‹ Glanes d'archives. Les Grimaldi chez eux et en voyageChapitre 8 sur 9 · LA SALLE DES CONQUÊTES · texte numérisé non relu

LA SALLE DES CONQUÊTES

Ces copies étaient le prélude d'un travail qu'Antoine eut ridée de confier à Vento : la reproduction, d'après les estampes, des Batailles et Sièges peints par Van der Meulen. Quelque bizarre et peu artistique que parût cette entreprise, le peintre chargé de Texécution y avait mis, paraît-il, un talent réel en surmontant les difficultés de cette singulière tâche. 11 s'en tira en elfet assez à son avantage pour que, (rente ans plus tard, le peintre Raphaël Mengs, qui exécuta en 1759 le portrait de la princesse Catherine do Brignole, femme d'Honoré III, ait, suivant une lettre du majordome Bréa, manifesté l'étonnement que lui causait < un aussi parfait dessin et « une semblable habileté dans la couleur > {i).

C'était dans le nouvel appartement aménagé pour luimême, du côté sud-ouest du Palais, qu'Antoine avait disposé la salle dont il avait fait comme un sanctuaire

(1) Raphaël Mcngs conserva de durables sympathies pour plusieui's familles de Monaeo. II fut, en 1770, le parrain de la sœur d'un peintre monégasque, Jean-Baptiste Vignali.qui fut sou élève et qui remporta, en 1785, le prix de Rome à TAcalémie de j>einture à Paris Noioos ici que sur I-s rèclamutions des con<rurrents, ce prix ne fut {>as maintenu à Yignali à cause de sa qualité d'étranger, maigri' le privilège accordé aux sujets du prince de Monaco d'être admis dans les écoles rovales.

consacré aux glitiros du règne de Louis XIV. Elle nccupail une partie de l'emplacement actuel de la grande snlle à manger du Palais, et avait déjà reçu, en 1722, les reproduclions de dntize tableaux de Van der Meulen. Elle prit le nom, qui lui resta jusqu'à ta Révoluiion. de Salle dex Conquêtes (1).

Antoine voulut compléter cette décoration en y ajou- Inni le» |iorIriiits des grands hommes, «qui,* disait- il dans une de ses leHros. «ont excellé en France dans « l'art de lagnerre. »

11) Voici la ili-iu'riplion 'les !alili.'aui de (-ctfi; salle d'ugiris t'invi-nlatn' de 1T3I. « Uansietir l'auditeur, avec teu personncB Il ei-dcsKuB. est col ri' dans la première cliambru sppeioi; la Salle det " C'/iu/U'^tcs. où se sont truurps attaché» aiit murailles itouze II talileauj de iKilaillea et sièges de peinture fraîche, que l'oo dit • esire de la main du sieur Vente, peintre île Mentun, ayant ehaeun Il sept pans eniiriiii de longueur et quatre environ de liirgcnr.avec n leurs hordure» doives et en partie scijl|itées. de l'épaisseur de •I quatre piiulees environ,

o Plus, onze poilnits de feT-némui et ministres de la eoiir du Roi Il très ehrélien,avaDl troia (lans et neuf puulccs environ de hauteur n et trois jons de largeur, avec leurs liordiires dorées pareilles aux Il susdites, qu'un dit estre des coptes venues <lc Paris.

I- Item, autre portrait de Louis XIV dans sa jeunesse, à eheval, .■ avec la Renommée tenant une eouninne de laurier sur la tète du <i iiiunarque. avec sa Uirdun- dor^ pareille aux autres, avant cinq Il pans et demy de hauteur cl quatre et demjr de Iarg:eur environ, II eopie de la main du siour Bressan, peintre de Monaco. " (Inventaire déjà noniiué, foi. 2.)

Ce dernier portrait, dont l'original de l'école de Simon Vouct eat au musée de Versailles (Cutufojfuc, n* 20jI) avait ét« copié par Bressan non pas sur une estampe, mais sur une copie faite à Paris et qui se trouvait elle aussi au Palais de Monaco, d'après le mémo inventait* de 1731.

L'audileur général Bernardoni fut chargé du soin do rechercher à Paris et à Versailles les originaux dont le Prince désirait les reproductions. La correspondance d'Antoine et de son agent relaie presque chaque semaine Télat d'avancement des copies entreprises; elle donne, en outre, des indications précieuses sur les propriétaires, à Tépoque qui suivit la génération des hommes que ces toiles représentaient, sur les meilleurs portraiis par lesquels leurs traits nous ont été transmis.

Le Prince écrivait à son auditeur, le 12 mai 1722:

< Dans Tappartement que je me suis pratiqué tout € proche de celuy de Madame de Monaco, qui est aussj 4c agréable, il y a un salon où j'ay fait mettre les Con- € quêtes peintes sur les estampes de Van der Meulen, « que je compte décorei* par le portrait du feu Roy en < buste tel que je l'ai ici (1) et par ceux que je vous « demande pour en achever rassortiment ; savoir : les 4c portraits en buste et en carré long (sept portraits) du « grand prince de Condé, de M. de Turenne, de M. le « maréchal de Créquy, de M. le maréchal de Luxem- « bourg, de M. le maréchal de Vauban et M. de Lou- « vois, — plus celuy de M. le marénhal de Gatinat.

« Je me flatte qu'on ne vous refusera pas, dans les « maisons de ces grands hommes, les originaux de leurs « portraits les plus modernes, pour avoir dos copies de « la main d'un bon peintre ».

(l) On a vu par la note d'autre part que la copie de Louis XIV enfant à cheval avait été définitivement préférée par le prince Antoine au portrait en buste pour la Salle des Conquêtes.

9FB9I

fiernardoni rendait compte, â ladale du 'H aofit et du 14 septâoibre, des démarches qu'il avait déjà faites : « J*a.v promis à V. A.. les portraits qu'Elle m'a deman-

< dés et je lu}' tiendrai parole avec le plus de célérité

< qu'il me sera possible, espérant qu'EUo les trouvera

< au-dessus du barbouillage des peintres ordinaires.

« ...J'ay eu hier, l'aprôs-diné, la visite du peintre que « j'ay oboUj pour les portraits que V, A. désire. Il m'a « demandé si ces portraits doiveiil éire avec des maias ■ ou sans mains, s'iU doivetit dire de simples bustes • ou si la figure doit être poussée jusqu'à mi-cuisse ;

< enfin s'ils doivent dire au naturel ou des figures entiè- » res: car V. A. sçajt bien qu'on peint un homme

< sur une toile d'un pied de long.

« ... La dilFêrencedes unes aux autres fera même une a. dirtërence de pris. Je me suis plaint à ce peinira, qui « esl le copiste de M. Riyaud, d'avoir tardé si long- « temps à me faire ces questioni; maid il s'est excusé « sur l'intinité des ouvrages qu'il a g<is jusqu'à cette « heure. Il m'a promis en revanche qu'en retour de la « réponse de Y. A. il quitterait tout pour y travailler et

< que même il se ferait ayder par un autre qui est aussy

< habile queluy, afin de pousser le travail avec plus de

< célérité; il m'a assuré en un root que je ne perdray

< rien pour attendre. >

Bernardoni avait eu la main heureuse; le copiste de Rigaud, auquel il avait été adressé, La Penat/e, était, parmi les élevés de ce grand peintre, celui qui repro-

duisait avec le [i\as de âdùlité les ptoùèdéa, le faire et le aenliment du maîire; c'est lui qui élait, do son aveu, eicltisivemerit chargé de copier i".s originaux de ses portraits (1).

L'auditeur écrivait au prince Antoine le 19 raarslTâS:

t Lea portraita a'avancout et j'en aj' eu un de feu i M. le Piinco qui eat très ressemblant. C'eat M. lo duc Il de Valenlinoia qui nie l'a prucuré de M. lo comte de « Tavanes,otReluj'-cy l'a fait venir de Dijon tout exprés.»

Malgré l'npplicatiou et l'aciivitê de La Peiiaje, le travail n'avançait pas suffisamment au gré dei désirs du l'rinco ; Bernardoni avait peine n calmer l'impatience de son maître ; il disait lo 26 mars :

« Il y a déjà trois portraits faits de ceux que Voire

(1) Le nom de La Pcnaye nu Qgiiru jiaa daiiH la cormi|>oiidance dv Bcraunlnnl.qiii tat parle jauiaiii <iui> <Iii •ivpinti* ilu M. lUgault»; ■m Iv Iniiivi- dans les rc|;ititrt.'s 'Ivs romptra gcnéraiii de lu Tivboreris du [iriiu'i- Antoine (An'hivt^s du Palnia de Monaco, MTii' H, registres iSàH):

•> A.II siriir <li! La Penay<!, pf^i^tI'c, piiur les portraits de M. le - prina' de Gindé et de M. le iiiarëcbal de Lu leiii bourg qu'il a •. faits, ïiiiianl son aeiniit: VM iivris. .< (Compti: de 17i>3, fol. 64).

« .V Itui-juinluiii, piiiir uLi pakiuent qu'il a fait à La l'ennce, il ]H'iniiT. pour li>s tupien des portraits qu'il a faites de MM. les Il iiiarirliaiii ■[<-■ Caliiuil, VanU'ii et il- Villars et di' M. le marquïM a de l.oiiv>jis, à tiuliv. piéc-e, suivant wn ac<^ult : 2^1 tir.» (Compte do mi, fi-1. 177).

< A ninuilit Hivur Bei'nardoni, ]kiii]' paii'ille soniiiie qu'il a payé* u au niviir de I.a l'i'ur'O, jicintre. pont' k-s iKjrtiuits qu'il a faits dr < MM. de V<;ii.lom.^ i:l de Tiircnur. -.iiivujit son a.'qiiit : 1:» Ut.. (Comtil.: de 1;ïô, fol. lr«).

- îtW -

* Allo.sse m'a dcniniiiU'^, et on II " quatrième. Si j'avuis voulu in « leur, l'uiivratic semit Jcjà Ûn\

].o Prince sr? [ijaigituit encure ai supiilûatii (le tierii:ii-itoni. Le Pap il.- l'amliicLir ;

« Vous savf/. t{ui^ ilessejit porl

• » M. ItetnanlKiii le I:; inay 17::

< b.ill<>t ii.trli (k- l'aris le 9 aoii " (ftatii] |irini'>.- de l^unilé et cl u Liixeiu bourg. 11 resta encore

« M, de Turenne, M. le maréchal

< chai de Vaiihan, M.lo maréchs

■-'*-5te.—

u Je vous charge, en votre pn « Jire au peintre de nia jiart qu'il

• sir d'eïpL'Jier ces cinq porlraitt

• lii.v sura ^ojsihle, pour me le < l'autre par la vuye de la diligen

• Motileuca, de Lyon.

< Si l'on [pouvoir fniru difficull' « naux do ces iiorirails, vous n'am ■ duc de Valirnliiiois, qui ge ch.

« [joiir raniourde nioy, {l'en faire « procurer la l'opie. "

Le l'âge rcjiondait le 1 ûclobr détails :

« Jo si;nvuis bimi. Munsoignei

« demandé à M. Bernnrdoni plusieurs portraits, dont « ceux du grand prince de Condé et de M. le maréchal « de Luxembourg \uy avoient, déjà été envoyés; mais « j'ygnorois absolument ceux qui resloient à luy faire tf tenir, ainsy que le nom et la demeure du peintre qui <c doit les faire. Heureusement, m*élant souvenu d'avoir

< ouy dire qu'il étoit un élève de M. Rigault, j'ay été

< ce matin chez celui-cy, où j'ai effectivement trouvé € l'homme que je cherchois. Je luy ay fort recommandé, « de la part de Votre Altesse, d'expédier le plus tôt « qu'il luy sera possible les cinq portraits qu'Elle a eu « la bonté de me désigner, et il m'a promis d'y travailler <( sans discontinuation, à mesure qu'il pourra avoir en « main les originaux. Sur ce qu'il m'a marqué avoir « ouy dire à quelqu'un que celuy de M. le maréchal de

< Vauban,de la façon du mesme sieur Rigault, se trouve

< actuellement chez M'^'^de Ferriol, je l'ay prié de m'en « éclaircir, afin d'en informer M. le duc de Valentinuis, « qui se fera certainement un plaisir de nous le faire « prester pour en tirer une copie. J'en useray de même

< pour les quatre autres que je m'en vais chercher dans « leurs familles, et dont M. le duc aura seulement la « boniô de faire la demande, n'étant point à présumer « que le peintre ny moy puissions les obtenir sans son « crédit. Outre les perquisitions que je pourray faire de

< mon côté, j'écriray aussy â M. Bernardoni de me

< déclarer les personnes qui luy avoient promis de les

< luy procurer, et finalement V. A. peut compter sur

— ai(i —

« Allasse m'a domflLidêâ, et on Iravaillo ;)c!uc]]eraen[ au u quatrième. Si j'avois voulu me servir d'un barbouil-

< leur, l'ouvrage seroit déjà Ray. >

I.e Prince se plaignait encore au mois de septembre, au suppléant de Bertiardoni, Le Page, iiendnntune absence (le l'audiieur :

a Vous savez que des sept portraits que j'.ii demandés <• à M. Bernardoni le 12 may 1722 Je n'ay i-eçu. par le « ballot pai'ti de Paris le août dernier, que ceux du u grand prince de Condé et de M. le iiiaréulial de a Luxeiubourg. Il reste encore a me revenir ceux de * M, de Turenne, M. le maréchal de Créqui, M. le maré- •1 chai deVaiiban, M. le maréchal de Carinat et M. de « Louvois.

« Jo vous charge, en votre propre et privJ nom, de « dire an peintre de ma pan. qu'il me fera un vray plai- I sir d'expédier ces cinq porlraits tout le plus to^t qui « luy sera possible, pour me les envoyer l'un^aprëa « l'autre par la voye de la diligence et celle des sieurs « Monleuca, de l.}on.

« Si l'on pouvoit faire diflieullé de prester les origi- « naux de ces portraits, vous n'aurez qu'à le diron M. le « duc de Valentinois, qui se cbargeroil volontiers, et « pour l'amour de moy, d'en faire la demande pour m'en

< procurer la copie, »

Le Page répondait le 4 octobre par ces inléressanls détails :

< Je sçavois bien. Monseigneur, que V. A. avoil

« demaDdé à M. Bernardoni plusieurs portraits, dont « ceux du grand prince de Condé et de M. le maréchal « de Luxembourg \uy avoient. déjà été envoyés; mais € j'ygnorois absolument ceux qui resloient à Juy faire « tenir, ainsy que le nom et la demeure du peintre qui € doit les faire. Heureusement, m'étant souvenu d'avoir € ouy dire qu'il étoit un élève de M. Rigault, j*ay été « ce matin chez celui-cv, où i*ai effectivement trouvé € I*homme que je cherchois. Je luy ay fort recommandé, (( de la part de Votre Altesse, d'expédier ie plus tôt

< qu'il luy sera possible les cinq portraits qu'Elle a eu « la bonté de me désigner, et il m'a promis d'y travailler « sans discontinuation, à mesure qu'il pourra avoir en « main les originaux. Sur ce qu'il m'a marqué avoir « ouy dire à quelqu'un que celuy de M. le maréchal de « Vauban,de la façon du mesme sieur Rigaulr, se trouve

< actuellement chez M'^'^de Ferriol, je l'a}^ prié de m'en

< éclaircir, afin d'en informer M. le duc de Valentinois, i< qui se fera certainement un plaisir de nous le faire « prester pour en tirer une copie. J'en useray de même

< pour les quatre autres que je m'en vais chercher dans € leurs familles, et dont M. le duc aura seulement la « boniô de faire la demande, n'étant point à présumer « que le peintre ny moy puissions les obtenir sans son * crédit. Outre les perquisitions que je pourray faire de

< mon côté, j'écriray aussy à M. Bernardoni de me « déclarer les personnes qui luy avoient promis de les « luy procurer, et finalement V. A. peut compter sur

« tout ce qui pourra dépendre de moy pour son entière

< salisfaclion à cet égard. »

li ajoiilait le 18 octobre :

« M. de Matignon, M. le duc et madame la duchesse

< de Valentinoia jouioscnt tous d'une parfaite santé: j'ay

< eu l'honneur de Je^ voir ce matin, à l'occasion de « prier M, le riuc, de la part de V, A,, de vouloir bien « noua procurer le portrait de M. te maréch»! de Vati-

< ban pour en tirer une copie. Non seulemen' il a eu « la bonté de me le promettre de la meilleure ^âce du

< monde, maïs il m'u aassy ajouté qu'il en fera dès « aujourd'hui la demande à M™ de Ferriol, dont je luy « ay appris le retour de la campagne. J'iray demain au « matin prendre cet original de sa part, pour le remettre « sur le champ au peintre qui y travaillera sans inlera ruption, en allendant que je puisse luy fournir pareil- « lement celuj' de M. le maréchal de Crëqui. que je « compte d'avoir aussitôt que M"" la duchesse de Les-

< diguièi-es sera à Paris. »

Le prêt du portrait de Vauban ne fut pas obtenu sans peine; il fallut que le gendre dn prince, le duc de Valenlinois, s'y employât n plusieurs reprises auprès de M""^ de Ferriol. Le Page écrivait le 22 ociobre :

« M. le duc de Valentinois a pris la peine d'aller luy-

< même demander à M'"' de Ferriol le portrait de \f. le

< maréchal de Vaubaii, et elle lui a accorOé la faculté

< d'en faire tirer une copie. Comme celle dame témoi-

< gna cependant à M. le duc un peu de répugnance à

€ laisser sortir ce tableau de chez elle, il s'offrit d*y « envoyer le peintre pour y travailler; et en effet, il y a « déjà envoyé son chevalet et ses pinceaux pour en € commencer l'éhauche lundy prochain et continuer « ensuite son ouvrage avec le plus de diligence qu'il « pourra. >

Mme (Je Ferriol finit par laisser sortir de chez elle Tœuvre de Rigaud. Le Page donnait dans ces termes des nouvelles de la copie de La Penaye, le 29 octobre :

« La copie du portrait de M. le maréchal de Vauban € destinée à V. A. est tout à fait ébauchée et même déjà « fort ressemblant à son original, que M*"« de Ferriol

< nous a finalement lâché, moyennant Tapposition de € son cachet, ce qui ne contribuera pas peu à l'avance- € ment de la besogne, .uissy bien qu'à sa perfection. Le

< peintre m'a promis de remetire la main à Tœuvre « d'abord que les festes où nous allons entrer seront « passées, et de continuer son travail jusqu'à ce qu'il 4c soit entièrement finv. »

Le Page continuait avec activité ses recherches; il écrivait le l*^"" novembre 1723 :

« Outre le portrait de M. le maréchal de Vauban, € dont la copie est déjà ébauchée, et celuv de M. le « maréchal de Créqui, trouvé chez M"^<^ la duchesse de € Lesdiguière^j, j'ay encore déterré celuy de M. le maré- « chai de (Patinât, qui e.si entre les mains de M. l'abbé « Pucelle; de manière qu'en voilà plus que sullisam- « ment pour occuper le peintre d'icy à quelque temps;

- nt) —

« et c'est iiussy ijour cela que je ne aie suis pas encure « pressé «le cheivhor les originaux <le M. le maréchal « lie Turenne et de M. de Loiivois, queje seray loiyours '. a |iortée d'Indiquer à M. Berriardoni, afin qu'il emploie

* les moyens convenables pour les obloiiir. * Ceppudanl le Prince avait hâte de compléier sa collection; il s'injtait âes lenteurs de La Peuaye, il avait maintes fois insisté pour donner l'eiccuiion simultaiiée des copies n |)liisieurg arlisleM. Bernardoni cherchait à détourner boii maître d'une lentalive dont il n'augurait rien de bon ; il écrivait le 14 janvier 17:^4 :

« J'ay fail porler chou le peintre lo portrait de M. le

< maréchal de Câlinât et il ;iiira la semaine prochaine '« celuy du inaréclia! rie Crêtpii. Supposé qu'il ne hâte » pas son travail, onemployera d'anires copiâtes, puis-

< que V. A, l'ordonne ainsi. La différence qu'on y Irou- € vera ne 'ura ponri.iint pas médiocre, puisque celuy « dout nous nous servons esi sans contredit le meilleur

* de Paris et c'est le seul dont SI. Riyaidt se sert pour « copier ses portraits, r

Sur do nouvelles instances, Bernardoni céda ; mais il arriva ce qu'il avait prévu : le résultat fut détestable^ il est consigné dans an lettre du :^S avril 17:^4. Il annonce d'abord l'envoi des portraits du maréchal de Câlinai, Je Villara, que le prince avait, depuis, ajoute à sa liste, et du marquis de Louvois ;

* Votre Altesse anroil eu en même temps celuy de

< M. le maréchal de Créqui, que j'ai fait faire par uns

a autre main; mais il étoit si différent des autres por- « traits qu'en vérité elle auroit été fâchée do le recevoir. « C*étoit une vraje enseigne à bière, que j'ay jugé à

< propos de laisser au peintre, afin qu'il s'en défasse en « faveur du premier cabaret où l'on débite cette mar- « chandise.

€ La copie du portrait de M. le maréchal de Catinal « qu'elle va recevoir vaut beaucoup mieux que Toi'i- « ginal de Ferdinand, sur lequel elle a été tirée, * rhabile copiste ayant sou corriger les défauts ; tant il « est vray qu'il faui toujours se servir de gens propres «t à réussir, qnoyqu'il en coûte un peu plus de temps. « Ce que j'en dis n'est pas pour la mener bien loin,

< parce que an commencement de Ja semaine prochaine « on va ébaucher le portrait de M. de Vendôme, qui « sera suivy de ceux de MM. de Turenne, de Créqui et « de Berwick. »

La correspondance du Prince et de Bernardoni continua à noter pendant les années suivantes l'exécution des copies de portraits des maréchaux, qui se poursuivit jusqu'au milieu de 1726. La Salie des Conquêtes s'enrichit encore de ceux des maréchaux d'IIumières, de Boufflers et de Tessé.

Nous avons donné, sans l'interrompre par des commentaires, la suite de cette correspondance ; nous voudrions revenir mainleiianl sur les indications qui constituent, nous l'avons déjà dit, l'intérêt de ces lettres, en ce qu'elles révèlent le nom des auteurs et celui des posses-

fieiirs des portraits originaux que le prince Anioino entreprit de faire reproduire de 1721 à 1720.

Les dépâctiea de Bernardoni ne nous signalent malheureusement que In proyeiiance de quatre de ces portraits; il n'est pas fait illusion aux maisons d'où furent lires les autres, ni aux auteurs des originaux. Or, tes copies ayant tontes disparu du Palais de Monaco, on ne peut que (enter quelques coi^jectures: cependant, à priori, il y a boauroup de chances pour que le copiste de Rigaud ait facilité led recherches de Bernardoni, comme il le fit à propos du portrait île Vanban, en signalant surtout ceux qui avaient été peints par son maître, et d'autre part, le cntalogne dt>s œuvres de Itigaud (1) nous indique très probablement les modèles que dut copier La Ponaye.

Ces œuvres du célèbre peinire sont, dans l'ordre des demandes du Prince : le maréchal de Luxembourg, peint en 169.'t, gravé par Vermenlen et par Edelinck en 1693 et 1694 ; Villars, peint on 1704, gravé en 1714 par Drevel; Vendôme, fait en 1098, gravé par Dnpuis ; d'Humiëres, que ie catalogue marque à l'année 1606, fnfin le por:rait de BoutSers, qui date de 1094 et fut firavé par Thoraassin.

Nous sommes sans renseignements sur l'original d'oîi fut tirée la copie du portrait du grand Condé; on a vu qii*il était en la possession dit comte de Tavannes, lieu-

(J) l'iililiù aui SIéMoires rfe* memhrcs lU VAcMiimie de peinture et de sculpture, tome 11, figea Hi à 200.

tenant-général au duché de Bourgogne, dont les princes de Condé étaient gouverneurs, ce qui explique par quelles mains il était arrivé aux Tavannes.

Nous sommes également sans indications pour ceux de Turenne, de Berwick et de Tessé.

Celui de Louvois paraît avoir élé reproduit d'après le tableau de la collection de TAcadémie de peinture, peint par Hérault, d'après Ferdinand dit « le Flamand » (1).

Le morne Ferdinand était l'auteur du portrait de Catinat, très médiocre paraît-il, comme on vient de le voir par la ietlre de Bernardoni, et dont le prêt avait été consenti par le neveu du maréchal, Tabbé Pucelle, conseiller au Parlement de Paris et fils de Françoise Catinat, la sœur du maréchal.

Nous nous heurtons au même défaut de renseignements à l'égard du peintre qui avait exécuté le portrait du maréchal de Créqui, communiqué par la femme de son petit -fils, Gabriolle -Victoire de Rochechouart- Morteniart, mariée à Antoine de Créqui, duc de'Lesdiguiôres. Le musée de Versailles en possède un, peint par Parrocel (2).

Mais de tons ces portraits, celui de Vauban a la provenance la plus intéressante; il fut peint par Rigaud en 170-i et gi^avé en 1728 par N. Dupuis. La posses-

(1) Mémoires déjà cit<''S, tome L page 1837. — Ce portrait est au Catalogue du Musée de Versailles, n' 2186.

(2) Cataloyuc du Musée de Versailles f n" 3528.

mm

sion de celle loile par M'"" de Perriol et les délails donnéa par le correspondant du Prince Antoine sur les difflcullés que la sœur du cardinal de Tencin fil pour en laisser prendre copie, réveillent le souvenir d'un épisode piquant et très peu connu de h vie du maréchal.

Mariée au frère de l'ambassadeur â Conslantinople Ferriol, Angélique de Tencin était la sœur de la femme qui eut sons le nom de marquise de Tencin une çiande célébrité : « toutes deux fort, aimables i, dit Snint-Simon, « M""= de Ferriol avec plus de douceur et < de galanterie, l'autre avec infiniment plus d'ei^prit « d'intrigue et de débauche > [1).

Eu 1701, M""' de Ferriol avait inspiré une vive passion à Vaubao. Le maréchal élait galant e^ Pierre Clément, qui a exhumé coite histoire, raconte plusieurs aventures dont il fut le héros dans un âge avancé (2). Il avait alors soixante-huit ans ; mais «on cteur avait coneervé toutes les ardeurs de la jeunesse, si l'on en juge par le Ion ému et quelque peu naïf de la letti-e qu'il adressait de Fontainebleau, le 21 octobre de celle année, a M"" de Ferriol et que nous ne résidions pas au plaisir de reproduire, parce qu'elle est presque inédite, enfouie dans une note fugitive de revue et dans Vlcoiiùgraphie française (3) ;

(1) Mémoiret de Sainl-.SimuH, tomo XV!I, p. 295,

(2) IlulUtin de la Socirti des Bibliophiles, juillet ISiB.

(3) Icoai/graphie française psr M"" l)clp;i;h, lome 11, régne de Louis XIV.

« Je ne puis attendre davantage pour m*acquitter de

< ce que je vous dois, Madame ; il faut que je vous « demande des nouvelles, si vous êtes contente de vostre

< fonction et comment vous la trouvez. Je suis bien € courtisan pour mes péchés, dont je m'ennuie fort. <i Je soupire après Je Morvand et encore plus pour mon € retour à Paris, à l'effet de voir souvent la belle Angé-

< lique, que j'aime assurément de tout mon cœur et que « j*onore par-desus toutes les femmes, bien que Tin-

< gratte s'en soucie fort peu. Gela est cependant ainsy. € Je me le dis sans cesse depuis le matin jusqu'au soir :

€ il n'y a heure dans la journée que vous ne soyez fort "^

< bien traitée chez moy ; n'en soyez pas scandalisée ; « cella ne vous fera point d'affaire, et tout ce qui se

< passe chez moy à votre esgard demeure dans le fond « de mon cœur et ne sort point deilà. Adieu, ma belle € reine, je vous aime et honore de tout mon cœur et de « tout ce qui se peut imaginer au dellà. — Vauban. »

Qu'advint-il de cette galanterie entre un amoureux presque septuagénaire et une coquette de vingt-sept ans? Le grave Pierre Clément hésite à se prononcer ; il ne conclut pas d'abord, puis il incline à croire que « i'ingralte » no se laissa pas fléchir et que * cella ne lui fit point d'affaire au dellà >.

En tous cas, le souvenir des hommages de l'homme illustre dont le cœur avait battu pour elle, était resté précieux pour M"^*^ de Ferriol arrivée à Và^e mûr, puisqu'elle tenait au portrait où Rigaud en avait reproduit

los traits, au point de lanl redouter de s'etj dessaisir, même momentanénienl.

Ce portrait comment le possédait>elleï Élail-ce pour elle qu'il avait été exécute et la liaison avec le maréchal .lurail-elle donc persévéré depuis l'époque de la lettre de 1701 jusqu'à 1704, dale de l'œuvre de Rigaud 1 Lui fut-il légué commA un tendre et dernier souvenir î M"=deFerriol l'acquit-elle de la succession de Vaubanl Il est peu probable que aa famille s'en fnt dessaisie. Notons en tous cas les minutieuses précautions prises pour état>lir la pi'opriéto du tableau, qui pourraient indiquer quelque crainte de voir cette propriété con-

Quoi qu'il en soit, les détails des démarches multiples auxquelles il fallut que le duc de Valentinois s'employât en personne pour obtenir la sortie de l'original confié à La Penaye, ne sont pas le cAté le moins intéressant de la correspondance du prince Antoine au sujet des copiea qu'il s'occupait à réunir dans son Palais de Monaco.

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