‹ GladysChapitre 12 sur 21 · XIV LETTRE A M. HUGUES LE ROUX · texte numérisé non relu

XIV LETTRE A M. HUGUES LE ROUX

aux quelques passages où vous évoquez par delà les fenêtres closes du petit salon de lady Greville. Celle, par exemple, où vous dites en quelques lignes admirables l'aventure du pêcheur normand qui perdit son fils au large. « C'était par une nuit de tempête. Le vent enleva l'enfant qui était monté dans la vergue. De la mer il appelait au secours. Le père l'entendit. Virer son bateau, c'était risquer de le perdre. Il était patron, il avait des pères de famille à son bord. Il continua sa route... » Il y a un art supérieur dans des touches semblables et toute une philosophie dans le contraste entre les visions d'humanité laborieuse que ces paroles évoquent et la frivolité du décor où elles se prononcent ; comme il y a une délicieuse poésie dans la peinture que vous faites, plus loin, de Cladys en robe à reflets changeants et qui dit à ses pauvres : « J'ai mis ma robe neuve pour venir vous voir. » Quelle délicatesse de pitié dans ces quelques mots! Mais n'est-ce pas la pitié qui la perd aussi, la noble et pure femme tombée de son ciel pour n'avoir pas

Lettre a m. iiugues le roux xv

supporté de voir souffrir? Et quoique d'avoir arrêté votre récit comme vous avez fait, enlève au livre la haute moralité de sa conclusion, elle est si touchante cette amie trop faible du dangereux Hubert, que l'on vous est reconnaissant de ne pas nous avoir montré son visage, maintenant voilé par l'ombre de la honte, les larmes qui vont couler.

J'aurais voulu, mon cher ami, mieux vous dire pourquoi et comment j'aime votre livre, puisque vous m'avez fait la flatterie de me demander mon opinion. Le public, lui, vous dira, j'en suis bien sûr, par le succès qu'il lui réserve, la valeur de votre nouvelle œuvre. Merci de me l'avoir communiquée un des premiers et croyez que je suis votre dévoué confrère.

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