‹ Glatigny; drame funambulesque en vers, mêlé de chansons et de dancesChapitre 129 sur 138 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

nerions. C'est encore des mots que je vous dis. Comprenez-moi comme si je ne vous parlais pas. Demain j'arriverai, non pas de Paris, non pas du passé, mais, comme tous les soirs, du café où j'aurai, comme à l'ordinaire, fait ma partie de dominos. Vous ne me direz pas : « Il y a sept ans qu'on ne vous a vu 1 » mais c II est sept heures ! le rôti sera trop cuit 1 » — Ne me répondez pas. Je sens que vous dites oui. D'ailleurs, celui à qui je ressemble encore n'a pas de domicile. A demain. Je ne resterai pas trop longtemps au café. >

Elle replie la lettre.

Le lendemain, la porte attendait, grand'ouverte. Il est entré. « Bonsoir! Je suis en retard? — Certe ! — Tu boudes ? — Oui ! — Je ne le ferai plus ! » J'ai ri. Et nous sommes, depuis sept ans, femme et mari.

MADAME ANDRAL

Heureuse, alors?

en'un brusque sang^lot

Oui! comme une épouse qui pleure Déjà le cher époux moins vivant d'heure en heure Et si faible qu'il peut s'éteindre, ayant tremblé, Comme une lampe au vent que la porte a soufflé ! Puis, est-il content, lui? qui sait? C'est une idée Dont, le jour, je suis grave et la nuit, obsédée, (Quand je Tentends marcher, car il marche, la nuit). Que la meute des jours anciens le poursuit Jusqu'en le doux refuge où sa pauvre âme brame Avant d'expirer ! Si le passé, farce et drame,

m GLATIGNY

Sans gloire, hélas, mauvais songe à bon di'oit déçu,

Le possédait encor, peut-être à son insu?

Jour à jour il me conte, avec la patience

D'un repentir ou d'un devoir de conscience,

Un bohème, qu'il a connu, triste, honni.

De quoi parlera-t-il quand il aura fini?

L'ivresse lui plaît-elle encor dans la nausée?

S'il dit, le soir, la tête en mes mains reposée,

« Emma ! je suis heureux ! » je crois qu'il fait semblant.

Glatignjf entre joyôusetùent.

accrochant son pardessus.

Bonsoir!

Se dégantant : -

Le percepteur! Six fois le double blanc. Quel chançard !

Elle accourt. Lui, avec une franche tendresse:

Mon Emma! Rien n'est si doux à l'âme Que le retour, le soir, près d'une chère femme.

n l'etnbrassc.

Merci !

Puis, tout à coup, familier, petit bourgeois joViil:

Madame Andral 1

Lui secouant la main :

On est de vieux amis.

Vous soupez avec nous!

■ Elle veut se récrier. U a fait un signe à Marie.

Votre couvert est mis»

ACTJ^ CINQUIÈME m

EMMA

à Mmo Andral

A Glatigny.

As-tu toussé?

en

se frappant la poitrine.

Bon coffre.

Une petite toux.

Mais les souffles

Sont malsains.

Emma, à genoux devant la cheminée, avive le feu. Glatigny :

On pourrait bien avoir...

EMMA

à Marie

Les pantoufles!

GLATIGr^Y

De la fièvre...

Se mettant à table, obligeant Mme Andral à s'asseoir :

...si Ton n'était réconforté D*un bon régime — ayant une bonne santé.

Emma lui a mis les pantoufles, s'assied à son tour. Lui, en' mangeant, en buvant, en servant les deux femmes :

Ma foi, tant pis pour ceux qui sur la route amère

Sans droit àTidéal poursuivent la chimère,

S'ils tombent aux bas-fonds des sommets radieux!

Il faut vivre en bourgeois, quand on n'est pas des dieux.

Ainsi, ce pauvre diable, Emma, dont je te conte

L'histoire, il aurait pu, sans misère ni honte.

Petit provincial, content de ce qu'il a,

Mener, paisible, heureux, ainsi que me voilà,

Une vie humblement, tendrement animale?

Ah! bien, oui!

i Mme Andral, avec un coup de poing sur la table :

Tout le mal est venu d'une malle!

Tiens, c'est un calembourg.

11 rit.

MARIE

qui enlève un plat, étourdiment, à Emma

 propos!.

Elle craint d'avoir fait une sottise, voudrait ne pas achever, s'en aller. Mais Glatigny la retient.

Quoi donc? Va!

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