BOUTHILLIER
Le cardinal, toujours à Tarascon, adressait une nouvelle lettre à Honoré II, ce môme jour, H juillet :
« Monsieur, j'ay esté extrêmement aise de cognoistre,
< par la lettre qu'il a pieu à Vostro Excelence m'escrire, « qu'elle soit arrivée heureusement à Monaco. Je luy « rends mille grâces des oflres qu'elle a agréable de me « faire, et ia suplie croire qu'en revanche je correspon- 4( dray tousiours à Taffection qu'elle me tcsmoigne,el ce,
< par tous les effects qu'elle sauroit attendre de la sin- « céi'ité de la mienne en son endroit, comme estant « véritablement,
« Monsieur,
« Vostre très afl'ectionné serviteur.
« De Tarrascon ce 3« juillet 1(342. »
Kn présence des craintes d*attaquo sur Menton le comte d'Alais écrivait au Prince, le 5 juillet :
« Je ne puis avoir une plus grande joie que celle de 4L témoigner à Vostre Excellence avec quelle passion je « rhonore. Je luy envoie un ordre pour la milice qu'elle « veut jeter dans Menton, dont ie la supplie de ne se « servir que dans la nécessité et les renvoier après le « passage de l'armée de Naples. Je ne puis croire que « les Genuois soufrent que les llespagnols fassent des « inhumanités pareilles dans la rivière de Gennes. Je « suis asseuré que le Roy en auroit un extrême ressenti- 4L ment etqueLouan(l) et les autres terres du duc Doria c serait d'un exemple notable du châtiment que Sa < Majesté en fairoit. >
(1) Luano sur la Rivière de Poncnt.
« Je n'ay jamais douté >, écrivait encore Alais le 2i juillet, « que riniention des ennemis ne fût telle « qu'il vous jilait de me le dépeindre. Mais il esl très * imporiant de se persuader qu'ils nous en veulent et de
< se tenir jusque à ce qu'ils aienijoint leur armée do
< Terragonne. au mesme estât que s'ils vous dévoient *. attaquer.
* Depuiâ le retour du aieur Hjeronimo Rey, j'ai € envoie vitiiter monsieur le prince cardinal de Savoye. « qui m'a fait rendre la visite par le sieur baron de
< Vallegran, a qui je me suis ouvert du juste soupçon « qiio le volage du maistre du camp Tuttavilla en poste
< à Tiennes, me donne. Je rrains que le long seiour t qu'il a fait dans la ville de Nice ne luy ait donne des
< iulelligences dans Villefranclie ou ailleurs, qui donnât a occasion à nos ennemis de les hasarder en leur passage,
< quiseruit, si elles reiississnient, un des plus grans maux « qu'ils nous pourroient faire. »
Un événement impatiemment attendu vint faire diversion à ces appréhensions. Le35 juillet 1642, la marquise des Baux, belle-fille d'Honoré 11, donnait le jour à un premier né qui devait être un jour le prince Louis l". Cette nouvelle fut aussitdt portée au comte d'Alais, alors à Cannes, qui connaissait le désir du prince de solliciter du roi la faveur de donner le nom à son petit t]Is. La comtd répondait '.e lendemain, 26 juillet :
< Les bonnes nouvelles de l'heureux accouchement
< de madame la Marquise sont une bonne fortune qui
< regarde aussi bien la France que la maison de Vostra « Excellence. Je crois qu'elle ne peut mieux faire que « d'olfrir au Roy le fils qu'il a pieu a Dieu de luy
< donner, par un coorrier eiprès qui passera par « Fréjus, et verra Son Eminence en son passage. >
L» «lemande d'Honoré H devait recevoir le meilleur accueil. Le chevaliet Ue Villeneuve Thorenc, cette fois encore, envoyé à la cour pour porter la nouvelle au roi, fut reçu à Chan'tlly. La réponse était de nature à âatter amgulièremenl le prince :
< Mon coiiain, j'ay apris avec grand conteniemeat « par vostro lettre la grâce qu'il a pieu à Dieu voua « faire en voua donnant un peiii<tîls qui aasnre d'autant ¥ plua la succession de vosire maiaon ; sur quoj j'ay
< entendu favorablement et avec pUisir tout ce que le
< chevalier de Villeneafve m'a dit de vostre part pour « me tesmoigner dans celle occasion la continuation da « vostre affection vers cette couronne; mais panicnliè- « roment j'ay eu trê^ agréable la prière que vous « m'avez faicte de présenter vostre petit fils au saint « bnptesme. C'est ce que jo foray de très bon cœur par
< mon cousin le comte d'Alaî.s. lequel j'ay cboisy pour ( me représenier eu cotte action, je m'assure que vouB « serez bien aise de ce que je hiy ay donné cette com- * mission comme à une personne de naissance et de « dignité convenable, et qui a beaucoup d'affection « pour tout ce qui vous regarde. Soyez cependant tous- « jours assuré de lu mienne eu vostre endroict et du « devoir que j'ay de vous en donner toutes sortes de « preuves, priant sur ce Uieu qu'il vous ayl, mon cou- « sin, en sa sainte et digne garde. Ëscrit à Chantilly, « le xxiiii' aousl 16i2.
« LOUIS
< BOUTIIII.LIER. >
[^'émiasaire d'Honoré IT s'arrêta au retour, à Saint- Vallier, auprès du cardinal de Richelieu qui y séjournait. Il on rapporta une lettre du cardinal, la dernière que nous trouvions aux archives de Monaco.
< Monsieur, « Il msst impossible de laisser retourner ce gen- ( tilhomine trouver Vostre Excellence satu luj' lesmoit gner la joie siiigulièie que j'ay de ce qu'il a pieu à t Dieu luy donner un petit fils pour ! augmentation de { sa famille. Je suplie la bonié divine de la combler de < plus en plus de ses grâces, et me donner le moyen de 1 iiiy faire paroiatro en la servant jusque» à quel point I je suis. Monsieur, voslre très affectionne serviteur.
f De SainuValier, le premier septembre 1642. >
Pendant que le prince recevait des marques aussi vives de l'inlérét du roi et du cardinal, les complots ourdis par les agents espagnols continuaient à troubler la sécurité de la place et celle d'Honoré II et des siens. C'était à Gênes que ces machinations ae perpétraient encore. Il en vint au comte d'Alais les avis les plus circonstanciés; ils émanaient du nouvel ambassadeur de France, M.d'Amontot, qui, après nue assez longue interruption, remplaçait M. de Sabran. Deux hommes faisant partie de la domesticité d'Honoré H étaient formellement désignés comme ayant accepté la mission d'attenter à sa vie et à celle du marquis des Baux ; on devait en mtïme temps faire sauter les magasins à poudre et préparer ainsi une attaque brusque du càté de la mer. Les lettres du comte d'Alaia qui transmet latent ces avis â Honoré II méritent d'ôlre citées.
« Monsieur, > écrivait Alaia au prince a ta date du 10 août, «je n'aurois pas dilTéré à faire entendre à < Voslre Excellence les avis certains qui m'ont esté
« donnés depuis quelques jours, si Taffaire eût este « pressée. Mais comme Dieu ne permet pas aux ennemis « de cet estât de pouvoir exercer leurs malitieus des- « seins, ils sont contrains, à leur grand regret, de les € différer. Il est très vray. Monsieur, que depuis que « vous avcs si généreusement secoué le joug de leur < servitsid^ et donné aus princes d'Italie, qu'ils oppri- « ment injustement, ce glorieus exemple, ils ont tou- « jours eu dans la pensée de très noires résolutions « contre voslre personne et celle de monsieur le Mar- 'L quis, vostre fils, et contre la place mesme que vous 4c leur avés arraché des mains.
« Ceux qui me donnent les avis dont je vous fais « part asseurcnt qu'ils ont gagné dans vostre place « deux hommes qui lui prometent de livrer vos per- « sonnes et la place aux Hespagnols. Cest à vous, Mon- « sieur, en ce qui regarde vostre conservation et les « justes soupçons que vous pouvés avoir, à prendre « toutes les précautions que vous jugerés à propos; et « je puis prolester à Vostre Excellence que de ma part * j'y contribueray tons mes seings. Et quant à ce qui « regarde la place, il ne m'est point venu en pensée « qu'ils vous puissent faire un plus grand mal, ni plus « facile que de mettre le feu à vos poudres, à quoy € vostre prudence pourra remédier, les tenant en un « lieu si asseuré et si bien guardé que cet inconvénient « ne puisse arriver. Serves vous librement de moi en € tout ce qui pourra vous estre nécessaire. »
Les recherches que nous avons faites dans les documents antres que la correspondance de la cour ne nous ont rien révélé dos suites; si le prince découvrit les auteurs signalés d'un complot et s'il eut à sévir. 11 n'y eut en tous cas aucune exécution, les registres paroissiaux qui donnent des détails très circonstanciés sur les
incidents intérieurs de la place sont absolument muets pour cette période.
Du reste, le danger d'une attaque de vive force semblait disparu, si bien que le prince pouvait se passer des milices de Grasse et, de Saint-Paul, qui, depuis le mois de juin, concouraient à la défense de Menton. La campagne de Roussilion était près de sa fin et la reddition de Perpignan était imminente.
4 Puisque V'ostre Excellence le trouve à propos, » écrivait de Toulon le comte d'Alais le 27 août, « elle 4( peut renvoier à Antibe les milices de Grâce et de « Saint-Paul. J'ay receu une lettre que Son Eminence ^ m*a fait Tbonnenr de m'escrire qui asseure la capitu-
< lation de Perpignan. Je vous envoie la coppie du « billet qui ma esté envoie. J*espère, avec Tayde de
< Dieu, que bien tost nous pourrons compter Perpignan dans les places françoises. Je vous rens mes humbles grâces des nouvelles de la partance des 20 galères de Ligourne. Je demande à Vostre Excellence celle de
< faire tenir à monsieur d*Amontot le paquet que je hiy « envoie; elle pourra le remercier et lui tesmoignor € que je luy ay escrit que l'avis qui regarde la conser- « vation de sa personne et la seureté de sa place vient <( de luy. Je m'asseure. Monsieur, que vous aurés ceste € bonté de faire part de nos bonnes nouvelles de Per- « pignan et à monsieur le prince cardinal de Savoye et
< audit sieur d'Amonlot. >
Les mois de septembre et d'octobre se passèrent paisiblement dans la Rivière. La chute de Perpignan rejetait loin des côtes provençales l'activité des communications de l'Espagne avec ses états d'Italie.
Honoré II jugea que le moment était venu d'exécuter le voyage à la conr résolu dupuis l'innée précédente;
II se mil en roule, vers le milieu de novembre, malgrô le mauvais élat de sa sanlû; maia il dut marcher à très petilej journées; tes accès de goiiUe, celle affection dont il souffrait depuis sa première jeunesse, l'obligeait à avancer très lentement ; il s'en plaignait à Chavigny dans une lettre du :!7 novembre, datée de Lyon.
Nous n'avons trouvé aucun renseigne me ni sur les incidents de ce voyage ; nous savjns seulement, par un passage de In relation du voyage de 1646, qu'on lira plug loin, qu'à peine sorti de Lyon et arrivé a l'ArbresIe, Honoré dut s'arrêter plusieurs semaines. La nouvelle de la maladie et bientôt de l'élat d'extrémité du cardinal de Richelieu arriva dans ces conjonctures. Nous trouvons à ce sujet une seule lettre du cumte d'Alais datée de Roanne le 7 décembre, Honoré II était vraisemblablement encore à l'Arbi-esIe; Alais l'avait rencontré lorsqu'il 80 rendait en hàle à Paris.
< Depuis que je me suis séparé de Voiilrc KxcolleDce * j'ay appris les mauvaises nouvelles de la maladie de « Son Eminence et quoyque len courriers asseurent « qu'elle ne soit pas périlleuse, je me suis résolu de ne « perdre point de temps à me rendre auprès de sa « pernonne. J'ay bien voulu, Monsieur, vous faire part •: et de ce que j'en ay appris et de mon dessein, dans « t'estroite amitié dont je fais profession avec vous, i»
Le comie d'Alais ne devait pas trouver le cardinal vivant ; au mûment où il écrivait au prince le billet qu'on vient de lire, Richelieu était mort depuis trois joura.
Honoré II dut arriver à Paris dans la seconde moitié de décembre 1042. Nous avons peu de renseignements sur les détails de son séjour et nous savons seulement pas la relation de son serand vojage, eu 1640, qu'il était descendu à Paris, vieille rue du Temple, dans uns très vasie el somptueuse demeure, l'hâtel de Saint- Luc, loué à la marquise de Créquy.
1^3 relations suivies qu'il eniretenail depuis une année avec Mazarin durent beaucoup faciliter la solulion des affaires dont il venait poursuivre le règlement. Mais, il éprouva de longs relards pour les expéditions qu'il attendait. Il obtint cependant au mois de janvier les lettres patentes reLitives â la constitution du comté de Carladez el à l'augmeiitalion du duché de Valentinoia par l'accession de plusieurs domaines tels que la baronnie
ilu Buis.
Un mois plus tard, renregîslrementdes lettres d'érection du duché de Valentinois ayant été accompli, il fut reçu au Parlement comme duc et pair, le l'J février 1643. La harangue prononcée à cette occasion )iar l'avocat général Orner Talon, passa pour un beau morceau d'éloquence parlementaire.
L'expédition des afTaires du prince, déjà retardée par la mort du cardinal, fut encore ralentie par la maladie
du roi qui s'alita presque définitivement le 21 février 1613, Dans ces conjonctures Honoré II devait 8e trouver trâa isolé à Paris; le comte d'Alais, qui ne quitta pas la cour retirée à Saint- Germain pendant celte période, multipliait ses bons offices et s'etTor^ait de calmer les inquiétudes et les impatiences du prince ; il lui écrivait le 27 février :
s Je puis assurer V, E. que M. de Cliavigny Iravnille « sans relasclie à son expédition et qu'elle peut sortir do « l'esprit toute sorte d'inquiétude. Ils vieni préxisement « de partir pour Paris et i-eviendra dimanche. Je vous « puis reapondre sur mon honneur que les intentions « du Roy et do ses minisires sont telles que vous pouvez « les soulniter. Vives donc en repos et croies que je ne « perdray aucun moment de vous servir et de vous faire « cognoistre par de bons elTeclsqueje suis avec passion, • vostre, etc.
« Vous pouvés croire, monsieur, que la maladie du « Ro.v et le aièse deTortonne sont les seules et vêrila-
< bles causes du retardement do vos despesches. J'ay « ordonné au sieur Jheroniuco Rey de fain' un compli-
< ment sur la maladie du Roy qui se porte beau-
< coup mieux ; il n'y a Dieu mei'cy rien h craindre. >
Néanmoins les questions de trésorerie relatives à la place de Moncco et celles qui l'intércsHaient personnellement n'aboutissaient pas et le prince pressé de partir écrivait encore à ce sujet le 10 mai au roi {i).
Honoré quitta Paris au commencement d'avril 1643;
(l) Arcliivcs des Afbircs Btrangcriui. — Monaco, vol. I, n' 26.
il passa à Lyon le 15 d'oil il êorivail àTborignv pour las alFairos de la garnison de Mouaco (1). Il éiail de iclour à .Monaco avant le 30 STril 1043.
A ce raoroent la santé de Louis XIII dcclinail rapidement vera un dénoiiemâut fatal. On conserva cependant dans son enlourage, presque Jusqo'à la fin, l'espoir de son rétablissement. Ctiavigny se faisait encore l'écho de ces espérances dans le post-criplum suivant d'une letirc écrile au prince le 3 mal :
« Le Roy se porte mieux qu'il n'a fait depuis quel- « ques jours: il a toujours quelque peu de fiebvre et
< beaucoup de faiblesse par la longueur de son mal ; mais
< nous espérons que Dieu, qui voit que S. M. est si
< iiêcessnii'e à la France et à toute la chreslienlé la con-
< sei'vera encore pour longues années. >
Le 14 mai, le roi suivait dans la tomba le cardin Richelieu, à cinq mois otdix joiird d'intervalle.
. de
Une des premières communications qu'Honoré 11 reçut au snjut de cet événement lui vint du caMinal Mazarin. En posl-scripluni à une lettre relative aui alTaires de la place, datée du 28 avril, et re[*3rdée par une erreur de socrélairo, le cardinal, en s'excuaani, écrivait au prince dans les premiers joui's qui suivirent la morl du roi ces lignes autographes dont on saisira la valeur historique ;
(l| Ilii:lci.i
« Pait V. Ecc. immaginarsi l'aHliltione nella quale mi I Irovo per U mor'e del Re mîo cosi buon padrone. L« t Kegina vuole che continui a eervire, ed io obedisco i cuii dosiderio di haver campo dl confirniare sempre t maggioramente di ley la inia servilù. Le prosporirà di 1 queslo Regno coiiiinuerono, jierchè la bonta ed ottimi t inlenlinni della Regîna impetrarono dal Cielo nuova n beneditIJoni. I.n baltaglia guadagnala Io mostra assai : I la debolezza nslla quale sono li Espagnol! da per lutto r non permette che si dubili di dover baver all'avvenire t avanlafcgi luaggiori, ee non areslano, con la pace, li 1 progressi délie arini di Francia, Rendo giatie a lui 1 della parte ohe mi da del siio arrivo a Monaco, e mi ■ ralegro che sia segnita con intiera sua voliinlà e dol < eignor Marcliese, suo figllo, con clii reslo di V. Ecc.
« AflecluoEissirao serviloro.
« II. CARDENALE MaKARIM *
Ces parole.^, si intêressanles à relever soiia la plume de Mazarin en un pareil moment, concordaient avec ce que le cnmte d'Alais exprimait dans nne lettre adressée de Paria le 28 mai au prince, lettre empreinte d'une douleur presque naïve dans ses termes et dont la fin prend également tin caractère histoiique intéressant à propos de la vivloire de Rocroy,
" La pei'le que nous venons de faire du feu Roy de M ti'és gliirieiiSH mémoire, m'avoic mis dans un jusle et « irisie ïilence dont je ne puis revenir. C'esl le temps
< seul qui peut consolider une si grande plaie ; et la « verlii de Rojne Régeute, inère du Roj , nous fait
< espérer tout (.'6 qn/i les vaux, les larmes el les soupirs « de ce Royaume pî^iivent souhaiter de sa bonté el do « sa prudence. Elle m'a commandé d'asseurer Vosire - Excellence de sa bonne volonté.
« Dans le deuil que nous portons au cœur et sur
« nos habits, nous venons de recevoir quelque consola-
< tion, si nous estions capables d'en recevoir, par la
* victoire de Rocroy, que monsieur le duc d'Anguien
* vient d'ohlenir sur i'arméa de Flandres qui avoit « assiégé la place. C'est une bataille anuglanle en
< laquelle nos ennemis ont tout perdu: six mille des « leurs sont demeurés sur la place, cinq mille prison- « niers, le conte de Fontaines, vingt pièces d'ariillerie
* et deus cenia drapeaux, et tout le bagage.
« Je me resjouis de vostre heureux retour et suis
« avec passion da monsieur le Marquis el de Vostre
< Excellence, » elc.
Le maintien BU ministère du cardinal Mazarin el des
autres collaborateurs de Richelieu avait de suite rassuré le petit allié de la France; le comte d' Ah is, confirmé dans son gouvernement de Provence, s'empressait dé lui renouveler les meilleures assurances à son retour par une lettre datée de Taraseon du 23 juin :
« A mon arrivéeenceste province, j'ay eu une extrême « impatience d'envoyer visiter Vostre Excellence et lui « faire cognoîstre rextréme passion que j'ay de la « servir. Je la puis asieurer que j'ay laissé la Royne « dans les mesmes bonnes intentio'is que le feu Roy lui < avoit Tait paroislre J'espère qne bien tost elle en verra * les etfels et qu'en toutes les occasions elle recognoistra « que je suis, autant que j'y suis ubtigé, vo3ire très « humble serviteur. >
Honoré ne lardait pas du reste à recevoir d'Anne d'Autriche, en réponse à ses condoléances, cette lettre
enliërement aiitogra)ihe, dô naluro à combler ses espérances ;
< \fan cousin, les témoignages que vous m'avês
< rendus: de l'interest <{ua vons prenés n mon indicible « douleur m a donné loule 1r consolaiion qu'elle porte M avecso.v et qui me vient de si bonne pnri, cognoissant
< la sinciirilé de voire ccetir pour le li'ii Ho^ mon sei-
■ gneiir et la passion qiie vons avés pour la grandeur 1' de ce R'nai]me;et ni'asseure bien que vous lerés pour
* les f^nfanrs de mesme que pour le père ; et n'en
■ anrois eu moindre croiauce. quand mesuies vous ne
* me l'anriés renouvelle parce que vous m'avés escrit « sur ce sujet. Je vous prie de faire eslat certain de la -i mienne el qu'en loutes occasions vous me cognoisiréa
■ autant que je suis de cœur très véritable,
« Vostre bonne cousine, « Anne.
< Paris, le 20'- Juin 1043. .
Les elTels de la bienveillance de la rcgente devaient bienlôl aboutir à une mesure bien faite pour satisfaire le souverain de Monaco. Ou a vu que Louis XIII avait consenti à présenter au biptâme le petit (ils d'Honoré II; la mort du rui tUait survenue avant l'accomplissement descén'nionies. Lne intervention prÈs d'An ne d'Autriche, uùil faut encore reconnaître l'induence du comte d'.\lais, obtint que le jeune roi so substituerait, en cette circonstance à son père.
La missive royale par laquelle Honoré II fut avisé de celte décision ouvre la longue série de? lutires de Louis XIV conservées dans les archives de Monaco.
« Mon cousin, les feu Roy, monseigneur et père voua i ayant accordé l'année passée de donner le nom â [ vosire pelit fila, et la chose n'ayant poinl esié eséemée i de son vivant, j'auray à beaucoup de conlenleraenl I qu'elle se face en mon nom . C'est pourquoi, de l'advis 1 de la Rejne Régenle. madame ma mère, j'escris à mon I cousin le comie d'Alais de se transporler pour cet 1 effeet dans vosire place; qui est tout ce que j'ay à vous 1 dire par celle-ny, sinon que je conserve pour les I inlerests de vosire maison la mesrae affection qu'avoît [ mon dici seigneur el père, priant sur ce Dieu qu'il i vous ayt, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
Paris, le i9 Aoust 1643. :
■ Louis.
Le comte d'Alais exprimait, le SOaottt, à Honoré II sa joie de la décision royale et lui faisait part en méiuc temps de la prise de Thionville :
« Je viens do recevoir avec une Joie cilrâme les « despesches dn Roy pour le voiage de Mourguos ; mais,
< ne pouvant avoir le^ galères de (l'ois semaineii, je ne « puis partir qu'à la lin du mois de septembre. Vostre « Excellence doit croire que j'ay une extrême impa-
< tience de la voir et de lui lesmoigner en présence « avec quelle passion, je suis, de monsieur le Marquis * et il'elle, vosire Iras humble serviteur. >
• Vosire Excellence me perroellra de hiy faire part ( de la bonne nouvelle de l.i prise de Thionville el des ■; resiouissan''Qs publiques que toute la France les- ( moigne. Je m'asseure que vous continuerez la démona- I traliou publique que Vostre Excellence a accousiumé I de faire p'iroistre. »
Ce fut 1« 12 octobre 1643 que le comte d'Alais Tint en grande pompe à Monaco, avec la comlease sa femme, représenter la personne du roi au baptôme du jeune comte de Carladez. Nous avons ailleurs donné la rotation de celle cérémonie (1); elle «cellatt les liens d'amiiiéqui, députa deox ans s'étaient resserrés entre le^uverneur de Provence et le souverain de Monaco.
Nous arrêtons avec le nouveau règne cet exposé trop rapide des débuts de la correspondance de la cour de France avec Honoré II. Elle devait se poursuivre courtoise et pleine de sympathique contîance de la part de la régente et de ses ministres. On en trouvera le témoignage dans la relation qui suit celle étude, où le lecteur verra, par l'accueil ménagé trois ans plus tard à Honoré 11, pendant uc nouveau voyage à Paria, que les ■enliments n'étaient pas changea, de même qu'ils devaient constamment conserver par la auiie le même caractère.
(1) Q. Saiub. — Honoré II et te Palais de Monaco- — Mo- Daco, 1883, [«tit ia-l*.