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AUTRES EXEMPLES (TIRÉS DES AUTEURS

Les religions ont chacune sa morale et sa politique (Emile Burnouf, Revue des Deux Mondes, 13 juillet 1888, p. 364). Les deux adversaires s'étaient trouvés invincibles chacun sur leur terrain (Duruy, Histoire de France) Ils arriveront à tout, chacun par les manœuvres qui leur conviennent (J.-J. Rousseau) Les deux jeunes gens gardèrent chacun de son côté le secret enfermé dans sa poitrine (A. Dumas, père, la Reine Margot, I, p, 199). Ils étaient là tous deux s'entêtant chacun dans leur idée (Barracand, Germaine Leroy) Ils étaient morts en voyage chacun de leur côté (Hervieu, Flirt). Tous les Chinois ont chacun sa part de terre (E. Simon, la Cité française). Ce sont ces hommes qui suivaient, chacun

dans sa ville, les mêmes principes (Sommer, Trad. du Discours sur

la Couronne, p. 352). Ces deux grands hommes défendirent, chacun de son coté, les principes du droit civil (Burnouf» Trad. du Bru tus de Cicéron, p. 15S^. Us ont rempli, chacun selon ses moyens et sa fortune, tous les devoirs que leur imposait la charité (Frayssinous). Ils dirigeaient chacun selon ses talents les affaires de leur ressort (E. Scherer). Ces deux hommes réussirent, chacun selon ses intérêts et ceux de son pays, à étonner l'Europe (Ch. de Mazade\ A peine les deux généraux furfut-ilsS rentrés chacun dans leur <:»mp (Desportes). Les dix mille avaient chacun sa comj)agne (Proudhon) Les deux sœurs offraient, chacune on sa personne, Piraage de l'une des parties d'un bilboquet (G Duiuy, l'OSII de verre). En attendant ils luttaient défendant chacun son droit (Léon Barracand, Germaine Leroy). Une nichée de maisonnettes ayant chacune son enclos (Ludovic Halévy de l'Académie française, Marcel). Ils s'avan-

çaient vers le perron chacun calculant sa marche (le Gaulois). Tous deux cherchaient la tranquillité aimant chacun son chez soi (Theuriet). Nous avons à faire à deux femmes bien tenaces chacune dans leur genre. (H. Gréville, ia Seconde Mère, p. 502). Les domestiques avaient fui chacun de leur côté (Voltaire, Janot et Colin). Ils menaient chacun de son côté un train de prince (G. Sand, Leone Leoni, XVI) Ces trois foyers intellectuels allumaient chacun de son côté leur petite flamme (Rossel, le Romantisme dans la Suisse française^. Ils se dispersèrent chacun de leur côté (Vertot). Elles se distinguaient chacune par leur manière de combattre (Montesquieu). Ils continuèrent à vivre chacun de leur côté (Revue pol. et litt ♦ 15 j. 87, p. 74). Ces animaux creusent chacun à leur manière (Michelct, l'Insecte). Les princesses recevaient les ambassadeurs et parlaient à chacun sa langue (Fiéchier). La duchesse et sa mère r^^prirent chacune de son côté leurs habitudes (René de Pont- Jest, la Duchesse Claude). Ces deux hommes ont tort chacun dans leur système (M'^e Emile de Girardin. l'Ecole des Journalistes, I, 3) Les familles patriarcales avaient chacune son chef héréditaire (Fustel de Coulanges, la Cité antique, p. 146). Ces sociétés avaient chacune son territoire (idem, p. 146).

Avec noiis et vous, il faut toujours dire en mettant le possessif d'accord avec le pronom :

Nous avons reçu chacun nos billets. Nous avons reçu nos billets chacun ù notre tour. Vous êtes partis, chacun de votre côté. Tenez vous chacun à votre place. Allez» vous-en tous, chacun à votre tour.

Genre du mot AMOUR.

De quel genre est le mot amour?

Qu'il soit encore parfois féminin au singulier en poésie et très souvent masculin au pluriel, tant en poésie qu'en prose, c'est ce dont nos grammaires élémentaires n'ont nullement l'air de se douter :

Fuis sans moi, tes amours sont ici superflus (Corneille, Cinna IV). Mes premiers amours et mes premiers serments (Voltaire). Les dieux vengeurs des malheureux amours (Delille). Ce qui est affreux dans de pareils amours

(E. Sue, Mathilde, III, p. 906). Des amours insemét (Idem, III, p 910, nombreux exemples). Vient un danseur, nouveaux amours ^Béranger). C'est à cette époque qu*il faut rapporter un des grands amours de La* marline Revue pol. et iitt., 38 août f 886) Des amours rivaux (Taillefert, Inspecteur d'Académie, Sommer et Desportes). Des amonrs effrénés (idem). Les amours insensés (insensées) d'Astarbé les meilleures édition du Télémaque de Fénélon;. Jamais amours ne furent plus religieusement sentis (G. Sand, le Meunier d'Angibault; Des amours insensés (Eadem, Lucre zia Floriani). Il n'y a pas de comparaison entre ces deux amours si différents (Eadem, idem. Xil). Tant d'amours menteurs, fugitifs «Catulle Nendès, Toutes les amoureuses, p. 7). Beaucoup d'amours sont absents de nos mémoires (Idem, idem, p 8) Des amours passagers (A. de Musset). Ces amours, ils procèdent par crises (P Bourget, Mensonges). Tous ces amour.^ ont des angoisses (Arsène Houssaye). Enfoncés, nos amours vCIaretie. Bouddha . Des amours monstrueux Sommer et Desportesj. Elle immola iOHs ses autres amours (J. Richepin, Césarine). Des amours furtifs (Dufour, H. p. 47 et 296). Une passion plus effrénée que tous leurs autres amours (Idem. I, p. 282). Horace la regretta à travers tous ses amours (Idem) Les amours de cps feumes étaient changeants (Idem). L'égoïsme de certains amours (Léon de Tinseau, Bouche close; Illustration, 20 av 89). Les amours joyeux, chassés par les cheveux blancs (Sommer et Desportes). Il y a bien du charme encore dans ces amours tardifs Ti. Boissier, de l'Académie; Madame de Sévigné) D^s amours ennuyés (J. Soulary; Lecture, nov. 1890). Plus grands sont les amours, plus courte est la mémoire (A Daudet, les Cerisiers) Un de ces amours pareils aux bulles de savon (Lecture, 25 fév 90, p 3S3). Ces amours qui portent en eux-mêmes une vertu de renouvellement Duruy, Lecture, 10 j. 90, p. 22). Ces amours si différents, mais si pareils au fond, ces amour orgueilleux . <H Rabusson, Hallali ; Revue des Deux Mondes, l^août 90, p. 509) Ces amours troubles de jadis, remués par elle (Zola, l'Argent, p 174). Il sait, car leur amour ne peut être ignorée, que de Britannicus Junie est adorée (Racine). Une innocente amour (Molière, l'Avare). Cette amour parfaite (Polyeucte. H 6; IV, 3). Cette amour si ferme et si bien méritée (Idem , idem) Ma ftlle amour (Racine, Iphigénie, II, 1), Cette amour m'est chère (Idem, idem, II, 2). Au cœur de ma pensée» tient et résiste encore cette amour insensée. (A. de Musset, Don Paez . Une amour immortelle (Edouard Pailleron, Amours et Haines, 1888. poésie). Cette amour violente qu'il a npoussée (Illustration, 12 juillet 1888^

l'Assassin (aujourd'hui très rarement au ft^minin singulier dans la prose). Pour vous, légion étrangère, j'ai la très grande amour et la religion (le vicomte de Borrelli, Lecture, V5 sept. 1890).

Pluriel de quelques noms composés.

Faut-il écrire : un essuie-main ou un essuie-mains, un cnre-dent ou un cure-dents ; des /burmi-Iions ou des /owrmis-lions?

Nos grammairiens, sans aucun respect pour l'Académie, qu'ils ont tant Tair de respecter quand elle est d'accord avec eux, écrivent : un essuie-mains, un curedents (même orthographe au pluriel). L'Académie, voulant faire une distinction entre le singulier et le pluriel, ^crit : un essuie-main, un cure-dent, des cssuie-maiTw, des cure-dents; un iïre-botte, dos tire-bottes.

Quant à fourmi-lion, ni l'Académie, ni Littré ne donnent le pluriel de ce mot composé, Bescherelle, Poitevin, Brachet, Crouslé (prof, à la Faculté des lettres de Paris) écrivent des fourmis-lions, (traduction du terme consacré : formica-leo, fo7'micœ-\eones,oùformicœ est un nominatif p/um/, et non un génitif singulier . Darmesteter propose : des /bnrmi-lions ou fourmilions, mais il n'est suivi par aucune grammaire faisant autorité.

Orang-outang s'écrit au pluriel des orangs-outangs, quoique orang signifie forêt; outang, homme; donc : homme de la forêt, hommes de la forêt. En écrivant orangs-outangs, nous disons : les hommes des forêts (et cela vaut tout autant).

En écrivant fourmi-lion, on n'a jamais pensé à lion de la fourmi, car le mot français, traduction du mot mal formé : formica-leo, est proprement : fourmi (iqui

est) lion, ou lion (qui est) fourmi. Le pluriel a toujours ^té fourmis-lions; le pluriel proposé par Darmesteter n'a reçu jusqu'ici aucune sanction. Attendons donc le jugement de l'Académie avant de changer l'orthographe reçue, ne soyons pas impatients. Nous écrirons donc (comme pour orang-outang), même en changeant le sens : Fourmi-lion lion de la fourmi, sens générique); fourmis-hons (lions des fourmis, sens individuel).

De la variabilité de l'adverbe TOUT.

Le mot tout doit-il rester invariable, est-il toujours adverbe, comme toutes les grammaires nous le disent, devant un adjectif féminin commençant par une voyelle?

Le savant A. Darmesteter, que la science vient malheureusement de perdre, nous disait, il y a quelques années, dans la critique qu'il a faite de la nouvelle grammaire de M. Brachet, que sa règle, qui est celle de toutes les grammaires, est une des plus fausses et des plus surannées que Ton puisse donner, et c'est ce que j'avais déjà prouvé par tous les exemples que je cite dans ma grammaire de 1878-1879 (syntaxe).

L'Académie elle-même, dit très bien M. Eyssette, ne fait ici d'exception que lorsque tout se trouve devant l'adjectif entière (entier). La ville tout entière, et il n'y a pas bien longtemps que le corps savant admettait encore la variabilité, même dans ce cas : La ville toute entière (1) :

(1) La règle de M. Brachet, ajoute Darmesteter, n'est bonne que pour les grammaires les plus surannées, ce qui n'empêche pas cette règle surannée d'aller sh r(^pétant encore dans toutes les grammaires écrites de nos jours, en France comme en Belgique.

Sa grande âme se déclara toute entière (Bossuet). L'on voit briller en elle une bonté toute engageante (Molière) Sa physionomie est toute engageante, toute honnête (Idem) L'Egypte est toute à vous (Corneille;. Elle est toute heureuse, toute aise, toute étonnée, toute en pleurs Idem). Des contrées toutes entières (Vaugelas). Elle vint toute effrayée (l'abbé Prévost). Je la trouvai toute en pleurs (Idem). Et moi, le cœur tremblant et r.^me toute émue (Racine, nombreux exemples). II veut faire plier la justice toute inflexible qu'elle est (Montesquieu). Quant aux Espai:nols, ils prirent une route toute opposée (Idem). Je suis tou*e hors de moi (Idem).

La règle qui dominait aux XVII® et XVI[[« siècles, est, comme on le voit, l'accord du mot tout avec le substantif auquel il se rapporte. La règle a-t-elle changé depuis lors? Grâce aux grammairiens — «et cependant la Romania nous assure quelque part que les grammairiens ne peuvent pas avancer d'une heure les réformes orthographiques) — nous avons maintenant Vinvaiiabilité du mot tout comme étant de rigueur. Il est évident que la règle ainsi donnée sur les bancs des écoles par tous les maîtres, par tous les professeurs, et répétée dans toutes nos grammaires, doit nécessairement laisser des traces chez nos écrivains, et Vinvariabilité du mot tout est ainsi devenue la règle la plus généralement suivie.

Grâce à la lecture de nos grands auteurs, les écrivains contemporains, d'accord avec l'Académie, écrivent cependant encore très souvent, en suivant l'ancienne règle de variabilité :

L'engeance toute entière (Florian). La mer était toute empourprée des rayons d'un rouge soleil (Louis Reynaud, Revue des Deux Mondes, 1877). La baronne était toute attendrie (idem). Elle était toute étonnée (E. Texier et C. Lesenne, Madame Ferraris). Une mort toute empreinte de pyrhonisme (V. Hugo) Une veuve toute aimable (Michelet) Une histoire

toute expliquée (G. Sand). La pauvre petite chèvre était toute effarée (V. Hugoi. Il badina avec une bonne humeur rofire ecclésiastique (Francisque Sarcey, Souvenirs de jeunesse). Elle paraissait toute attentionnée à sa couture (A Daudet, Tlmmortel). Elle revint toute animée (H de Bornier, un Cousin de passage). Il avait la tête toute iliumirée (Idem, Comment on devient beau). La gravure était touu illuminée (Henri de Ghennevières les F» ux d'artifice) Ses chansons étaient toutes embaumées de mille parfums (Â Daudet, un Bohème). Toute enfant, elle se maîtrisait pour ne pa» pleurer (René Naizeroy, Petite Reine, 1H88). rowre heureuse de s*être alarmée à tort (Idem). La reine était toute à son instinct de mère (A. Daudet, les Rois en exil). Une fougue toute italienne (Idem.) La vieille était toute essoufflée (Revue des Deux Mondes, 15 mai 86, p. 245). Le bruit ressemblait à une plainte mélodieuse de la vallée toute entière. (Lamartine, Voyage en Orient, manuscrit) ï.\\e était foure en pleurs (Lecture, 1887. p 359) La petite fille était là toute endormie dans la neige (Coppép, le Louis d'or). Une jeunesse Innocemment mondaine, toute occupée de vers latins et français (Petit de Julleviile, Litt franc., p. 97). Une fôle toute intime (Paul Frédericq. de l'Université de Gand) Elle rêvait toute éveillée (G. Sand, le Meunier d'Angibault). Elle était toute honteu>e. toute irritée (Eadem). Ces tribus, toutes habituées qu'elles fuss nt .. H Martin). Il a laissé là-bas la porte ro«^e ouverte (M™« Emile de Girardin, rKcole des Journalistes). Elle se sentit toute amollie (Lecture, 25 fév 1890, p. 352). La lettre était restée /owre ouverte (Jules termina, le Secret des Zippélius, août 189"). Elle était toute haletante (Paul Perret, Illustration, 12 juillet l89U)

D'après ce qui précède, nous pouvons donc parfaitement écrire :

La forêt est toute en feu, tout en feu ; la maison est toute enflammée, tout enflammée. La justice est toute inflexible, tout inflexible Ces hommes sont tous finissants (tous ces hommes ^ont puissants), ces hommes sont tout puis.«ants (tout à fait puissants). No<> enfants sont tous malades, tou( malades Nous sommes tous faits comme certain fou athénien ^Fontenelle). Nos rêves sont tous pareils à nous (Fréd Bataille, Nouvelle Revue, -!«»■ avril »890). Les visages sont devenus tous riants (Idem, P' juillet 1890, p 106;

Et s'il faut toujours prononcer ici ton, et non touss^

comme Liltré, Darmesteter et beaucoup d'autres le veulent, nous ne voyons pas trop comment on pourra alors distinguer, dans ces cas, le sens adjectivé du sens adverbial du mot tout.

Quant au mot tout, variable devant les adjectifs mas- £ulins, on en trouve encore de nombreux exemples au XVII« siècle.

Sont-ils morts tons entiers avec leurs grands desseins 'Corneille)? Leurs mauvais désirs demeurent tous puissants (Idem). Il faut tenir nos chevaux tons prêts (Molière). Tous rois que nous sommes (Corneille). Nos pères tous grossiers avaient le goût meilleur que nous (Molière^. La fortune eut des effets tous contraires (La Rochefoucauld) «'es maux, tous cruels qu'ils sont (Bossuet). Il leur enlève des régiments tous entiers (Racinp, campagne de Louis XIV)

Tout n'était jamais adverbe dans Je vieux français; mais l'ancienne langue n'avait qu'un pas à franchir pour que le mot, d'adjectif qu'il était, pût devenir adverbe en certains cas, et c'est ce que les écrivains ont su faire à partir de la seconde moitié du XVII® siècle, mail sans jamais accepter la règle rigoureuse que les grammairiens ont essayé et essayent encore de nous donner.

Préposition DE remplaçant l'article indéfini ou l'article partitif devant un adjectif.

Nous n'avons rien à dire de cette substitution de la préposition à V article; la règle avec ses exceptions, n'est ignorée de personne. Ce que Ton sait peut-être moins, c'est l'histoire de ce petit mot dans le cas que nous avons à examiner.

Jusqu'au XVP siècle, le français fait peu usage do

l'article partitif et du pluriel de l'article indéfini^ qui n'est, en réalité, comme le singulier un, une, qu'un article partitif.

Il mangeait pain, se nourrissait avec pain. Ils leur disaient injures, se Jetaient sur eux comme bêtes furieuses (orthographe rajeunie).

On trouve encore au XVIP siècle :

J*ai tendresse pour toi (Corneille). J'ai passion pour elle (Idem). Â-t-elle montré joie (Idem)? Il faut (une) retraite après où me sauver Idem; article non exprimé}. Je lui fis si longtemps bouclier de mon corps (Idem) II faut ordte nouveau (Idem). Je laisse ici plein cahne ci pleine

Joie (Idemi. Ce sont périfs que vous deviez braver (Idem). Arbres qui portez /rttiw (Idem)! Collines qu'il fit bondir comme agneaux (Idem) — (lens pour Pradon voulurent parier (Racine). Pommes sur lui volèrent largement (Idem). C'est (un) agréable martyre (Idem). Il ne savait ce que c'était que tragédie (Idem). Faisons feu qui dure (Idem) Donnez-moi temps Idem J'obtiens lettres royaux (Idem). Ville où règne la licence

^st bientôt abîmée (Idem).

On commence cependant à trouver, à côté de la préposition de, l'article indéfini pluriel, même devant les adjectifs :

A des extrêmes et soudaines émotions. Entremêlant i/e« longues pauses de repos. Des fines gens Chercher des petites pierres (voir Chas.<iang). I>f* grosses larmes lui tombent des yeux (M"™* de Sévigné). Vous aurez pasf^é sur des petits ponts (Eadem). Ce sont des petites branches Eadem). N*accuse point le ciel qui le laisse outrager et fife« indignes fils qui n'osent le venger (Racine) Les rois de Babylone traitaient inhumainement des peuples entiers aussi bien que des hauts seigneurs (Bossuet). Il ressuscite des anciens oracles (Balzac). Cette flamme entrera par des inconnus ressorts (r.orneille). Quand Dieu promet des grandes grâces (Bossuet). Obtenir les richesses par des mauvaises industries (Fénelon).

On peut assurer, sans crainte de se tromper, que <lepuis quelques années l'article pluriel des reprend faveur chez nos meilleurs écrivains contemporains,

malgré la règle des grammairiens qui nous donnent ici l'emploi de la préposition de comme étant de rigueur. On pourrait citer des centaines d'exemples; je me con~ tenterai d'en donner un certain nombre, car deux ou trois seulement pourraient passer pour des fautes d'inadvertance ou d'impression. Je trouve tous ces exemples dans la Lecture, magazine littéraire, et pour ainsi dire dans l'abonnement d'une seule année (1888 . A la fin, il en vint tant que j'ai dû faire, pour des, ce que Bernardin de Saint-Pierre fit autrefois pour les mouches trop nombreuses qui venaient sur son fraisier; je laissai là une besogne qui fût devenue, avec le temps, trop longue et trop fastidieuse :

11 fit des vraies folies (Halévy de TAcad. française). J'ai fait des petite» économies (Idem). J'ai des petits neveux que je vois tous les jours (Gyp.) Une chasse avec dc« jolis voisins et d«»s jolis costumes (Gyp;) [l y en avait des riches, des folles iSarcey). ]1 y avait là des petites filles et des pi'tits garçons (Camille Lemonnier). On n'aime pas à voir soufliip des p tits anges d'enfants (Theuriet) Il y a des mauvaises mines qui sont de très braves gens (Idem). On n'aperçoit guère là que des vieilles f. mmes (Champflt'ury). Son goût le portait à collectionner des vieilles médailles et des anciennes monnaies (Revue des D. M , 15 juin 1888, p 89'). On le voyait se pâmer de joie à des petits tourbillons de phrases (A Daudet). Il ressentait des petits froids fiévreux (Idem). Elles entraient avec de^ petits cris Idemj. Les témoins défilaient : des uniformes, des blouses, des paysans, des bonnes femmes (Idem). Os longues rues, vous les avez parcourues bi n souvent par des beaux dimanches de printemps ildem). Des flots de nababs, des jaunes, des bruns, des oranges panachaient les promenades et les théâtres (Idem) Des petits pas indécis s'approchaient (Idem). Ce sont des fausses joies (Idem) Ils portaient des gros souliers- (E Zola Des petits frissons me couraient sur la nuque ^Hector Malet). Des petits mouvements inexplicables le secouaient (Idem) Des petites barques circulaient autour de la frégate (Nouvelle Revue, 15 juill. 1890, le comte Ch de Mouy, promenade dans les Cyclades). Des longues nuits-

de quart avaient altéré sa santé (P. Lotti). (1) Des confidences qui concernaient des petites filles du voisinage (Idem). Des bêtes nocturnes traversaient le chemin avec des petites voix joyeuses (Idem). Des escaliers d'où dévalaient de; jeunes hommes très lestes (Idem). On les roulait dans des petites voitures (Idem). Il s'achetait du bon vin et des choses fortifiantes (Idem). C'étaient des grands vides bleu<( devant lui Hdem). On croirait voir un couvent avec des bonnes sœurs (Idem). Ils accourent ■avec des gentils sourires (Idem). Il en accourut des quatre coins de la province : des gros, des maigres, des vieux et tfe« jeunes ^René Maizeroy). Elle avait des petites amies d'enfance (E Renan). Cette ville présente le même aspect que toutes les nouvelles villes américaines : des grandes rues droites sillonnées de tramways, etc. (le comte d'HaussonvilJe). Elle portait un faux nom et des faux cheveux (Claretie). Elle regardait de petits dessins représentant des petites femmes gentilles fldem). Toute une société élégante l'entourait : des jeunes filles, des jeunes femmes {Revue des D. M., l^^janv. 1889, p. 104) De* grands mots (Idem, p. 119). Jean-Jacques allait chercher des peiïis livres (Idem, p. S88). Il construisait des petits moulins à eau (Idem, 15 juillet 1889, p. 320). Il tira des petits poissons (p. 325)- Elle parlait avec des jeunes garçons (p. 3:27). Puis j'en eus d'autres (des poissons) : des bleus, des rouges, des jaunes et des ve rts (Guy de Maupassant, Lecture, ÎCTjuin TSHS). Je poifais Tics petits gâteaux à domicile (Coquelin cadet. Lecture, 10 avril 1890. p. 82). Des petites images très enfantines se mêlaient à mes rêves (Pierre Lotti, Nouv. Revue, 1«'' avril 1890, p. 469). Il buvait des petits verres à une cantine en plein vent (G. Ohnet, le docteur Rameau), etc., etc.

C'est bien ici le cas de redire avec Horace, que si les mots disparaissent, ils reparaissent aussi un jour comme au printemps les feuilles des arbres :• rien de nouveau sous le soleil.

(1) Voir dans la Tribune scolaire du i«>* juillet 1891 deux autres exemples de P. Lotti.

Accord de l'expression SEUL A SEUL.

L'expression seul à seul doit-elJc rester invariable ou s'accorder selon les mots auxquels chacun de ses composants se rapporte?

Quelques-uns de nos grammairiens regardent seul à seul comme une expression adverbiale répondant à tête à tête, et devant, par conséquent, rester invariable. D'autres font accorder seul avec les mots auxquels il serapporte. L'Académie ne donne sur cette expression ni règle ni exemples; c'est une lacune à ajouter à toutes celles de son dictionnaire.

Amyot (XVI® siècle) écrit :

S'il se trouvait seul à seulle avec elle (Daphnis et Chloé, édit. Lemerre, p. 13;.

Les éditions originales, comme les éditions présentes,, de Molière font dire à Tartufe :

Il m'est doux, Madame, de me voir seul à seul avec vous (IIl, 3).

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