SCÈNE VI VALENTINE, NOËL
VALENTINE, à part.
Aurait-elle deviné?... (A Noël.) Vous le voyez, je vous obéis.
NOËL, allant vivement à elle.
Valentine, écoutez-moi.
VALENTINE
Parlez, mais parlez vite, mon mari peut venir d’unmoment à l’autre.
NOËL
Le hasard a fait que tantôt votre sœur vous a parlé d’un mariage rompu et d’un procès de famille?
Oui... Eh bien?
NOËL
Eh bien ! ce maudit procès tire à sa fin, nous sommes sur le point de le gagner.
VALENTINE
Je m’en réjouis pour vous, mon ami.
NOËL
Je ne m’en réjouis pas, j’en tremble, j’en frissonne, j’en pleure!
VALENTINE
Vous m’effrayez.
lû GIROFiLÉ, GIROFLA
NOËL
Mon père, qui est k Ernée en ce moment, vient de m’écrire... Voici sa lettre... lisez.
VALENTiNE pTcnd la lettre et lit.
« Monsieur et cher fils, nous sommes sur le point de ga- » gner le malheureux procès du Fresnay. Si nous le gagnons, » les du Fresnay sont ruinés, et votre cousine reste sans » dot. Je ne veux pas que la fille de ma sœur en soit réduite » là. Vous avez déjà une fois refusé ce mariage, j’espère que » cette fois-ci vous comprendrez toutes les obligations que » vous imposent l’honneur, la délicatesse et en même temps » le respect filial. Votre père, comte Jean d’Ernée. »
Comprenez-vous?
VALENTINE
Non... Je vois que votre cousine serait ruinée par la perle de ce procès, et que monsieur d’Ernée ne veut pas que cela soit.. Il y a un moyen bien simple de l’empêcher : partagez avec vos parents.
NOËL
Les du Fresnay refuseraient.
VALENT1.NE
Que le comte dote votre cousine.
NOËL
Les du Fresnay refuseraient.
VALENTINE
Trop de fierté nuit... La faute n’en sera pas à vous.
NOËL
Mais mon père, il est vieux 1... mon premier refus lui a été au cœur... Je tremble à l’idée de dire non, une seconde
fois.
VALENTINE, avec amertume et mpatience.
Acceptez alors.
NOËL
Vous me le conseillez?... je m’y attendais... Oh! les femmes ! les femmes!... L’âme déchirée aux luttes terribles de la passion, venez leur demander un mot, un regard, un sourire pour fermer la plaie ouverte par ou pour elles, rien ! Où le cœur devrait parler, l’esprit seul répond I