COPIES DES PORTRAITS
RÉUNIES PAR LE PRINCE ANTOINE l^^
La fantaisie qui inspira au prince Antoine l*^*" l'idée de réunir en grand nombre au Palais de Monaco des peintures, exécutées pour la plupart dans les conditions singulières que nous allons rapporter, ne mériterait pas d'être tirée de l'oubli, si les démarches qu'elle provoqua pendant plusieurs années n'avaient eu pour résultat de mettre en relief certains points intéressants se rapportant à Ticonographie de quelques-uns des grands hommes qui marquèrent à la cour du roi Ijouis XIV,
Retenu loin de la cour de France par des infirmités précoces, le prince Antoine eut l'art d'éviter, grâce à une incroyable activité dans sa correspondance et à l'habileté vraiment remarquable de ses agents à Versailles, cet écueil de l'absence qui fut sous le grand régne la pire et
la pins sùro cause de disgrâce. On ne rappellera pas ici comment il fit servir sa réclusion forcée aux intérêts de la France pendant la guerre de la Succession d'Espagne, pendant la Régence et surtout â Tépoque des aHàires d'AIberoni; Monaco était alors devenu le centre des renseignements politiques recueillis dans toute l'Italie.
Antoine se délassait des soins que lui imposait cette participation à la politique générale, en ornant l'intérieur du Palais de Monaco, mais surtout en créant cette résidence délicieuse de Carnoiès, au milieu des bosquets d'orangers et de citronniers, pour laquelle il avait demandé des plans aux grands architectes de la cour de France, â de Cotte et à Gabriel.
L'esprit toujours banté des souvenirs de Versailles, il s'appliquait à s'entourer de ce qui lui rappcllait cette cour où il avait brillé, et ce milieu de la maison de Lorraine où l'avait introduit son mariage avec la fille du duc d'Armagnac, grand-écuyer de France, « Monsieur le Grand», dont le nom revient à chaque instant sous la plume de Saint-Simon.
Pour répondre à cette préoccupation, il se tenait avec le plus grand soin au courant de ce qui se produisait dans l'ordre littéraire et artistique; un grand nombre de ses lettres s'y rapportent (1). Ses agents à Paris
(1) La correspondance du prince Antoine avec la cour de France et avec ses agents comprend plus d'une centaine de registres de transcriptions ou de volumes de lettres originales reliées. Les documents qui ont servi à cette étude sont surtout les lettres à Bernardoni et les déjnîches de celui-ci au prince Antoine (Archives du Palais de Monaco, registres B* 58 à 89).
étaient constamment occupés à lui adresser les publications relatives aux sciences et aux arts. Le plus actif et le plus habile d*entre eux était l'auditeur général Bernardoni, celui qui avait d*abord été, pendant la guerre de la Succession, son correspondant à Parme et qui avait conduit ensuite les délicates négociations du mariage de Louise-Hippolyte.
Nous avons déjà signalé la passion d'Antoine I'^'" pour la musique (1) et sa correspondance avec les artistes qui lui fournissaient les éléments des représentations musicales dirigées par lui- môme dans son Palais. Ce n'était pas là sa seule distraction; il se partageait entre la musique et la peinture, mais il semble avoir été de cet autre côté incité beaucoup plus par un sentiment de curiosité que par un véritable goût artistique. Non content, do la quantité d'œuvros de maîtres qu'Honoré II avait réunies, il voulut y ajouter les copies des tableaux qui l'avaient le plus frappé dans un voyage en Italie et à Versailles, et !a description de ces reproductions, dont il avait liliéralement couvert les murs des moindres appartements du Palais, grossit démesurément l'inventaire des meubles de sa succession.
Il entretint deux peintres, ses sujets, qui travaillèrent au Palais. L'un d'eux, Jose|)h de Bressan, étaii le fils de l'agent dl[)loma tique en Franco sous les règnes d'Honoré II et de Louis h^\ il avait fait son éducation artistique à Rome aux frais des Princes. Il peignait princi-
(1) Les Beaux-Arts au Palais (te Monaco^ Monaco, 1884, in-S".
palemeDl des portraits : il reproduisit ainsi un grand nombre de aeux de la famille royale; mais it fit surtout de nombreuses répéiitioas du portrait d'Antoine I", peint en 1703 par Hyacinthe Rigaud,
L'autre commensal du Prince, Jean-Augustin Vento, de Menton, d'une famille de peintres dont noua avons parlé ailleurs (1), s'occupait surtout de sujets d'histoire.
Antoine prenait plaisir à voir travailler Bressan et Vento : il parle Tréquemment dans ses lettres de ce passe-temps. Il cherchait à alimenter leurs travaux en leur fournissant les motifs qu'il aimait à voir ret.roduils ; il se procurait les gravures des maîtres qu'il faisait servir de modèles, et à cdié d'instructions pour la recherche de ces estampes sa correspondance avec ses agents est pleine de demandes de renseignements sur la disposllion des couleurs dans les tableaux originaux. C'est ainsi qu'il Dt reproduire par Vento, eu une série de petites toiles, les Batailles d'Alexandre le Grand, de Le Brun (2), et le nombre est très grand des œuvres des écoles flamande, italienne, française, qu'il fil exécuter dans ces conditions.
(1) /-" Iteaua:-Arit au Patait (te Monaco.
(!) L"inyent»irc da mobilier du Palais tait ca 1731, «prés la mort U'Aotwine I", déciil ainsi eea reproductions <lea peintures de Le Brun :
■ It«m, quatre tableuui reprùscntant des lataillca d'Alexandre n le Grand, lon^ quatre pans dix poulces et haula trois pana un « puulce, la Ixirdure eomprise dortic et sculptâc, de ta hauteur de a six pouicca; copies tirées de l'estampe du peintre Vento.
■ Item, deux autres tableaux représentant d'autres laits du même <• Alexandre, longs quatre pans un poutcc et hauts trois petits pana, ' la bordure comprise." {Arch. du Palais de Mouacu, registre C93, (ol. 84.)