AUTRES EXEMPLES
Je me sens toute disposée, mon frère, de me voir seul à seul avec vous- (Exercices sur la grammaire de Brachet, par Dussouchet du Lycée Henri IV;. Le hasard nous a mis en présence seul à seul (homme et femme; Lecture, magazine littéraire, 25 février 1890, p. 349). Je me faisais un plaisir de vous accompagner seul à seule (Henri Rabusson, Kevue des Deux Mondes, 1*' juillet 4890). Monsieur, vous vous ôtestrouvé deux fois seul à seule avec ma nièce (Idem, 1878, la Reine de Saba). Le père et la m^re ne s'étaient pas encore parlé seul à seule ce jour-là (Zola, 4883, Nais Micoulin, p. 23). Je suis tout heureuse. Madame,, de me trouver seule à seule avec vous (Revue des Deux Mondes). Elle se trouvait seule à seul avec lui (Idem, 15 mai U86, p. 364). II est désireux de me parler seul à seule (Marcel Prévost, Indépendance belge,. 29 mars 1888, Chonchette).
Accord et complément de l'adjectif.
Toutes nos grammaires donnent les mêmes règles^ sur les cas d'accord de l'adjectif avec le substantif; il règne ici parmi la gent grammairienne l'accord le plo& parfait Nous ne signalerons donc que deux ou trois cas dont aucune grammaire ne souffle jamais mot :
I. — 1® Après deux substantifs ne désignant pas des noms de personnes, l'adjectif se met le plus souvent au singulier, surtout lorsque le dernier substantif auquel se rapporte l'adjectif est au féminin singulier. L'accord se fait aussi avec le dernier substantif, lorsque l'euphonie l'exige, et, dans ces cas, l'adjectif est sous-entendu après le premier substantif :
Cet homme avait les pieds et la tète mte. Il trouva les étangs et la rivière glacée (voir Littré). Il a montré un courage et une adresse étonnante. Cette conduite excita des plaintes et un mécontentement général {singulier pour l'euphonie).
Remarque hist07*ique. — Cette règle était très souvent suivie au XVII® siècle après tous les substantifs, mais particulièrement après ceux qui ne désignaient pas les personnes, usage que nous ne pouvons plus guère imiter :
Moïse a écrit les oeuvres de Dieu avec une exactitude et une simplicité gXiraordinaire (Bossuet). La tendresse et la crailnie journalière que j'avais pour lui (voir Littré). Voilà des êtres dont la figure et Pair sinistre inspirait la terreur (Barthélémy). Baissez la tète sous la msjesté et la puissance if/vine (Massillon, XVIIl^ siècle). Calypso trouvait une n«)blesse et une grandeur extraordinaire dans ce jeune homme (Fénélon) Elle s'est mon-^ trée digne de sa race par son courage et sa fierté native (Revue des Denx Mondes, IS octobre 1^8). Je voyais en lui du dépit, de IMrritation et de l'orgueil blessé (Idem, l*"" août 4878; 0. Feuillet, le journal d'une ^rome).
2^ L'adjectif s'accorde encore avec le substantif le plus rapproché lorsque le sens de la phrase indique clairement qu'il ne se rapporte qu'à ce substantif :
Notre poète avait deux chevaux et une existence confortable (Maxime du Camp) lis étaient escortés d'un garçon blond et gauche avec des lunettes ^ et un visage timide (Paul Bourget, Mensonges). Il se jeta au milieu des ennemis, emporté par sa jeunesse et son courage héréditaire (Sommer et Desportes, juventute et vigore patrio). L'honneur et la parole donnée m'imposaient des limites que je ne pus franchir fO. Feuillet, le Roman d'an jeune homme pauvre). La faiblesse domine en lui l'idée du devoir et de la parole donnée (Nisard). Pygmalion a cru arriver au bonheur par les richesses et une autorité absolue {Y éné\on). Il travaillait tout à la fois à sa gloire et à la félicité publique (Voltaire). Que d'âme et de douceur naturelle ne irome-i-Oïi p&s en \u\^ (A. Dumas). De leurs dépouilles élevez de magnifiques trophées à la gloire de la religion et de la nation française. La cabane avait une fenêtre et une porte très solide. L'enclos était trop étroit pour ses lauriers, ses diplômes, ses ambitions personnelles (A. Daudet, If^s Rois en exil) L'art et une dépense continuelle avaient fait de ce château une chose admirable (Brada, une Enigmpj. Ils vivaient des sacrifices et de la bombance pratiquée autour du temple (E. Uenan, Revue des Deux Mondes, 15 juin 1890). — Comparons encore ici : Cum summa virtute et honore interire; invidi virtutem et bonum alienum oderunt accord de /'adjectif avec le substantif le plus proche).
II. — Complément des adjectifs. — Certains adjectifs peuvent prendre ou ne pas prendre un complément après eux :
Je suis content. Mon frère est content (/e «on sort. Grammaire comparée^ grammaire comparative (grammaire où l'on compare plusieurs langues entre elles pour en faire remarquer la ressemblance ou la dissemblance). Grammaire comparée avec le latin, grammaire comparée à l'allemand, etc Ce livre est bon, ce livre est bon à quelque chose. Voilà un livre cher; un homme cher à tous ceux qui le connaissent.
Il faut donner à chaque adjectif le complément qu'il exige, lorsque l'adjectif employé exige, bien entendu, un complément. On ne peut pas dire :
Voi!à un enfant cher cl aimé de ses parents {cher, dans ce sens, veut après lui la préposition ri, et aimé veut une des prépositions de ou par).
il faut dire :
Voilà un enfant qui est cher à ses parents et en est aimé (et qui est aimé d'eux., par eux'.
Il en est tout autrement lorsque le premier adjectif ou le premier participe-adjectif n'ont aucun besoin de complément. Le bon sens — l'ignorance qui ne se connaît pas pourrait seule s'y méprendre — indique alors clairement que le complément ne peut se rapporter qu'au dernier substantif après lequel il se trouve.
Comparer tous les exemples qui précèdent, dans lesquels l'adjectif se rapporte aussi exclusivement au dernier substantif :
Un homme religieux et Jidèle à son prince. Il levait vers le ciel ses mains et ses rjeux noyés de larmes (Fénelon). Il avait un cœur tendre et aîHi du plaisir (B. Constant). Voilà un rapport .élégamment écrit et basé sur les documents les plus authentiques. C'est une grammaire comparée (comparative; et basée sur le latin. (Voilà un maître sévère et admiré de ses élèves; c'est m')n ami F... — Des enfants heureux et chéris de leurs parents. C'est un rapport écrit et basé sur des documents authenliqius (le complément, dans ce dernier exemple, se rapporte aux deux participes).
Les adjectifs bon et cher pouvant, en certains cas, avoir tous deux le même complément, précédé de la préposition à, s'ensuit-il que le complément se rapportera à la fois aux deux adjectifs dans des phrases comme celles-ci, qui sont cependant bien françaises :
Vous avez acheté là un livre cher et bon à rien (à rien est-il ici le complément de cher?) Je suis affamé et impatient, de manger. Je me sens tout fatigué et joyeux de me reposer. Autrefois j'étais jeune et pouvais vivre seul; mais maintenant me voilà âgé et impatient de rejoindre les miens,
Je rai toujours trouvé accessible et disposé à rendre service. Je l'ai toujours trouvé attentif et étranger à toute distraction; etc., etc.
Peut-être, voici, voilà.
Voicij voilà, peut-être sont-ils encore des verbes ?
On raconte souvent, comme anecdote, que le mot carrosse, qui était féminin, est devenu masculin par la toute-puissance de Louis XIV qui ne voulait pas avoir fait de faute en demandant si son carroase était arrivé.
Comme il est de toute impossibilité que Louis XIV ait pu faire masculin un mot qui était encore la veille féminin, — la langue d'un peuple régente les princes comme les simples mortels, — il est également impossible, fût-on savant comme Darmesteter ou M. Bréal, fût-on un nouveau Ménage, dont on disait qu'il savait d'où venaient les mots et oii ils allaient, de refaire des verbes des mots précédents, regardés aujourd'hui comme adverbes ou prépositions.
""L'adverbe peut-être, anciennement peut être (deux verbes), forme-t-il encore deux propositions ?
L'expression peut-être n'est plus, aujourd'hui, qu'un adverbe de doute, et ne peut plus, par conséquent, être regardée comme formant encore deux verbes : pouvoir et être. Dans peut-être qu'il viendra ce soir, qui forme ce que nous appelons un gallicisme, il n'y a qu'une seule proposition ; peut-être est aujourd'hui l'équivalent de l'allemand vielleicht, de l'anglais perhaps.
La conjonction que a été conservée ici de l'ancienne langue, qui faisait de peut être (sans trait d'union ou tiret) une double proposition dont le sujet sous-entendu
était : il ou cela : (cela, il) peut être, c'est-à-dire : 4. Il {se) peut — 2 que cela soit, (Voir ma grammaire de 4879, p. 227, n*» 48; il n'y a ici aucune omission dans mon ouvrage).
Nous disons de même par analogie :
Probablement que je viendrai ce soir. Heureusement qu*\\ ne sait rien de notre escapade. Apparemment qu'il viendra. Sans doute que nous partirons demain...
Pour trouver dans peut-être^ et dans les phrases qui précèdent, une proposition qui ne pourrait être alors q\x*elliptique, il faudrait sous-entendre des mots comme : il arrivera, il se fera, etc. :
Il arrivera (il se fera, il se pourra) peut-ôtre que je viendrai demain, etc. Il arrivera probablement — que je viendrai ce soir; etc.
Il en est de même en latin de certains mots qui formaient anciennement des propositions et qui sont devenus plus tard des adverbes : videlicet (vide, licet; vois, regarde, c'est permis); nimirum (non mirum, non étonnant, il n'est pas étonnant).
Avec un changement de nature dans les mots, il doit y avoir un changement de nature dans Vanalyse qu'on en fait; le français ne peut différer ici des autres langues.
Le mot peut-être a tellement changé de nature que nous l'employons dans la même pensée avec le verbe pouvoir sans que nous remarquions le pléonasme qui en résulte :
Je pourrai peut-être (possiblement) venir demain chez vous (1).
(i) On me dit que le savant M. Bréal m'a réfuld ici indirectement, pourquoi pas directement? Je me soumettrai volontiers si M. Bréal veut
Dans rélude des propositions, les mots voici, voilà doivent-ils être encore analysés comme verbes et comme formant avec le substantif ou le pronom qui les accompagne une proposition où le verbe est encore exprimé : voi ci (vois ici), voi là (vois là)?
Dans : voici (voilà) mon père qui vient, il y a évidemment, comme je le disais dans ma grammaire de 1879 (syntaxe), deux propositions :
i. Voici (voilà) mon père — "2. qui vient.
L'analyse hisiorique nous dit que la première proposition doit se décomposer comme suit :
Vois ici mon père; vois là mon père.
Vois, impératif, forme le prédicat ou Vattribut; le sujet tu est sous-entendu; mon père est le complément direct.
Mais autre chose est l'analyse d'une langue qui fut, autre chose celle d'une langue qui est; autre chose l'analyse de la langue que nous avons eue, autre chose l'analyse de celle que nous avons.
Les grammairiens modernes ne voyant plus, avec tous nos dictionnaires, dans les mots voici, voilà, que des prépositions (il vaudrait mieux y voir des adverbes de lieu ou une sorte d'exclamation), analysent logiquement la proposition : voici (voilà) mon père à l'instar du
bien me. montrer que mon jugement n'est pas fondé. Je me répèle encore: autre chose une langue , qui /«/, autre chose une langue qui est. Si MM. Bréal et Darmesteter avaient mieux lu, ils auraient trouvé, dans ma grammaire de 1879, les choses comme elles doivent être et là où elles doivent avoir leur place.
latin qui, avec ecce (voici, voilà), analyse la pensée d'une double manière :
i . Voici ou voilà (est) mon père qui vient (ecce meus pater adest (verbe sous-entendu en français comme en latin).
2. Voici ou voilà (regarde) mon père qui vient (ecce aspice patrem meuro; verbe sous-entendu dans les deux langues et ayant un complément direct).
Voici, voilà ne vivant plus dans notre langue comme verbes, il a fallu nécessairement, pour la langue moderne^ chercher une autre explication que pour la vieille langue, et c'est à l'explication que nous venons de donner que se sont arrêtés nos écrivains modernes. (Voir ma syntaxe 1879, p. 8, 9, n^ 5.)
Donc : voicit voilà mon père, la langue moderne peut encore facilement reconnaître Vimpéi^atif dix verbe voir : Voir (vois) ici ou là mon père.
Il en est de même dans : Votre père, le voilà, le voici (vois-le ici, vois-le là).
Mais dans : mon père que voilà, que voici, la langue actuelle ne pourrait plus y voir qu'un présent de rindicatif mon père que tu vois ici, que tu vois là).
Dans ces deux derniers cas, il s'est fait un déplacement du pronom, et c'est ce qui prouve que les deux mots voici, voilà ont complètement changé de nature; les pronoms le et que ne peuvent pas ici se trouver avant un impératif. (Voir ma syntaxe de 1879, p 117-118 et page 284, n«2i(l).
(I; M. Darmesteter, dans la critique qu'il a faite dé ma syntaxe (1879) m'a reproché ici des omissions au lieu de me reprocher des répétitions, ce qu'il aurait fait s'il avait lu toute ma grammaire; il me reproche aussi trop de logique, beau défaut qu'il n'a pas dû trouver dans tous les livres qu'il a critiqués.
Dans ne voilà-M/ pas qu'il vient, expression que Littré traite de barbarisme, mais barbarisme auquel nos oreilles sont parfaitement habituées, on ne peut guère s'expliquer, dans la langue littéraire, ni le t euphonique ni la présence du pronom il.
Un article de la Romania, que M. Darmesteter a bien voulu reproduire, nous dit que ce t-il nous est venu du ti que la langue populaire emploie comme signe de l'interrogation ou de l'exclamation.
Quant à M. Darmesteter lui-même, il ne voyait dans le t de t'il dans voilà-f-il) qu'un t euphonique, ce qui nous mène loin de la Romania et du ti interrogatif ou exclamatif de la langue du peuple. (Darmesteter, formation des mots composés, note, p. 207, 1874.)
On nous dit que voici, voilà ne peuvent nullement se comparer à Vecce (voici, voilà), latin qui est une véritable préposition, tandis que voici, voilà nous restent comme impératif du verbe voir.
Le latin possède-t-il donc des prépositions qui gouvernent le nominatif comme dans : Ecce pater meus^ à côté de : Ecctpatrem meum (accusatif)?
Ecce, préposition, vient, selon presque tous nos bons philologues, du verbe eccere (voir), dont il n'est que Vimpératif; c'est un mot qui, comme voici, voilà, a, donc tellement changé de nature que le substantif compZ^m^^ peut être au nominatif (chs sujet), au lieu d'être à Vaccusatif{csLS complément ou régime (i).
Si l'on veut admettre avec d'autres philologues que
(1) Ce sont donc deux mots qui ont suivi le même chemin, ils sont partis du même point pour aboutir à la même destination.
ecce n'est qu'un ancien pronom démonstratif, cela ne changerait rien à la question, car ce serait également un mot ayant perdu complètement sa nature, puisque de pronom il serait aussi devenu préposition.
Le mot ecce, selon nos bons philologues, est de même racine que oculus (l'œil qui voit), et que le russe oko (œil). Le russe vot (prononcez volt, voici, voilà), répond aussi au verbe voir, et ce n'est plus un verbe, mais une simple préposition.
Ce n'est qu'au XVII* siècle que les deux mots voi ci, voi là ont été définitivement soudés et n'ont plus été regardés dès lors que comme des prépositions ou des adverbes. Le XVI* siècle écrivait encore :
Voi me cl (cy), voi me là; veez me ici, veez le là, etc.
Marguerite de Navarre, dans son Heptaméron, réunit même les deux adverbes dans la même pensée :
Voyla-cy présente la femme (l'ajournée, p. 99, édition Jouaust).
Béni, bénie; bénit, bénite.
Toutes nos grammaires nous disent que le verbe bénir a deux participes passés : béni, bénie; bénit, bénite, ce dernier quand on parle de bénédiction religieuse, bénédiction donnée par le clergé :
Une famille bénie de Dieu; des objets bénits par un prêtre.
On peut à peu près assurer que bénit, bénite sont maintenant de simples adjectifs et ne s'emploient guère que dans :
Du pain bénit, de l'eau bénite.
Employé avec le verbe avoir, on écrit toujours nftNî,