‹ Glanures grammaticalesChapitre 11 sur 14 · HO · texte numérisé non relu

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commencent à ranger les mots même et tel parmi les adjectifs démonstratifs; la plupart, et ce sont ceux que Ton consulte toujours volontiers comme autorités, les mettent parmi les adjectifs indéfinis : Brachet, Lévi- Alvarès, Sommer, Larousse, Chassang, le savant Maetzner, et même Larive qui jouit d'une haute considération en Belgique. D'autres les rangent à la fois d'après leur signification parmi les adjectifs indicatifs et parmi les indélinis.

Comme le mot 'inêm^ exprime souvent la similitude^ et a alors la signification de semblable^ pareil^ pourrait être rangé, dans ce dernier cas, comme adjectif qualificatif :

Je porte aujourd'hui les mènes habits qu'hier {identité). Je porte les MÈNES habits que vous (des habits semblables, pareils aux vôtres ; similitude ; ajectif qualificatif).

Le mot même est parfois si peu nécessaire qu'on peut souvent l'effacer sans rien changer au sens de la phrase (il n'est là que pour indiquer avec plus de force, plus de précision).

Est-ce que ce sont là les deux hommes, les deux (mêmes) hommes que nous avons rencontrés hier ? Oui» ce sont les deux hommes, ces deux hommes, les deux mènes hommes, ces deux mènes hommes {y article^ qui n'est qu'indicatifs peut remplacer ici le démonstratif ces, qui n'est ici, à son tour, qxx' indicatif, et le mot même devient explétif, pouvant disparaître sans nuire au sers de la phrase).

Placé immédiatement avant un substantif, ou après un pronom personnel, même est toujours adjectifs et doit, par conséquent, s'accorder avec ce substantif ou avec le pronom :

Les nènes hommes, les hommes cux-nénes. Les nèmes plantes, les plantes elles-NÈNEs. Mènes fortaits requièrent nèmes supplices.

Placé après le substantif ou un pronom autre que le pronom personnel, même est adjectif quand on peut mettre avant lui les pronoms lui, elles, eux, elles. Il est adverbe chaque fois qu'il est possible de le déplacer en le mettant avant l'article suivi du substantif, ou avant le pronom qu'il accompagne.

Les seuls cas où nous soyons obligés de faire varier le mot même, c'est lorsqu'il précède immédiatement le substantif, ou lorsqu'il suit immédiatement le pronom personnel. Dans tous les autres cas on peut presque toujours l'écrire indifféremment comme adjectif ou comme adverbe. Qu'il y ait un seul ou plusieurs substantifs, la règle reste absolument la même :

C'est rhonnèteté, la discrétion et le courage, mêmes (Ludovic Halévy, de l'Académie française; Lecture, 25 juillet 1889, Marcfl). Ses erreurs, ses fautes mêmes (même) proviennent d'un accès d'amour pour son petitfils (H. Gréville; la seconde Mère). Les hommes, les animaux, les plantes mêmes (même) sont sujets à la mort. Nos élèves se sont bien conduits, quelques-uns M£ME se sont distingués. Il faut avoir des ménagements avec ses ennemis même (mômes). Un éclat qui les rend respectables aux dieux MÊME (mêmes; Racine). Les dieux même (mêmes) qui babilent roiympe (Idem, Phèdre, IV, 6). Ses amis, ses parents mêmes (même) lui font ce reproche (G. Sand).

Ceux mêmes (même) qui l'ont dit s'en sont repentis. — Ceux même (mêmes) dont ma gloire aigrit l'ambition (Racine). — Ces murs même (mêmes), Seigneur, peuvent avoir des yeux (Racine). Nousméme» (môme nous nous), l'avons fait.

Remarques historiques. — l*' Dans les exemples qui précèdent, Racine a écrit même et non mêmes, comme le disent, à tort, nos grammaires élémentaires; on peut s'en convaincre en lisant les éditions originales.

2<* Au temps de Racine on écrivait, du reste, indifféremment mesmes et mesme, aussi bien pour Vadverbe que pour V adjectif (singulier on pluriel).

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3*^ Ménage (1613-1691), le fameux grammairien du XVII® siècle, conseillait, pour distinguer ici Vadjectifde Vadverbe, d'écrire toujours même, adjectif, sans s final au pluriel, et mêmes (s final) après un substantif ou un pronom singuliers :

L'homme mêmes, les hommes même; la choses mêmes, les choses même. — Je mesmes l'ay faict (XVI® siècle). Il les vendra luy mesmes. Et mesmes quand je la regarde (Brantôme). Par luy mesmes ne sert de rien (Amyot, Daphnis et Chloé). II y avait mesmes dans ce bateau de l'argent (Idem). Un mal dont l'enfer aurait mêmes horreur (Garnier; Hippoiyte, vers 2320). Priam mêmes avait été occis (idem, la Troade). Mêmes tu promis... (Racine, Eslher I, 4, éditions du vivant de notre grand poète).

Même est encore adverbe quand il se rapporte à un ad/et/i/" employé seul ou à un verbe :

Les hommes doivent obéir aux lois, même injustes. Les bons élèves ne doivent pas s'attacher aux mauvais, ils doivent même les éviter.

Après les pronoms, démonstratifs ou possessifs, on n'emploie pas le trait d'union entre même et ces pronoms :

C'est une maladie dangereuse qui a flétri ceux même (ceux-là môme) a qui elle n'a pas donné la mort (Frayssinous). Vos amis ne sont pas sûrs, les miens mêmes (même) ne le sont guère.

Après les pronoms personnels, le mot même s'emploie aussi pour marquer plus expressément les personnes ou les choses dont on parle, mais se joint à ces pronoms par le trait d'union :

^o\x%-mêmes l'avons fait. Ils ont été exin-mêmes.

Même exprime aussi la qualité portée au plus haut degré :

Cet homme est la bonté même, la vertu même.

Remarque historique. — Au XVII® siècle, on pouvait, dans ce cas, employer le mot même avant le substantif, ce que nous ne pouvons plus faire aujourd'hui':

Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu (Corneille, le Cid). Avoir ainsi traité ei la mt'me innocence et la même bonté (Molière). De vos soupçons, l'injuste violence à la tnême vertu vient de faire une offense (idem). Dans le même instant (à l'instant même), je veux les faire écrire (Rcgnard)

Changements proposés concernant quelquesunes des règles des participes passés.

A propos de la circulaire du Ministère de l'Instruction publique (France) du 27 avril 1891, demandant que tout le personnel enseignant dirige tous ses efforts pour faire enfin disparaître de notre orthographe ses chinoiseries, la société à la tête de laquelle se trouvent MM. Gaston Paris, Bréal, Louis Havet et Clédat, propose les changements suivants qui devront nécessairement en amener d'autres plus importants encore :

1" Tous les participes passés suivis d'un infinitif, peuvent, d'ores et déjà, s'accorder ou rester invariables dans les cas où, d'après nos règles actuelles, ces participes doivent nécessairement s'accorder. La règle (Tinvariabilité reste naturellement ce qu'elle était :

Ces enfants, je les ai vus ou vu venir. Julie, je l'ai laissée ou laissé passer dans son appartement. Ces garçons, je les ai vus ou vu battre leurs camarades. Ces garçons, je les ai vu battre par leurs camarades.

2<> Le participe précédé de en, remplaçant un complément direct, peut s'accorder ou rester invariable à volonté :

Avez-vous reçu des livres (complément direct)? Oui, j'en ai reçus t tu reçu. Autant j'en ai reçus (reçu), autant j'en ai lus (lu). 8

3® Le participe des verbes coûter, peser, valoir, peut s'accorder ou rester invariable, quelle que soit la signification, propre ou figurée (transitive ou intransitive), que Ton donne à ces verbes :

Les cent mille francs que cette maison a coûtés ou coûté, qu'elle a valu ou valus, etc. Les cent livres que ce garçon a pesées ou pesé,

4® Le participe précédé de le peu peut s'accorder ou rester invariable à volonté, quel que soit le sens donné à la phrase :

Le peu d'attention que vous avez faite ou fait vous a été très utile (vous a été très nuisible) dans vos études.

Remarque L — Pour les participes précédés de en, nous revenons à la règle des XVII® et XVIII* siècles (accord ou invariabilité ad libitum). Quant aux participes suivis d'un infinitif, le XVII® siècle avait pour principe de les laisser invariables. Pour le participe laissé, suivi d'un infinitif, nous avons vu plus haut que nos écrivains contemporains le laissent encore souvent invariable là où nos grammaires élémentaires nous disent qu'il faut absolument le faire accorder ; — voilà donc la question vidée, et vidée contre nos grammaires.

Pour coûter, peser et valoir, il n'y a plus heureusement que quelques grammairiens en retard qui ne permettent pas l'accord dans :

Les cent mille francs que cette maison a coûtés^ a valtts.

Remarque IL — Le Ministre de l'Instruction publique s'élève énergiquement contre l'absurde échaffaudage des règles de nos grammaires concernant les substantifs composés. Le Ministre voudrait que l'on arrivât à des règles plus uniformes, plus simples, et que Ton réussît

à écrire en un seul mot les composés qui sont de nature à pouvoir être réunis en un seul, comme on le fait déjà pour une foule de mots :

Un acompte, aparté, autodafé, becfigue, chiendent, chèvrefeuille, contrepoison, contresens, contredanse, contretemps, contrevent, courtepointe, entrepont, entresol, havresac, portefeuille, portemanteau, pourboire, pourparler, portecrayon (mais porte-plume, ce qui est absurde), un malentendu, à côté de mal-appris; une sauvegarde, à côté de saufconduit; un gentilhomme, à côté de : tin prud'homme; clairsemé.

Pour le mot fourmi-lion, on devrait, d'après la circulaire ministérielle, l'écrire fourmilion (un mot), et alors il n'y aurait plus de diflSculté pour le pluriel qui s'écrirait : fourmilions. C'est ce que M. Darmosteter proposait déjà, sans cependant oser le faire et il écrivait encore des fourmi-lions (nous avons déjà parlé de ce mot).

Les mots demi, feu, nu, franc de port.

Les règles qui concernent ces mots sont trop connues pour que nous ayons à les reproduire ici. Le Ministère de l'Instruction publique pose-t-il une loi contraire à l'esprit de la langue, en nous disant dans sa circulaire du 27 avril 1891, que ces mots peuvent toujours varier, quelle que soit la place de ces adjectifs?

1. L'adjectif demi s'accordait encore parfaitement avec le substantif suivant aux XV1% XVII« et même XVIII* siècles.

Une voix demie morte (Heptaméron). Il n'esloit qu'à demie lieu (idem) Une cfem/c^ouzaine de chariots (Jehan de Paris). Marchez d'une demie lieue devant (Montaigne). Elle estoit à demye morte (Brantôme). Une </«m/e douzaine de gardes; une demie lieue (Molière). Ce n'est qu'une

denUe raison (Fénelon). Il livra aux ennemis une demie redoute et une demie lune (Racine).

2. La règle donnée par les grammairiens pour Tadjectif feu n'a jamais été acceptée par les écrivains :

C'est feue mon amie (Balzac). Feue la princesse de Conti (Corneille). Feue ma sœur (Montesquieu). Feue Madame la comtesse (Cérémonial de France). Feue l'épouse de maître Coulard (G. de Narvial, 1835). Feue Madame Dutal (Revue des Deux Mondes, 1858).

Feu^ qu'il vienne, ou non, de fuit^ est toujours adjectif en français, et doit, par conséquent, pouvoir toujours s'accorder.

3. Nu s'accordait anciennement avec le substantif; on trouve des exemples d'accord au XVI I« et même au XVIII* siècle (1) :

Vous n'alliez pas nus pieds (Scarron). Il était' nue* jambes (M«»e de Sévigné). Elle était nu» pieds (Racine). Racine écrit même en un mot : Elle y alla wK«/?î«r; des villageois piedsnus, ensabotés. Je suis nue ièie (Marivaux) (2).

4. Franc déport, variable, se rapporte au substantif; invariable, l'expression se rapporte au verbe, avec le sens de franco :

Je vous enverrai franches de port (franc de port) toutes les lettres que

(1) Tout ce qui se trouve dans la circulaire ministérielle est parfaitement d'accord avec mes études de 4880-1888-1889;.

(2) A'm* pieds (avec accord du mot nu), c'est la règle latine nudis pedibus (ablatif, absolu). Nu-pieds ne correspond nullement au nudus pedes, des Latins; car alors nous aurions, selon le genre et le nombre : (homme) »M-pieds, (femme) nu«^pieds, (hommes) nii«-pieds. (femmes) Mtte«-pieds (n«, nues par les pieds, etc.). L'orthographe Mw-pieds, pieds nus est l'œuvre de nos grammairiens cherchant à établir des difficultés là où il ne devrait pas y en avoir.

je vous écrirai. Je vous enverrai toutes mes lettres franc de port (franches de port).

Le Ministre, M. Bourgeois, se remet donc ici d'accord avec la tradition, avec notre bonne vieille langue. Il ne se met en désa,ccord qu'avec nos grammaires élémentaires qui n'ont jamais rien valu (1).

Verbes en ELER et en ETER.

Faut-il écrire : ]' appelle, Rejette ou y appelé, je jHe, etc. ?

Le Ministre de l'Instruction publique (France) préfère la seconde orthographe à la première et c'est avec raison; il voudrait même arriver à écrire apeler comme apercevoir; a/der comme atelier; agfraver comme agrandir. En un mot, le Ministre voudrait qu'une des deux consonnes disparût partout où les deux consonnes ne se font pas entendre.

Dans les mots comme yappelle, je jette, la vieille langue écrivait partout un seul l, un seul t. La nécessité de rendre ouverte la syllabe portant l'accent tonique dut, avec le temps, à défaut des accents qui ne sont guère employés que depuis le XVIP siècle, et même alors très sobrement, amener le redoublement de la consonne :

J'appelle, je jette; telle, mortelle; légalle, royalle; querelle, tutelle, etc.

(1) Il en est de même du mot tout dans : Cette femme est toute étonnée, tout étonnée; la ville toute entière, tout entière. Nous sommes tous malades, tout malades (sens différents dans ces deux derniers exemples). Voir tous les exemples que nous avons donnés sur le mo tout, exemples que l'on trouve déjà dans ma grammaire de 1879.

— H8 — La même nécessité amenait :

Je meine (je mène), je liève (je liève pour je lève;, le reigne (orthographe qui est restée dans l'anglais, k l'exception de Ve final : reign).

Une fois les accents adoptés par les éditeurs et les écrivains, il s'établit malheureusement une double orthographe :

J'appelle à côté de : je pèle ; je jette^ à côté de l'achète ; la tutelle^ la clientèle; peine^ pénible; la coquetterie, la coqueterie; sujette, inquiète; dévote, vieillotte; a-pp-orter, a-planir (apporter, aplanir); abattoir, abatis; sermonner, ramoner, etc., etc.

Les mots dont la racine est allemande prirent même deux consonnes : affranchir^ affréter, à côté de rafraîchir; attirer, assoter, à côté de sottise, de sotie, etc.

Les Précieuses, au XVII® siècle, ont su obtenir de l'Académie des changements orthographiques dans plus de 5,000 mots; la Société de la réforme orthographique est aujourd'hui beaucoup plus modeste dans ses desideria, elle ne demande pas tant, espérons donc qu'elle arrivera à ses fins; nous ne sommes plus au XVII® siècle; nous arriverons bientôt au XX®, et nous conservons dans notre orthographe des chinoiseries dont Précieux et Précieuses auraient honte s'ils pouvaient se douter du triste héritage qu'ils nous ont légué (1).

Verbes terminés par AYER.

Faut-il écrire : je paye ou je paie?

La circulaire ministérielle du 27 avril 1891 nous dit que l'on écrit : il paye ou il paie, ce qui est Tortho-

(i) Voir mes Études de 4870, où tous les changements promis son déjà indiqués.

graphe même de l'Académie, mais le Ministre ne va pas plus loin.

D'après l'Académie, il semblerait que la troisième personne peut seule écrire : il paie, il paye, ils paient, ils payent; qu'aux autres personnes il faut écrire je paye, tu payes, et au subjonctif paye et payent, même à la troisième personne du singulier et du pluriel. Au futur, l'Académie écrit payerai, paierai, et même paîrai {même orthographe au conditionnel : payerais, paierais^ paîrais).

Quelques grammatistes, soi-disant puristes, suivent ici à la lettre le dictionnaire de l'Académie et ne veulent pas que l'on puisse écrire : je paie, etc.; que je paie, etc. ^subjonctif).

On peut cependant leur dire que la plupart des bons grammairiens français, — qui doivent savoir écrire leur langue, - et les écrivains n'ont jamais accepté cette orthographe exclusive :

t Les verbes en ayer, eyer gardent partout leur y (Ghassang, Humbert, Rinn, Dai Costa) ». c Les verbes en ayer s'écrivent indifféremment avec un i ou avec un y devant un e muet : je paie ou je paye; je balaie ou balaye (Larive) •». »• Les verbes en ayer, eyer gardent ordinairement partout Vy (Brachet-Dussouchet) ». On le voit, nulle part les grammairiens ne donnent ici de règle absolue.

Voyons maintenant les écrivains :

J'e««aîe (Brunetière. Revue des Deux Mondes, <5 août 1888, p. 845). Il faudra que j'e«»a/e d'écrire (A. Daudet, Trente ans de Paris, p. 208). Je paie le voyage (idem, idem, p. 265). J*e»*af« d'obtenir mon pardon (Revue des Deux Mondes, 15 août 1879, p. 928). Estaie toujours <4"' août 1889, p. 484). Je i^paie cher (idem, 15 septembre 1889, p. 27b). -Georges Sand écrit partout : je paie, Ressaie, etc. Tessaie (Revue des Deux Mondes, 45 mars 1891, cinq exemples dans le même article). I

faut que quelqu'un paie (idem, -15 mars 1891, p. 468). Le jour que j'cx' saie d'évoquer ^P. Bourget, le Disciple). Je paie ce droit de ma vie (idem, idem). Ce sujet est de trop d'importance pour que Ressaie de le traiter ici (Revue des Deux Mondes, ^"• juillet 1890). Je ne'pense point qu'on essaie de le faire (Illustration, 5 juillet 1890). Je vous paie (Guy de Maupassant. Revue des Deux Mondes, Vô mai 1^90, p. 283). ^'essaie pas- (0. Duruy, Ni Dieu ni maître), ressaie (idem). Yessaie de tuer le temps par des visites (Nouvelle Revue, p. 239, 13 octobre 1890'^. Je paie de n'importe quelle somme (Revoe des Deux Mondes, 1«>' février , 1 89 1 , page 384). — Remarquons que tous ces exemples viennent d'auteurs différents.

La circulaire ministérielle, en se contentant de mentionner la double orthographe pour la troisième personne seule, ne satisfera certainement personne, à l'exception de quelques grammairiens à idées très étroites et très bornées.

Quant à l'Académie, qui écrit déjà alonger et allonger^ elle devrait aussi admettre alumer à côté de allumer, rafoler comme rafraîchir; aglutiner comme agrandir^ agresseur (elle écrit aggrégé et agrégé).

Pour les substantifs et les adjectifs finissant par ont ou ent la circulaire ministérielle laisse toute" liberté d'écrire le pluriel par ans, ens ou ants, ents. Il serait plus simple de s'en tenir ici à la règle de l'Académie qui ne permet pas d'effacer le t : des enfants charmants^ des appartements différents.

L'orthographe ancienne et l'orthographe actuelle de la Revue des Deux Mondes nous donnent, il est vrai :

Des enfans charmons, des appartemens différens ;

mais cette orthographe, qui est celle d'une époque qui a duré longtemps, n'est pas une orthographe de bonne logique.

Dans la vieille langue, le ts tinal des mots se remplaçait par z :

Vous aimets (vous aimez\ des hommes estimets (estimez'»; des enfants, des appartements, etc. (des enfanz, des appartemenz). Montesquieu écrivait encore des hommes aimez, estimez, etc.

Le z remplaçant le ts final n'est guère resté qu'à la seconde personne plurielle de tous nos verbes : vous aimez, vous rendez.

Dans les substantifs et les adjectifs, la langue des XVII® et XVIIP siècles, pour avoir une règle générale, a remplacé le z dans les mots qui précèdent par s des autres mots :

Les diaman-s (diaman-z); les présen-s (présen-z) ; les enfants (enfan-z), etc.

Nos pères n'ont pas pensé, sans doute, que le simple s n'est pas l'équivalent de ts; s'ils s'en étaient doutés, ils auraient certainement rétabli, â sa place, le ts équivalent du z.

Des diamants, des appartements, des présent?, des enfants charmants ^ des objé-ts différents, etc.

Nous ne pouvons donc que donner raison ici à l'Académie contre la Revue des Deux Mondes et la circulaire ministérielle, et cependant plusieurs ouvrages nous disent déjà depuis quelques années que l'orthographe de la Revue sera l'orthographe de l'avenir. — Qui vivra verra

M. Clédat, professeur à la Faculté des lettres de Lyon, a ajouté à la circulaire ministérielle quelques-uns des desideria de la Société de la réforme orthographique.

Il demande, entre autres choses, que l'accent aigu soit changé en accent grave dans tous les verbes qui se conjuguent sur céder (au futur et au conditionnel) : je céderai, céderais; protégerai^ espérerai ^ etc. (c'était déjà le désir de Littré.)

Nous ne mettons cependant volontiers l'accent grave (c'est là une des règles du français) que sur la syllabe portant l'accent tonique et qui, pour cette raison, reçoit un son ouvert :

Mener, je mène ; céder, je cède ; appeler j'appèle (appelle) ; jeter, je jète (jette; voir ce qui a été dit précédemment).

M. Clcdat pourra nous dire qu'ayant déjà l'accent grave sur la syllabe ne portant pas l'accent tonique dans 7n^-nerai,/è-verai (mènerai, lèverai), nous pouvons aussi, généralisant la règle, l'avoir sur céderai, précéderai, etc. (accent grave sur Ye précédant une syllabe muette^.

Mais alors généralisons complètement la règle et écrivons, mais M. Clédat n'en voudra certainement, pas :

Échelon, ècheniller, ècheveau, déchèveler, détenir, échèveler, èchevin, ècrevisse, élever, dégeler, èmeraude, dèguenijler, démener, éperon, etc., etc. {e de la syllabe initiale suivi dans tous ces mots d'une syllabe mu<»tte).

Quant à la prononciation de céderai, protégerai, etc., nous sommes loin de croire avec M. Clédat que ce soit : cè'derai, proté-gerai, etc. Il nous semble qu'on prononce bien plus généralement : je cédrai, je protéjrai, etc., et que quand nous ne nous observons pas, nous prononçons plutôt : je m'ievrai, que je m'ie-vrai (je me lèverai) et bien des personnes parlant bien disent familièrement : je me-nrai cet enfant à l'école, là oix d'autres disent : je mè-nrai cet enfant à l'école (je mè-nerai, etc.).

Le tréma.

Le tréma, — disent nos grammaires et nos dictionnaires, — signe fornjé de deux points placés horizontalement à côté l'un de l'autre (maïs, Israël, Saûl), indique, quand il se trouve au-dessus d'une lettre, qu'une nouvelle syllabe commence avec cette lettre.

Cette définition est devenue fausse depuis la dernière <îirculaire ministérielle du 27 avril 1891, car nous pouvons écrire aujourd'hui.

Cigùe et ciguë; aigùe et aiguë ; il argue (arguë).

Dans l'intérieur des mots — et ces mots sont peu nombreux — Te, surmonté d'un tréma, a presque toujours le son ouvert.

Noël, Israël, Raphaël (No-èl, ïsra-ôl, Rapha-èl).

Cette règle n'en est pas une, car elle ne contient que trois mots pour deux exceptions :

Staël se prononce Stâl et cacatoës s'écrit aussi cacatois, et se prononce cacatoi, — M™« de Staël (prononcez Stâl).

Au mot Noël, Littré nous dit que le tréma y est <levenu aujourd'hui inutile, parce qu'il ne viendra à l'idée de personne de prononcer Noël sans tréma : TSoEL (neul).

Viendrait-il donc à l'idée de qui que ce soit de prononcer Israël, Raphaël (sans tréma) : Isrâl, Raphâl ou Jsrèl, RapM?

Le tréma est remplacé, depuis 1878, par l'accent aigu dans :

Goéland (Goéland); goélette (bateau); goénon (varech, herbe marine^

Il est remplacé par l'accent grave dans :

Poème (poëme), poète, troène (troène).

On peut assurer, sans crainte de se tromper, qu'il y a dans notre langue, depuis longtemps, une forte tendance à faire disparaître le tréma. Pour s'en convaincre, il faut voir toute la différence entre l'orthographe de notre XIX® siècle et celle des deux siècles qui l'ont précédé, surtout le XVIII®, qui écrivait :

La rue, la vue, la charrue, reçue, rendue, il évalue, 11 joue, nous jouons, nous jouions, nous tuions, vous attribuiez, etc., etc.

Quelques grammaires élémentaires nous donnent -encore :

Nous jouions, vous jouiez, nous attribuions, vous attribuiez; d'autres, qui suivent le progrès de loin, ne conservent plus le tréma, dans ces cas, que dans les verbes finissant par uer; tous nos bons grammairiens le font disparaître dans les deux cas verbes finissant par ouer et uer),

Littré, Bescherelle, l'Académie nous disent qu'il faut mettre un tréma sur arguer iargu-er),pour le distinguer d'un autre verbe arguer, qui se prononce arghé; mais ni Littré, ni Bescherelle, ni l'Académie ne mettent leur dire en pratique et écrivent des deux côtés arguer (sans tréma).

Si nous mettons ici un tréma dans le premier verbe, €omme le conseillent quelques grammaires, dans les temps où Vu est suivi d'un e muet : y argue ou ]' arguës y arguërai, arguerai, etc., nous aurons une petite partie de ce verbe qui se distinguera du second par l'orthographe, pour les laisser se confondre dans tout le reste de leur conjugaison, ce qui devient absurde.

Nous mettons un tréma sur ambiguïté, donnant par là cinq syllabes à un mot qui n'en a que quatre, et nous

n'en mettons pas sur acuité, annuité, pouvant donner ainsi à croire que ces mots n'ont que ti'ois syllabes, tandis qu'ils en ont quatre.

Il faut mettre un tréma sur ambiguïté, dit Littré, pour montrer qu'il ne faut pas prononcer ambighité, mais ambigU'i'té,

Mais d'après ce principe, trop absurde pour venir du maître, — (il doit être attribué à ses collaborateurs) — il faudrait aussi mettre un tr^ma sur tous les autres mots où il faut distinguer gua, gui (g-ua, g-ui), de gua, GUI (ga, ghi), et sur ceux où qua, que, qui (q-ua, q-ue, q-ui) doivent se distinguer de qua, que, qui (ka, ke, ki).

La prononciation des mots doit s'apprendre par l'habitude de la lecture, sous la direction de personnes connaissant la langue que l'on veut apprendre à lire ou h parler. Si, pour les étrangers, i| fallait des signes de distinction, ces signes devraient être multipliés à l'infini.

Le tréma qui se trouve sur païen m'apprend-il si je dois prononcer ;?a-un, j»a-i-an ou pa-ian? Avons-nous besoin, quand nous écrivons payen, d'avoir le tréma pour savoir comment nous devons prononcer le mot? Avons-nous des trémas dans :

Pays, paysage, paysagiste, paysan, paysanne, tous mots de même origine que payen (païen); Rayonne, bayonnette (plus souvent baïonnette), Bayard, Bayeux, Cayenne. Mayence, Lafayelte, Fayal, fayard, fayence (plus souvent faïence), Biscaye, cipaye, Payerne, cacoyer, bayer.

Si nous ajoutions à cette vingtaine de mots tous ceux sur lesquels nous ne mettons pas le tréma lorsque nous devrions l'employer aussi bien que sur ambiguïté, contiguïté, nous verrions, à l'évidence, que les mots où se trouve le tréma, ne forment qu'une minime exception (ces derniers, si l'on ne tient compte que des mots

vraiment français et qui s'emploient souvent, ne dépassent pas le nombre trente). Les vo^ci, sans compter ni les dérivés, ni les composés :

Aïeul, aigué, ambiguë, archaïsme, baïonnette, ciguë, coïncidence, contiguë, égoïsme, exiguë, faïence, glaïeul, haïr, hébraïque, hémorroïdes^ héroïne, judaïque, laïc, mosaïque, naïade, naïf, ouïr, païen, pharisaique,^ prosaïque, stoique, zoïle {iS mots). Ajoutez-y : Adélaïde, Caïn, les îles Caraïbes, les Danaïdes, Isaie, Moïse, Saûl, Sinaï, Staël, Thébaide (10 mots) que l'on rencontre ou que Ton entend quelquefois, et le reste des mots à tréma est bien peu usité (P.

Nous croyons qu'en faisant disparaître le tréma dans la plupart des mots qui précèdent, personne ne serait tenté de les prononcer autrement qu'ils doivent l'être. La prononciation, comme nous l'avons dit plus haut, doit s'apprendre par la pratique de la lecture à haute voix sous la direction d'une personne instruite et parlant bien.

11 ne viendra, je crois, à l'esprit de personne de dire que le féminin de aigu, ambigu, est aighe (aiguë , ambigh (ambiguë), en écrivant sans tréma : aiguë, ambiguë. — Ciguë (ciguë) sans tréma, s'apprendra facilement à ne pas se prononcer comme figue (figh), et il en est de ^ même de tous les autres mots, ou peu s'en faut.

Le trçma était inconnu dans l'ancienne langue; il n'a commencé à être employé, et très peu, qu'au XVI® siècle, et cependant nos mots se prononçaient anciennement, sans tréma, comme ils se prononcent aujourd'hui, ce qui prouve que nous pourrions encore mieux nous en passer que dans les siècles d'ignorance.

(1) Ajoutez à ces mots ceux qui ne se rencontrent que très rarement et le chiffre ne dépassera guère la cinquantaine.

Ce n'est que dans trois ou quatre mots que notre vieille langue, à défaut du tréma, qu'elle ignorait, se servait de Yh pour séparer les syllabes :

Invadire (pour invadere) donne en français envair^ que nous écririons maintenant envair, et que le vieux français finit par écrire enva-ïL-iff orthographe qui nous est restée, ainsi que dans tra-h-ir, qui vient de TRADIRE (pour tradere) et qui avait donné trair (prononcer : tratr)^ dans ca-E-ier fquaternumS anciennement caier (prononcez : cater).

A la proposition de faire disparaître le tréma dan» presque tous les mots, on objectera peut être les difficultés qui en résulteraient, surtout pour les étrangers. Si nous voulons faire attention aux étrangers, il faudra alors inventer de nouveaux signes pour distinguer Vs doux de Vs dur, pour distinguer le t ayant le son qui lui est propre du t ayant le son de s dur ou du c doux, pour distinguer g-ua, g-ui de ga, ghi (gua, gui), q-ua, q-ue, q-ui, de ka, ke^ ki (qua, que, qui), pour leur indiquer toutes les lettres qui ne se prononcent pas dans nos mots, etc., etc. Tous ces points offrent bien plus de diflScultés que les malheureux mots sur lesquels nous devons employer le tréma pour pouvoir les lire correctement sans estropier notre belle langue.

Au XVIP siècle, ou plutôt au XVIII« siècle (car ce n'est qu'en 1740 que l'Académie a enregistré les 5,000 mots dont l'orthographe avait changé), on a conservé la prononciation des mots comme elle était avant le changement d'orthographe, et c'est ce que nous pouvons faire encore aujourd'hui.

Ce n'est guère également que dans une trentaine d'années, vers 1920, que l'on saura les changements orthographiques que l'Académie aura acceptés — l'Aca-

demie a toujours su prendre son temps. — Qu'on attende avec patience : qui vivra saura.

Emploi du pronom SOI.

Le pronom soi, disent nos grammaires, s'emploie avec les pronoms indéfinis, les verbes impersonnels, les substantifs employés dans un sens général, dans les sentences, les proverbes. Il ne se rapporte plus aujourd'hui à un substantif p/wrie/ ou à un suhsihniiï singulier réprésentant une personne bien déterminée. II faut, dans ce cas, remplacer le pronom soi par lui, elle, eux^ elles :

Être très contenl de soi est une fière sottise. Celui qui aime le travail a assez de soi-même (celui n'est ici qu'une sorte de pronom indéfini, équivalent du mot quiconque). Il faut toujours être soi. Dire: chacun pour soi et n'aimer que soi, c'est de l'égoisme. Aucun n'est prophète chez soi. Heureux qui vit chez soi (qui == quiconque). A Sparte, la loi punissait xJ'une amende celui qui (quiconque) avait chez soi un rasoir (Fustel de Goulanges, la Cité antique, p. !2i6)

Ce serait cependant condamner nos bons écrivains que de donner cette règle comme absolue. Le XVII® siècle faisait souvent rapporter le pronom soi à un substantif jî/ttrie/, et il n'est pas rare d'en trouver encore des exemples au XVIÏP siècle et même au XIX* :

Les ennemis s'enfuirent sans regarder derrière soi (Malherbe). Les hommes ne recherchent que l'occasion de ne pas penser à soi (Pascal). -Certains particuliers se ruinent à se faire moquer de aoi (La Bruyère). €es mystères ont en soi quelque chose de terrible (Balzac). Les soucis que les soins de la grandeur traînent après soi (idem). Les animaux ont en soi un instinct qui les dirige (Buffon). Il y a un certain travail de temps qui donne aux choses humaines le principe d'existence quelles n'ont point on soi (Chateaubriand). Les deux questions on soi, pouvaient rester

•distinctes (Revue des Deux-Mondes, l®»* juillet 1888', p. 128). Les femmes n'ont presque jamais la maîtrise de soi (J. Lemaitre, les Femmes de France).

L'emploi du pronom soi, se rapportant à un substantif singiUier bien déterminé ^ reprend aujourd'hui grande faveur chez nos meilleurs écrivains :

il manquait à M'"*» de Staël le gouvernement de soi-même (A. Sorel, M'"* de Staël, p 11). Dans l'impossibilité où elle était de reposer sa pensée sur soi-même (idem, idem, p. 13$) Il est sous la main d'un eupatride qui a en soi la même autorité que le patron romain (Fustel de Coulanges, la Cité antique, p. 309/. La reine Louise de Prusse prit l'habitude de vivre en soi-même, d'écouter son âme... (Revue de Deux- Mondes, l'"^ février 1894, p. 604). La reine était toujours maîtresse de .SOI (idem, p 6i3).

Les mots VINGT, CENT, MILLE.

Le Ministre de l'instruction publique innove-t-il en permettant, dans sa circulaire du 27 avril 1891, d'écrire dès aujourd'hui quatre-ringf^A-dix, etc., comme quatrevingtSf quatre cents cinquante, etc., comme quatre cents?

Non, il ne fait que rentrer dans la tradition, si toutefois à côlé de qualre-ï/injjf^^-cinq, etc., quatre cents dix, est., il permet aussi d'écrire quatre- t^inp^, quatre centf c'est-à-dire si l'on nous laisse toute liberté d'écrire dans tous ces cas, vingt et cent avec un s ou sans *

final.

Darmesteter, dans son XVP siècle en France, nous dit, p. 263 : « qu'à rencontre de ce qui se passe dans la langue actuelle, et avec plus de logique, les nombres vingt et cent conservaient I'^, même s'ils étaient suivis de dizaines et d'unités.

Les exemples qui suivent, auxquels on pourrait en

ajouter une foulB d'autres, prouvent, à l'évidence, que la logique ne brillait pas plus qu'aujourd'hui dans notre langue du XVI® siècle, si l'on entend par logique, comme le fait M. Darmesteter, l'unité d'orthographe dans le pluriel des mots précités.

Onze CENT mille écus (d'Âubigné, le baron de Forneste). Neuf ceks mille écus (idem). Cinq gens mille écus, sept cent mille écus (idem, dans un même chapitre) Quatre cent mille écus (idem). Je me coule avec quatre cent bons hommes (idem).

L'immense lecture de M. Darmesteter est ici en défaut; il n'a pas parcouru avec assez d'attention tous nos écrivains de l'époque de la Renaissance.

Sortons maintenant du XVI« siècle :

Il ne laissa pas de les mener battant l'espace de quatre-viNGT stades (Vaugelas, le grammairien par excellence du XVI^ s.). Cinq cent livres leur sont dues (M™*: Maintenon). SIx-vingt productions (Racine, les Plaideurs, anciennes éditions). Il s'est réjoui de la naissance de mille six cens quatre-YiNGT enfants (Montesquieu, édition de 1721, reproduite par Lacour-Jouaust). Dix-huit cent sabres; douze cent fusils (Voltaire» Expédition du prince Charles-Edouard, Siècle de Louis XIV).

Nous trouvons cependant encore cent (cens) avec Ys final dans Marivaux, quoique le mot soit suivi d'un autre nombre :

Six cens mille francs, deux cens mille francs (le Legs).

Dans la toute vieille langue, mille s'écrivait ordinairement mil pour un seul millier, et mille quand il était question de plusieurs milliers; bientôt les deux orthographes se confondirent, et nous ne trouvons encore ici, quoi qu'en dise Darmesteter, aucune uniformité» aucune logique :

Trente-quatre mil mars d'argent (Ville-Hardouin, 61). Trente-quatre un. mars (63). Quatre cens mil hommes (25S; plusieurs exemples). Seize

itiL hommes (Froissart» la bataille de Gassiel). L'an mil trois cens trente un; Tan mille; Tan mille cccxxxvn; on arma tous les arbalestriers et MILLE hommes avec eux (idem). Quatre mil Turcs (Heptaméron, ^^ journée) Cent mil escuz (idem, 3« journée). Cent mil fois (4« journée). Cent MIL femmes (6« journée). Mil ans (7« journée). Trois cent mil escuz (Brantôme). Cinquante mil hommes (d'Âubigné). Quatre vingts mil hommes (Palsgrave). Des gens plus de mille (idem). Trois mil deux cens hommes (Malherbe). Huit mil livres qui me sont dues (Balzac). Imprimé en mille six CENS vingt trois (Balzac). L'année mille six cens dix-huit (La Rochefoucauld). Nous ne citons ici que des exemples qui contredisent l'ouvrage de M. Darmesteter.

Grâce aux grammairiens, et cependant la Romania nous dit que les grammairiens ne peuvent avancer d'une heure les règles orthographiques, nous nous croyons obligés d'écrire pour le millésime à partir de l'ère chrétienne :

L'an MIL huit cent quatre •vingt-douze, etc.

Mais pour l'an mil lui-même, la question change, et nous devons alors, de par nos grammairiens, orthographier :

Nos pères, dans leur naive simplicité, croyaient, grâce au clergé, que le m*nde finirait en l'an mille.

L'Acadéinie ne fait nullement mention de cette exception imaginée par nos grammaires; elle nous dit que la règle est d'écrire pour le millésime, après comme avant l'ère chrétienne : mille :

L'an MILLE huit cent quatre-vingt-douze (avant ou après J -C.)

Dans sa condescendance pour les grammairiens et leurs grammaires, l'Académie veut bien cependant reconnaître que l'on écrit quelquefois mil au lieu de mille pour désigner, après J.-C, la date des années, c'est-à-dire l'année dans laquelle un événement est arrivé après là naissance du Christ,

Pronoms adverbiaux EN et Y ou adverbes

pronominaux.

1. Souvent les adverbes pronominaux en et y remplacent les pronoms personnels et les pronoms démonstratifs ceci, cela, quand ces pronoms devraient être précédés des prépositions de, à (Delbœuf-Roersch, n** 63).

A la place de de lui, d'elle, d'eux, d'elles, représentant des choses, on emploie en, de cela; on peut aussi l'employer en parlant des personnes, etc., n<* 211, 2.

•Quand on parle des personnes, MM. Delbœuf Roersch ne nous disent pas si en signifie encore de cela, ce qui serait fort peu respectueux pour les personnes dont on parle. Il nous semble, du reste, que le pronom eri, comme dont, comme qui, comme que, prend le genre et le nombre des mots qu'il représente :

Parlez -vous du roi des Belges, de la reine, de nos minisires ? Oui, je parle de lui, d'elle, d'eux (de cela est non seulement fort peu convenable, il nous parait absurde).

Voici des exemples que je prends dans la grammaint de MM. Delbœuf Roersch :

Quel service j'en ai reçu (de lui, d'elle, d'auto d'elles; donc en ne signifie pas ici : de cela), p. 26, n^ 63. Ce sont de vrais amis ; que de services j'cw ai reçu (en = d'eux et non de cela). En parlant de jeunes filles, je puis dire combien j'en ai vues ou combien j'en ai vu (en signifie encore de cela Si en signifie de cela, il faudrait nécessairement écrire : combien j'en ai vu = combien de cela j'ai vu),

2. Le pronom y pour à cela ne sera guère mieux accepté par la personne à qui l'on parle, dans :

Pensez- vous à moi '/ ïy pense ; donc, je pense à cela (Delbœuf-Roerscli), p. 104).

3. Pourquoi le participe passé précédé de en restet-il invariable?

Parce que en équivaut à un nom ou à un pronom précédé de la préposition en, et ne joue pas le rôle de complément direct in<» 205) ;

Avez- vous rencontré des soldau ? i'en ai rencontré (sans doute que j'ai rencontré de cela).

Prenons la grammaire de M. Lapaille :

i . En est complément direct dans :

Il a fait plus de livres que d'autres n*en ont lu.

(Pour MM. Delbœuf Roersch, en est un complément indirect; pour M. Lapaille, un complément direct).

L'élève qui, par sa réponse, aura une bonne note à Liège, en aura une mauvaise à Huy, ou vice- versa; voilà nos grammaires.

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