HISTORIQUE
Nous ne remonterons pas, dans ce chapitre bibliographique, jusqu'aux Livres HiPPOGRATIQUES (1) et aux anciens (2), dont les idées se sont gardées jusqu'au xvi° siècle (on les trouve encore citées dans le livre de MAITRE-JAN (3). Les indications sont trop vagues pour nous intéresser et le glaucome, tel que nous le comprenons, trop peu ‘distingué au milieu d’autres maladies conduisant à l’amaurose.
Mais il ne faut pas s'étonner, qu'avec les progrès faits au xIx° siècle en clinique, on ait déjà pensé à attribuer un rôle important à l'appareil vasculaire local et général, surtout depuis que BrissEau (4) a su dégager du tableau nosologique du glaucome le symptôme de l’hypertomie
oculaire, qui n'a pas tardé à devenir le fait capital de (1) HiPPOGRATE. loc. cit.
(2) Voyez, GLAUDII GALENI in Apb. Hippocratis Commentaria (par exemple édit. d'Adrien Toll de Leyde (Leyde. J. Maire édit. 1633 (p. 328 et 329. (3) A. MarrRe-JAN. Traité des maladies de l'œil. 2° éd. Paris 1799, D. 222} (4) Bissau. Traité de la cataracte et du glaucome. Paris 1709.
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cette maladie. Avant même que les nombreuses théories pathogéniques aient vu le jour, avant que la physiologie de la circulation des liquides oculaires se soit éclairée, divers points de la symptomatologie avaient dû diriger les observateurs vers ces recherches et cette opinion.
La rougeur et tous les phénomènes réactionnels du glaucome, spécialement des glaucomes à forme irritative, la sédation apportée par les émissions sanguines locales, surtout à l’époque de la grande faveur des théories humoristes, devaient conduire à ce résultat.
Lorsque lPexagération de la pression intra-oculaire fut mieux connue, cette pléthore du bulbe düt encore plus faire rechercher du côté des vaisseaux des troubles qui pussent l'expliquer.
Une connaissance plusapprofondie du glaucome devait fournir encore des arguments à cette opinion. Les hémorragies qui accompagnent souvent le glaucome, la forme dite hémorragique de la maladie, avec l’inondation sanguine du bulbe et l’irruption du sang jusque dans la chambre antérieure durent faire faire aux cliniciens des rapprochements très étroits avec les syndrômes qui portent au niveau des divers organes le nom d’apoplexie. De là à penser à des lésions vasculaires, à les chercher et à les reconnaitre, il n’y a pas loin.
L'action même de divers topiques, soit qu'ils aient causé des poussées de glaucome, comme Patropine dans certains cas, soit qu'on les ait employés dans un but
. thérapeutique, comme l’éserine et la pilocarpine, quand elles furent connues (et bien que leurs propriétés vaso-
motrices ne fussent que tres indirectement cause de ces.
actions pathologique et thérapeutiques dans le glaucome, comme on l’a montré depuis), dévait nécessairemént attirer l'attention des observateurs.
Enfin les connaissances plus récentes de Faction du «sympathique cervical d'une part sur Pœil (1), Piris et la tension intra-oculaire; d'autre part sur la vaso-motricité, devaient collaborer avec les faits ci-dessus et encourager les chercheurs à pousser leurs investigations dans ce domaine des rapports du glaucome et des affections vasculaires.
Si nous ajoutons la notion bien connue de la sénilité plus ou moins avancée des glaucomateux, les raisons sont plus que suflisantes, et on s'explique alors qu'il ait paru tout simple de constater, sans entrer dans de bien amples détails, quelque banale indication d’une affection cardiaque, des stigmates d’arthritisme, etc. etc., dans l'étiologie de la maladie.
DESMARRES (2) parle de ce fait que: le- glaucome est l'apanage de l’âge avancé, il ajoute encore, parlant des causes prédisposantes : « il en sera de même de certaines € prédispositions morbides générales, telles que le rhu- «€ matisme, la goutte... »
Ces faits n'ont fait que se confirmer aux cliniciens contemporains, nous en trouvons [a preuve dans le traité de notre regretté maître, le professeur Paxas, où il s’éx-
prime ainsi sur le point qui nous intéresse de l'étiologie.
(1) Voyez ADAMUGx. (Ann. d'Ocul. tome LVIII-étc. travaux faits de 1866 à A cité in Panas et Rochon-Duvigneaud. Recherches sur le glaucome p.159:
(2) Dismarres, Traité des maladies des yenx. Paris 1847.
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du glaucome: «Le glaucome primitif est par dessus tout « une affection de la sénilité..… on à également incri- « miné la goutte, l’arthritisme, la syphilis ; autant de « causes d'angiosclérose » (1).
Nous trouvons là, avec un peu plus de précision, l’exposition de la même {loctrine. Dans l'ouvrage (2) que M. Paxas publia ensuite avec M. RocHon-DuvIGNEAUD sur leurs recherches sur le glaucome, nous trouvons dans le chapitre d'anatomie pathologique des affirmations de la présence d’endartérite locale au niveau des diverses membranes de l'œil et du nerfoptique, entre autres la relation d’une observation de de Græfe; très concluante au point de vue qui nous occupe, dans laquellecet auteur, faisant l'examen anatomique de l’encéphale d’un glaucomateux mort d'hémorragie cérébrale, avait relevé la présence de lésions athéromateuses sur les artères de la base.
Au chapitre de la pathogénie, nous trouvons l'exposé de doctrines de divers auteurs, dont certaines, entre autres celles de de Græfe, de Jagér font intervenir, à différents, ütres l’artériosclérose comme facteur étiologique.
Enfin, dans le résumé de leurs observations cliniques, MM. Panas ET RocHON-DuviGNEAuUD citent des faits cliniques positifs dans deux de leurs onze observations (Obs. IX et XI, pages 113 et 114.) Le premier malade
« a toujours eu ume bonne santé ; mais il est arthritique
(1) Pawas. — Traité des maladies des yeux, Paris, Masson, 1894. (2) Paxas er Rocuon-DuviexeauD : Recherches anatomiques et cliniques sur le glaucome et Les néoplasmes intra-oculaires. Paris, Masson édit. 1898
p. 91. p. 102 et 109.
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« avec artériosclérose marquée; on entend à l’auscul- € tation un bruit de galop; les urines ne contiennent « nisucre ni albumine, » Dans l’autre cas :« Huit mois « avant l’énucléation, une paralysie faciale gauche « accompagnée de fourmillements et de sensation de « lourdeur dans le bras et la main du même côté est « survenue brusquement et n'a pas persisté. C’étaient « Ja sans doute les symptômes d’une petite hémorragie « cérébrale. » 11 s'agit dans ces deux cas de glaucomes hémorragiques.
Nous ne pourrions, nine voulons résumer 1ei toutes les recherches des lésions d’artériosclérose locale qui furent faites en vue d'établir sur des bases solides ce que les cliniciens avaient admis. Nous dirons seulement que les observations furent nombreuses, qu'elles ouvrirent le chemin à de nouvelles et fort inté- ‘ressantes théories, où l'artériosclérose locale, dûment constatée intervint à différents titres. Les uns avec THoma (1), vovaient dans la sclérose oculaire une conséquence de lhypertonie, les autres, parmi lesquels nous ne citerons que le professeur Panas (2) renversent les termes et pensent au contraire que &'est Partériosclérose, la sténose artérielle, qui crée l'hypertension sanguine et entraine l’exagération du tonus. (On verra plus loin que de toutes modernes recherches semblent placer ailleurs que dans le rétrécissement des artères la cause de Phypertension artérielle, mais cela ne chang'erait rien dans
(D Toma. + Zeiglers Beitræge à. pathol. Anat, X: 1891 (cité in Panas). (2) Panas, — loc. cit.
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la théorie de Panas à la dépendance du tonus oculaire et de la pression du sang.) |
Dans le, but d'y rechercher des faits cliniques, des observations où des théories sur les rapports cliniques du glaucome et de lartérioselérose, nous avons lu un très grand nombre de travaux de différents auteurs.
Un premier groupe, dont nous ne parlerons pas du tout, comprend ceux de ces ouvrages qui ne concernent qu'au point de vue de l'anatomie pathologique, les rapports des affections qui nous occupent.
Nous ferons exception pour RænLuanx (1) qui montre par un grand nombre d'observations (44 artérioscléreux) la fréquente coïncidence {43 cas positifs) de lésions d'artérite, rétrécissements, dilatations, oblitérations, constatées à l'ophtalmoscope au niveau des vaisseaux rétiniens, avec l’artériôsclérose générale.
ScnMipT-RimPLer 2) dans son livre si complet ne parle pas de la relation du glaucome primitifet de lartériosclérose. Il dit bien avoir vu le glaucome se déclarer chez des sujets porteurs d'hémorragies rétiniennes, mais il s'agirait alors, d’après lui, de glaucome secondaire hémorragique. Enfin, avant d'aborder les ouvrages dont nous voulons donner un bref résumé, citons opinion de Laqueur (3) la seule négative quenous ayons rencontrée.
(1) RÆnLMANN. — Erkrankungen der Netzhantgefæsse bei allgemeiner artériosclérose. Zertsch. f. Klin. médicin XVI, p.606.
2) Scuminr-Rimpcer. — Die Erkrankungen des Auges in Zusammenhang mit anderen Krankheiten (Zn specrelle pathologie und therapie. Wien 1898) chap. IV p. #26.
(3) LAQUEUR: — Prodromalstadium des glaucoms. 4rck. {. Opht. Bd. IT, 1880, pages 1 à 28.
Parlañt de ses malades, qu'il a exdminés très-soigneusement au point de vue de l’état général, ilditces paroles; que nous traduisons littéralement : « Je n’ai pas chez « eux trouvé de lésions cardiaques (Herzfehler) et je « dois résolument m'élever contre l’assertion d'Adolf « Weber que les maladies du cœur sont en relations
« avec le glaucome. »
Nous n'avons pas trouvé le nombre des malades chez lesquels Laqueur à recherché les lésions cardiaques, mais il se peut en effet que cette coïncidence se soit produite ; on verra dans nos recherches que plusieurs de nos malades ne présentent rien d’anormal du côté des orifices cardiaques: Nous pensons néanmoins, et nous pouvons le dire dès maintenant, que cetauteur nous semble trop absolu. De plus, mème si l'on se range à son avis, l’artériosclérose peut ne donner aucun signe général (ce qui n’a pas lieu dans des cas que nous avons vus) où même peu de symptômes, et ètre cependant une des causes locales du glaucome. Le contraire est évident aussi; si tous les artérioscléreux ne présentent pas telle ou telle lésion valvulaire, ils peuvent être indemnes d'artériosclérose oculaire, et si même celle-
ci existe, 11 n’y à pas fatalement glaucome.
Nous arrivons maintenant à l'examen des ouvrages portant différents Utres : «© De l'artériosclérose et des maladies oculaires », « Glaucomé et maladies de l’'appareil circulatoire » où plus généralement « Maladies de l'œilet maladies générales » et dans lesquels nous avons
puisé des renselonements.
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second présentant en plus de la goutte et des coliques hépatiques.
En 1890, Jurics Micuez (1), dans son traité d'ophtalmologie, dit qu'on a vu survenir le glaucome dans les cas de maladies de l'appareil circulatoire dans lesquels le cours de la circulation veineuse est entravé : sténose mitrale, lésions valvulaires du cœur droit, stades tardifs de bronchite, emphysème, insuffisance du myocarde, dégénérescence du cœur, artériosciérose généralisée ; Punilatéralité pourrait, d’après lui, faire naître l’idée qu'il s'agit d’artérioselérose et de son expression dans un seul côté, lésions scléreuses plus prononcées de la carotide d’un seul côté, par exemple. — En présence de cette dernière opinion, nous avons recherché dans un autre travail de cet auteur (2) sil avait reconnu les signes particuliers de cette affection: nous n'y avons rien trouvé concernant le glaucome primitif.
La thèse de E. KœniG (3) contient, au milieu d’observations diverses qui. ne nous intéressent point, treize observations : une de glaucome aigu, neuf de: glaucome chronique, trois de glaucome hémorragique, présentant tous des lésions évidentes d’artérioselérose : 11 s'agit, dans la presque unanimité des cas; d’altérations athéromaleuses siégeant à la crosse de l'aorte, Sur les grosses artères et les artères superficielles {radiales) et de
(1) Jurrus Micnet. — Lehrhueh der Augenheilkunde {Wriesbaden 1890, pages 475 cl suivantes).
(2) Jurivs Micmge, — Das Verhalten des Auges bei Storungen in cireulationsgebiel der Carotis (Festschrift au Ehren Horner’s ISST, p.11).
(3) Ed. KœnrG. De l'artériosclérose et des affections oculaires qui en dépendent, Thèse, Paris 1890,
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lésions de l’orifice aortique ; les observations dont il s'agit portent les numéros XXI à XLIII.
DE BourGox (1) dans sa thèse sur le glaucome hémorragique nous fournit aussi des indications intéressantes : Parmi ses observés, il relève « une fois la goutte, deux « fois l’arthritisme, deux fois une affection cardiaque « compensée, deux fois des affections cardiaques avec « lésions rénales, quatre cas d’artériosclérose sans « lésions spécifiées, une fois avec lésions cardiaques, üne « fois avec localisation rénale. » Il fait du glaucome hémorragique une maladie toujours secondaire à une rétinite hémorragique, opinion qui nous semble excessive, et il observe à ce sujet « qu’on pourrait penser à « priori que le glaucome, succédant toujours à une réti- « nite hémorragique, on pourrait croire que les maladies « qui produisent des hémorragies rétiniennes, jouent un « rôle important dans l’étiologie du glaucome hémorra- « gique. Or il n'en est rien, ainsi que le prouvent'le « relevé des observations et la lecture des ouvrages « purement médicaux.
« Pour ne prendre que quelques exemples, le palu- « disme...... les affections du foie... lPanémie perni- « cieuse...…. le scorbut, le purpura, lé diabète, sont des « causes puissantes et fréquentes de rétinite hémorra- « gique ; or nous ne les trouvons nullement mentionnées « dans nos observations. »
Notons qu’il a relevé dans ses observations résumées sept observations de LAQUEUR où, dans chacune, se trouve
affirmée l'intégrité du cœur.
(1) De Bourcon. Sur le glaucome hémorragique. Thèse, Paris 1892,
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Nous citerons encore, dans, ses conclusions, les lignes suivantes : « Le glaucome hémorragique... est lié dans « la majorité des cas à une maladie du système circu- « latoire. »
La lecture de la dissertion inaugurale de Abozr HIRT est fort intéressante au point de vue qui nous occupe (1). Il a recherché les affections cardio-vasculaires chez 69 malades soignés pour glaucome à la Clinique ophtalmologique de l'Université de Wurzbourg. [compte dans ses malades 41 femmes et 28 hommes. Sept malades élaient sans lésions générales d'aucune sorte (cœur, vaisseaux, poumons). Les 62 autres se répartissent ainsi: Quarante-six présentant de lPathérome des carotides accompagnant des lésions du cœur ou d’autres artères périphériques, seize avec des lésions valvulaires du cœur, accompagnées de lésions vasculaires, d'hypertrophie ou de lésions des artères périphériques.
Plus récemment, EUGÈNE JacoBsoux (2) dans une étude statistique qui porte sur un grand nombre de cas (145 malades), a montré les rapports du glaucome primitif avec la sénilité. Pour les rapports avec l’artérioselérose générale, il reprend les chiffres et les conclusions de À. Hirr.
Nous avons encore trouvé, dans un travail de Zim-
MERMANX (3) Sur la pathogénie et le traitement du glau-
(1) Anozx Hirr. Uber Krankheïten der Cireulationsorgane bei Glaucom, Inaug. Diss. Wursboure 1899.
Q (2) E. Jacorsonx, Zur Statistik des primaren Glaukom., Inaug, Dissert, Wurzburg 1903,
(3) ZimMERMANN : Beitrag zur Pathogenese und Thérapie des Glaucoms in Deutschmanns Beitræge zur A ugenheilkunde 1903, 58. Heft.
come, quelques cas dont le relevé trouve place ici. A la fin de son étude, pour établir sur des cas de clinique l'influence de liridectomie, Fauteur publie quelques observations, où Pétat de lPappareil circulatoire a été noté ; en voiei le résumé.
Obs. 1. — Homme, 38 ans: glaucome chronique inflammatoire OD, Sténose mitrale.
Obs. 2. — Homme, 55 ans. Ethylisme, artériosclérose à un haut degré, dégénérescence du myocarde.
Obs. 3. — Femme, 54 ans. Glaucome chronique simple OD et OG. Dégénérescence du myocarde, surcharge graisseuse du cœur, anémie.
Obs. 5.
matoire OG. Anémie, matité précordiale très augmentée,
Femme, 33 ans. Glaucome subaigu inflam-
Palpitations. Auseultation : Pointe : premier temps claquant. Base : deuxième temps aortique exagéré.
La 4° observation et les 6° et suivantes concernent des glaucomes secondaires.
Enfin, pour terminer ce chapitre bibliographique, nous parlerons maintenant de deux études où les auteurs envisagent les rapports du glaucome avec un seul des symptômes de l’artérioselérose, l'hypertension artérielle, à laquelle ils tendent à donner une place prépondérante dans l’étiologie de l'hypertonie oculaire, au moins pour certaines formes cliniques.
MM. Tersox et Campos (1), dans un travail fait à la Clinique ophtalmologique de PHôtel-Dieu, à la suite de
recherches du même ordre chez des malades présentant
(1) Terson et Campos.— Recherches sur l'état de la tension artérielle générale chez les glaucomateux. Arch. d'opht., XVIII, p. 209, avril 1898.