PU
Ses connaissances théoriques de la science de l'harmonie restent encore des plus rudimentaires, et il ignore à peu près le contrepoint ainsi que tout ce qui a trait à l’art de la composition. Pourtant, Carl Meyer lui avait déjà inculqué nombre de bons principes et avait su développer son instinct musical. Ce n’était pas encore assez pour son ambition; et il reconnaît avec bonne grâce qu'un sepluor et un Adagio et Rondo pour orchestre qu'il écrivit vers cette époque suffiraient à montrer son incapacité en lant que compositeur. Bientôt d’ailleurs, Meyer cesse de lui donner des leçons proprement dites, et pour perfectionner son éducation se borne à lui conseiller d'étudier avec soin les œuvres des classiques". En ce temps-là, « le fameux contrapunetiste Miller » se trouvait à Saint-Pétersbourg ; mais Glinka est empêché de faire sa connaissance. « Tant mieux, se dit-il (beaucoup plus tard, au temps où il rédige ses Mémoires) ; le sévère contrepoint allemand ne s'accorde pas toujours avec l'élan de la fantaisie ! » Et il continue à produire des essais plus ou moins informes, étudie par surcroît le chant avec l'Italien Belloli, apprend à mieux connaître le répertoire classique. En 1825, un premier mouvement de sonate pour piano et allo vient témoigner de quelques progrès. Un peu plus tard, il écrit pour sa petite nièce des variations sur l'air italien Benedetta siu la madre. qui sont sa première œuvre publiée. Enfin, en 1826, il
i Cette méthode est celle qu'appliquera plus tard le plus grand des continuateurs de Glinka et le chef du groupe moderne des compositeurs russes, Mili Balakirew. Voir M.-D. Calvocoressi. Moussorgsky, p. 19.
compose une cantate pour Favènement de Pempereur Nicolas. Il se montre dans ses Mémoires assez satisfait de cette œuvre, écrite pour soli et chœurs avec accompagnement de piano et de contre-basse : : Malgré quelques gaucheries et le manque de coordination des tons d'a mineur et de st bémol majeur, je considère cette cantate comme mon premier essai réussi dans la musique vocale de grandes proportions. Je lécrivis avec sincérité, et me rappelle que l'expression en était assez appropriée au texte. »°
Puis ‘viennent quelques nouvelles romances : mais Glinka, quoique de plus en plus enthousiaste pour l’art et plus zélé pour le travail — une maladie d’yeux dont il souffre à cette époque ne l'empêche pas de s'y livrer avec ardeur — se disperse encore beaucoup et ne paraît pas s'être fixé de but plus précis que celui de « faire de la musique ». Après une tentative d'entrer dans l’administration selon le droit que lui conférait son diplôme de fin d'études, il se lance pour quelque temps dans une vie mi-artistique, mi-mondaine parmi quelques jeunes sens riches, bien nés, amateurs de fêtes, de représentaions et de sérénades. Rien ne fait pressentir qu'il sera autre chose qu'un amateur bien doué. Son instinct le pousse à chanter, à chercher dans la musique Pexpression de tout un monde confus de sentiments qui s'agiaient en lui, mais cela d’une manière tout impulsive, et il paraît beaucoup plus préoccupé de voyager, de con-