‹ Glanures grammaticalesChapitre 13 sur 14 · REMARQUE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

REMARQUE HISTORIQUE

Le moi personne avait souvent dans la vieille langue le sens de homme. Le XVI® et le XV1I« siècle offrent de nombreux exemples d'accord sylleptique où l'adjectif est masculin, quoique se rapportant à personne, substantif, quand on parlait en général, sans distinction d'hommes ou de femmes. Aujourd'hui cet accord sylleptique n'est plus permis, lorsque personne se dit pour homme, que lorsque l'adjectif et le pronom, se rapportant à |?er5onne, sont éloignés de ce dernier mot :

La langue grecque sans laquelle c'est honte qu'une personne fqu'uii hommei se dise sçavant (Rabelais). Soubdain vindrent quatre personnes diversement vestuz (Idem).' J'ai veu (vu) des personnes reprins (repris) d'avoir obéi (Montaigne).- Faire succer la playe par quelque personne lequel sera à jeun (Paré, célèbre chirurgien, 1517-1590). Peu de personnes (d'hommes) sont morts auxquels on a}t diligentement pourveu (Idem). Je vois d'autres personnes auprès de moi et je leur demande s'//s sont mieux instruits que moi (Pascal). Mes vers tombèrent entre les mains de quelques personnes d'esprit. Ils m'excitèrent à faire une tragédie (Racine, Préface de la Thébaïde; même exemple dans la Préface de Bérénice, les anciennes éditions). Jamais je n'ai vu deux personnes si contents l'un de l'autre (Molière). Les personnes consommées dans la vertu ont en toutes choses une droiture d'esprit qui les empêche d'être médisants (Yaugelas; double accord). Quel plus grand avantage peut arriver à une jeime personne que d'être aimé (Racine, de Platon). Quand on aime des personnes qui ont eux-mêmes de l'honneur (Idem, idem). Plusieurs pei^sonnes que ce spectacle avait touchés (Idem, de Diogène le cynique).

Là OÙ nous employons de préférence le mot personne le XVIP siècle employait volontiers le mot homme :

L'on ne voit homme qui se tempère (Garnier, les Juives, vers 275).

Si Ton dit que lorsque les mots aucun, nul, personne, rien, paraissent avoir un sens affirmatif, il y a toujours une négation sous-entendue, qui leur donne leur sens négatif, on se convaincra facilement que c'est précisément cette négation, si on la veut sous-entendre, qui donne à ces mots la signification négative qu'ils ne peuvent avoir sans elle :

Je le ferai mieux qu'aucun de vous, que nul de vous, que personne de vous {ne le fera).

C'est ici aucun ne, nul ne, personne ne qui ont un sens négatif; les mots aucun, nul, personne n'ont jamais seuls ce sens négatif.

Il en est de même de rien dans les cas où le mot paraît avoir, seul^ un sens négatif :

Je veux tout ou rien ; je ne fais rien pour rien.

Complétons ces phrases par des propositions, nous verrons qu'il y a encore là une négation sous-entendue :

Je veux tout ou {j^ ne veux) rien. Je ne fais rien (je ne fais chose) pour rien {sans rien recevoir comme récompense, si je ne reçois aucun paiement, aucune récompense, une récompense quelconque).

Page 1