‹ Gloires de Marie [microforme]Chapitre 10 sur 45 · PRE: PE · texte numérisé non relu

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Nieremberg ; et elle nous aime, à elle seule, immensénues plus que tous les anges et tous les saints enseme.

Un autre motif pour lequel notre sainte Mère nous aime beaucoup, c’est que nous lui fûmes donnés pour enfants, et recommandés par son bien-aimé Jésus, quand sur le point d’e-pirer, il lui dit : Femme, voilà votre Fils. Comme il a été vu plus haut, il lui désignait ainsi tous les hommes dans la personne de saint Jean. Ces paroles furent les dernières que son divin Fils lui adressa en ce monde. Trop précieuses sont les suprêmes recommandations d’une personne chérie aux prises avec la mort, pour qu’on en puisse jamais perdre 14 mémoire.

De plus, nous sommes des enfants excessivement chers à Marie, parce que nous lui coûtons d’excessives douleurs. Une mère ressent toujours une affection spéciale pour l’enfant auquel elle n’a conservé la vie qu’à force de soins et de peines. Tels sommes-nous à l'égard de Marie : pour nous faire naître à la vie de la grâce, il lui a fallu, —quel supplice pour son cœur ! —il lui a fallu sacrifier elle-même la vie si précieuse de son Jésus, et se résigner à v-': :le ses yeux ce Fils qui expirait dans les tourmer.… ‘est à ce grand sacrifice de Marie, je le répète, .: : 1ous sommes redevables de la vie de la grâce ; sa tendresse pour nous, pour des enfants qui lui ont coûté tant de peines, est donc extrême. Ainsi ce qui est dit du Père éternel, à savoir, qu’il a aimé les hommes jusqu’à livrer pour eux son Fils unique, nous pouvons, remarque saint Bonaventure, le dire pareillement de M. rie : elle nous a aimés, elle aussi, au point de nous donner son Fils unique. Et quand nous le donna-t-elle? Elle nous le donna, répond le père Nieremberg, d’abord, quand elle lui permit d’aller à la mort. Elle nous le donna quand, les autres manquant à leur devoir par haine

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ou par crainte, elle pouvait bien elle seule défendre : auprès des juges la vie de son Fils. Ne doit-on pas croire, en effet, que les paroles d’une mère si sage, si tendre à l’égard de son Fils, eussent pu faire assez d'impression, du moins sur Pilate, pour le dissuader de condamner à mort un homme dont il avait luimême reconnu et proclamé l’innocence? Mais non, Marie ne voulut pas prononcer le moindre mot en faveur de son Fils, afin de ne pas s’opposer à sa mort, à laquelle notre salut était attaché.

Elle nous le donna enfin, elle nous le donna mille et mille fois, pendant ces trois heures qu’elle passa au pied de la croix, veillant sur l’agonie de son Fils : oui, autant d’instants il y eut dans ces trois heures, autant de fois elle fit rour nous, avec une douleur extrême et un extrême amour envers nous, le sacrifice de son Jésus. Et selon saint Anselme et saint Antonin, telle était sa constance, qu’au défaut des bourreaux, elle l’eût crucifié elle-même pour obéir au Père éternel, qui voulait nous sauver par la mort de son Fils. Et en effet, si Abraham eut la force de consentir à immoler son Fils de sa propre main, nous ne devons pas en douter, bien plus sainte et plus obéissante qu'Abraham, Marie eût accompli le sacrifice avec plus de courage encore.

Mais pour revenir à notre sujet, combien de reconnaissance ne devons-nous pas à Marie en retour d’un acte d’amour si généreux, je veux dire, du douloureux sacrifice qu’elle a fait de la vie de son Fils unique, afin de nous voir tous sauvés ! Magnifique fut le prix dont le Seigneur récompensa le sacrifice qu’Abraham avait voulu lui faire de son fils Isaac ; mais nous, que pouvons-nous rendre à Marie pour nous avoir réellement sacrifié la vie de son Jésus. Fils bien plus auguste et bien plus aimé que le fils d'Abraham ? Cet amour de Marie nous impose une grande obliga-

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tion de l’aimer > Car, selon la remarque de saint Bonaventure, jamais créature ne nous aimera à l’égal de Celle qui nous a abandonné son unique Fils, un Fils qui lui était plus cher que sa propre vie.

De là pour Marie un nouveau motif qui la presse de nous aimer : elle considère en nous le prix auquel nous fûmes achetés, la mort de Jésus-Christ. Une reine qui aurait un serviteur racheté par son fils chéri au prix de vingt années de prison et de souffrances, combien à ce seul point de vue n’estimerait-elle pas ce serviteur ! Marie sait que son Fils est venu en ce monde à l’unique fin de aous arracher à notre misère, ainsi qu’il l’a déclaré lui-même : Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ; elle sait, que, pour nous racheier, il a bien voulu donner jusqu’à son sang, et s’est fait obéissant Jusqu'à la mort. Nous aimer peu après cela, ce serait, de la part de Marie, faire peu de cas du sang versé par son Fils Pour notre rançon. Il fut révélé à la vierge sainte Elisabeth qu’à partir de son entrée dans le temple, la vie de Marie fut une prière incessante pour qu’il plût à Dieu d’envoyer sans retard son Fils au secours du monde perdu ; Or, nous devons le penser, elle nous aime bien plus encore, depuis qu’elle a vu son Fils nous priser si haut, et payer si cher notre délivrance.

Et comme tous les hommes ont été rachetés par Jésus-Christ, Marie les aime et ne refuse à aucun ses faveurs. C’es: d’elle qu’il s’agit dans ce passage de l’Apocalypse : Un grand signe parut dans le ciel : une Femme revêtue du soleil. Elle fut montrée ainsi à saint Jean, pour signifier que comme, selon le psaume, 1 n’est personne sur la terre qui échappe à la chaleur au soleil, de même nul homme vivaut n’est exclu de la tendresse de Marie. C’est l'explication de l’Idiot : Par la chaleur du soleil, dit-il, il faut entendre ici l’amour de Marie. Eh ! s’écrie saint Antonin, qui pour-

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rait comprendre la sollicitude de cette tendre Mère envers chacun de nous? Elle ouvre à tous le sein de ga miséricorde, à tous elle prodigue ses bienfaits. Car elle a désiré le salut de tous les hommes et contribué au salut de tous. Il est certain, dit saint Bernard, qu’elle s’est vivement intéressée au bien du genre humain tout entier. On voit par là combien est utile la pratique familière à plusieurs serviteurs de Marie, de prier le Seigneur qu’il leur accorde les grâces dont la bienheuresue Vierge lui fait pour eux la demande. Or cette manière de prier est fondée en raison, remarque Cornelius à Lapide, car notre céleste Mère nous souhaite des biens plus excellents que nous n’en pouvons nous-mêmes désirer. Et, comme l’assure le pieux Bernardin de Bustis, Marie est plus empressée à nous combler de ses bienfaits, à nous dispenser des grâces, que nous-mêmes à les recevoir. Aussi le bienheureux Albert-le-Grand lui applique-t-il ces paroles de la Sagesse : Elle prévient ceux qui la désirent, et elle se montre à eux la première. Oui, Marie, elle aussi, prévient ceux qui recourent à elle, de sorte qu’ils la trouvent avant de l'avoir cherchée. Telle est à notre égard la tendresse de cette bonne Mère, ajoute Richard, qu’à la première vue de nos besoins et avant même d’être invoquée par nous, elle vient à notre secours.

Mais si Marie est si bonne envers tout le monde, sans en excepter les ingrats qui l’aiment peu et qui sont négligents à l’invoquer, combien plus tendre sera-telle à l'égard de ceux qui l’aiment sincèrement et l'invoquent fréquemment ? Ceux qui l’aiment la découvrent

aisément, et ceux qui la cherchent la trouvent. Oh ! s’écrie le même bienheureux Albert, qu’il est facile à qui aime Marie de la trouver, et de faire l’heureuse expérience de sa bonté, de son amour ! J ’aime ceux qui m'aiment, dit-elle par la bouche du Sage. Or,

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bien que cette très aimante Souveraine aime tous les hommes comme ses enfants, elle sait néanmoins distinguer ceux qui l’aiment davantage, assure saint Bernard, et elle a pour eux des tendresses de. choix. Selon l’Idiot, quand une âme est assez heureuse pour brûler ainsi de l’amour de Marie, celle-ci ne se contente pas de la chérir, elle s’abaisse jusqu’à la servir : “Trouver la Vierge Marie, dit-il, c’est trouver tous les biens, car elle aime ceux qui l’aiment, elle sert même ceux qui la servent.”

Il est question dans les chroniques des Dominicains, d’un frère nommé Léodat, qui avait coutume de se recommander deux cents fois le jour à cette Mère de miséricorde. Quand il fut sur le point de mourir, il vit tout à coup près de son lit une reine d’une merveilleuse beauté, qui lui dit : “Léodat, voulez-vous mourir, et venir auprès de mon Fils et de moi ?” Il répondit : “Mais, qui êtes-vous?” Et la sainte Vierge reprit : ‘Je suis la Mère de miséricorde, que Vous avez tant de fois invoquée ; me voic: venue pour vous prendre avec moi, allons-nous-en en paradis.” Léodat mourut ce jour-là même ; et comme il y a tout lieu de le croire, il alla rejoindre Marie au séjour des Elus.

O douce Marie ! heureux celui qui vous aime |— Le saint frère Jean Berchmans, de la Compagnie de Jésus, disait : “Si jaime Marie, je suis assuré de la persévérance, et j’obtiendrai de Dieu tout ce que je désire.” Aussi, le pieux jeune homme ne se lassait pas de renouveler sa résolution de l’aimer ; il répétait souvent en lui-même : “Je veux aimer Marie ! Je veux aimer Marie |”

Oh ! combien cette bonne Mère surpasse en amour tous ses enfants ! Qu'ils l’aiment autant qu'ils le pourront, jamais, dit saint Ignace martyr, jamais ils ne l’égaleront en amour.

Qu'ils l’aiment donc autant qu’un saint Stanislas Kostka, dont la tendresse pour sa céleste Mère était si vive, qu’à l’entendre seulement parler d’elle, on se sentait le désir de l’aimer aussi. Il avait imaginé des expressions nouvelles et de nouveaux titres pour l’honorer. Il ne commençait aucune action, sans s’être tourné d’abord vers une image de Marie pour demander sa bénédiction. Quand il récitait en son honneur l’Office, le rosaire, ou d’autres oraisons, c'était avec le sentiment, l'expression d’une personne qui parlerait face à face avec Marie. Entendait-il chanter le Salve Regina, l'embrasement de son cœur colorait son visage. Comme il allait un jour visiter une image de la bienheureuse Vierge avec un père de la Compagnie, celuici lui demanda s’il aimait beaucoup Marie : “Mon père, répondit Stanislas, elle est ma Mère ! Que puis- Je vous dire de plus?” Mais, racontait ensuite ce religieux, le saint jeune homme prononça ces mots d’une voix si émue, d’un air si affectueux, d’un cœur si pénétré, qu’on eût dit un ange qui parlait de l’amour de Marie.

Qu'ils l’aiment autant qu’un bienheureux Herman Joseph, qui l’appelait son Epouse d'amour, Marie ayant daigné l’honorer du nom d’Epoux ; autant qu’un saint Philippe de Néri, qui était tout consolé au seul souvenir de Marie, et qui la nommait ses Délices ; autant qu’un saint Bonaventure, qui, non content de lui donner les titres de Dame et de Mère, osait encore, pour mieux exprimer la tendresse de son affection, l’appeler son Cœur et son Ame.

Qu'ils l’aiment autant que ce grand serviteur de Marie, saint Bernard : il aimait tant cette douce Mère, qu'il l’appelait la Ravisseuse des cœurs : Raptriz cordium ; et ne sachant comment lui dire l'amour dont il brûlait pour elle : N’est-il pas vrai lui disait-il, que vous avez ravi mon cœur ?

Qu'ils l’appellent leur Amante, comme un saint Bernardin de Sienn » Qui allait la visiter chaque jour dans une dévote image ; là il épanchait son cœur dans de t :ndres colloques avec sa Reine bien-aimée : et quar.d on lui demandais où il se rendait ainsi tous

Zague, qui brôûlait continuellement d’un si grand amour envers Marie : rien qu’à entendre le nom si doux de cette Mère chérie, il sentait son cœur tout embrasé ; la flamme qui le consumait apparaissait à l'extérieur ; son visage en rougissait et attirait tous les regards.

Qu'ils l’aiment autant qu’un saint François Solano, qui semblait transporté d’une sainte folie d'amour envers Marie : Parfois, devant une de ses images, on le voyait qui chantait en s’accompagnant ’un instrument de musique ; il voulait, disait-il, à l’imi. tation des amants du monde, donner une sérénade à la Reine de son cœur.

s'appeler l’esclave de Marie, et, en signe de sa servi-

tude, il allait souvent la visiter dans une de ses églises :

ment aux tendres émotions de son amour pour Marie qu’il arrosait l’église de ses larmes, puis les essuyait

le père Jacques Martinez, de la même Compagnie, se voyait porté au ciel par les anges, en chacune des fêtes de Notre-Dame, pour être témoin de la pompe

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avec laquelle elles s’y célèbrent. Il avait coutume de dire : “Je voudrais avoir tous les cœurs des anges et des saints, afin d'aimer Marie comme ils l’aiment ; je voudrais avoir les vies de tous les hommes, pour es consacrer toutes à l’amour de Marie”

Qu'ils parviennent à l’aimer autant que l’aimait Charles, fils de sainte Brigitte ; rien au monde, assurait-il, ne le réjouissait comme de savoir combien Marie est aimée de Dieu. “Et, disait-il encore, si la grandeur de Marie pouvait subir quelque amoindrissement, de bon cœur je souffrirais n'importe quelle peine pour lui épargner cette perte ; il y a plus, si la gloire de Marie Le pee j'y renoncerais en sa faveur, sachant qu’elle en est incomparablement plus digne qu “noi.”

Nous qui traduisons notre Bienheureux Père, pourquoi n’ajouterions-nous pas :

Qu'ils l’aiment autant qu’un sa‘rt Alphonse-Man de Liguori, fondateur de la Coi::rigation du très saint Rédempteur, lequel sera dorénavant cité avec les Bernard, les Bonaventure, les Anselme, parmi les plus fidèles et les plus zélés serviteurs de cette glorieuse Vierge.

Encore enfani, il passait déjà des heures entières dans une oraison extatique devant l’image de la Madone. Ce fut à ses pieds que, résolu de quitter le monde, il déposa son épée. Il s’obligea par vœu à réciter chaque jour le chapelet et à prêcher tous les samedis les gloires de Marie.

Il récitait l’Ave Maria à tou: les quarts d’heure ; il jeûnait tous les samedis et la veille de toutes les fètes de la Vierge, s’abstenant alors de toute boisson et se contentant d’un morceau de pain pour toute nourriture,

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Jusque dans son extrême vieillesse il ge plaisait à appeler Marie sa Mère : ‘Le démon a voulu me jeter dans le désespoir, disait-il au sortir d’une violente tentation ; mais ma Mère Marie ma secouru, je n'ai pus offensé Dieu.”

Il aspirait à tenir après Dieu la première place parmi ceux qui aiment la Reine du cie ; le nom béni de Marie se retrouve presque à toutes les pages de ses nombreux ouvrages, sans compter le livre des Gloires, le plus beau peut-être que J'on ait composé sur ce sujet.

Enfin il fit un précepte spécial aux membres de son ee de professer un amour filial envers la divine

ère.

De son côté, Marie sut bien faire éclater ga tendresse envers son cher Alphonse. Elle le guérit subitement d’une maladie mortelle occasionnée par un excès de travail.

Elle lui apparaissait fréquemment dans une grotte où il se livrait à la prière et à la pénitence, et lui donuait conseil sur tout ce qui concernait la Congrégation fondée par lui.

À plusieurs reprises elle se montra à lui et le ravit tandis qu’il préchait et s’efforçait d’animer ses nombreux auditer--- À ]a confiance envers elle.

Elle lui app... encore deux fois la veille de sa mort, comme il l’en avait priée tant de fois, et changea son agonie en une douce extase.

Qu’à l'exemple d’Alphonse Rodriguez, ils désirent donner leur vie en preuve de leur amour pour Marie ; qu’à l’imitation du saint religieux François Binans, et de sainte Radegonde, femme du roi Clotaire, ils aillent jusqu’à graver avec une pointe de fer, l’aimable nom de Marie sur leur poitrine, ou bien que, pour

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rendre l'empreinte plus profonde et ineffaçable, ils l'y impriment à l’aide d’un fer rouge, comme firent dans le transport de leur amour ses dévots serviteurs Jean-Baptiste Archinto et Augustin d’Espinosa, to'18 deux de la Compagnie de Jésus.

En un mot, qu’ils fassent ou aspirent à faire tout ce qui est possible à un amant désireux de témoigner son affection à la personne qu'il aime : jamais ils n’arriveront à aimer Marie autant qu’elle les aime. Gracieuse Souveraine, s’écriait saint Pierre Damien, je sais qu’en fait d'amour vous l’emportez sur tous ceux qui vous aiment ; vous nous aimez d’un amour qui ne se laisse vaincre par aucun autre amour.

Le saint frère Alphonse Rodriguez, de la Compagnie de Jésus, se trouvant un jour aux pieds d’une image de Marie, se sentit tellement embrasé d'amour pour cette glorieuse Vierge, qu’il laissa échapper ces paroles : “Ma très aimable Mère, je sais que vous m’aimez; mais vous ne m’aimez pas autant que je vous aime.” Alors Marie, comme blessée en son amour, lui répondit par cette image : ‘“‘Que dis-tu, Alphonse ? que dis-tu ? oh ! combien mon amour pour toi l'emporte sur ton amour envers moi ! Il y a, sache-le bien, moins de distance entre le ciel et la terre, qu'entre mon amour et le tien.”

Saint Bonaventure a donc raison de s’écrier : Heureux ceux qui aiment et servent fidèlement cette tendre Mère ! — Oui, heureux sont-ils, car cette Reine généreuse ne se laisse jamais vaincre en amour par ses dévots serviteurs ; elle leur rend amour pour amour, dit un auteur, et à ses faveurs passées, elle en ajoute toujours de nouvelles. Pareille en cela à Jésus, notre très aimant Rédempteur, elle leur paie au dours en les comblant de grâces, l’amour qu'ils ont pour elle.

J'emprunterai donc ici les amoureux accents de saint Anselme et je m’écrierai comme lui : Que mon cœur brûle à jamais, que mon âme se consume tout entière pour vous, Ô Jésus, mon bien-aimé Sauveur, et ma chère Mère Marie ! Et, puisque, sans votre

grâce, je ne puis vous aimer, Ô Jésus et Marie, faites,

+ mourir pour vos ennemis, et vous pourriez refuser, qui vous la demande, la grâce de vous aimer, vous et votre sainte Mère ?

EXEMPLE

avec sa Mère chérie et lui offrait ses hommages, Voyant la petite statue de la sainte Vierge sans ornements, elle entreprit de lui faire un manteau du travail de ses mains ; et un jour, ayant cucilli quelques fleurs dans la Campagne, elle en composa une guirlande, monta ensuite sur l’autel, et la mit sur la tête de la statue, en disant : “Ma Mère ! je voudrais poser sur votre front une couronne d’or et de pierreries ; mais, parce que je suis pauvre, recevez de moi cette pauvre couronne de fleurs, et acceptez-la en signe de l’amour que je vous porte.” Cette pieuse bergère ne cessait point de servir et d’honorer ainsi sa Dame bieni-aimée,

Voyons maintenant comment, de son côté, la honne Mère récompensa les visites et l'affection de sa fille.

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Il arriva que deux religieux passant dans cette contrée, g'arrétèrent sous un arbre pour se remettre des fatigues du voyage ; l’un s’endormit, pendant que l’autre veillait, et néanmoins tous deux eurent la même vision. Ils virent une troupe de vierges extrêmement belles au milieu desquelles il s’en trouvait une qui surpassait toutes les autres en beauté et en majesté. L'un d’eux dit à celle-ci : ‘‘Auguste Dame, qui êtesvous ? et où allez-vous par ce chemin ?—Je suis répondit-elle, la Mère de Dieu ; je vais avec ces saintes vierges visiter, au hameau voisin, une jeune bergère qui est sur le point de mourir, et qui m’a rendu visite bien des fois.” Cela dit, la vision disparut ; et aussitôt, les deux serviteurs de Dieu s’écrièrent en même temps : “Allons aussi la voir.” Ils se mirent en chemin, et trouvèrent bientôt l'habitation où était la mourante ; c'était une pauvre chaumière, où, étant entrés, ils la virent couchée sur un peu de paille. Ils la saluèrent, et elle leur dit : “Mes frères, priez Dieu qu’il vous fasse voir la compagnie qui m’assiste.”? Ils se mirent à genoux, et aperçurent Marie, qui se tenait à côté de la mourante, avec une couronne en main, et la consolait. Alors, les saintes qui formaient son cortège, se mirent à chanter ; et à ces doux accents, l'âme bénie de la pauvre fille s'étant détachée de son corps, Marie lui posa la couronne sur la tête, et la conduisit avec elle en paradis.

PRIERE

O douce Sovveraine, vous dirai-je avec saint Bonaventure ; vous qui, par les marques de votre amour et par vos bienfaits, ravissez les cœurs de ceux qui vous servent, ravissez aussi mon misérable cœur, qui désire vous aimer beaucoup. Quoi | auguste Mère, par votre

beauté, vous avez touché le cœur, d'un Dieu, vous l'avez

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attiré du ciel dans votre sein ; et moi je vivrais sans vous aimer? Non certes ; et je dis avec un autre de vos en- Jfants qui vous a tant aimée, le pieux Jean Berchmans : Je sus résolu de ne me donner aucun repos, jusqu’à ce que je sois sûr d’avoir obtenu un amour tendre et constant pour vous, ma Mère, qui m'avez si tendrement aimé lors même que j'étais ingrat envers vous. Où en serai-je maintenant, 6 Marie ! si vous ne m'aviez pas aimé et ne m’aviez oblenu tant de miséricordes? Si donc vous m'avez tant aimé et favorisé quand je ne vous aimais pas, combien plus dois-je espérer de votre bonté maintenant que je vous aime ! Ou, je vous aime, 6 ma Mère ! et je voudrais avoir un cœur capable de vous aimer pour tous les malheureux qui ne vous aiment point ; Je voudrais avoir une langue capable de vous louer autant que mille langues, pour faire connaître à tout le monde votre grandeur, votre sainteté, votre miséricorde, el voire amour envers ceux qui vous aiment.

Si j'avais des richesses, je voudrais les employer toules à vous honorer ; si j'avais des * :: ts, je voudrais leur inspirer à tous votre amour ; je voudrais enfin sacrifier pour votre amour et votre gloire, s’il le fallait, ma vie même. Je vous aime donc, 6 ma Mère ! mais en même lemps, hélas ! je crains de ne pas vous aimer ; car j'entends dire que l’amour rend ceux qui aiment semblables à la personne aimée. Je dois donc croire que je vous aime bien peu, en me voyant si loin de vous ressembler : vous, si pure, et moi si souillé ! vous si humble, et moi si orgueilleux ! vous si sainte, et moi si criminel |! Mais, 6 Marie, c’est à vous de rémédier à mes maux : montrez-moi votre amour en me rendant semblable à vous. Vous êtes assez puissante pour changer les cœurs ; prenez donc mon cœur et le changez ; Jaites voir au monde de quelle puissance vous disposez en

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faveur de ceux que vous aimez ; rendez-moi saint, faites que je sois votre digne enfant. Ainsi j'espère, ainsi soit-1l.

Marie est aussi la Mère des pécheurs repentants.

La bienheureuse Vierge n’est pas seulement la Mère des âmes justes et innocentes ; elle nourrit encore, comme elle le déclarait un jour à sainte Brigitte, des sentiments tout maternels pour les pécheurs, pour ceux du moins qui sont résolus de s’amender, Oh ! quand un pécheur qui veut changer de vie, vient se jeter aux pieds de Marie, il trouve cette bonne et miséricordieuse Mère bien plus empressée à l’embrasser et à le secourir, qu'aucune mère selon la chair |! C’est ce qu’écrivait saint Grégoire VII à la comtesse Mathilde, qu'il engageait à en faire l’expérience.

Ainsi, quiconque aspire à la dignité d’enfant de cette divine Mère, doit d’abord renoncer au péché ; après cela, il peut espérer d’âtre bien reçu par elle. Sur ces paroles des Proverbes, appliquées à la sainte Vierge : Ses enfants se sont levés, Richard de Saint- Laurent observe que le mot surrexerunt, ‘‘se sont levés,” est placé dans le texte avant les mots filii ejus, ‘ses enfants ;”” pour faire entendre qu’on ne peut être enfant de Marie, si l’on ne songe d’abord à sortir du péché. En effet, suivant la remarque de saint Pierre Chrysologue, ne pas mercher sur les traces de ses parents, c’est les renier ; et celui qui dans sa conduite se met en opposition avec Marie, celui-là déclare en fait qu’il ne veut pas être son enfant. Marie est humble, Marie est pure, Marie est charitable ; et lui il est orgueilleux, il est adonné au vice honteux, il haïit son prochain : qu’est-ce à dire, sinon

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