En est sujet réel dans (p. 138, n
Il en est qui vivent d'illusions (vivent au pluriel, parce que en sujet réel, est je suppose, masculin pluriel). Etaient -ce des brigands? Oui, c*en étaient (môme chose).
Mais noils nous tromperions étrangement si nous en jugions ainsi. Pourquoi le participe ayant en pour complément est-il invariable? C'est, qu'à cause de son origine adverbiale, il est censé n'avoir ni genre ni nombre :
Tout le monde m'a offert des services et personne ne m'en a rendu (p. 175, IIÏ).
Mais s'il est censé n'avoir ni genre ni nombre, comment se fait-il que M. Lapaille écrive comme nous tous :
II en est qui vivent d'illusions.
Dans :
Combien en a-t-on vus7 Autant d'entreprises il a faites, autant il en a manquéei.
Il faut, d'après M. Lapaille, faire varier nécessairement le participe; d'après M .Delbœuf Roersch, on peut le faire varier ou le laisser invariable ; selon Chassang, après autant en, il faut toujours laisser le participe sans accord.
M. Poitevin, dans sa grammaire a reconnu, bien avant M. Lapaille, que en est complément direct, et non complément indirect (Delbœuf-Roersch), dans :
Avez- vous reçu des livres? j'en ai reçus (participe variable; c'est la seule logique que l'on puisse suivre, en admettant que en soit un complément direct; étant admises, bien entendu, les règles actuelles de nos grammaires)
M. Eyssette, qui a partout suivi si consciencieusement les règles de l'Académie, reconnaît que cet accord est très logique, mais contraire à l'usage généralement suivi.
M. Bourgeois, ancien ministre de l'instruction publique, d'accord avec la ^Société de la réforme orthographique, à la tête de laquelle se trouvent les hommes les plus savants de la France (MM. Bi^éal, G. Paris, Gréard, Havet, Clédat; il faudrait y ajouter feu A. Darmesteter) admet que l'on peut parfaitement écrire :
Avez -vous reçu des livres? j'en ai reçus. Avez -vous reçu des livres j'en ai reçu.
1** Participe variable, parce que en, masculin pluriel et complément direct, est placé avant le participe; 2<* participe invariable, parce qu'il serait préférable de laisser partout invariable le participe passé conjugué avec l'auxiliaire avoir. En faisant encore accorder le
participe conjugué avec avoir, nous mettons la langue en désaccord avec l'esprit de la langue.
Les règles données ici par MM. Dclbœuf Roersch, LapaiHe, Chassang, sont arbitraires, contradictoires, et, par conséquent n'ont aucune Valeur. Ce qui est un complément indirect pour MM. Delbœuf-Roersch est un <îomplément direct pour M. Lapaille; ce qui est censé n'avoir ni genre ni nombre pour M. Lapaille a parfaitement un genre et un nombre pour M. Poitevin (ajoutons à ce deruier tous nos meilleurs grammairiens allemands). L'accord sylleptique est permis pour M. Lapaille dans : i\ en est qui vivent d'illusions; il n'est plus permis, en parlant de livres, dans : j'en ai reçu; en parlant d'hommes, dans : j'en ai vu.
Je demande aux instituteurs, aux institutrices, quelle créance ils peuvent donner à des règles présentées de €ette manière. L'arbitraire n'est-il pas ici de toute évidence ?
Quelques cas concernant les règles du
participe passé.
IPartlelpe précédé du pronom lAË, représentant un adjectif nn participe on un membre de phrase.
A . Quand le pronom, complément direct du verbe, ne «e rapporte pas à un substantif, mais à un adjectif, à un participe ou à toute une proposition, le participe reste invariable :
La leçon est plus difficile que nous ne l'avions crw fque nous n'avions cru qu'elle était difficile). — Ils n'ont pas fait les choses comme je l'aurais voulu (comme j'aurais voulu qu'on les fit, qu'on les eût faites). — Ils n sont pas si estimés que je l'aurais cru. — Pour instruire il y a une mé-
- 13fi —
ibodc naturelle; seuls quelques philosophes Tont compris (^ont comprisce/a, c'est-à-dire qu'il y a une méthode naturelle pour instruire). — Cette femme n'est pas telle que je me l'étais figuré. — Il a une campagne comme il l'a désiré (comme il avait désirt^ d'en avoir). — Il épouse une femme riche, comme il l'a désiré (Boniface). — Cette chose fi'est pastelle que vous me Taviez annoncé. — Cette ligure, comme nous l'avonsvu, parait horrible à tout le monde.
B. Cependant les écrivains d'aujourd'hui ont une tendance, dans les cas possibles, à faire rapporter le pronom le,- la, les au substantif :
Cette femme n'est pas telle que je me Véi^s figurée. — L'Elurope n'est pas si crédule qu'on la suppose, qu'on l'a so\i\eni supposée {Kevne pol. et litt.). — Les dangers ne sont pas si grands qu'on les avait entrevus- (Idem). — La vie n'est pas si triste que ce peintre l'a représentée (Idem 20 août 1887). — Pour instruire il y a une méthode naturelle; seuls, quelques philosophes l'ont comprise (ils ont compris cette méthode). — Il a une campagne comme il l'a désirée. — Il épouse une femme riche comme il l'a désirée (Boniface). — Cette chose n'est pas telle que vous me l'aviez annoncée; ces choses ne sont pas telles que vous me les avier annoncées (BonifaceV — Cette figure, comme nous l'avons vue, nousparait horrible. .
Participe £U et BOllîllîÉ snivis d'no infinitif.
Avec les participes eu et donné, suivis d'un infinitif, il y a, quand le complément direct est en avant, une double manière d'écrire, admise par les grammairiens^ et les écrivains :
La leçon que j'ai eu à apprendre, qu'on m'a donné à apprendre. — La leçon que j'a eue, qu'on m'a donnée à apprendre. — Les ennemis que la reine a eus (eu) à combattre. — Les obstacles que nous avons eu (eus) à surmonter.
On donne à apprendre des leçons ; on a à apprendre des leçons (1^'' cas); on a des leçons à apprendre, on donne des leçons à apprendre second cas).
Souvent le participe est laissé ici invariable, l'idée principale se portant surtout alors sur l'infinitif qui suit : •
Les fleuves que nous avons eu à traverser. — Les troupeaux qu'on lui avait dœiné à garder.— L'armée que nous avons eu à attaquer.— Compa^ re;e : Cette ville, le commerce l'a rendu puissante, manière d'écrire de Vaugelas; rendue, orthographe actuelle.
Faut-il écrire :
Nous nous sommes faits forts de réussir, ou bien : nous nous sommes^ fait forts de réussir; nous nous sommes fait fort de réussir.
La Revue des Deux-Mondes du 15 juin 1888 écrit encore : Nous nous sommes fait forts d'après l'esprit de la manière d'écrire de Vaugelas, contre Ménage et notre pratique actuelle. — L'Académie dit : Nous nous sommes fait fort de réussir, c'est-à-dire : Nous nous sommes fait chose forte, chose certaine de réussir. La manière la plus ordinaire d'écrire est celle de Littré : Nous nous sommes faits forts de réussir.
Que l'on mette ici le féminin, à l'exemple de Littré^ et l'on verra comme la phrase est cependant peu harmonieuse :
Nous nous sommes faites fortes de réussir dans notre entreprise.
Nous écrivons encore aujourd'hui comme Vaugelas :
Nous l'avons échappé belle ; nous l'avons manqué belle, je vous l'ai donné belle.
Le pronom la représente ici dans la langue moderne un mot féminin : occasion, mort, chose, affaire, mais le participe reste invariable comme anciennement dans :
Dieu l'avait fait chrétienne; Dieu l'avait/o/Y reine.
Nos grammairiens d'aujourd'hui nous enseignent, à
tort, que le pronom /' pour le, représente ici le mot cela sous-entendu, et que belle se rapporte à manière aussi sous-entendu : Nous avons échappé (cela) d'une) belle manière. Que de sous entendus dans la langue française si nous voulions en croire nos grammairiens!
Quelques-unes de ces expressions sont venues primitivement du jeu de paume^ le mot balle étant sousentendu; les autres se sont formés par analogie :
Vous me la donnez (la balle) belle ; vous me la baillez (la balle) belle ; je l'ai manqué (échappé) belle.
Négation après AVANT QUE, SANS QUE.
Les grammairiens, M. Lapaille entre autres, nous disent que avant que, sans que, ne sont suivis d'aucune négation (Lapaille, p. 185). Vaudrait tout autant dil*e que craindre que, de crainte que, de peur que, ne pas douter que, etc., ne sont plus suivis de la simple négation ne. Voyons nos écrivains contemporains, car ce n'est que par eux que la question peut être jugée.
AVANT QUE. — Je ne Taimais pas comme j'aimais ma cousine avant qu'elle n'épousât le prince (H. Gréville). Bien avant que l'empereur François-Joseph ne possédât le pouvoir (Vapereau, Dict des Contemporains). Elle voulut entrer dans la chambre avant qu'elle ne fût rangée (G. Sand). Elle avait reçu la lettre quelques moments avant qu'il n'entrât (P. Boi'rget, Mensonges). Peu de mois avant que je ne le connusse (Ideai Mme Bresuire) Il venait chez nous avant que ma mère ne fût veuve (Idem A. Cornélis) Il la perçait en l'air (une paire de gants) avant qu'elle ne fût tombée (Barbey d'Aurevilly, le chevalier des touches). 11 devait être consulté avant que vous ne fissiez une pareille démarche (a. Dumas) Je voudrais courir chez mon ami avant qu'il ne fût couché (Scribe) Avant qu'aucune force romaine n'eût eu le temps d'occuper la monlagne (G. Boissier, de l'Acad. fr). Avant que son désespoir n'en mesurât la profon-
fondeur (Idem). Avant que la conversation ne fût établie (Hervieu, Flirt, 1890). Salmanasar mourut avant que la guerre ne fût terminée (Rev. des Deux-Mondes, p. 788, 15 juin 1890). Une douzaine d'années avant que Tie s'ouvrit ce règne (Leroy-Beaulieu, 15 mai 1879). Avant que tu ne sois retourné versies eaux du fleuve (Leconte de Lisie, Odyssée, p. 58). Il lut ia lettre avant que sa femme ne rentrât (Lecture, 5 mai 1891, p. 331). L'heure exquise, c'est le crépuscule, un peu avant que les chasseurs ^'arrivent (A.. Daudet, Lecture, 2S mars 1892, p. 655 >. Il mourut avant •que le concile ne fût assemblé (Le comte d'Haussonville, Rev des Deux- Mondes, l*'' nov 1868). Elle sera de retour avant que les domestiques ne se lèvent f Rev. des Deux-Mondes, l«>* janvier 1892, p. 19). D'innombrables friandises où les mouches prélèvent une forte paH avant qu'elles ne soient livrées aux hommes (Idem \^^ mars 189â, p. 182). Avant que les événements de 1870 n'eussent rendu ces mesures obligatoires (Revue pol. et litt.. p. 368, 19 mars 1892). (1 voulait les atteindre avant qu'ils ne se •fussent engagés dans les montagnes (Idem 14 mai 1892, p. 630).
Sans que. — Sans que le rouge ne me monte au visage (F. Sarcey, "Souvenirs de jeunesse. Lecture, p. 567). Je ne pouvais parler safts qu'il ne m'interrompît (Boniface). Nous enterrerons le garçon sans que personne ne le sa'ihe (Rev. des Deux-Mondes, 1»^ août 1889, p 482) Je ne regardais pas un seul de nos meubles sans que le souvenir de mon père ne s'éveillât en moi (P. Bourget, A. Cornélis). On ne pouvait faire allusion à cela sans qu'elle n'entrevît aussitôt des scènes du plus mauvais ton {Idem, idem). Il ne se passe pas de jour sans qu'il ne vînt me parler (Lecture, la Dernière Idylle, 10 nov. 1891) L'activité physique ne peut pas s'établir sans l'activité morale n'en souffre (G. Boissier, de l'Acad. fr , l'Esclave de Rome) Elle était là sans qu'aucune porte n'eût été ouverte (P. Loti, de l'Acad. fr., <890) Il ne se passe pas de jour sans que ces journaux n'enregistrent des miracles (Rev. pol. et litt., p. 768, 11 mai 1892)
Il est parfaitement vrai que ne est ici explétif, inutile et peut être omis; mais il n'est pas moins explétif après les mots qui expriment la peur ou la crainte^ après éviter y ne pas nier, ne pas disconvenir, ne pas douter :
Evitez qu'il (ne) vous fasse du mal. — Je ne nie pas que vous (n') ayez raison. — Je crains que vous {ne) tombiez. — Je ne doute pas qu'il {ne^
Tienne. — Je ne partirai pas à moins qu'il {ne) fasse beau temps, etc., etc. — Voir mon Étude sur la négation : Paris, rue Richelieu, 67, chez £. Bouillon,.
Le grand défaut de nos grammairiens est de ne pas lire ou de ne pas tenir compte de leurs lectures. Se copier les uns les autres est chose facile et commode; mais cette manière facile et commode d'agir ne peut nous donner que de mauvaises grammaires.
PAS, point; guère, nullement.
Les mots pas, point, guère, nullement, etc., se ren- ^ontrent-ils seuls avec le sens négatif, comme le dit M. Lapaille dans sa grammaire (3® édition, 1890, p 181)?
La preuve que les mots joo^, point, guère, plus, jamais, aucun, personne, rien, nullement n'ont jamais par euxmêmes un sens négatif, c'est que, comme M. Lapaille l'avoue lui-même, le sens négatif, quand ces mots sont employés seuls, ne s'explique qu^ par l'ellipse de ne ip. 183i :
Pas d'argent, pas de suisse. — Plus de chansons, partant plus de joie. Avez- vous rencontré quelqu'un? Personne. — Vous croyez cela? Pas du tout. - Viendrez-vous ? Pas aujourd'hui.
C'est-à-dire :
Sans argent, si vous ne déboursez, vous n'aurez pas de suisse. — Je ne viendrai pas aujourd'hui, etc., etc.
Les mots nul, nullement, qui, d'après leur dérivation latine, devraient même toujours avoir un sens négatif, ont perdu ce sens depuis longtemps dans le français, et se confonrlent avec aucun, aucunement, qui ne sont point négatifs par eux-mêmes.
Est-il mille (quelque, aucune) plaie si grande que guerre entre le»
amis (Comraynefc)? — Voici un exemple aussi remarquable que nul (qu'exemple quelconque) des précédents (Montaigne). — Cette chose je la ferai aussi bien que nul (que qui que ce soit) d'entre vous. — Ulysse était trop sage pour se confier à nul mortel (à quelque mortel que ce fût).' T'ai-je jamais refusé nulle (quelque) chose (La Fontaine)? — Je suis loin ûe leur savoir nulle obligation (quelque obligation que ca soit) (J -J. Rousseau). — Avez- vous fait cela? iVM//e»iCM«, c'est-à-dire je ne l'ai nullement fait; c'est ne, sous-entendu, qui donne seul à la réponse son sens négatif.
Si l'on sous-entend la négation ne, dans :
Je le ferai mieux que nul d'entre vous (ne le, fera), etc., etc.
C'est encore cette négation ne qui donnera à nul son sens négatif.
Le mot rien semble parfois avoir un sens négatif sans la négation ne; mais c'est encore cette négation sousentendue qui lui donne ce sens négatif :
Je veux tout ou rien =- je veux tout ou (je ne veuxj rien. — Je ne fais n'en pour rien (je ne fais rien, si je ne reçois pour ma peine une récompense ou un payement quelconque).
Le mot nul, employé seul, ne semble avoir conservé son sens négatif, que comme adjectif qualificatif :
Un homme nul, une femme nulle (de nulle valeur).
Contrairement à ce que dit M. Lapaille (remarques p. 482), on peut également assurer avec tous nos philologues que ni a aussi perdu son sens négatif, car il doit être toujours accompagné de ne, qui donne seul à la phrase son sens négatif. Si ni était encore négatif, il y aurait alors deux négations dans la même proposition, et M. Lapaille sait que deux négations sont équivalentes à une affirmation :
Je ne l'aime ni ne l'estime (négation). — Il n'y a service qu'il ne m'ait rendu (affirmation; il m'a rendu tous les services possibles).
Ni peut se remplacer par et :
Je ne l'aime ni ne l'estime {et ne Testime).
Nul.
Nul (nullus, toujours négatif en latin) a perdu en français sa valeur négative, à l'exception des cas où il est adjectif qualificatif.
Un homme nul ; une femme nulle^ etc.
Nul, adjectif ou pronom indéfini, doit toujours être accompagné de ne, qui donne au mot sa valeur négative. Employé seul, nul se confond avec aucun, ou avec personne, qui ne sont pas des mots négatifs.
Est-il nulle plaie (quelque plaie, une plaie quelconque) si grande que guerre entre les amis vCommynes). Voici un exemple aussi remarquable que nul des précédents (que quelque exemple que ce soit des précédents), (Montaigne). Cette chose, je la ferai aussi bien que nul (que qui que ce soie) d'entre vous. Ulysse était trop sage pour se confier à nul mortel (à quelque mortel que ce jût). T'ai- je jamais refusé nulle chose {quelque choie que ce soit, La Fontaine)? Vaquer à nulle chose (à quelque chose que ce soit) n'est mon talent (Idem). Bien loin qu'il m'ait en nulle chose offensé (offensé en quelque chose que ce soit, idem). Je suis loin de leur avoir nulle obligation (quelque obligation que ce soit).
Cette signification affirmative de nul est loin d'être récente dans le français :
Li Turs (le Turc) avoit plus requis le Duc que nul (que qui que ce fût) des autres barons (Histoire des Croisades, p 230, éditions Paris). Pour avoir se il leur poist faire nul damage i quelque dommage; idem, p. 459). Et li demanda se il savoit nulles (quelques) novelles dou conte d'Artois -(Joinville, 87). Si est nul (s'il y a quelqu'un) qui de moi demant novelles (Chevalier au Lion).
Dans les serments de Strasbourg nul est déjà accompagné d'une négation.
Âb Luther nul plaid {nul accord) nunquam {ne jamais) prindrar (prendrai).
On trouve cependant quelques cas où nuly négatif, est employé sans négation, mais ces cas sont très rares :
De lui nous savons nulle rien {nullam rem; nous ne savons nulle chose) Nulle vengence peut égaler leur offense (Garnier, XVI« siècle^ Porcie, vers 844). Il désire que nul lui soit contraire (La Bruyère, XVn« siècle).
Aucun.
Aucun (aliquis unus, auques + un) a la même signification que quelqus^ quiconque^ quelconques signification qui n'a rien de négatif. Aucun n'est négatif que lorsqu'il est accompagné de ne ou que ne est sous-entendu :
Avez-vous vu aucun homme plus aimable que lui, aucune femme plus obligeante qu'elle? Un malheur instruit mieux qu'aucune remontrance (que quelque remontrance que ce soit). Il y a peu de livres meilleurs en aucune langue (que ce soit). Je vous interdis d'employer aucun moyen qui lui fasse du tort. Je défends que vous lui disiez aucun mot de cette afTaire. Je doute que vous trouviez aucun élève plus capable que lui. Si aucun élève le fait, punissez sévèrement. Les Romains défendirent aux Carthaginois de faire aucune guerre sans leur permission. Sans me nommer .en aucune façon. Singe à'aucunt maris, cet homme battait sa femme (La Fontaine). Les écrits ^'aucuns de nos beaux esprits (idem). T^^aucuns disent que vous avez tort.
Aucun n'est négatif que lorsqu'il est accompagné de ne, ou que ne est sous-entendu :
Avez- vous lu des ouvrages de cet écrivain? il ucun, c'est-à-dire : je n'en ai lu aucun. Je n'ai rencontré aucun élève en venant à l'école.
Il en est de même de nullement, aucunement, lorsque ces mots sont accompagnés de ne, ou que ne est sous-entendu :
A t-on parlé de moi? Aucunement^ nullement, c'est-à-dire : on n'a nullement, on n'a aucunement parlé de vous. Je n'ai nullement (aucunement) parlé de cela.
A-t-on aucunetnent parlé de cela (a-t-on tant soit peu, de quelque manière que ce soit, parlé de cette affaire?) Pas le moins du monde.
Remarque historique. — Aucun avait aussi dans la -vieille langue la signification de quelque, quelqu'un; pluriel : quelqv^es-uns :
Se il avenoit aucune fois (quelquefois) que aucuns (que< quelqu'un) des Cresliens deist (dît) une legiere parole (Histoire des Croisades, XllI^ siècle). Cil (ceux» de la ville qui avoient aucunes (quelques^ acointances aus mescreanz conduisoient les Crestiens (idem). Aucunes nés (quelques nefs, navires) i avoit qui aportoient viandes (idem).
XVII® SIÈCLE. — Corneille, Racine, M"® de Sévigné «avaient encore dire avec aucun accompagné de ne pas, "ne point :
Je «'ai pas eu le courage de vous mander aucunes nouvelles (Racine). Bien qu'il ne soit pas besoin à'aucune autre trompette (Corneille). Vous M'avez pas besoin d'aucune augmentation (M"»® de Sévigné). Cela ji'est pas tombé dans la tète d'aucun dévot (Eadem). Vous n'avez pa« le temps d'en faire aucun usage (Eadem . Cela n'a pas eu le loisir de faire aucune impression (Eadem)
Tout en donnant tort aux Précieuses du XVII® siècle, nous faisons disparaître avec elles dans ces exemples lo mot pas ou le mo!. aucun, aucune.
Rien.
Bien (latin, rem, chose) a souvent pris en français le sens de petite chose, bagatelle, mais n'est nullement négatif par lui-même. Il n'est négatif qu'avec la négation ne, exprimée ou sous-entendue. Dans plusieurs des
exemples qui vont suivre, rien est encore un vrai substantif équivalent au mot chose (res, rem) :
La science n'a rien de rude ni de sauvage. Avez-vous rien vu de plus beau? Il ne prenail pas la peine de rien cacher. Nous passons la soirée en rirns agréables (subst.). Il ne dit que des riens (subst.) Il dispute pour un rien. La gloire des conquêtes a-t-elle rien qui égale ce plaisir (Massillon)? Il est trop sot pour rien comprendre (ReVUe des Deux Mondes). 11 faut essayer ce moyen avant de i-ien tenter (J.-J. Rousseau). C'est un homme parti de rien. Je les compte pour rien (Racine). Je veux tout ou rien (sous-entendu : ou je ne veux rien). Cela se réduit à rien, cela va tourner à rien. Il regarderait comme un crime de rien changer aux vieux usages (Revue des Deux Mondes). Il m'a négligé trop longtemps pour que je puisse rien espérer de lui. Je ne fais rien pour rien (sans rien recevoir, sans recevoir quelque chose comme récompense).
Il ne faut s'émouvoir de chose (rien), disait encore Malherbe. Il n'y a chose (rien) au monde de plus admirable (Balzac). Chose (rien) n'est ici plus commode (Vaugelas). Ne me cache chose (rien) qu'il faille que je sache (Garnier).
Nennil.
Nennil vient de non ille (verbe sous-entendu) comme oïl (oui) vient de hoc ille (avec un verbe aussi sous-entendu) :
Viendra-t il? ^'enni (non il ne viendra pas'. Viendra-til? OU (oui; cest à-dire cela il fera, il viendra).
F^e pronom de la 3« personne (il) a fini par supplanter les autres. Oje est devenu dans quelques-uns de nos patois belges, oi-e pour o-ï d'autres localités.
PERSONNE (pronom indéfini).
Le mot personne (persona, substantif employé souvent comme pronom indéfini) n'est nullement négatif
iO
par lui-même; il ne devient négatif qu'avec ne, exprimé ou sous-entendu :
Avez- vous jamais \npersonne plus aimable que lui? — Que je meure si j'ai vu la personne (quelqu'un» qui que ce soit). Je ne crois pas que personne (quelqu'un) de vous réussisse. Si jamais personne (quelqu'un) est assez hardi pour le faire. Il est trop hardi pour craindre personne (qui que ce soiti. Je défends que personne lui parle; je doute que personne puisse le faire ; y a-t-il personne qui vous honore plus que moi ?
Qui avez-vous vu? Personne ( sous-entendu : je n'ai vu personne). Je n'ai rencontré personne.
Quoique personne ne soit pas négatif, et tout en donnant, en principe, tort aux Précieux et Précieuses du XVIP siècle, nous ne pouvons plus dire avec Molière :
* Grand et sublime effort d'une imagination qui ne le cède point à personne.
Nous disons avec les Précieuses, en traitant point et personne comme deux mots négatifs^ dont l'un est, par conséquent, superflu :
Grand et sublime effort d'une imagination qui ne le cède à personne (point doit être supprimé).