ACTE ï
VALENTINE
Monsieur, Noël ; quel conseil voulez-vous que je vous donne ?
NOËL
Ce que je veux?... je veux que vous me disiez : Restez et refusez... au lieu de me dire froidement : Partez et acceptez... Je veux que lorsque je vous apporte une nouvelle (|ui me déchire l’àme, vous ressentiez le contre-coup de ma douleur... Ah I si vous étiez venue à moi comme je suis venu à vous, j’aurais .su trouver une consolation, un soulagement à vos chagrins... je n’aurais pas raisonné froidement ce qu’il y avait à faire... j’aurais d’abord crié : voilà ce qu’il ne faut pas faire... Je veux enfin, madame, que lorsque je viens à vous les yeux rouges d’insomnie et de désespoir, vous ne détourniez pas les vôtres, qui sont restés secs et froids.
VALENTINE
Qui vous dit que je ne les détourne pas pour vous cacher mes larmes?
KERVEN, paraissant au fond avec le Colonel.
Vous dites donc, colonel, que nous aurons le plaisir de voir monsieur. . .
Prenez garde, mon mari.
NOËL
Pardon, pardon, chère Valentine 1 mais voyez-vous, depuis ce malin, je suis comme un fou. Je ne suis venu si lard au château que parce que je ne me sentais pas maître de moi. Répondez franchement, Valentine, m’aimez-vous?
valentine.
Vous me le demandez !
NOËL
Vous le savez, je ne me suis jâmais montré exigeant près de vous, votre alfection a fait de moi l’esclave de votre volonté, un geslé de vous était un ordre , vous m’avez régénéré. Vous m’avez tellement changé, que je ne me reconnais plus moi-même. J’ai voulu, de temps à autre, réveiller le jeune homme, ami du plaisir facile et de l’insouciance, j’ai eu beau faire', cet homme-là est mort, vous l'avez tué. Est-ce de la reconnaissance que je vous dois? J’en doute par
16 GIHOFLÉ, GIROFLA
' moments. Enfln vous m’avez dit : Si vous voulez que je souffre votre présence, respeclez-moi, estimez-moi et airaez-moi. J’ai obéi. Jamais un mot d’espérance n'est sorti de ma bouche, et jamais ma pensée n’a été plus loin que ma parole, tellement je vous estimais et je vous aimais. Est-ce vrai, dites?
VALEKTISE.
C’est vrai .
Eh bien! si à mon tour, je vous disais : Valentine, l’heure a sonné où vous allez pouvoir me prouver que votre cœur n’est point ingrat ; je vous ai sacrifié le bonheur d’une famille entière, je vous ai voué ma vie, Valentine, conûezmoi|votre bonheur et votre vie : que me répondriez -vous?
VALENTINE
Je vous répondrais, Noël, que ce que vous me proposez ne peut être réel. . . Non, ce n’est pas possible, vous voulez m’éprouver. Avouez-le, cela n’est pas.
NOËL. J
Cela est... Dans une heure, une chaise de poste viendra i me chercher. Si vous ne me dites pas : Restez, je vous le jure, je quitterai ces lieux où je croyais tenir le bonheur et ^ où je n’en tiens que l’ombre.
VALENTINE
Noël, vous ne ferez pas cela. . '
NOËL
Sur mon honneur, je le ferai. J’ai trop longtemps souffert en silence; j’ai démérité dans l’amour de mon père, je vous ai tout sacrifié, et...
VALENTINE
Et vous voulez que je vous paye de toutes vos souffrances et de tous vos sacrifices. Oh ! Noël, je n’eusse jamais cru cela de vous. Ingrat, qui ne comptez pour rien les douces et innocentes heures passées ensemble I Cet amour que nul n’aurait pu croire aussi pur qu’il l’était, cet amour qui liait nos deux âmes, n’avait-il pas en lui-même de quoi satisfaire le plus difficile? Savez-vous que je vous ai estimé bien heureux de le ressentir comme moi, savez-vous que je ne l’aurais pas donné pour tous les trésors de la terre , et que
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