‹ GladysChapitre 19 sur 21 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

1er juillet.

J'ai limité à huit jours mou obéissance aveugle aux volontés de Gladys.

La chère âme est épuisée par l'effort qu'elle s'est imposé et ma tendresse doit la ménager. Passé ce délai je lui ferai violence, par soumission à ses volontés secrètes, bien plus respectables pour moi que ses volontés exprimées.

Le premier effet de cette paix d'âme que Gladys s'imagine avoir reconquise par notre arrangement c'est que, dans les rares minutes où elle me voit, elle ne peut cou-

liit) GLADYS

traindre ses sentiments, sa joie éclate dans ses regards.

Hier elle a reçu, en même temps que la mienne, la visite de mon ministre; il contait les petits potins du jour avec une ironie légère qui enveloppe tout, qui touche à tout, qui ne blesse rien, et derrière laquelle on aurait du plaisir à découvrir de la bonté.

Gladys jouit infiniment de cette spirituelle causerie ; elle est tout oreilles pour mon ministre et tout yeux pour moi. Elle ne peut sourire sans rechercher mon sourire : on dirait qu'elle fait largesse de sa gaieté ; au moins, elle quête mon approbation.

Gomme je veux qu'elle vienne elle-même ,i regretter nos entretiens d'autrefois, j'observe scrupuleusement la consigne. Je ne prononce que les mots de politesse; je reste à mon plan de visiteur effacé. Si je la rencontre au dehors, je me tiens plus strictement encore sur la réservé. Nous venons

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d'avoir un bal à la cour, pour l'anniversaire du roi. J'étais son danseur privilégié; j'ai pris cette fois pour le cotillon la main de la comtesse de Krebs. A dix reprises, pendant la soirée, je me suis aperçu que Gladys me cherchait des yeux. Il y avait de tout dans son regard : du regret, de l'inquiélude, une pointe de jalousie.

C'est un précieux ferment qu'il ne faut point laisser périr; et bien que Gladys ne me donne aucune inquiétude de ce genre, je veux feindre devant elle d'être dévoré d'une souffrance dont elle-même commence à être tenaillée. Dans ce but, j'ai guetté la visite de ce chambellan qui a dansé le cotillon, l'autre soir, avec elle. C'est un fat que tous les hommes voient d'un assez mauvais œil. Il a avec les femmes ces façons familières dont se contentent les hommes qui ne s'élèvent jamais aux réelles faveurs. Je suis monté derrière lui chez Gladys, j'ai amené la conversation sur les conven-

tions de la danse et les libertés qu'un honnête homme y prend avec les femmes.

— C'est, disais-je, une licence qui a quelque chose d'anonyme ; son règne cesse avec le dernier accord, il n'y a qu'un sot qui puisse s'y méprendre et qui continue de déployer ses grâces quand la musique a cessé. Qu'en pensez-vous, monsieur de Glausène ?

Cette question, à brûle-pourpoint, a surpris le chambellan dans la sécurité de sa fatuité; et sans doute l'expression de mon visage donnait à mes paroles un sons où il ne pouvait se méprendre.

— Je pense, a-t-il répondu en hésitant, que tout le monde a la même opinion sur

ots.

Je lui ai su gré de ne pas ajouter : i El sur les impertinents » ; car il <in aurait fallu venir avec lui a une extrémité que je ne recherchais pas. Je voulais seulement effrayer Gladvs en lui donnant le spectacle

de mon intolérance. Je n'y ai réussi que trop. Elle a paru épouvantée de mon attitude agressive. Deux ou trois fois, pendant notre conversation, elle m'a jeté des regards où la peur et la supplication se mêlaient délicieusement à la tendresse. Quand le chambellan a pris congé, je me suis levé comme si je voulais sortir avec lui.

Gladys a-t-elle cru que je le suivais pour lui chercher querelle? Elle a oublié ellemême la règle qu'elle m'a dictée. Elle a fait, avec un sourire composé :

— Monsieur de Brennes, restez, je vous en prie, j'ai quelque chose à vous demander.

Puis, dès que nous avons été seuls :

— Est-ce ainsi, m'a-t-elle dit avec une ardeur de reproche, que vous observez vos promesses? La pensée de me compromettre ne vous arrête pas.

Du moment qu'elle me croyait en faute, il convenait de l'accuser elle-même.

J'ai riposte vivement :

— Ne vous en prenez qu'à vous-même !

La crainte que vous avez de voir paraître le sentiment que j'ai pour vous vous porte vraiment à souffrir d'une humeur trop égale les assiduités des indifférents. Que gagnerez-vous à feindre pour M. de Glausène des indulgences dont vous êtes si avare pour moi? Galant pour galant, il ne vous fera pas plus d'honneur que moi dans le monde, et vous m'aurez torturé comme une coquette.

Gladys tordait ses doigts tandis que je parlais :

— Parlez- vous sérieusement, s'écria-t-elle; vous ai-je déjà donné le droit de me mépriser ?

ï'étaiâ debout devant elle, je loi ai vivement saisi le poignet, et, comme l'autre jour, j'ai appuyé sa main sur mon cœur.

— Gladys, ne prononcez poinl d'inutiles paroles. Vous savez quelle angoisse m'a

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poussé à ces injustices; la défiance n'est que sur mes lèvres ; mais je souffre affreusement de ne plus vous voir sans témoins. J'étouffe d'une mélancolie dont je ne peux plus verser le trop-plein dans votre âme. Voyez l'état où je suis et prenez pitié de moi !

Afin de calmer ses scrupules, elle a dû songer qu'elle me cédait comme l'on fait aux fous pour ne pas irriter leur manie. Et puis, elle craignait vraiment quelque imprudence de mon irritation. Elle m'a dit en me congédiant qu'elle me rouvrait sa porte :

— Je ne veux avoir contre vous d'autre protection que vous-même ; mon honneur est dans vos mains.

4 juillet.

Ce n'est pas seulement Gladys, c'est moimême qui ai pris à cette semaine de tendresse voilée un inoubliable plaisir. Pourquoi l'amour n'est-il pas tout entier dans ces délicatesses, dans l'ivresse d'un regard surpris, d'une main serrée à la dérobée? Pourquoi le désir vient-il troubler le têteà-tête? lia des façons vulgaires, il parle haut, il veut qu'on l'écoute; c'est fini, des qu'il paraît, des délicieuses confidences. Pourtant il faut l'héberger, car, si on le dédaigne, il se venge à la façon des mauvais génies que

les rois des contes de fées oublient d'inviter dans leurs noces. Il ensorcelle, et, jaloux de toute tendresse pure, il change en bête un de ces deux amants qui ne croyaient s'aimer qu'en esprit et en cœur.

Quand j'ai pensé que Gladys était assez remise des précédentes étapes pour s'élever d'une marche dans le sacrifice, je l'ai priée de me donner un rendez-vous pour une promenade. Il a été décidé que j'irais la prendre chez madame de Krebs et que nous ferions ensemble le tour de Longuelinie.

— Gladys, — lui ai-je dit dès que nous nous sommes trouvés en tête à tête, — il faut que je vous ouvre tout mon cœur. Le mensonge dont nous vivons depuis deux semaines ne peut se prolonger indéfiniment.

Sans doute elle était dans le même état d'esprit que moi, car elle n'a pas paru surprise. J'ai commencé :

— Lorsque, il y a maintenant plus d'un mois, je vous ai emmenée dans ce jardin, à

cette même place où vous m'avez dit : « Je serai votre amie, » j'ai cru que c'en était fini de ma vie de misères. Je vous ramène aujourd'hui à ce banc de feuillage, je sais le fond de votre cœur, et que cette amitié était de l'amour. Pourtant, quand je m'examine, je suis presque aussi malheureux qu'autrefois. Combien de minutes par jour me donnez- vous la joie de vous voir? Une heure. Et le reste du temps le désespoir me tient. Je ne puis demeurer chez moi dans la solitude, ni aller dans le monde pour y chercher de l'étourdissement. Habité par une seule pensée, je ne puis me plier à ces insignifiantes conversations d'hommes dont vous n'êtes pas l'objet, — et, près des femmes, j'ai des défaillances d'attention qui trahissent l'unique préoccupation de mon cœur.

Dès que je me suis montré, — juste autant que les convenances l'exigent, — je quitte salons où vous n'êtes pas, je rôde par les rues, je reviens à votre maison, comme

un criminel qui a fait un coup. Je sais que vous êtes là, derrière la fenêtre, un livre à la main, silencieuse. Je sais que dans toute une veillée vous n'échangez pas trois paroles avec l'homme excellent, mais incapable de vous connaître, qui lit devant vous ses journaux interminables. Et à moi qui suis là, dans la rue, fiévreux, les yeux levés vers vous comme un pêcheur vers l'étoile qui le guide, il m'est interdit de monter vos marches ! Il m'est défendu de venir m'asseoir à vos pieds, d'emplir mes prunelles de votre vue, mes oreilles de votre voix. Voilà ma vie hors de vos yeux. Enfin, quand revient chaque jour cette heure où vous souffrez que je vous voie, je me suis tant usé à vous espérer que je ne puis presque plus jouir de votre présence. Il m'est arrivé de fuir en trouvant des laquais à votre porte. J'évite les yeux de vos valets, je voudrais me dissimuler à la vue des gens que je rencontre dans votre antichambre. Il me

semble que tout le monde surprend mon secret et qu'ils sont tous ligués pour m'empêcher d'arriver jusqu'à vous, mari, amis, connaissances, valets indifférents. Tout chez vous me paraît hostile, jusqu'à ces photographies d'hommes qui me regardent avec leurs yeux fixes ! Lorsque enfin j'ai surmonté ces angoisses et que je suis arrivé jusqu'à vous, est-ce que je suis heureux? C'est alors que commence mon véritable supplice. Je n'ose tourner les yeux vers vous de crainte de laisser deviner mon secret. Je vous adresse la parole en tremblant de peur de m'arrêter court et que ma langue servant malgré moi ma pensée ne trahisse la passion qui m'occupe. Je ne suis jamais aussi loin de vous que lorsqu'il me suffirait d'étendre le bras pour vous toucher. Si le hasard nous accorde quelques instants de l(He à tête, vous voulez encore que je mente à vous-même et à moi. Je puis parler de tout, hormis de ce qui nous intéresse. Il

faut que je soutienne une conversation d'indifférence quand tout mon élan serait de me jeter à vos genoux, d'appuyer à vos mains mon front qui brûle, de baiser vos pieds comme ceux d'une Madone, — et si vous ne me permettez pas d'expliquer mon cœur, de le soulager dans les larmes.

Au moins si, tandis que nos paroles mentent, vous m'apparteniez en esprit ! Au moins si, derrière le paravent de cette causerie vide, je sentais que mon âme possède votre âme. Mais toute votre pensée et tous vos sens sont loin de moi, votre oreille guette un pas dans le vestibule, vos regards me surveillent avec inquiétude, l'imagination du péril vous glace plus que le péril même. — Regrettez-vous ? Moi je ne puis pas oublier. Je me souviens de cette main que vous m'avez abandonnée, dç ces lèvres qui m'ont avoué votre amour. J'agonise de votre distraction ou de votre inquiétude, de l'impatience que vous avez de me voir sor-

tir, des prétextes que vous imaginez pour me congédier. Il m'est arrivé de me jurer devant votre porte que je venais de vous voir pour la dernière fois. J'avais envie de me laisser tomber sur votre seuil, de me faire ramasser par la police comme un homme ivre. J'ai regretté mon dégoût du vin qui du moins donne l'oubli, ce sommeil de mort dont j'ai dormi autrefois entre les bras des filles. 0 Gladys! à qui et à quoi me rejetez- vous î...

A l'effet que mes paroles produisaient sur Gladys j'ai connu leur nouveauté pour ses oreilles. Elle a eu la sensation que ses résistances n'aboutissaient qu'à m'exaspérer, et lorsque, après les bourrasques des plaintes, elle s'est sentie tout d'un coup enveloppée de mes soumissions, elle s'est laisser aller, comme un voyageur longtemps battu du vent sent fondre ses énergies dans la tiédeur d'un abri.

Mlle a soupiré, et j'ai jugé avec ivresse

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que cette nuance trahissait moins le remords où elle est de me céder, que le soulagement d'une mortelle contrainte.

— Mon ami, m'a-t-elle dit, je ne puis supporter de vous voir dans cette profondeur de chagrin. Que puis-je faire pour y remédier ?

J'ai répondu :

— Laissez-moi vous parler de mon amour. Laissez-moi vous prouver que vous avez le droit de m'aimer, et que nos présentes souffrances sont l'effet de préjugés déraisonnables...

Elle m'a regardé avec son lumineux sourire.

— Et moi, a-t-elle fait avec une adorable indulgence, qui vous croyais converti ! Vous êtes plus malade encore que je ne le croyais, — si malade qu'il faut d'abord votis guérir avant que de songer à vous amender. Parlezmoi donc de notre tendresse puisqu'il y va de votre repos ; mais n'espérez point

jamais me convertir à vos tentantes théories. Mon sentiment pour vous a brisé ma volonté, mais tout de même il m'a laissé la conscience du bien et du mal ; c'est une flamme qui brille au-dessus de nous, hors de vos atteintes et des raisonnements humains. Tous peuvent l'apercevoir ; il suffit d'ôter le bandeau que notre duplicité se pose sur tes yeux.

6 juillet.

Gladys m'avait permis de passer chez elle dès quatre heures, avant le défilé des visites.

Je l'ai trouvée en conférence avec Sister Florence et la fillette de l'ouvroir.

— Venez voir, m'a jeté de loin Gladys, comme ma filleule a fait des progrès ! Quand nous l'avons prise, après son malheur, elle savait lire bien juste; maintenant, voici comment elle écrit...

Tout en parlant, Gladys me tendait le cahier de sa protégée : c'étaient des versets

de la Bible qui servaient de modèle calligraphique ; tous avaient trait à la reconnaissance et à la belle vertu de pureté.

— Thyra, dit Gladys, je suis tout à fait satisfaite de ton zèle, demande-moi ce que tu voudras, et nous verrons, avec Sister Florence, si l'on peut exaucer ton souhait.

La fillette, qui conlemplait obstinément ses souliers, nous enveloppa tous les trois d'un coup d'œil rapide.

— Je voudrais... commença-t-elle.

— Eh bien ! quoi ?

— Je voudrais écrire une lettre à M. Petersen... pour lui faire une surprise.

Ce fut un changement à vue d'un irrésistible comique. Gladys rougit jusqu'à la racine de ses beaux cheveux ; Sister Florence saisit la fillette par le coin le, Thyra se mil à sangloter, — et moi j'éclatai de rire. Ce Petersen est tout justement le bon vieillard que les tribunaux ont condamné à la prison pour avoir abusé de Thyra !

... Quand nous avons été débarrassés de la jeune pécheresse et de sa monitrice, Gladys m'a dit avec mélancolie :

— Une mauvaise journée, mon ami. On dirait vraiment qu'il y a des jours où tout se ligue pour nous décourager. Vous savez Adams, mon matelot? Il est sorti de l'hôpital avant-hier. Je lui avais donné un peu d'argent... Eh bien, ce matin, on est venu avertir mon mari qu'il s'est enivré dans une mauvaise maison... il s'est affreusement battu; il a blessé une fille avec son couteau.

Des larmes lui vinrent ; c'étaient les premières que je lui voyais dans les yeux; sa bonté les versait sur la misère humaine.

Je lui ai pris les mains avec transport :

— Ne regrettez pas, Gladys, les pleurs que vous venez de répandre. Ils font avancer d'un pas la justice de Dieu; une douleur comme la vôtre doit lui donner à réfléchir sur son ouvrage, vous l'encouragerez à le perfectionner.

Le ton pieux de ma voix et le trouble de son chagrin ont empêché Gladys de se révolter contre une opinion que son orthodoxie, à d'autres minutes, aurait taxée de blasphématrice.

J'ai continué :

— C'est la seule contrainte imposée, au nom de votre discipline morale, à cette enfant des rues, à ce pauvre matelot, qui fait leur péché. Vous venez les trouver dans leur misère avec d'affectueuses paroles, vous leur faites du bien ; au lieu de vous en tenir là, vous ajoutez un sermon à votre charité; vous leur dites : « Maintenant que je t'ai secouru, promets-moi de renoncer à tous les instincts de ta nature? » ils répondent « oui » pour vous faire plaisir. Et, quand vous avez le dos tourne, ils retournent à leurs passions. Voilà cette pauvre Thyra : son mot est d'une bonne petite fille qui a «le la gratitude dans le cœur. Mlle se souvient que ce Petersen a été doux pour

elle. Il Ta gâtée. Peut-être il l'aimait ; et le jour où elle le peut, elle voudrait à son tour lui faire plaisir. Oui, je sais bien, il a abusé d'elle; mais je ne serais pas embarrassé pour vous citer, dans votre propre pays, des lords septuagénaires qui épousent des fillettes. Ils les font, il est vrai, passer par l'église, mais tout cet appareil de piété dont ils couvrent leur sénile désir, me paraît, à moi libertin, une profanation. Je les mets plus bas que Petersen, à cause de leur hypocrisie. Quant à votre matelot, son cas est tout aussi clair; il s'est euivré parce qu'on lui a fait boire du vin frelaté; il s'est battu parce qu'on profitait de sa déraison pour retourner ses poches; soyez certaine que, tout de même, il a pris dans cette aventure la quantité et la qualité de plaisir dont il est capable. Après des jours de misère, votre argent lui a procuré les ivresses qui sont à sa portée. Vous avez fait une bonne action, car la joie de la créature est la justification de Dieu.

Gladys a souri tristement :

— Vraiment, dit-elle, comme vous arrangez toutes choses. À vous entendre, il n'y aurait pour bien faire qu'à obéir aux instincts de sa nature.

Je l'ai interrompue :

— C'est bien cela que je crois. Je refuse d'admettre qu'un Dieu parfait, qui pouvait demeurer dans son oisive perfection, a créé l'homme avec des instincts pervers, pour se donner le spectacle de ses luttes. Que penseriez-vous d'un enfant qui s'amuserait à noyer les terriers de fourmis pour voir ces petites bêtes sauver leurs œufs du naufrage? Ce Dieu, dont les religions vous parlent . est encore plus repréhensible...

Elle ne souriait plus, elle aurait voulu que je fisse trêve pour défendre sa croyance attaquée. Mais je ne lui ai pas donné le loisir de respirer :

— Non, non! me suis-je «cric. Le Dieu auquel on prête toutes ces mesquineries i t

ce goût des formalités législatives est une invention des castes qui, depuis les origines des temps, aspirent à tyranniser la foule. Le Dieu tel qu'elles l'imaginent n'est que le général d'une immense armée de gendarmes et de gardes champêtres. Il fait des proclamations sur la morale, sur le bien, — dans le fait on ne le met en campagne que pour la défense de l'argent : c'est le Dieu des propriétaires et de quiconque a mis ses économies dans les caisses d'épargne.

Encore une fois Gladys a voulu protester; en vain. J'étais lancé, il a fallu qu'elle m'entendît :

— Le respect de la propriété et de l'argent, voilà le fond de l'éducation que l'on donne aux femmes, le fond du mariage.

Le prêtre n'est qu'un figurant dans la cérémonie, le sacrement qu'une représentation; le véritable officiant du mariage c'est le notaire, l'acte essentiel c'est le contrat. Tout plie devant les observations de ce

tabellion, qui pèse deux fortunes sur sa table. On lui sacrifie tout : la foi, les préjugés, l'amour. Et quelles précautions on a prises pour que la jeune femme ne rompît point ce pacte d'argent qui est l'acte essentiel de la civilisation! 11 y a en elle un instinct qui fleurit après les autres et qui a été mis par Dieu dans toute créature : c'est le désir de trouver sa joie particulière en perpétuant l'espèce. S'il y a quelque chose qui prouve Dieu, c'est sûrement cet instinct qui porte chaque être à oublier ses douleurs pour prolonger le règne de la vie sur la terre. Cependant les civilisés prennent les femmes dans l'enfance afin de leur enseigner que l'honneur féminin consiste à repousser l'homme avec lequel on n'a pas un pacte légal d'argent. On est disposé à excuser toutes les faiblesses de la femme, si elle s'observe sur cet article essentiel et contre nature. On use pour la convaincre des moyens les plus déloyaux. On sait que sa

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noblesse d'instinct admire dans l'homme le courage; on lui dit : « Vous méprisez le lâche? Eh bien I une femme qui se livre à tout autre qu'à un mari, pèche autant contre l'honneur qu'un soldat qui fuit devant l'ennemi. » Cynique mensonge ! On voudrait mettre sur le môme pied la couardise de l'homme qui a peur de la mort et le vertige de la femme qui cède à l'amour ! Il n'y a pas un cerveau pensant qui ne fasse isolément justice de ces hypocrisies. Voilà le fond des faits : comme le petit de l'homme naît infirme pour des années, comme la mère ne peut trouver, dans un monde où l'argent possède tout, de quoi soutenir son lait, il ne faut pas permettre à la fille de se donner à un passant. L'enfant et l'accouchée tomberaient à la charge de la société. De même la femme mariée, — voire à un misérable qui la frappe, qui la trompe et qui l'abandonne, — ne peut chercher la consolation dans un amour extérieur au mariage.

Il ne s'agit ici ni de pudeur ni de respect,

— la vraie impudeur, c'est de livrer une femme comme un esclave à un être qui n'a sur elle que des droits légaux ; — le respect — il n'est pas aveugle comme l'amour, il ne croit pas dans l'illusion. Ce qui préoccupe une fois de plus le législateur et ses complices, — le moraliste et le théologien,

— c'est la question d'argent! On ne veut pas que l'amour introduise dans le mariage un héritier nouveau, que la part des légitimes propriétaires en soit diminuée. Peu importe si, pour maintenir l'intégrité de ce patrimoine, on broie des vies, on désespère des âmes. Voilà le vrai péché des hommes, l'impiété impardonnable, l'atteinte directe à l'œuvre de Dieu ! Il avait bâti le monde sur l'amour, les hommes lui ont substitnr l'argent.

L'aspect de Gladys était l'étourdissement d'une femme qui a voulu nager contre une mer démontée, et que les vagues finissent

par rouler à la plage. J'ai senti tout le péril qu'il y aurait à profiter de cet abattement pour lui demander de répondre à mes arguments ou de s'y rendre. Hier encore elle était trop sûre de ses croyances pour les abandonner sans un déchirement d'orgueil. Je n'imposerai pas une telle souffrance à toutes les fiertés de sa nature, et d'ailleurs, il eût été contraire à mes intérêts de la presser après cet assaut. Elle se serait effrayée de mon impatience, elle aurait flairé que je ne parle pas seulement en général pour l'amour de la vérité, mais en particulier et par désir d'elle.

Je me suis apaisé, je me suis jeté sur ses mains, je les ai baisées avec une sincérité de chagrin qui me surprenait moi-même.

— Hélas ! Gladys, quelle folie m'a* porté à vous découvrir ces réflexions ! Je risque de me perdre à vos yeux et je ne vous convaincrai jamais!...

Je ne m'étais pas trompé en estimant que

mon amie me saurait gré de cette dernière parole. Elle était un hommage à sa vertu, elle la rassurait sur elle autant que sur moi, et cependant elle recouvrait comme une pelletée de terre succulente et chaude le germe d'affranchissement que j'ai jeté dans cette âme.

8 juillet.

Voici que nous en sommes à discuter des distinctions de l'amour et du désir.

Il y a des jours où Gladys le considère comme une tentation d'origine divine, la pire de toutes. C'est un terrain sur lequel je suis toujours assuré de la vaincre. Je reprends et je dédouble les arguments de mon premier plaidoyer, je lui fais sentir la profonde impiété de cette théorie qui fait de Dieu on ne sait quel spectateur sénile dont le diable serait le pourvoyeur. J'ai avec moi tous les poètes, tout l'art et le vertige

naturel du cœur, contre les artifices aes théologiens. Je suis assuré de la victoire; mais, selon ma constante discipline, je n'en triomphe pas. Au contraire, quand je vois que Gladys est muette, je lui fournis, comme malgré moi, des répliques émoussées. Je prépare la place du gazon où je veux qu'elle tombe, mollement, et sans souffrir.

— A supposer, me disait ce matin mon amie, que vous ayez raison — ce qui n'est pas démontré, — à supposer que l'amour échappe à la volonté, qu'il nous écrase irrésistiblement, comme la foudre, restent les sens dont nous sommes les maîtres. Je ne vois pas de lien logique entre la tendresse innocente du cœur et la chute dans les brus d'un homme.

C'est là un point que je dois aborder avec

<1<; grandes délicatesses. Le seul moyen

d'obtenir d'elle, un jour, les dernières con-

ions, c'csl de ne point montrer qu'on

lc< a espérées.

J'ai répondu :

— Je crois, Gladys, que beaucoup de femmes sentent comme vous. Les joies du cœur leur suffiraient dans la tendresse, et si elles se donnent à ceux qui les aiment, c'est avec un effort de sacrifice, dans une exacte intelligence de la nature de l'homme.

— Eh quoi ! s'est écriée Gladys, êtes-vous vraiment si englués dans l'égoïsme des plaisirs ?

J'ai secoué la tête :

— N'accusez pas l'homme, Gladys, il est dans sa destinée, quand il réclame la possession de celle qu'il aime. Vous ne pouvez juger de son instinct avec justice sur le spectacle qu'il vous donne dans les conventions de la vie sociale. Il faut prendre l'être libre, tel qu'il est sorti des mains d$ Dieu. Voyez ce qui se passe dans cet état primitif : comme la nature qui se désintéresse des individus n'a songé qu'à la continuation de l'espèce, peu de mâles suffisent à perpétuer

la vie ; il importe seulement qu'elle soit transmise par ceux qui sont beaux et qui sont forts ; de là cette terrible bataille qui assure à un seul cerf la jouissance d'un troupeau de biches, des harems aux sultans. Nous autres, nous élevons tous les mâles de notre race; même une fausse pitié nous porte à conserver pour des vies rachitiques ceux que la mort avait marqués dès leur naissance. Et nous ne songeons pas que chacun de ces surnuméraires porte en soi le désir des multiples possessions ! De là tant de troubles passionnels dans l'exercice de la loi ; de là les licences que l'on accorde aux jeunes gens, — et ce proverbe qui est un acte accidentel de sincérité : « Il faut que jeunesse se passe. » Cette furie du désir s'apaise, l'homme comprend que, dans la tendresse comme dans toutes choses, la perfection veut que l'on s'élève de la multiplicité à l'unité. Il commence à concevoir l'amour. Il cherche la femme unique qui

réunira pour lui toutes les beautés de l'espèce, celle qui fixera son désir. Entendez bien mes paroles, Gladys : je dis celle qui fixera son désir, et non celle qui en triomphera. Cet acte, qui vous choque, n'est point si égoïste que vous l'imaginez; c'est, au contraire, un acte de charité et d'espérance. Il associe les races futures à l'ivresse momentanée de nos cœurs.

Le visage de Gladys s'est abaissé :

— Voilà quatre ans que je suis mariée, a-t-elle dit avec tristesse, je n'ai pas eu d'enfants ; je n'en aurai jamais.

Sa douleur était si profonde sous ces simples paroles que je me suis senti le devoir de la consoler, même aux dépens du vrai :

— Croyez-vous, lui ai-je dit, qu'il n'y ait dans le monde qu'une sorte de maternité, la maternité animale qui fait les os et la chair? Quand Dieu a infligé à des femmes l'épreuve de stérilité, il a songé à quelques

âmes qui pouvaient seulement trouver leur salut par ces mères sans enfants. Me voilà, moi, misérable et indigne de votre tendresse ; est-ce que je ne suis pas arrivé devant vous nu et sans secours, comme un nouveau-né? Et où ai-je pris la force de vivre, sinon dans ce lait d'espoir qui coulait de votre bouche.

Gladys versait de douces larmes en m'écoutant. Admirable effet de l'amour ! Je songeais moins aux progrès que j'ai faits dans son cœur qu'à la joie de l'avoir un instant consolée.

12 juillet.

Je viens de recevoir une él range nouvelle.

Manette s'est souvenue de ses promesses. Elle a trouvé un imprésario qui va promener ses chansons à travers l'Europe. Elle a fait inscrire Copenhague sur son itinéraire de tournée. Elle passera un seul jour chez nous. Les journaux sont pleine de cette nouvelle. Ils consacrent à la chanteuse « fin de siècle » des colonnes de dithyrambes ou d'injures selon l'orientation de leur politique.

J'ai lu toute cette imprimerie avec un peu d'inquiétude. Ces détails biographiques sont envoyés par des correspondants parisiens, et je craignais quelque allusion fâcheuse à ma liaison avec Manette. Ce ne serait pas une nouveauté pour Gladys.

Madame d'Ombreuse lui a dit charitablement un mot de mon aventure et j'ai pris les devants à toute question pour me donner au moins le mérite de la sincérité.

Grâce à Dieu, les chroniqueurs m'ont épargné, mais tout de même Gladys aura vent de cette visite. Cela va la jeter dans un grand trouble au lendemain des explications si voilées, mais si nettes, que je lui ai fournies, sur l'appétit voluptueux des hommes. Je ne puis pas permettre que ces inquiétudes soient perdues. Il faut qu'elles lonrnent au profit de notre amour.

évidemment Gladys a parcouru 1rs journaux, j'ai cm pourtant qu'il serait habile de ne pas lui parler tout le premier de cette

petite aventure. Par là je ne m'exposerais pas au reproche d'attacher de l'importance à cette visite, et si Gladys veut m'interroger là-dessus, je jugerai jusqu'à quel point elle est impressionnée.

Nous avons commencé de bavarder sur les bagatelles du jour.

Gladys n'a pas fait l'ombre d'une allusion à Manette. Elle semblait si à l'aise dans cette ignorance que, à part moi, je me demandais :

— Sait-elle vraiment la nouvelle ?

Un délicieux coup de théâtre est venu m'éclairer sur les sentiments que Gladys me cache.

Le Major est entré comme un ouragan.

Il tenait à la main une grande enveloppe.

— Voilà, a-t-il dit à sa fomme, les photographies que vous m'avez demandées.

Gladys a rougi jusqu'à la racine de ses cheveux, et, comme je la regardais, inter^ loque, elle s'est hâtée de dire :

— Ce sont les portraits de cette chanteuse dont tout le monde parle, mademoiselle...

Elle qui ne ment jamais, elle a feint de pas retrouver le nom !

Le major est venu à son aide :

— Mademoiselle Manette.

Et, se tournant vers moi :

— Mais au fait, vous la connaissez?

J'ai répondu avec beaucoup de flegme :

— En effet. Je faisais partie de la petite bande de curieux qui a découvert Manette dans un théâtre de Montmartre. Nous l'avons mise à la mode en protégeant ses débuts.

Bien entendu, je n'ai pas laissé voir une seconde que j'avais deviné l'intrigue de cette délicate comédie. Gladys a dû penser (jue je ne m'étais pas avise de sa rougeur. Gela est important: elle est trop iière pour avoir honte devant l'homme du monde qu'elle aimerait le plus ; et il y avait une

dissimulation un peu hardie à choisir un innocent mari pour éclairer sa jalousie.

Car c'est bien là le sentiment qui a inspiré à mon amie ce mouvement de curiosité. Elle veut savoir si Manette est mieux faite qu'elle-même pour donner de l'amour. Et, après la franchise de mes aveux, elle craint une surprise voluptueuse, un reveuez-y de désir. Je l'avoue franchement, j'ai regretté, à cette minute, que Manette n'ait pas une beauté classique; des lignes sculpturales auraient troublé la jalousie de Gladys plus que les formes grêles de Gavroche. Heureusement cette gracilité capiteuse a été atténuée par les nigauds de photographes ; ils ont effacé le petit voyou parisien, c'est une faunesse qu'ils présentent. Je ne doutais pas que le major n'aperçut ce côté du personnage ; mais il pouvait échapper à Gladys et je ne voulais pas qu'elle fut trop rassurée. J'ai laissé mon amie examiner ces photographies et quand elle a dit :

— Elle n'est pas jolie.

Je me suis hâté de répondre :

— Elle est mieux que cela, elle est amusante.

Gladys a relevé la tête et, une seconde, elle m'a fixé avec ses yeux clairs.

— Qu'est-ce que c'est qu'une femme amusante?

J'ai répondu avec un sourire :

— Un être qui rit quand on lui parle d'amour et qui pourtant ne vous rebute pas : une ironique qui s'attendrit au moment où l'on va vraiment souffrir ; une mélancolique qui éclate de rire si on essaie de la consoler; une femme qui est l'incarnation de l'imprévu et du caprice; une camarade qui vous donne de tous les rêves une illusion, juste assez intense pour qu'on ne soit pas dupe*

Gladys a dit avec une nuance d'impatience :

— Enfin, un jouet pour les vieillards.

J'ai cru qu'il (allait la pousser jusqu'à ta

GLADÎS •)■>

mauvaise humeur et j'ai dit comme si je parlais à moi-même :

— Quel homme de ce temps n'est pas vieux?

Gladys s'est levée, elle a posé les photographies sur la table, elle m'a tourné le dos et elle est allée jusqu'à sa jardinière où elle a feint d'arroser ses fleurs. Charmante et trop adorable amie ! Que ne lisait-elle dans ma pensée à ce moment-là I Elle aurait vu que sa bouderie me rendait plus heureux qu'un sourire.

Le major et moi nous étions restés debout, en face l'un de l'autre :

— Je ne crois pas commettre une indiscrétion, m'a dit sir Reginald, en vous avertissant que vous allez trouver, en rentrant chez vous, une invitation de M. *Zerboni. Il veut donner un souper, après le concert, en l'honneur de mademoiselle Manette. Il nous a invité tous. Il compte particulièrement sur vous*

Gladys s'est arrêtée d'arroser ses fougères et elle a dit a son mari assez brusquement :

— Vous irez à cette partie fine?

— Certes, a répondu le major, les occasions de plaisir sont trop rares ici pour qu'on les néglige.

Il y a eu un silence. De nouveau, j'ai entendu la pluie de l'arrosoir sur les feuilles des fougères; des gouttes étaient suspendues au bout des branches ; un peu de soleil les traversait. C'était comme le reflet du sourire près des larmes avec lequel ma chère Gladys m'a dit au revoir.

Comme il faut que je lai nie pour la laisser sur cette petite peine !

\\ juillet.

Il est bien entendu que je n'irai pas à ce souper où le major se promet tant de plaisir et qui exerce d'avance la jalousie de Gladys ; mais, jusqu'au dernier moment, elle ignorera ma résolution. Je dois imiter le courage des médecins : ils font souffrir leurs malades pour les guérir. Quant à Manette, j'arrangerai les choses avec elle.* C'est une fdle intelligente. Elle ne se fâchera point.

Les journaux continuent à nous entretenir de sa venue. On en parle dans tous les salons, à la ville, à la cour, chez les Greville comme

ailleurs. Gladys a pris le parti de ne plus laisser paraître le déplaisir que cet incident lui cause. Elle disait tout à l'heure à madame de Krebs :

— Irez- vous l'entendre ? Moi, je crois que je ne vous accompagnerai pas. Je n'aime pas les plaisanteries à double entente, probablement parce que je suis un peu bête... Je ne comprends pas.

Cette contrainte rend l'humeur de Gladys assez capricieuse. Presque sans nuance, elle passe de la mélancolie à des éclats de gaieté. Elle n'est jamais tout à fait mêlée à une société ou à une causerie. On croit la tenir et elle s'échappe dans des distractions subites. Cela met dans ses allures un imprévu qui a du piquant.

Pour moi, elle me boude, malgré sourires. Depuis une semaine, elle s'est arrangée pour que je ne la voie pas une seule fois 61) lèle à tète. Je suis >ur l'œil avec elle

comme avec un joli cheval ombrageux.

XUÏ

17 juillet.

Manette est arrivée ce matin.

J'avais passé, hier soir, à son hôtel pour lui annoncer ma visite. Je ne veux pas qu'elle paraisse chez moi. Tous les reporters de la ville sont à ses trousses et ils ne manqueraient pas d'annoncer la nouvelle, le lendemain, dans leurs journaux.

Je me suis glissé à l'hôtel, incognito, avant le dîner. J'ai dit à Manette que j'étais engagé dans une liaison avec une mondaine, qu'il me fallait user de grands égards envers elle, à cause de la sévérité des

mœurs; enfin, qu'il me serait impossible de paraître au souper.

Manette a ri de tout son cœur :

— Es-tu devenu assez Danois, mon pauvre garçon ! Elle ne te fait pas porter un collier, ta dame, avec son adresse?

Puis, prenant l'air grave que les filles empruntent quand on les mêle aux affaires d'amour, elle a continué :

— Tu es bête! Il fallait me prévenir, je ne serais pas venue.

Elle a dit cela avec cette pointe de mélancolie pour rire, qui donne tant de ragoût à sa conversation. Je me suis senti des torts envers elle. Je me suis écrié :

— Jamais je n'aurais fait cela, Manelle. Je suis ravi de te voir. Ce soir, en rentrant du souper, tu me trouveras ici.

Tout est bien arrangé ;iinsi, car vraiment je ne pouvais refuser à eette charmante fille, qui a passé l'eau pour me dire !>«>iijonr. I;i faveur «l'un entretien. Mariette tient

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