VII EN
Lors de la visite d'Edouard VII au Canada en 1860^ Lévis fit sa large part pour recevoir dignement le fils de la reine Victoria.
Le 18 août, vers les trois heures de l'aprèsmidi, au moment oîi le vaisseau de guerre qui amenait le prince, jetait l'ancre devant Québec, une batterie de trois canons commandée par M. Lemoine et postée en face de l'église paroissiale, tirait une brillante salve.
Sa salve tirée, M. Lemoine fit placer ses artilleurs sur une seule ligne et leur fit pousser trois hourrahs en l'honneur du prince de Galles.
Le même jour, vers les huit heures de Faprès-midi, on devait tirer un feu d'artifice des hauteurs de Lévis. Mais la pluie abondante qui tomba toute la soirée fit remettre ce feu d'artifice à un autre jour.
En dépit de la pluie cependant toutes ou presque toutes les maisons de Lévis furent illuminées en l'honneur de l'hôte illustre de Québec. Le collège et le couvent des Soeurs de la Charité se distinguèrent particulièrement dans cette illumination. Le feu d'artifice offert par les cûtoyens de Lévis eut lieu dans la soirée du 21 août.
Sur les propriétés dci MM. Augustin Carrier et Edouard Roberge en face même de la citadélie de Québec, on avait élevé, à deux cents pieds de distance l'un de l'autre, deux bastions sur lesquels, se trouvaient dressées les différentes pièces composant le feu d'artifice.
Dans le ''Canadien" du 3 septembre 1860, nous trouvons un compte-rendu enthousiaste de ce feu d'artifice.
''M. Lemoine, notre habile artificier, à 8 heures précises, mit le feu à un double télégraphe qui communiqua son étincelle à un nombre considérable de fusées volantes rangées sur les parapets de chacun des deux bastions lesquelles fusées partant de chaque côté décrivaient une parabole qui en se croisant dans les airs dessinaient un arc de triomphe ; en même temps qu'une trombe de gros cali- .lire lancés du milieu, semait resvi)ace de mil-
liers d'étoiles qui se multipliaient en retombantj tandis que des chandelles romaines placées en batterie sur chaque bastion se répondaient et se croisaient des mosaïques disposées aussi en batterie se: lançaient également de petites bombes qui éclataient' et semblaient foudroyer leurs ennemis ; ensuite ce sont des bombes lancées de chaque f ort^/ se croisant en l'air et formant en éclatant des tourbilloj)s de feux, d'étoiles, serpentaux, etc.
''Puis l'obscurité la plus 'omplète.
"Mais M. Lemoine vient d'apercevoir la splendide illumination qui décore la flotte du prince ; aussitôt, il fait approvisionner ses forts d'une grande quantité de bombes, fusées, etc., etc., et soudain eliaique baistion s'illumine de plusieurs pots de feux de bangale, de différentes couleurs, lesquels finissent par lancer une bombe qui donne le signal du combat ; chaque fort semble se multiplier, les feux ti-, rés de chaque côté vont sans cesse croissant, lorsqu'une bombe lancée du bastion qu'occupe M, Lemoine met le feu au fort opposé, puis à une grande quantité de fusées de différents calibres représentant une poudrière qui éclate.
''Une, égale quantité de feux, part simultanément de deux ^ bastions, en même temps
qu'une bombe couvre le ciel d'étoiles aux couleurs les plus variées, et retombent lentement pour ne s'éteindre qu'à quelques pieds de la terre.
''A neuf heures et quart le feu d'artifice avait lancé au ciel ses dernières gerbes de feu ; un coup de canon devait l'annoncer à la foule ; M. Lemoine y suppléa par une bombe de gros ealibre qui servit à deux fins, puisqu'elle alluma à côté de l'endroit d'où venait de se, tirer le feu d'artifice et avec une vitesse extraordinaire un immense feu de joie représentant les lettres V V et A — Vivent Victoria et Albert — au grand mât en face de l'église oii une grande quantité de fanaux étaient suspendus de chaque côté des chênes formant un A mesurant au moins 75 pieds de hauteur."
Le "Canadien" terminait son compte-rendu en disant :
''Assurément ce feu d'artifice mérite à M. Lemoine tous les, éloges des citoyens de la Pointe-Lévy et lui assigne une place éminente parmi les artificiers de ee continent."