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qu’il répudie le nom d’enfant d’une Mère si sainte ?— Les enfants de Marie, reprend Richard, sont ceux qui tâchent de lui ressembler par la pratique des vertus, spécialement de la chasteté, de l'humilité, de la douceur, de la charité.
De quel front donc prétendrait-il à la qualité d’enfant de Marie, celui qui, par les désordres de sa vie, l’abreuve de déplaisirs? Un pécheur la priait un jour et lui disait : “Montrez que vous êtes ma Mère.— Et toi, lui répondit-elle, montre que tu es mon fils. Un autre l’ayant invoquée en l'appelant Mère de miséricorde, elle lui dit : ‘Vous autres, pécheurs, quand vous voulez que je vous aide, vous m'appelez Mère de miséricorde ; et puis vous ne cessez, par vos péchés, de faire de moi une Mère de misère et de douleur.” Celui-là est maudit de Dieu, qui afflige sa Mère, dit le Sage. Quelle est cette mère, demande Richard, sinon Marie? Ainsi Dieu maudit ceux qui par leur mauvaise vie, ou plutôt par leur obstination, contristent le cœur de cette bonne Mère.
J'ai dit : “par leur obstination ;”” car, lorsqu’un pécheur, quoique non encore dégagé des liens du péché, s'efforce néanmoins d’en sortir, et réclame pour cela le secours de Marie, cette tendre Mère ne laisse pas de lui venir en aide et de le faire rentrer en grâce avec Dieu. C’est ce que sainte Brigitte entendit un jour de la bouche de Jésus-Christ même ; il disait en s’adressant à sa mère : Vous prêtez votre appui à quiconque désire sincèrement revenir à Dieu, et jamais vous n’en laissez aucun sans consolation. Ainsi, quand le pécheur s’obstine, Marie ne peut l'aimer, mais si, se trouvant retenu dans l'esclavage de Satan par quelque passion violente, il se recommande du moins à la sainte Vierge, et la prie avec confiance et persévérance de le retirer du péché,
sans aucun doute cette bonne Mère étendra vers lui sa main puissante, elle brisera ses chaînes, et le remettra au chemin du salut. g
C’est une hérésie condamnée par le Concile de Trente, de prétendre que toutes les srières et toutes les œuvres faites en état de péché, sont des péchés. Bien que difforme, faute d'être accompagnée de charité, la prière du pécheur ne laisse pas de lui être utile, dit saint Bernard ; elle peut du moins l’aider à sortir du péché. C’est que, selon l’enseignement de saint Thomas, toute dénuée qu’elle est de mérite, elle conserve néanmoins la vertu de lui attirer la grâce du pardon ; parce que la force d’impétration de la prière ne lui vient pas des mérites de celui qui prie, mais de la bonté divine et des mérites et des promesses de Jésus-Christ, qui nous a dit : Quiconque demande, reçoit. Il n’en est p:: autrement des prières adressées à la Mère de Dieu. Si celui qui prie ne mérite pas d’être exaucé, il le sera néanmoins, assure saint Anselme, en vertu des mérites de Marie à qui il se recommande.
Aussi, saint Bernard exhorte tous les pécheurs à prier Marie, et à le faire avec une grande confiance ; le pécheur est, à la vérité, indigne d’être exaucé, dit-il ; mais les mérites de Marie lui ont valu le privilège d’obtenir aux pécheurs toutes les grâces qu’elle sllicite de Dieu en leur faveur. Et en cela, ajoute le même saint, elle ne fait que s'acquitter du devoir d’une bonne mère : une mère qui saurait ses deux fils divisés par une haine mortelle, au point d’en vouloir aux jours l’un de l’autre, pourrait-elle faire moins que de mettre tout en œuvre pour les réconcilier? Eh bien ! Marie est la Mère de Jésus et la Mère de l’homme ; quand elle voit l’homme devenu par le péché l'ennemi de Jésus-Christ, elle ne sait le souffrir, elle ne néglige rien en vue de rétablir la paix entre eux.