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eomme altérée des pratiques de dévotion envers Ma-
rie ; attachez-vous À cette bonne Mère, et ne la quit-
! point que vous n’ayez reçu sa bénédiction en pais.
Ici trouvent leur place les belles paroles adressées À
arie par saint Germain : “Qui jamais, Ô Vierge très sainte, parviendrait sans vous à connaître Dieu ?
i serait sauvé, s’il ne l'était par vous, Ô divine Mère? Qui pourrait, 6 Vierge féconde, échapper aux périls de cette vie, si vous ne l’en délivriez ? Qui recevrait enfin de Dieu une grâce quelconque sinon par votre entremise, à pleine de grâces ?” Et ailleurs il lui dit encore : “Si vous ne nous ouvriez la voie, nul ne marcherait dans les sentiers de la perfection, nul n’éviterait les atteintes de la chair et du péché.”
Nous n’avons accès auprès du Père éternel que par Jésus-Christ : de même, nous n'avons accès auprès de Jésus-Christ que par Marie. C'est saint Bernard qui nous l’assure ; et bien belle est la raison qu'il en donne : “Le Seigneur, dit-il veut que tous nous soyons sauvés par l’intercession de Marie, afin que ce divin Sauveur nous reçoive des mains de Marie, comme il nous a été donné par le moyen de Marie : et conséquemment le saint proclame Marie la Mère de la grâce et de notre salut.
“Quel serait donc notre sort ? reprend saint Germain ; quel espoir nous resterait-il d’être sauvés, si vous nous abandonniez, ô Marie, vous qui êtes la Vie des chrétiens !.”
Mais, si toutes les grâces passent par Marie, il fau-
ra donc, quand nous implorerons l’intercession des saints, que ceux-ci recourent eux-mêmes à la médiation de Marie, s'ils veulent nous obtenir les grâces que nous leur demandons.
Je répondrai d’abord que, prise en elle-même, eette conséquence ne renferme aucune erreur, aucun
inconvénient. En vue d’honorer sa Mère, Dieu l’a établie Reine de tous les saints ; il lui plaît en outre de n'accorder de grâces que par son entremise ; quel inconvénient peut-il y avoir à dire qu’il oblige encore les saints à recourir à elle pour obtenir les grâces dont leurs protégés ont besoin ?
Cette doctrine est affirmée expressément par saint Bernard, saint Anselme, saint Bonaventure, Suarez et d’autres. ‘En vain, prierions-nous les autres saints dit le premier ; si Marie ne nous venait en aide, aucune grâce ne nous serait accordée.” Un auteur explique dans ce‘sens les paroles suivantes de David : Tous les riches du peuple vous offriront leurs humbles prières. Les riches du peuple par excellence, c’est-àdire du peuple de Dieu, ce sont les saints ; quand ils souhaitent quelque grâce pour l’un de leurs clients, ils s’adressent à Marie afin qu’elle la lui procure. “Nous n’avons pas coutume, remarque Suarez, d’enployer l'intercession d’un saint auprès d’un autre saint, vu que tous sont d’un même ordre ; mais nous faisons bien de les prier de se faire nos intercesseurs auprès de la Vierge, qui est leur Maîtresse et leur Reine.” Et telle fut précisément, au rapport du père Marchese, la promesse de saint Benoît à sainte Françoise Romaine : lui apparaissant un jour, il l’assura de sa protection, et ajouta qu’il se ferait son avocat auprès de la divine Mère.
A l'appui de cette doctrine, citons encore les paroles de saint Anselme à la bienheureuse Vierge : “Grande Reine, ce que peut obtenir l’intercession de tous les saints faisant cause commune avec vous ,votre intercession seule, sans leur concours, le peut de même. Et d’où vous vient cette puissance illimitée? :De ce que vous êtes la Mère de notre Sauveur à tous, l’unique Epouse de Dieu, la Reine du ciel et’de la terre. Si vous ne parlez, aucun saint ne priera jpour nous,
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aucun ne nous aidera ; mais si vous consentez à intercéder pour nous, tous aussitôt nous prêteront le
secours de leurs prières, et s’empresseront d’appuyer nos requêtes.”
La sainte Eglise applique à Marie les paroles de la Sagesse : J'ai fait seule le tour du ciel; et voici comment le père Segneri justifie cette application : La première sphère céleste communique son mouvement à toutes les autres ; et quand la très sainte Vierge se met à prier pour une âme, elle entraîne tout le paradis à prier avec elle. Saint Bonaventure va plus loin et assure qu’en sa qualité de Reine, elle commande alors à tous les anges et tous les saints de se joindre à elle
et d'offrir à Dieu lev: 3 prières en union avec les siennes.
C’est donc à bon droit que l’Eglise nous prescrit de saluer et d'invoquer la divine Mère sous le glorieux titre de notre Espérance : “O vous, notre Espérance, salut !” L’impie Luther ne pouvait souffrir, disait-il, ce titre donné par l’Eglise romaine À Marie, à une simple créature. Car enfin, ajoutait-il, Dieu seul, et Jésus-Christ comme notre Médiateur, sont notre espérance, et selon le mot de Jérémie, Dieu maudit quiconque met son espoir dans la créature. Mais, quoi qu’il ait pu dire, l'Eglise nous enseigne par sa pratique universelle à invoquer Marie en ces termes i “O notre Espérance salut !” Celui qui place son espérance dans une créature indépendamment de Dieu, encourt certainement la malédiction de Dieu ; car Dieu est l'unique source et le dispensateur de tous les biens ; 11 « éature n’a rien, ne peut rien donner qu’elle
n'ait reçu «de lui. Mais s’il est vrai, comme nous l’a- VOns pro. qu’en vertu d’un décret divin, toutes les grâces nou- viennent par Marie comme par un canal de miséri le, nous pouvons, nous devons même
affirmer «q':'lle est notre espérance.
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Aussi saint Bernard n’hésitait pas à dire : ‘“‘Mes enfants, en Marie est ma principale confiance ; Marie est tout le fondement de mon espérance. ” Saint Jean Damascène priait la sainte Vierge en termes non moins expressifs : ‘“‘Ma Souveraine, j'ai mis en vous toute ma confiance ; et les yeux fixés sur vous, nero de vous mon salut.” ‘Marie est toute ’espérance de notre salut,” dit également saint Thomas ; et saint Ephrem lui parle ainsi à elle-même : “Notre espérance n’a point d'appui en dehors de vous à Vierge très pure ; si donc vous voulez nous voir sauvés, recevez-nous sous l’aile de votre tendresse, et gardez-nous.”
Pour conclure, je dirais avec saint Bernard : ‘“Consacrons toutes les affections de notre cœur à honorer Marie, car telle est la volonté que nous a manifestée le Seigneur, en réglant que tout bien nous viendrait
l'entremise de cette divine Mère.” Chaque ois donc que nous désirons et sollicitons une grâce, efforçons-nous de faire appuyer notre requête par Marie, et tenons-nous sûrs de l’obtenir par elle : “Cherchons la grâce, dit saint Bernard, et cherchonsla par Marie; car si nous sommes indignes d’être exaucés, Marie en est digne, elle, et la faveur que nous souhaitons, elle la demandera pour nous.”
Enfin, voulons-nous faire agréer au Seigneur l’offrande de quelque bonne œuvre, de quelque prière ? suivons le conseil du même saint, ayons soin de remettre tout entre les mains de Marie ; par là jamais nous ne serons rebutés.
EXEMPLE
C’est une histoire célèbre que celle de Théophile,
écrite par Eutychien, patriarche de Constantinople et témoin oculaire de ce que nous allons raconter.
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Elle est d’ailleurs confirmée par saint Pierre Damien, saint Bernard, saint Bonaventure, saint Antonia, et plusieurs autres que cite le père Crasset.
Théophile était archidiacre de l’Eglise d’Adana, en Cilicie. Il jouissait d’une si grande estime, que le peuple le voulait pour évêque ; mais il refusa par humilité. Dans la suite, il se vit néanmoins déposer de sa charge sur une accusation mensongère de la part de ses envieux ; et il se laissa aveugler par le chagrin jusqu’à aller solliciter d’un magicien juif le remède à sa disgrâce. Celui-ci l’aboucha .vec Satan, qui lui promit de l'aider, à condition qu’il renierait Jésus-Christ et la Vierge Marie, et lui remettrait, écrit de sa propre main, l’acte de ce renoncement. Théophile traçga l’abominable écriture. Le jour suivant l’évêque reconnut ses torts, en demanda pardon à Théophile et lui rendit sa charge ; mais déchiré par le remords de sa conscience, qui lui reprochait son énorme péché, le malheureux archidiacre ne faisait que pleurer. Il se rend enfin dans une église, et là, se jetant tout en larmes aux pieds d’une image de Marie : “O Mère de Dieu, lui dit-il, je ne veux pas me livrer au désespoir ; vous me restez encore, vous si compatissante, et qui pouvez me secourir.”
Il passa ainsi quarante jours, pleurant sa faute et priant la sainte Vierge. Ce temps écoulé, la Mère de miséricorde lui apparut pendant la nuit et lui parla ainsi : “Ah ! Théophile, qu’as-tu fait? tu as renoncé à mon amitié et à celle de mon Fils ; et en quelles mains ? dans les mains de ton ennemi, de mon ennemi —Ma Souveraine, répondit le pécheur, c’est à vous de remédier au mal que j'ai fait ; ne pensez plus qu’à me pardonner et à me faire pardonner par votre divin Fils.’ Voyant en lui cette confiance,
Marie, lui dit : “Aie bon courage ; je vais prier Dieu pour toi.” Fortifié par cette vision, Théophile ne fit que redoubler ses larmes, ses pénitences et ses prières, sans s'éloigner de la sainte image. Tout à coup, Marie lui apparut de nouveau, et lui dit d’un air joyeux : “Console-toi, Théophile ; j’ai présenté à Dieu tes larmes et tes prières ; il les à reçues et t'a pardonné. Désormais, sois reconnaissant et fidèle. — O ma bonne Dame, répliqua Théophile ; cela ne suffit pas pour me consoler pleinement : l'ennemi tient encore entre ses mains l’écrit impie par lequel je vous ai rcriés, vous et votre divin Fils ; Vous pouvez me le fsire rendre.” Trois jours après, Théophile, en s’éveillant la nuit, trouva l'écrit sur sa poitrine.
Le lendemain, pendant que l’évêque se trouvait à l’église en présence d’un peuple nombreux, Théophile alla se jeter à ses pieds, lui raconta toute son histoire en pleurant à chaudes larmes, et lui remit entre les mains l’infâme billet, que l’évêque fit aussitôt brûler devant la multitude. ‘Tous pleuraient de joie, exaltant la bonté de Dieu et la miséricorde avec laquelle Marie avait traité ce malheureux pécheur. Quant à lui, il retourna à l’église de la Vierge, et y demeura trois jours, au bout desquels il mourut plein de joie, en rendant grâces à Jésus-Christ et à sa sainte Mère,
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O Marie, vous êtes à la fois Reine et Mère de miséricorde : tous ceux qui vous invoquent le reconnaissent à la munificence vraiment royale, et à la tendresse toute maternelle avec lesquelles vous leur distribuez les grâces. Souffrez donc que je me recommande aujourd’hui à vous, mot si dénué de mérites et de vertus, et si chargé de dettes envers la Justice divine. 0 Marie, voue tenez la rlef du trésor des divines miséricordes ; ne dédaignez pas
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un misérable, ne le laissez pas en proie à son extrême indigence. Prodigue de vos bienfaits envers tous les hommes, vous êtes accoutumée à donner plus qu’on ne vous demande ; montrez-vous la même à mon égard. Sainte Vierge ! protégez-moi ; c’est tout ce que je vous demande.
Si vous me protégez je ne crains rien : rien du côté des démo::s, parce que vous êtes plus puissante que tout l'enfer : rien du côté de mes péchés, parce qu’il vous suffit de dire une parole à Dieu pour m'obtenir un pardon général ; si vous m’êtes favorable, je ne crains rien même de la colère du Seigneur, parce qu’une seule de vos prières l’apaise aussitôt. En un mot si vous me protêgez, j'espère tout, puisque vous pouvez tout. © Mère de miséricorde, je le sais, vous mettez votre plaisir et votre gloire à aider les plus misérables, et vous pouvez les aider, tant qu’ils ne sont pas obstinés. Je suis un pécheur, mais je ne suis pas obstiné, je veux changer de vie ; vous pouvez donc me secourir ; secourez-moi, sauvez-moi. Aujourd'hui, je me remets tout entier entre vos mains: diles-moi ce que j'ai à faire, et j'espère y réussir avec votre secours, Ô Marie, Ma Mère, ma lumière, ma consolation, mon refuge, mon espérance ! Amen, amen, amen.
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