‹ Glatigny; drame funambulesque en vers, mêlé de chansons et de dancesChapitre 134 sur 138 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Se méprisant :

Ame esclave ! forcée De souffrir même, en une étrangère pensée ! — On n'en souffre pas moins.

n se lève, il se dresse dans le peignoir terne.

Que faire, soir profond ?

n est attiré vers le placard dans le mur, entre l'alcôve et la fenêtre. Il ne veut pas aller de ce côté. U désigne l'endroit qu'il redoute.

La malle de Pandore ! — et pas d'espoir au fond...

n hésite longtemps. Enfin, il marche vite vers le placard.

Une dernière fois!

n tire un coffre du placard, le traîne sur le devant, l'ouvre. Mais il fait sombre, il tâte la cheminée. H trouve des allumettes, en fait flamber une, allume la lampe, l'apporte sur la lable ronde, rapproche le coffre plein de livres, sous une blaude verte, et il prend des livres, les met sur la table, va de volume en volume, retrouve tour à tour tous les enthousiasmes de son adolescence éperdue.

Paradis éphémères!

Divins menteurs! Doreurs de l'aile des chimères !

H s'arrête à un livre.

Ah ! celui-ci surtout ! — Il semble qu'alléchant, Câlin et radieux, sorte du livre un chant Qui dans les jeunes cœurs et les âmes nouvelles Yole comme si les pages étaient des ailes ! C'est le Chant du Départ vers des ciels inouïs Des pauvresses aux bras des amants éblouis !

Il dit à rai-voix

Avec nous l'on chante et l'on aime !

Nous sommes frères des oiseaux !

Croissez, grands lys! Chantez, ruisseaux !.

n se tait. l\ ne veut plus lire.

Non.

n craint de rouvrir le livre.

Non.

Il souffle la lampe pour être sûr de ne plus lire. Pourtant, il frémit.

Mais je Tentends... toujours...

En eifet, évoquée par le délire de Glatigny, la musique du poème se fait mystérieusement entendre; c'est d'abord, un murmure, qui semble monter, monter vers lui, sourdement ; et un rayon lunaire, de la fenêtre, traverse la scène, vers Glaligny ; la mélodie se précise, dirait-on, dans la clarté. Il semble qu'une voix chante; a Avec nous l'on chante et l'on aime, Nous sommes frères des oiseaux... » Glatigny, ébloui, halluciné, vers la fenêtre ;

C'est lui... comme une Caresse... qui descend tout le long de la lune Jusqu'à mes pieds...

Il marche vers la lumière, vers la voix imaginaire...

...pareil au doux murmure amer Qui conseille au marin de reprendre la mer...

11 marche encore, chancelant, ravi, fou. Le rayon se retire, la voix s'éloigne, il les suit, il est tout près de " la fenêtre. Il ouvre la fenêtre... Tout à coup, phis de clarté, plus do chant, plus rien. Glatigny tombe à genoux, les bras au rebord, dans l'ombre totale et le silence.

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