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LA VIE

Michel Ivanoviteh Glinka naquit le 20 mai/1° juin 1804 à Novospasskoëé près d'Ielna, dans le gouvernement de Smolensk. Le soin de l’élever fut d’abord confié à sa grand'mère paternelle, et il passa ses premières années entre elle, sa nourrice et une bonne, voyant peu ses parents. Il était de nature délicate, maladif et nerveux. Sa grand mère, souffrante elle-même, commit l'erreur de le dorloter exagérément, de le couvrir de fourrures : aussi ne devint-il jamais vigoureux, el sa santé restat-elle toujours chancelante.

Quoique très gâté, l'enfant se montra doux et sage ; il apprit de fort bonne heure à lire, et, très pieux, se plaisait particulièrement aux offices religieux. « Mes dispositions musicales s’affirmaient alors par ma passion pour les cloches et les carillons. J’écoutais avec avidité ces sonorités fortes, et me montrais adroit à imiter le carillonneur sur deux bassines de cuivre; quand j'étais malade on m'apportait dans ma chambre, pour me distraire, de petites elochettes. »! Ge goût tout sensuel et rudimentaire persistera pendant assez longtemps chez lui; mais jusqu'à l’âge de dix ans, à peu près, il se montre plus préoccupé de dessiner ou de se griser à des

4 Mémoires, p. 2.

récits de voyages, à des descriptions de contrées lointaines, que de pratiquer la musique. Revenu chez ses parents après la mort de sa grand’mère, il eut l'occasion d'entendre jouer chez eux un petit orchestre, prêté pour certains jours de réception par un oncle riche. Un jour, il assista ainsi à l'exécution d’un quatuor avec clarinette de Grusell! et en fut profondément impressionné. Il en resta tout fiévreux, et dès lors se montra distrait à l'heure de ses leçons de dessin. Le professeur finit par deviner la cause de sa préoccupation et lui reprocha de ne penser qu'à la musique ; Glinka répondit : « Que faire ? La musique, c'est mon âme ! » Et en elfet, sa passion pour cet art devint dès ce moment profonde; et il n’eut point de plaisir plus grand que d'écouter l'orchestre de son oncle, surtout lorsque cet orchestre jouait des airs russes, arrangés pour huit instruments à vent, « et peut-être ces airs entendus dans mon enfance furent-ils la première cause de la prédilection que je montrai par la suite pour la musique populaire russe ?. »

Une gouvernante venue de Pétersbourg lui donna, ainsi qu'à sa sœur Liudmila, les premières leçons de musique, c’est-à-dire de piano et de déchiffrage ; et, bien que cet enseignement fût « tout mécanique », l’enfant lit de rapides progrès. Bientôt après, un des violonistes du petit orchestre entreprit de lui donner aussi des leçons

‘ Bertrand Crusell, compositeur et clarinettiste d’origine finlandaise, travailla à Berlin en 1797 et vécut à Stockholm à partir de 1799. Il:a écrit plusieurs opéras (inédits), un « air suédois varié, pour clarinette

et orchestre », des mélodies sur la Fritjofs-Sage, etc. * Mémoires, pp. 5-6.

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de violon; mais, instrumentiste malhabile, il ne lu apprit pas grand’chose, |

Vers la fin de 1817, la famille Glinka s’en fut à Saint-Pétersbourg, où Michel Ivanovitch fut placé en pension et suivit les cours de l’Institut pédagogique, où il reçut une éducation des plus étendues et s’appliqua surtout à l'étude des langues (il en apprit six, dont le persan), de la géographie, de la zoologie, de l’arithmétique et de l'algèbre où il excella bientôt. Il avait aussi chez lui un excellent piano, et commença de prendre des leçons avec Field ; celui-ci ayant quitté Pétersbourg, après divers essais, Glinka s'adressa à Carl Meyer qui lui donna en enseignement excellent, et continua aussi à étudier le violon avec un instrumentiste nommé Boehm. En dépit du pessimisme de ce maître, qui lui disait souvent : « Messieu Klinka, fous ne chouerez chamais du fiolon ‘ », il fit quelques progrès et parvint à tenir sa partie, aux vacances, dans l’orchestre de son oncle. L'hiver, il était parfois conduit au théâtre par son père, et entendit ainsi quelques opéras de Méhul, de Cherubini, d'Isouard, de Boïeldieu. Opéras et ballets le ravissaient fort; « mais, dit-il, en ce temps-là je comprenais mal le chant sérieux, et les soli instrumentaux de l'orchestre me plaisaient par-dessus tout ?».

A ses moments de loisir, il va dans des familles amies jouer à quatre mains, écouter des séances de musique. Au début du printemps 1822, il fait dans une de ces

1 Sic; Mém., p. 14.

? Mémoires, p. 15.

familles la connaissance d’une jeune fille « d'extérieur charmant, excellente harpiste et douée d’une voix pure, sonore et argentine de soprano »; et pour lui faire sa cour, il compose des variations sur un thème en ut majeur de Fopéra de Weigl, la Famille Suisse, puis des variations pour piano et harpe sur un thème de Mozart ‘et enfin une valse pour piano. « Ce furent mes premiers essais de composition; je ne connaissais pas encore la basse générale, et me trouvais pour la première fois en présence d’une harpe. ?»

C’est done de ce poétique interlude de ses années de collège que datent ses débuts dans la carrière qui fera sa gloire.

Une fois ses études finies, sur les conseils de son père il part pour le Caucase faire une cure d'eaux minérales. Il voit l'Ukraine et ses steppes, le Dôn, et se trouve en Asie, ravi. Et l'automne de cette même année 1822, il revient à Novospasskoé, reposé, prêt à se consacrer à la musique avec une nouvelle ardeur. En faisant répéter les instrumentistes du petit orchestre qui jouait les jours de réception, il acquiert rapidement des notions toutes pratiques et au surplus excellentes de la science orchestrale que plus tard il poussera jusqu’à un très haut degré. Il se familiarise avec nombre d’ouvertures de Cherubini, Méhul, Mozart, Beethoven, ainsi que quelques symphonies de Haydn, Mozart et Beethoven, mais ilne connaît encore ni Gluck, ni Haendel, ni Bach.

" Ces variations, revues par l'auteur en 1854, ont été conservées. * Mémoires, p. 17.

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