‹ Girofle, girofla drame en cinq actesChapitre 52 sur 72 · V.VLENTINE · texte numérisé non relu

V.VLENTINE

Mon Dieu, que me dis-tu là?...

GEORGETTE

Je dis que cet homme ne parle jamais de toi, qu’il n’a pas, depuis ton départ, prononcé une seule fois ton nom , mais que ses cheveux ont blanchi, que ses joues se creusent et que ses lèvres sont crispées par l’effort incessant qu’il fait pour ne pas dire : Valentine; je dis que ta chambre a été respectée et qu’elle est restée religieusement dans l’état où tu l’as laissée; que chaque soir, il y entre et s’y renferme, et que Philippe, son vieux valet de chambre, m’a appris qu’à travers la porte, il l’entendait sangloter,., je dis que cet homme t’aimait et qu’il l’aime encore.

VALENTINE

Alors, pourquoi ne me l’avoir jamais montré, quand je ne demandais qu’à l’aimer, moi?

GEORGETTE

L’y as-tu encouragé, Valentine?. . . descends en toi-même. Ne lui as-'tu pas laissé voir, dès le premierjour, que lu l’épousais par obéissance ?... Monsieur de Kerven est une nature timide. Il a eu peur de toutes tes supériorités. Il a vu en toi un juge, et un juge prévenu en sa défaveur. Peut-être a-t-il eu bien souvent le désir de s’épancher avec toi, peut-être s’est-il toujours arrêté devant la crainte du ridicule. Un mot peut-être eût suffi, ce mot il n’a pas osé le dire ou tu ne

l’as pas compris, et, vivant sous le même toit, vous êtes restés comme deux étrangers l’un pour l’autre.

VAlENTUtE.

Tu as raison, et ce malheur est irréparable.

GEORGETTK.

Irréparable... Pourquoi?...

VALEimSE.

Ah 1 Georgetle !

GEORGETTE, hu prenant la main.

Voyons, chère sœur, regarde-moi bien en face, et répondsmoi. Es-tu heureuse ?...

VALENTiNE, av6c hésHatioii.

J’aime Noël et Noël m’aime.

GEORGETTE

Enûn, ne regrettes-tu rien ?...

VAIÆRTINE.

Ah ! je... Non, je ne regrette rien.

GEORGETTE

Pauvre petit© Louise !

VALENTINE

Louise!... (Fondant en larmes.) Vous êtes bien cruelle, ma sœur... pourquoi me torturer ainsi ?

GEORGETTE

Parce que tu manques de confiance avec moi, parce que tu me caches quelque chose, parce que tu souffres, parce que tu as pleuré, et parce que je veux au moins pleurer avec toi. Parle, ma sœur chérie, je t’en prie, je le veux, dis, qu’as-tu ? Enfin, on dit à sa sœur ce qu’on a , cela soulage. Eh bien ?...

VALENTINE

Eh bien ! oui, va, je suis bien malheureuse. Oh ! mon honneur et l’amour de mon enfant, qui me les rendra ?... Penser qu’elle a souffert, qu’elle aurait pu mourir et que je n’étais pas là, que je n’avais pas le droit d’y être, parce que mes baisers auraient flétri son front si pur. O Georgelte ! c’est affreux, cela ! elle est orpheline, ma fille l Une étrangère va manier sans précaution cette âme si fragile. .. comment l’élèvera-t-on?... Son père saura-t-il?... Un homme! il y a tant de choses qu’il ne peut pas savoir 1 Et ses cha-

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