui conseilleriez-vous, mon père?
LE COMTE
Certes. Je- lui dirais : Monsieur, vous êtes dans un mauvais chemin, sortez-en vite, ne craignez rien pour votre honneur, il n’est pas en jeu dans tout ceci. Quant aux sacrifices que votre maîtresse vous a faits, n’en ayez pas de