‹ GladysChapitre 18 sur 21 · U G LAD V · texte numérisé non relu

U G LAD V

vrais amoureux. Dans celte foi, je ne doute point que l'effort de mon sacrifice ne soit récompensé au centuple.

Comme je me retirais à l'écart, Gladys et son mari sont sortis de la gare; je les ai vus monter en voiture. Ils ne m'aperçurent pas.

Cette angoisse qui m'avait pris au moment d'aborder Gladys m'a tenu tout le jour. J'ai voulu l'analyser froidement. J'en sais le fond : j'ai peur du mari, et c'est un sentiment que j'emprunte à Gladys.

En tendons-nous. Je ne crains pas que le major me surprenne aux pieds de sa femme et qu'il se livre à quelque violence. Grâce à Dieu, le péril me tente plus qu'il ne m'effraie; mais j'appréhende les conséquences morales de cette surprise, car, je le sens, mon amie les a déjà envisagées. Mlle les . cil.' en esl terrorisée. Gladys nV>i point femme à estimer l'héroïsme d'une mattn qui quitte toul pour suivre un amant

Je ne lui en veux point pour cette faiblesse : ce n'est pas son instinct qui est incapable, c'est son éducation qui l'a aveuglée ; et, d'autre part, quand je songe que celte éducation si étroitement morale a gardé Gladys pure et neuve comme je la trouve dans un âge où tant de femmes commencent l'ère des regrets, je suis disposé à bénir une discipline qui a des effets si miraculeux. En même temps, je m'engage à chérir les inquiétudes morales de Gladys, à épouser son respect des convenances, sa terreur du scandale. Je ne dois pas l'oublier : si, pour l'amour de moi et dans le secret de soi-même, elle renonce à ses principes, jamais elle ne voudra qu'il y paraisse devant les malveillants.

A cinq heures, j'ai retrouvé chez elle ce chambellan qui, le jour même du départ, m'avait rencontré au bas de ses marches. C'est un homme qui a plus d'entrain que de finesse, de bonne humeur que de goût.

Il a été élevé à Bruxelles et il émaille sa conversation de citations classiques.

Son salut a été ce vers du vieux répertoire :

La place m'est heureuse à vous y rencontrer,

accompagné d'un : « Parbleu! monsieur... » dont cet homme semblait satisfait.

Gladys a demandé des explications et le bavard les lui a fournies avec un à propos pour lequel je l'aurais bien embrassé :

— J'ai trouvé M. de Brenues le nez en l'air sous vos fenêtres, milady, comme un donneur de sérénades. Gela aurait été très compromettant si tout le monde, excepté moi, n'avait connu votre départ.

Gladys et moi, nons nous taisions : elle, un peu troublée; moi, les yeux à terre. Ce lourdaud nous a soulagés en (juillanl la

place.

Nous avions hâte de nous retrouver en- >rnible ; pourtant, quelques secondes, nous

sommes demeurés silencieux: — ni elle ni moi n'osions livrer le vrai secret de nos cœurs.

Enfin elle a dit :

— Merci d'être venu me voir, tout de suite...

J'ai répondu :

— Je suis allé au-devant de vous jusqu'à la gare.

Elle a fait avec surprise :

— Vous êtes arrivé trop tard?

— Non. Je vous ai vue monter en voiture, un coupé avec un cheval blanc.

— Pourquoi ne nous avez- vous pas abordés? Je l'ai regardée bien en face et j'ai dit :

— Par peur.

Gladys a rougi comme tout à l'heure, quand ce nigaud a dit qu'il m'avait rencontré sous ses fenêtres.

Elle a fait d'une voix altérée :

— Que craignez-vous, si vous ne méditez rien de mal?

Ses mains étaient jointes sur ses genoux ; une seconde, j'ai cru que j'allais l'entendre, cette parole où ma vie est suspendue. Elle est montée jusqu'à ses lèvres, elle ne les a pas franchies; mais elle reste là; elle ne redescendra plus; elle est toute proche.

En quittant Gladys, j'ai couru chez madame de Krebs. J'ai une prière à lui adresser et je ne sais comment je la formulerai ; j'ai peur d'aggraver, en parlant, le motif de mon inquiétude, — et cependant il serait insupportable de demeurer dans l'indécision.

D'un mot, hier au soir, la comtesse ma donné à entendre qu'elle avait flairé ma passion pour Gladys; j'étais si joyeux d'apprendre le retour de mon amie, que j'ai mal caché mon émotion. Si madame de

Krebs a voulu me surprendre par l'effet de cette bonne nouvelle, elle est présentement renseignée sur mes sentiments véritables. Je ne puis supporter cette pensée que mon secret est dans des mains étrangères, même sûres. Il me semble que, chez un homme qu'elle aime, Gladys doit priser la discrétion au-dessus de tout. J'ai peur qu'un mot imprudent, dit à bonne intention par la comtesse, ne me fasse perdre dans l'opinion de Gladys le terrain que j'ai conquis.

Mais comment aborder un sujet si délicat?

Vraiment la comtesse est fine. Elle a vu où j'en voulais venir, et elle m'a épargné l'ennui de faire à notre causerie une soudure de chaudronnier. Donc nous sommes arrivés assez vite à parler des marques d'amour les plus délicates qu'une femme peut recevoir d'un homme épris.

— Ceux-là ne chérissent pus vraiment, a dit madame de Krebs. qui, pour être heu-

reux dans une liaison, ont besoin de l'admiration ou de l'envie des autres. Rien n'est plus blessant que ces indiscrétions par où un amant sans caractère trahit le besoin qu'il a d'encouragements pour persévérer. Enfin ceci afflige plus que tout le reste une femme amoureuse : la recherche des joies de vanité est, chez l'amant qui les poursuit, l'aveu d'une félicité incomplète.

J'ai répondu :

— Je suis si fort dans ces sentiments, que je manquerais plutôt de donner des marques de ma passion à une femme adorée que d'éveiller un soupçon chez les indifférents. Je me ferais scrupule de me confesser à mon plus intime ami, je rougirais comme d'une faiblesse de me laisser surprendre.

Madame de Krebs est tout de suite devenue sérieuse; il m'a paru quelle me quittait en pensée; — sans doute elle songeait à son capitaine,

Elle a dit comme en rêvant :

— Vous avez raison. Cette réserve n'est pas seulement la plus honnête façon du monde défaire sa cour, mais la plus habile. Car le respect ne passe jamais inaperçu d'une femme. Il sert de voile à la tendresse ; l'amour se révèle au travers de ses mailles, plus attirant, plus mystérieux.

Je crois que nous nous sommes séparés, la comtesse et moi, enchantés l'un de l'autre. Elle sent qu'elle pourrait compter sur moi dans l'occasion et je suis assuré de sa bienveillance pour mes projets. Il n'y a pas dans le monde d'alliance plus forte quel'intelligence tacite de deux personnes passionnées qui ont de la finesse et des intérêts communs.

J'ai trouvé chez moi un billet de mon ministre, il me priait de passer immédiatement à la légation. J'y ai couru.

— Voici, m'a-t-il dit avec beaucoup de bienveillance, de quoi il s'agit: J'ai fait partir, hier au soir, un courrier de cabinet et l'on me communique à l'instant une nouvelle qui a de l'importance. Si elle est confirmée, je l'enverrai à Paris, demain au soir, par un exprès. Depuis longtemps vous respirez l'air de Copenhague. J'ai pensé que vous auriez du plaisir à revoir

l'Avenue du Bois, et je vais vous donner la préférence.

J'ai remercié mon chef comme il convenait, mais, tout bas, je me suis promis que je ne profiterais pas de l'occasion. Je m'arrangerai seulement pour faire connaître à Gladys que je sacrifie ce déplacement au plaisir de la voir.

Dans le fait, Paris ne me tente pins.

Si on m'avait dit, il y a six mois, que je négligerais une occasion d'y revenir après quelques semaines d'exil, j'aurais haussé les épaules! Aujourd'hui, je cherche à analyser le charme que je subissais. Après l'expérience, je trouve dans le creuset beaucoup de cendres, pas une pierre précieuse. Mon sentiment pour les Parisiens est plutôt une hostilité marquée. Je suis agacé de penser que des gens comme Hélène d'Ombreuse, d'A réelles ef d'autres, prennent entre deux méchancetés la peine de me plaindre. Gomme ils riraient, s'ils Bavaient que j'.ii irouvé

dans le calme, dans le recueillement d'esprit de cette banlieue européenne le bonheur après lequel ils courent tous en steeple-chase.

Il y avait ce soir un dîner d'apparat à la légation d'Autriche, et comme nous nous trouvions, dans un coin du salon, Gladys et moi, le ministre de France s'est approché et il a dit à ma compagne :

— Milady, si vous avez quelque commission pour Paris, vous pouvez en charger M. de Brennes. Il part demain soir.

Et, se tournant vers moi, le ministre a. fait à demi-voix :

— C'est décidé.

Gladys m'a regardé — et je n'ai pu soutenir ce regard. Il y avait dedans plus que de l'inquiétude, un reproche.

« Eh quoi! disaient ces yeux, je viens de vous sacrifier avec mes plaisirs les intérêts de l'homme dont je porte le nom. Voilà comme vous me récompensez ? »

La chère âme avoue, à son insu, qu'elle a des droits sur moi.

J'ai passé sur le manque d'usage qu'il y avait à traiter devant une étrangère cette question de service, j'ai répondu:

— Je sais, monsieur le Ministre, quel motif de bienveillance m'a désigné à votre choix ; j'en suis touché profondément, mais comme mon plaisir est tout seul en jeu, je vous demande la permission de ne point profiter d'une faveur. M. Monistrol est ici plus ancien que moi et il souhaite vivement d'aller à Paris pour ses affaires.

Mon ministre est trop lin pour avoir cru que je disais la vraie raison de mon refus. Il s'est écrié avec un éclat de surprise tout à l'ait divertissant :

— Comment! vous négligez une occasion d'aller à Paris!... Vous !...

Le ministre m'a mis la main sur l'épaule et il a dit après une pause:

■ — Allons, mon cher, avouez la vérité :

vous êtes amoureux de quelque Copenhaguoise? Il n'y a qu'un homme amoureux pour refuser comme vous le faites.

Puis s'adressant à Gladys:

— Il faudra, milady, que nous découvrions cette femme pour lui faire savoir à quel point elle est aimée.

Je les ai laissés en tête à tète. J'ai traversé le fumoir, je suis sorti sur le balcon.

Ce regard de Gladys m'était descendu dans l'âme comme une pierre dans un étang. J'en étais soulevé jusqu'au fond. J'avais besoin de solitude pour laisser s'apaiser les ondes de joie que je sentais courir sur la surface de mon cœur.

J'étais là, depuis quelques instants, jouissant de la fraîcheur de l'heure et de cette nuit septentrionale, quand tout près de moi un chuchotement de causerie m'a* rendu attentif. Le balcon me tenait prisonnier; j'allais tousser légèrement pour annoncer ma présence, quand j'ai reconnu la voix de

madame de Krebs et puis celle de lady Gre ville.

Elles venaient d'entrer dans le fumoir et la comtesse disait à Gladys :

— Voyons, ma chère amie, quel a été le vrai motif de cette décision? Pouvez- vous préférer notre vie un peu mélancolique de Copenhague à l'occasion brillante qu'on vous proposait?

— Je n'ai pas été aussi séduite que vous le pensez, a répondu Gladys, par les plaisirs très mondains qui m'attendaient à Vienne. J'étais plutôt effrayée de ce grand tumulte de distractions. Mon corps comme mon esprit se lasse vite; mes goûts sont pour des intimités étroites.

— L'intimité, a répliqué la comtes

n empêche pas de faire sa pari au monde qui vous accueille et qui vous aime; je crains plutôt que votre pencha ni pour la retraite ne soit une marque «le l'inquiétude de votre cœur.

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L'embarras de Gladys se trahissait dans sa parole :

— Je vous en supplie, a-t-elle dit, ne m'obligez pas, ma chère Hulda, à découvrir en moi-même ce que je n'y veux point lire. Laissez-moi me persuader que je viens me cloîtrer ici par affection de la vie honnête et sans dissipation qu'on y mène.

Il y a eu un silence; puis madame de Krebs a dit d'un ton de reproche :

— Gladys, est-ce par cette défiance que vous me récompensez de ma sincérité? Vous le savez, si j'insiste auprès de vous, ce n'est pas par curiosité de vos secrets, mais par tendresse. Je sais d'expérience qu'on ne gagne rien à tromper les autres et soi-même; si c'est une passion que vous couvez, elle vous dévorera avec d'autant plus d'éclat que vous l'aurez longtemps ensevelie.

Et la comtesse se mit à presser Gladys sans pouvoir la décider aux confidences. Après qu'elle se fut défendue d'une ma-

nière qui augmenta le désir de madame de Krebs et mes espérances, elle demeura quelque temps dans le silence, puis tout d'un coup reprenant la parole :

— Vous serez bien avancée, Hulda, quand vous saurez le néant de ma sagesse, la banqueroute des conseils que je. vous donnais au sujet de votre inclination pour le capitaine Stanstrup.

Et elle a ajouté presque à voix basse :

— Moi, je ne suis pas veuve comme vous, j'ai un mari qui m'aime... Je ne suis pas libre.

Evidemment, madame de Krebs comprenait aussi bien que moi et ce que Gladya voulait dire, et à quel homme notre amie pensait en s'accusant; mais elle a cru devoir soutenir son étonnement jusqu'au bout, par dilettantisme, ou par l'intérêt qu'elle avait à entendre Glady> préciser ses aveux.

Elle s'est écriée:

— Comment dois-je interpréter ce que vous difes? Vous aimez?

Gladys n'a pas répondu, et son silenceayant paru un aveu suffisant, madame de Krebs dit d'une voix de compassion extrêmement tendre :

— Hélas! ma chère amie, vous parlez à une femme qui ne peut pas vous juger.

Sans doute cette douceur d'intonation, ce rappel à une commune souffrance ont achevé de toucher Gladys. Un froufrou de robe m'a averti qu'elle s'appuyait à l'épaule de son amie :

— Eh bien! a-t-elle dit, recevez un aveu que, jusqu'à cette minute, je n'ai pas osé me faire à moi-même, et, en même temps que la conlidente de ma faiblesse, soyez la gardienne des engagements que je prends vis-à-vis de ma conscience. Il y a dans le monde un homme que je n'ai pu .m'empêcher d'aimer; mais du moins, je jure de ne jamais lui en donner des marques. J'ai pu lui céder dans mes sentiments, jamais je ne lui obéirai dans mes actions; et si un jour

j'avais besoin d'être encouragée, promettezmoi, Hulda, que votre amitié n'y faillira pas.

Que n'aurais-je pas donné à cette minute pour apercevoir les traits de Gladys; je devinais tout ce que l'angoisse et l'amour pouvaient ajouter à son charme. Sans doute, madame de Krebs fut éblouie comme je l'aurais été à sa place par la contemplation de cette beauté aux abois, car elle attendit un peu de temps avant que de répondre.

— Je vous assisterai de toutes mes forces, ma chère Gladys; mais que vous vous adressez mal, si vous voulez qu'on vous fortifie contre les sollicitations de l'amour! Je sais comment on lui cède et non comment on lui résiste. Je ne veux pas usurper plus longtemps une confiance à laquelle je n'ai pas droit, et aussi je veux répondre à votre procédé par un acte qui le vaille. Je vous ai trompée quand je vous ai dil que Stanstrup et moi nous en tenions aux pa-

rôles ; il est mon amant depuis dix-huit mois.

La comtesse a prononcé ces derniers mots avec une tristesse feinte; et comme son amie ne répondait pas, elle a achevé :

— Est-ce que je vous choque?

— Non, a dit Gladys, mais je songe :

voilà comme toutes ces aventures finissent !

Un bruit de chaises dans les salons a couvert les derniers mots de cette causerie; les deux femmes sont sorties du boudoir avec quelque hâte et je me suis glissé derrière elles.

Il a fallu rentrer dans la galerie pour entendre de la musique de chambre. Je n'y avais guère l'esprit.

Par suite d'une singulière angoisse d'âme, j'avais entendu toute cette conversation sans en jouir. On eût dit que j'étais le premier venu et qu'il ne s'agissait pas de mon sort. J'ai commencé seulement à comprendre le sens précis de cette confession quand les ar-

chets se sont mis en route, et, d'abord, je me suis abandonné à la joie ; mais ce n'a été qu'une seconde de griserie. Cette même surprise qui m'éclaire inespérément sur les sentiments de Gladys me fait connaître qu'elle est décidée à me cacher cette tendresse et à s'arrêter au seuil.

Mon amour a conçu un grand trouble de cette découverte attendue. Elle me gâte le plaisir que je ressens d'avoir réduit à une pareille extrémité une femme si différente de toutes celles que j'ai connues. Je me trouve dans le même temps le plus heureux et le plus malheureux des hommes.

'24 juin.

L'isolement et la nuit n'ont pas dompté ces inquiétudes; il les ont bien plutôt exaspérées. C'est sans doute un effet de l'amour que j'apprends à connaître. Il supprime en moi le jugement jusqu'à la faculté de penser; ou plutôt, il leur laisse la place pour plaider, mais il n'écoute pas leurs arguments, tandis qu'il est tout oreilles pour les suggestions d'une imagination affolée. Je suis le témoin de la vie de Gladys; je connais ses actions depuis deux mois, presque heure par heure. Je ne puis, sans

ridicule, douter de ses sentiments pour moi, et pourtant, voici la découverte qu'a faite mon insomnie :

— Gladys a parlé d'une personne qu'elle aimait; mais elle ne l'a pas nommée...

Est-ce bien à moi qu'elle pensait?

J'ai repassé en revue tous les hommes qui fréquentent chez elle; je n'ai pas vu où accrocher mes soupçons. Presque tous mes confrères ont, par la ville, de plates intrigues avec des femmes faciles, et la polit' qu'ils dépensent auprès de Gladys a une couleur toute professionnelle. Maintenant, je ne sais rien de sa vie épistolaire. Souvent j'ai vu des enveloppes chargées d'une écriture masculine, la même, qui traînaient sur sa table. Peut-être un de ces robustes garçons à tête de chevaux dont son boudoir est encombré, lui lient vraiment au cœur. I à lui qu'elle pense; c'est pour ne pas s'éloigner de l'Angleterre où il habite qu'elle a r(ih\<r <h' partir pour Vienne.

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Ces rêveries ont pris du corps tant que la nuit a duré; mon rival inconnu était là, devant moi. Je le frôlais, je le voyais passer dans des allées de parcs, tenant Gladys par la taille. Je songeais que, peut-être, ils s'aiment depuis l'enfance et que la respectabilité du major sert de paravent à leurs amours. Le jour n'a pas plutôt paru que que je me suis accusé de ces soupçons, comme d'une injure envers Gladys. 11 n'y a pas une nuance d'hypocrisie dans son fait, c'est tout d'abord pour sa sincérité que je l'ai aimée.

Ces contradictions m'ont conduit à une résolution où je ne faiblirai pas, pourvu seulement que je la voie saus témoins. Aujourd'hui même, je lui déclarerai nettement mes sentiments et, si elle feint d'en être offensé, je lui révélerai le secret que j'ai surpris, je lui demanderai le nom de cet homme qui n'est pas moi et qu'elle aime.

Cette décision m'a rendu un peu de re-

pos. Je me suis endormi sur le matin ; mais lourdement, et pour m'engager dans un dédale de cauchemars.

J'ai attendu chez moi l'heure de lui faire visite; le capitaine Stanstrup est passé pour me voir, j'ai fait répondre que j'étais sorti. Je craignais qu'il ne me retînt au delà de l'heure où j'ai chance de trouver Gladys toute seule. Dix fois dans la journée cette angoisse m'a traversé l'esprit que, ce soir, je ne la verrais pas, qu'elle fermerait sa porte, pour une migraine, ou par prescience : si près du but, mon inquiétude s'exaspère et cette rencontre me paraît impossible parce que je la souhaite avec trop d'ardeur. Vingt fois je me suis levé pour regarder l'heure, je me suis étendu pour respirer devant la fenêtre ouverte, j'avais la gorge brûlante comme à la suited'une nuii de vin.

J'étais d'ailleurs si déséquilibré, qu'après avoir épié la marche de l'aiguille <nr le

cadran des minutes, j'ai laissé passer l'heure de me mettre en route, ma décision avait fait place à l'abattement. J'ai pris par le plus long pour me rendre chez Gladys ; je sentais qu'un échec auprès d'elle pouvait m'anéantir; je me demandais s'il n'y avait pas de la folie à lui faire ma confession, sans avoir pressenti ses dispositions, uniquement parce que j'avais décidé d'agir.

J'ai monté ses escaliers fort incertain, résolu à tout ajourner. Il s'est trouvé que Gladys avait tout justement quatre ou cinq personnes autour d'elle. Elle m'a tendu sa main avec une nuance de froideur ; tout le monde l'a remarquée et je me suis assis dans le silence. Je m'étais un peu placé à l'écart, espérant qu'elle me demanderait de me rapprocher. Elle n'en a rien fait. Une grâce mélancolique était sur elle. Son visage me paraissait plus pâle que de coutume, presque aussi blanc que ses mains.

C'est le major qui est venu me relan-

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cer dans cette pénombre où je m'effaçais.

— Eh bien ! monsieur de Brennes, a-t-il dit très haut ; vous avez l'air tout décontenancé. Est-ce d'avoir laissé partir M. Monistrol à votre place? Je suis sûr que vous regrettez déjà votre belle action et que votre imagination galope sur la route de Paris?

Puis, sans attendre ma réponse, il a dit à sa femme :

— Vous savez, ma chère amie, le ministre de France et moi, nous avons découvert quelle femme retient notre ami sur les bords du Sund...

Une voix demanda :

— Qui est-ce?

Et le major a conclu en badinant:

— La belle Ingride, la marchande de saumons...

La fille dont il s'agit — une fort belle personne, d'ailleurs vertueuse, — est un des poupazzi ordinaires de notre petil cercle; j'étais bien !<■ vingtième galanl que

l'on attribuait ainsi à la belle Ingride et la plaisanterie du major n'avait rien d'imprévu. Pourtant je me suis senti rougir et j'ai vu que Gladys se troublait autant que moi.

Elle savait à quoi s'en tenir sur le propos de son mari. Sa jalousie eût été plus inquiète de me savoir au bras d'Hélène d'Ombreuse, dans un cotillon, que d'apprendre mes prétendues assiduités auprès de la belle poissonnière; mais sans doute elle souffrait que son mari se montrât si peu clairvoyant, et, par sa sécurité, un peu comique.

Je ne pus m'approcher d'elle qu'un instant, comme elle versait dans la théière l'eau du samovar :

— Demain, lui dis-je, à deux heures, vous sortez de chez vous pour allej visiter vos malades à l'hôpital, vous me rencontrerez sur votre route, au bout de Bregade. Ce ne sera pas par hasard, il faut que je vous parle.

Elle a pâli. Je ne lui ai pas laissé le loisir de répondre une parole, j'ai repris :

— Je suis à bout... Si je ne vous fais point pitié, ne venez pas ; mais alors, je quitte tout, je pars pour Paris ce soir même; je retourne à cette vie de plaisir, où je m'étourdissais, à cette vie dont vous n'aviez pas le droit de me tirer pour m'abandonner par la suite... Viendrez-vous?... Viendrez-vous? ■

Elle restait muette, les yeux baissés, les mains tremblantes.

J'ai eu comme un mouvement de répulsion qui m'éloignait d'elle.

Je m'étais engagé malgré moi, et, à la pensée que peut-être elle m'obligerait d'exécuter ma menace, mon visage se contractai! de colère, presque de haine.

Gladys me regarda. La lendresse et la peur se mêlaient dans ses yeux. Elle demandait grâce :

— Venez demain, a- 1- elle dit, vers quatre

heures, je serai seule; mais pour l'amour de Dieu...

Uu domestique qui s'approchait la empêchée de finir et il ne m'a plus été possible de lui dire un seul mot en particulier jusqu'à mon départ. Seulement, comme je me retirais, elle est sortie du boudoir ; elle m'a conduit jusqu'à la moitié du salon. Il semblait qu'elle me suivît malgré elle et vraiment, à cette minute, il y avait sur son visage le reflet d'une soumission désespérée :

— Songez, lui ai-je dit, comme je me relevais de baiser sa main, songez que vous allez décider du salut d'une âme.

Elle a répondu par un murmure confus, en détournant ses yeux.

25 juin.

Encore une nuit blanche.

Il y a longtemps que tous mes plans sont abandonnés et que je ne fais plus de stratégie ; — je cherche après coup des couleurs de raison à des actes que l'amour m'inspire; car ceci est la seule certitude qui me reste dans le naufrage de ma sagesse : je suis éperdument épris de Gladys. Il ne s'agit plus de savoir si je l'ai choisie par décret volontaire, pour tenter une expérience sentimentale, ou bien si j'ai reçu d'elle le coup de foudre, — le coup de foudre du regard,

comme dans les romans. Je l'aime irrésistiblement, je suis insatiable de sa vue, je ne puis respirer qu'auprès d'elle.

Je suis venu au rendez-vous comme on se porte à un duel, pour attaquer et pour se défendre. On m'a dit qu'elle était dans son boudoir; j'ai jugé qu'elle n'était ni moins fiévreuse que moi, ni moins décidée. Elle ouvrait la bouche. Je l'ai suppliée de me laisser m'expliquer, d'abord. Je me suis assis en face d'elle, sur ce tabouret bas qui est près de sa chaise longue ; mais je n'ai pas mis un genou à terre, comme l'autre jour. Nous avons passé tous les essais de surprise. Tout ce qui semblerait maintenant conquis sur le hasard par ma hardiesse nous laisserait un inoubliable souvenir; nous ne pourrions pas croire ^à la sincérité l'un de l'autre, et ce serait le germe par où, plus tard, notre bonheur pourrait être empoisonné.

Cette décision n'empêchait pas que l'émo-

tion ne m'étouffât et ne fit sombrer ma voix dans ces subites aphonies où l'on sent que lame se brise:

— Je ne viens pas, Gladys, vous apprendre ce que vous savez comme moi, ce que notre commune loyauté ne peut plus laisser dans l'ombre. Le changement que vous avez vu dans ma conduite est un aveu d'amour plus éloquent que toutes les paroles. Vous ne pouvez pas repousser cette tendresse sans me condamner à retomber, de ma vie actuelle, dans mon existence d'autrefois; vous n'y songez point; il s'agit seulement de trouver un accommodement de vie qui, après cette découverte de mon amour, soit digne de nous deux. Je me suis décidé à vous parler qu'après avoir trouvé celle solution. Elle est telle, qu'une honnête femme, • oinme vous, n'y pourra voir qu'une marque de respect d'un honnête homme comme moi. Je vous parle aujourd'hui pour la première et pour la dernière fois de cet amour qui

ne doit rien changer à nos habitudes de vie; demain je viendrai vous voir comme à l'ordinaire; mon esprit sera remonté dans la sérénité dont je ne lui permettrai plus de descendre ; ceci seulement sera nouveau entre nous : à la place de l'inquiétude où j'avais glissé, nous aurons mis une explication loyale; l'effort que vous me verrez faire sur moi-même vous rendra indulgente pour la faiblesse, que j'ai eue, de vous laisser deviner mon amour. Ne dites pas qu'il y a eu abus d'amitié, surprise de confiance ! Grâce à Dieu, j'ai toujours agi près de vous avec une entière franchise. Je vous avais découvert le tempérament que mon genre de vie m'a fait. Je ne vous ai pas caché que la vertu était la dernière chose qui attirât ma curiosité blasée. Je vous ai dit que si je me donnais à elle, ce serait pour l'aimer et pour la servir comme une maîtresse. J'ai écouté avec ravissement tout ce que vous me disiez d'elle, de la joie dont

elle soulève le cœur. Je vous regardais, tandis que vous me parliez, et je n'ai plus distingué l'amour de la beauté morale, de mon amour pour celle qui me la révélait.

Gladys n'a rien répondu. Je n'oublierai jamais l'expression de son visage ! Elle regardait à terre, les yeux grand ouverts et fixes ; sa tête s'était un peu inclinée ; ses bras tombaient ; elle semblait une victime étourdie par un coup de massue et qui, ayant encore la force de fuir, demeure pour qu'on l'achève, comme s'il y avait quelque volupté dans la mort. Je la sentais tout ensemble terrifiée et heureuse. Elle avait honte d'écouter mes paroles, et pourtant elle voulait les entendre. Le vieil homme (jni est en moi a parlé à cette minute, il m'a dit à l'oreille :

« Quelle misère que tuaimescette femme!

Car si tout cela n'était <jue pour l'abuser, comme tu jouiras de cette prostration! »

Cette pensée m'a fait tant d'horreur que

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des larmes de pitié me sont montées aux yeux. — J'ai pleuré sur elle et sur moimême; d'ailleurs le son brisé de ma voix aurait suffi à me rassurer.

— Gladys, me suis-je écrié, tout près des sanglots ; vous ne me répondez pas. Vous me laissez dans l'ignorance de vos sentiments après une telle confidence ; et pourtant, qu'est-ce que je vous demande?... Un droit que vous accordez à tous les gens de notre cercle : la permission de vous voir, de me mêler à ces indifférents. Que craignezvous? Moi ou eux? La démarche que je fais à cette heure doit vous rassurer sur mon respect. Quant à l'espionnage de tous ces gens qui nous entourent, vous n'avez rien à en redouter. Us sont trop occupés d'euxmêmes et de leurs dissimulations pour voir bien clair dans le secret des autres. Et puis ma religion pour vous ne donnera aucune prise à leurs soupçons. Vous le sentez bien, c'est ma vie même qui est en jeu.

Gomme elle se taisait toujours, je tombai franchement à ses pieds. Ce n'était pas le mouvement de désir d'un amant qui cherche à mettre la main sur une femme éperdue ; c'était la prière qui jette les croyants sur la marche des autels quand le poids de la douleur les accable.

Gladys ne s'y est pas trompée. J'ai enfin rencontré son regard ; j'y ai lu une pitié qui était pour nous deux.

— Gladys, lui ai-je dit, sortez de ce silence qui me tue; avouez-moi que vous mv pardonnez ; répondez à ma franchise par une sincérité aussi fière; dites-moi que vous goûterez quelque joie à me voir près de vous; que la sensation de cette muette tendresse, toujours brûlante à vos côtés, vous sera un réconfort dans les heures tristes; dites-moi que vous vous sentirez plus de goût à vivre, en Bougeant qu'une créature humaine met à vos pieds un cœur que voua avez formé.

Je ne puis retrouver, pour les écrire ici, toutes les exclamations, tous les mots pressants que m'inspirèrent mon amour et mon désespoir. Il y a une éloquence de phrases interrompues, des mots sans suite ; elle plaide comme le meilleur des avocats.

Ce cri de mon cœur arriva au cœur de Gladys. Comment d'ailleurs mon humilité et mon obéissance à ses volontés ne l'auraient-elles point désarmée! Je ne m'imaginais point que mon aveu me donnât des droits, mais seulement qu'il me créait des devoirs envers elle !

— Vous venez de me dire, fit-elle enfin avec une lenteur qui pesait toutes les paroles, que votre goût du devoir est lié à votre affection pour moi. Cela devrait m'attrister, cela me touche. Il faut qu'à votre tour vous connaissiez le secret de mon cœur, afin que nous puissions prendre d'accord une résolution digne. J'ai cru honnêtement que j'avais seulement du penchant pour votre

âme et que l'intérêt que je vous témoignais n'allait qu'à relever votre courage. Je me suis trompée — loyalement ; ce n'était pas le prochain que j'aimais en vous, — c'était vous.

Je suis retombé à ses pieds ; mais doucement elle m'a obligé de reprendre ma place en face d'elle.

— Mon ami, ne me troublez pas. Il faut que j'aille au bout de cet aveu. Peut-être il semblerait bien naïf à un homme qui aurait lu dans ma pensée moins avant que vous l'avez fait, et ma candeur me rendrait suspecte ; mais vous m'avez éprouvée et, vous le savez, je dis la vérité quand j'affirme: j'ai connu cet amour lorsqu'il élait trop tard pour l'étouffer.

Et avec une sincérité qui tout ensemble me grisait et m'effrayait à la pensée du prix dontGladys me ferail payer ses confidences, elle m'a conté comment cette tendresse étail née.

— C'est d'abord la façon dont vous avez parlé de votre mère qui m'a touché le cœur. Les hommes de chez nous ont une pudeur à cacher toute faiblesse qui, dans l'amour comme dans l'amitié, nous ôte, à nous autres femmes, cette joie, chère entre toutes : les douceurs de la consolation. Puis, ceci me plaisait en vous. Vous savez bien que je n'ai jamais pris plaisir aux peintures du libertinage, et vraiment je l'ignore ; mais la nature humaine est faible dans tous; à des minutes de sécheresse où mon innocente vie me laissait le cœur vide, je me suis parfois demandé quelle joie passagère, enivrante, était dans les passions, pour que tant de gens s'y livrassent. Ce vertige m'était douloureux, aussi le récit que vous m'avez fait de votre vie, l'aveu que ces estais vous avaient laissé sans consolation, tout cela m'a, dès les premiers jours, attachée à vous. Je guettais votre visite avec impatience ; le bruit d'un pas, aux heures où je vous at-

tends, remuait doucement en moi l'espérance de vous voir. J'étais déçue si un autre que vous entrait. J'avais la terreur que votre œil exercé ne s'aperçût de mon trouble ; et pourtant, quand je vous entendais peindre avec de sombres couleurs l'isolement de tendresse où vous viviez, j'avais envie de vous crier : « Mais moi, ma pensée ne vous quitte pas ! Est-ce que vous ne vous en apercevez point? Ouvrez les yeux ! » J'étais si inquiète de me sentir ainsi habitée par vous que j'ai cherché à me distraire de cette idée fixe. Vous m'avez vue devenir mondaine; j'ai accepté toutes les invitations, j'ai suivi le théâtre et les réceptions de la cour. Rien n'y a fait, j'apportais partout une distraction si évidente que vous-même vous m'nvoz plaisantée. Ohl mon Dieu, que j'ai souffert quand il a été question de ce départ pour Vienne.

J'étais si émue à la pensée de vous perdre que j'ai mal compris ces paroles trop claires,

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par où vous vous êtes expliqué à moi, la veille de mon départ. Je suis partie, la mort dans l'âme; et vraiment j'ignorais encore à cette heure et que vous m'aimiez et que je vous aimais : je prenais tout cela pour une affection permise, la suite fraternelle de notre intimité.

Je ne me lassais pas d'entendre Gladys analyser sa tendresse avec le charme d'une si complète sincérité. Ce petit rien qui faisait l'histoire de notre amour s'enflait pour nous d'une importance qui emplissait le monde; il nous semblait que nous nous connaissions depuis le début de la vie et que nos existences avaient toujours été mêlées. De même, jusqu'au dernier de mes jours, je me souviendrai de cette heure unique ; nos corps et nos âmes étaient ravis d'une joie qui ne les distinguait pas l'un de l'autre ; c'était, sur nos lèvres, la sensation d'un fruit délicieux, dans tout notre être une impression de pesanteur allégée, comme

s'il eût suffi de notre volonté pour nous dégager des lois universelles et pour nous élever face à face dans la pureté de l'air. Pour moi il m'a semblé que j'atteignais à cette seconde le point culminant de ma vie. J'étais inondé d'une lumière vers laquelle je marche depuis les origines de ma pensée. Elle éclairait devant moi, comme à vol d'oiseau, tout l'espace qu'il me reste à parcourir.

Le réveil de ces ivresses a été cette conclusion de Gladys :

— Vous souvenez-vous de cette fable, qui, dans la légende de tous les pays, fait mourir celui qui a levé le voile sur le visage de sa mystérieuse bien-aimée? Tantôt c'est l'impatient qui expire, tantôt le cher fantôme lui est ravi. Yavons-nous pas été ces imprudents qui n'ont pas su se contenter de leur bonheur et qui l'ont perdu pour l<i vouloir connaître?

J'ai saisi ses mains. Je l<i<ai appuyées sur mon cœur, comme un suppliant.

— Gladys, vous ne voulez pas dire que votre volonté nous sépare?

— Hélas ! a-t-elle répondu, je n'ai pas la force d'exiger de vous ce complet sacrifice ; mais ce qui est arrivé nous apprend qu'il faut nous défier de notre tendresse. Tant que l'expérience ne nous aura pas enseigné les limites de notre puissance sur nousmêmes, nous devons nous assurer sur des protections extérieures à nous. Je vous en prie, ne cherchez plus à me voir en tête à tête. Contentez -vous des causeries où plusieurs personnes sont mêlées. Nous ne pourrions nous trouver seuls, en face l'un de l'autre, sans glisser à causer de ces souvenirs; et, vous le sentez comme moi, l'excuse à l'explication que nous venons d'avoir ensemble, à cette découverte de mon cœur, c'est que je vous aie entendu aujourd'hui me parler de votre amour, pour la première et pour la dernière fois.

Gladys était-elle de bonne foi en exigeant

cette promesse? Tout autre que moi en douterait peut-être. Il lui suffit pour qu'elle ne regrette pas sa franchise que je sois persuadé de sa loyauté.

A-t-elle cru à l'exactitude de mon engagement? N'aurait-elle point dû se méfier de ma prompte soumission, de la secrète joie avec laquelle j'ai accepté cet arrangement de vie?

Je le croirais que je ne m'estimerais point lié par ce que j'ai promis. J'en ai fait l'expresse réserve vis-à-vis de moi-même, au moment où j'ai répondu :

— Tout ce que vous voudrez.

Gladys veut que je lui obéisse, mais elle ne le désire pas. Elle fait son devoir en me fermanl sa porte. Je ferai le mien en rentrant par le balcon. Et l'heure viendra où, quittes, l'un comme l'autre, envers notre conscience, nous pourrons nous livrer toul entiers à notre amour.

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