‹ Glatigny; drame funambulesque en vers, mêlé de chansons et de dancesChapitre 133 sur 138 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

GLA.TIGNY

Non. Je m'endormirai Aisément. Je suis las. Puis ta garde assidue Dans la bonne maison est partout répandue.

Emma est à genoux devant le lit; il lui caresse les cheveux.

Au frisson des rideaux, au vent des corridors Alarmés, c'est ta voix qui dit : « Je veille, dors ». 0 d'un très pur amour bienveillance infinie ! D'un salut sans mérite ouvrière bénie ! Corbeille de pardons et de sérénités !

Ange des soirs !

EMMA

inquiète

Voilà que vous vous exaltez Encor !

se recouchant

Non! non ! je m'étends, et je ferme Les yeux. Rions un peu. J'était Pan. Je suis Therme, Je ne bouge plus.

Lui prenant la main, la posant sur son front.

Mets la fraîcheur de ta main Sur un reste de fièvre.

Après un temps, il semble sommeiller.

EMMA

s'éloignant doucement

A demain.

presque pas entendu

A demain.

Les rideaux sont fermés. Emma reg^ardc le feu assoupi, revient vers l'alcôve.

EMMA

Un souffle égal...

En un sursaut:

Fait-il semblant?... J'ai peur d'entendre

Son pas, la nuit.

Elle a éteint la lampe. Sur la pointe des pieds, elle sort, apràs avoir pris l'autre petite lampe laissée par Marie. Elle regarde vers Glatigny :

Pourtant, si bon, si franc, si tendre...

Elle n'est plus là. La chambre est toute obscure. Un long moment de silence et de ténèbres. Seule la fenêtre est un peu pâle de nuit nuageuse. Brusquement:

écartant les rideaux, pâle, comme après une vision d'épouvante :

Je ne veux pas dormir! — Dormir! c'est rôver! où?

« J'ai peur du sommeil comme on a peur d'un grand trou! »

Ah ! c'est de Baudelaire.

Page 1