ACTE I
blier. {Au moment où il s'incline devant Georgette.) Ma sœur, monsieur le vicomte d’Emée, un de nos voisins.
'GEORGETTE
Ohl le nom de monsieur d‘Ernée est connu à Paris... pendant toute une saison, je veux dire une session, on n'a parlé que de lui.
VALENTtNE.
Ah! et pourquoi?
GEORGETTE
Pour un procès qui a eu quelque retentissement.
NOËL
Une affaire de famille..', une ennuyeuse affaire.
GEORGETTE
Il y avait, disait-on, une passion sous jeu.
Madame... de grâce...
VALENTINE
Racontez -nous cela. Oh! nous sommes très-curieuses...
NOËL
Mon Dieu! madame, c’est bien simple. Monsieur le comte d’Ernée, mon père, avait disposé de ma main sans m’en avertir; je devais épouser une mienne cousine, et terminer par cette alliance un long procès qui durait depuis des années... je... je me suis trouvé ne point avoir de goût pour le mariage... et... et le procès dure encore.
VALENTINE, Ot’gC éltlOtion.
Et la cause de ce refus?
NOËL, souriant.
Dois-je la dire?
VALENTINE
Pardon... je vous en avais prévenu, nous poussons la curiosité jusqu’à l’indiscrétion.
georgetA;.
Mais, je ne vois pas cela, moi. — La cause est un amour de longue haleine, pour une dame mystérieuse.
NOËL, avec intention.
Oh I madame, il ne faut pas me faire plus constant que je ne suis, il y a six mois à peine de cela.
VALENTINE, Ô 'part.
C’était pour moi, et il me l’avait caché.
GIROFLÉ, GIROFLA GEORGETTE; souriant.
Ahi la dame de vos pensées doit vous avoir su gré du sacrilice. — Mademoiselle du Fresnay est belle, riche... et vous n’avez pas hésité? — L’a-t-elle su, au moins, la dame mystérieuse ?
NOËL
Non, madame.
CEORGETTE, raillant.
C’est héroïque , ce silence-là 1 — Qu’en penses-tu , Valentine?
VALENTINE
Moi... rien!
GEORGETTE
Tu est injuste ! (A part.) C’çst d’elle qu’il s’agit.
NOËL
Une question... madame. Je vous avoue que je ne comprends pas comment, saus avoir été dans la robe de mon avocat, vous savez. . .
GEORGETTE, souviant.
En étant dans la robe de sa femme.
NOËL
Ce serait à madame Germinal que j’ai eu l’honneur d’être présenté ? {Geurgelle fait signe ^ue oui.)
A elle-même , l’ignoriez-vous?
NOËL
Certes, cl je suis ravi de l’apprendre, car j’espère que madame voudra bien accepter et me rendre un peu de la bonne amitié qui nous lie Anatole et moi... Mais lui, ce cher avocat ?
GEORGETTE
11 est ici ; nous sommes arrivés dans la journée, et le dîner à peine terminé, mon^ur de Kerven atenu absolument à faire son métier de maître de maison. Anatole sera enchanté de vous retrouver au château.
NOËL
Qu’il me tarde de lui serrer la main !
VALENTINE
Eh bien ! vous pouvez vous donner ce plaisir, les voici qui repassent devant le perron.