MARIE, NOTRE AVOCATE
Marie est une Avocate assez puissante pour nous sauver tous.
L'autorité des mères sur leurs fils est si grande, qu’elles ne peuvent jamais devenir leurs sujettes, alors même qu’ils seraient rois et disposeraient d’un she: absolu sur toutes les personnes vivant dans eurs Etats. Aujourd’hui que Jésus-Christ est assis dans les cieux, son humanité sainte y tient la première place à la droite du Père, en vertu de son union hypostatique avec la personne du Verbe ; même en tant qu’homme;il a le souverain domaine de tout le créé, sans en excepter Marie ; tel est l’enseignement de saint Thomas ; néanmoins il reste toujours vrai que notre Rédempteur fut un certain temps soumis à l'autorité de Marie. L'Evangile atteste en effet que
ndant sa vie mortelle, Jésus voulut bien s’abaisser jusque-là : 11 leur était soumis, dit saint Luc. Saint Ambroise avance même qu'ayant daigné prendre Marie pour sa Mère, Jésus-Christ était vraiment tenu, à ce titre, de lui obéir. En parlant des autres élu8, remarque Richard, on dit qu’ils sont avec Dieu de Marie seule on peut dire qu’elle eut le double bonheur de se tenir soumise à la volonté de Dieu, et de voir Dieu se soumettre à la sienne. Des autres vierges
ajoute-t-il, il est écrit qu’elles suivent l’Agneau partout où il va ; mais de la Vierge Marie on peut dire qu'icibas le divin Agneau la suivait partout docilement.
Si donc il est vrai que dans le ciel Marie ne peut plus commander à son Fils, il est vrai aussi que ses
rières sont les prières d’une Mère, et comme telles Pen propres à obtenir tout ce qu’elles réclament. “C’est là le grand privilège de Marie, dit saint Bonaventure, elle peut tout auprès de Dieu.” Pourquoi ? précisément pour la raison que nous venons d'indiquer, et que nous développerons ci-après, savoir, que les prières de Marie sont les prières d’une Mère.
Tel est aussi le motif sur lequel se fonde saint Pierre Damien pour parler à la bienheureuse Vierge en ces termes : “Toute puissance vous a été donnée au ciel et sur la terre ; rien ne vous est impossible, vous pouvez même rendre aux désespérés l’espérance de l’éternelle béatitude .”” Voici en effet ce que le saint ajoute : “Vous approchez de cet Autel de notre réconciliation, plutôt en commandant qu’en suppliant, comme mattresse plutôt que comme servante.” Cet autel au pied duquel les pécheurs trouvent miséricorde et pardon, c'est Jésus-Christ : quand Marie sollicite de lui quelque grâce en notre faveur, ses prières ont tant de poids auprès de lui, ce divin Fils se montre si empressé de complaire à sa Mère, qu’il semble ,non pas exaucer les humbles vœux d’une sujette, mais accomplir les ordres d’une Reine. Ainsi, Jésus se plait-il à honorer cette Mère chérie qui l’a tant honoré lui-même ici-bas : il lui accorde sans délai tout ce qu’elle demande ou désire. Tout cela est confirmé par ces belles paroles de saint Germain : “O Marie, vous êtes toute-puissante pour sauver les pécheurs ; vos prières n’ont pas besoin d’être appuyées par qui que ce soit auprès de Dieu, parce que vous êtes la Mère de la Vie véritable.”
Saint Bernardin de Sienne ne craint pas de dire que tout est soumis à l’empire de Marie, et que Dieu même lui obéit, ce qui signifie proprement que le Sei-
eur exauce ses prières comme s’il exécutait des ores .” O Vierge Sainte, s’écrie à son tour saint An-
me le Roi du ciel peut tout, il a communiqué son omnipotence à sa Mère.” De à saint Antonin conclut que Dieu a placé l'Eglise entière non-seulement sous
Ainsi, la Mère devant avoir le même pouvoir que son Fils, le pouvoir sans bornes de Jésus-Christ a dû rendre Marie toute-puissante ;: mais il reste toujours vrai que le Fils est tout-puissant par nature, et la Mère seulement par grâce. Or, cela se vérifie en
manière que nous avons indiquée plus haut : le
lui demande. Sainte Brigitte en fut assurée par révélation : elle entendit Jésus qui disait à Marie : “Ma Mère, vous savez combien je ous aime ; demandez-moi done tout ce qu’il vous plait ; je ne saurais manquer de faire droit à une requête quelconque de votre part.” Et il lui déclara l’admirable motif de cette promesse : “Quand vous étiez sur la terre, jamais vous ne vous refusâtes à faire quoi que ce fût pour mon amour ; il est donc juste que moi, maintenant assis dans le ciel, je ne me refuse jamais à faire ce dont vous me priez.” Quand donc nous donnons à Marie le titre de toute-puissante, il faut l'entendre dans le sens possible à une créature, laquelle n’est point
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capable d’une perfection divine ; Marie est toute-puissante en ce sens que par le moyen de sa prière, elle obtient tout ce qu’elle veut.
C'est donc avec raison, Ô notre grande Avocate, que saint Bernard vous dit : “Vous n’avez qu’à vouloir, et tout se fera ;”’ si vous voulez élever à une haute sainteté le pécheur le plus désespéré, il ne tient
u’à vous.—Saint Anselme vous parle de même :
“Dites que vous voulez notre salut, et nous serons infailliblement sauvés.” Et le bienheureux Albert-le- Grand en conclut qu’on doit vous prier de vouloir, puisque tout ce que vous voulez, se fait nécessairement.
Encouragé par la pensée de cette souveraine puissance de Marie, saint Pierre Damien implorait sa pitié en ces termes ; “Que votre bonté et le pouvoir dont vous disposez, vous engagent à nous secourir : plus vous êtes puissante, plus vous devez être miséricordieuse.” Oui, Marie, oui, Ô notre Avocate, votre cœur si tendre est incapable de voir les malheureux sans compatir à leurs maux ; et votre crédit auprès de Dieu est assez grand pour sauver toute âme dont vous prenez la défense ; ah ! 1e dédaignez pas de plaider la cause des misérables qe vous voyez à vos pieds, et qui mettent en vous toutes leurs espérances. Si nos prières ne vous touchent point, suivez au moins l'impulsion de votre bon cœur, faites usage de cette toute-puissance dont le Seigneur vous a revêtue, afin qu’étant plus à même de nous faire du bien, vous en soyez plus miséricordieuse et mieux disposée à nous secourir.—Or, il en est bien ainsi, car, au témoignage de saint Bernard, Marie est immengément riche en puissance et en miséricorde, à sa puissante charité répond la tendre compassion qui la porte à nous venir en aide, et elle ne cesse de nous le prouver par les effets.
Dès le temps même que Marie vivait sur la terre, son unique pensée, après la gloire de Dieu, était de secourir les malheureux. Elle jouissait dès lors du privilège de faire agréer et exaucer toutes ses requêtes; nous le savons par ce qui se p Galilée. Le vin étant venu à manquer, la sainte Vier-
pas de faire aucun miracle maintenant ; le temps n’en est pas encore venu ;” ce temps sera celui de ma prédication, lorsque je devrai confirmer ma doctrine par des prodiges. Par cette réponse Notre-Seigneur semblait opposer un refus à la prière de sa Mère : et pourtant, remarquons-le bien, Marie agit et parle tout comme si la grâce sollici $e lui eût été accordée : elle dit aux gens de la maison de faire ce que son Fils ordonnerait, leur promettant qu’ils seraient conso! Et, on effet pour complaire à sa Mère, Jésus fit em :
’eau de grandes urnes, et puis changea cette ea:: an un excellent vin.
Mais, direz-vous, si le temps fixé pour les miracles était celui de la prédication, comment ce preraier miracle a-t-il pu se faire alors, contrairement au décret divin ? Il est vrai qu’à parler d’une manière générale, le temps des miracles n’était pas encore arrivé ; mais, de toute éternité, Dieu avait arrêté Par un autre décrr+ général, que jamais aucune supplique de Marie :e serait rejetée. La glorieuse Vierge connaissait bien son privilège, aussi ne tintelle nul compte du refus apparent Ale son Fils, mais elle fit comme si la grâce lui eût été accordée. Ainsi l’a entendu saint Jean Chrysostome : sur ces paroles : Femme, que vous tmporte à vous, et que m'importe à moi ?
il remarque que, nonobstant une réponse si peu encourageante, Jésus ne laissa pas, pour honorer sa Mère, d’obtempérer à sa demande. Cette explication est ainsi confirmée par saint Thomas : ‘Par ces mots : Mon heure n’est pas encore venue, le Seigneur voulut témoigner qu’il eût refusé alors le miracle si tout autre le lui eût demandé ; mais parce que la solliciteuse était sa Mère, il le fit.” Tel est aussi, selon Barrada, le sentiment de saint Cyrille, de saint Jérôme et de Jansenius de Gand.
Au résumé, nulle créature ne saurait faire descendre sur nous, pauvres pécheurs, les divines miséricordes, à l'égal de cette douce Avocate, que Dieu, se plaît À honorer non seulement comme sa Servante chérie, mais encore comme sa véritable Mère. C’est là ce
ue Guillaum* de Parie disait à Marie elle-même. ñ suffit à Marie de parler pour voir tous ses désirs accomplis par son Fi... Le Seigneur dit à l’Epouse des Cantiques, laquelle est une figure de Marie : Vous qui habitez dans les jardins, nos amis écoutent ; Jaites-moi entendre votre voix. — Ces amis, ce sont les saints ; lorsqu'ils sollicitent quelque grâce au profit de leurs clients, ils attendent que leur Reine la demande à Dieu et l’obtienne ; car, nous l’avons démontré au Chapitre V, aucune grâce n’est accordée sans l’intervention de Marie. Or, à quelle condition Marie obtient-elle les grâces ? à la seule condition de faire retentir sa voix aux oreilles de Jésus, comme lui-même l’y invite : Faites-moi entendre votre voix ; dès qu’elle parle, son Fils l’exauce. A propos du susdit passage des Cantiques, l’abbé Guillaume fait parler ainsi Jésus à Marie : “O vous qui habitez les jardins célestes, intercédez avec confiance pour qui il vous plaira ; car je ne puis oublier que je suis votre Fils, au point d’avoir la pensée de refuser quelque chose À ma Mère.” “Pour l'obtenir, ajoute un autre auteur,
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elle n’a qu’à prononcer un mot ; pour elle, être entendue de son Fils, c’est être exaucée.”’ Selon l'abbé Groffroi, quoique Marie obtienne, elle aussi, en priant, elle prie néanmoins avec une certaine autorité de Mère ; d’où nous devons tenir pour ivdubitable qu'aucune de ses requêtes en notre faveur ne reste jamais sans effet.
Selon le récit de Valère Maxime, lorsque Coriolan tenait Rome assiégée, les prières de ses concitoyens et de ses amis ne purent le décider à se retirer ; mais lorsque sa mère Véturie se présenta devant lui, il lui fut i possible de résister, et il leva le siège sans aucun retard. Or, les prières de la sainte Vierge sort bien plus efficaces que celles de Véturie, puisq: elle s'adressent à un Fils bien plus reconnaissant et plus affectionné envers sa Mère. D'après le père Justin de Miéchovie, un seul soupir de Marie a plus de valeur auprès de Dieu que les suffrages réunis de tous les saints. Et c’est mot pour mot ce que, contraint par l'ordre de saint Dominique, le démon lui-même avoua un jour par la bouche d’un possédé.
À son tour, saint Antonin parle ainsi : “Pour Jésus , la prière de la bienheureuse Vierge est une sorte de commandement, comme étant celle de sa Mère, et partant il ne saurait ne point l’exaucer.” Dans la même pensée, saint Germain tient à Marie elle-même ce langage qui doit encourager les pécheurs à implorer la protection d’une si puissante avocate : “O Marie, votre crédit auprès de Dieu est celui d’une mère auprès de son Fils, et il n’est pas de gi grand pécheur à qui vous n'obteniez le pardon : que pourrait en effet vous refuser un Dieu qui se plaît à contenter tous les désirs de sa vraie et immaculée Mère ?” Les saints du ciel ne pensent pas autrement : sainte Brigitte les entendit un jour qui disaient à la Vierge : “O notre Reine bénie, qu'y a-t-il qui dépasse votre pouvoir ?
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Une chose voulue par vous, est pour ainsi dire déjà faite.” C'est ce qu'exprime heureusement un vers bien connu :
Quod Deus imperio, tu prece, Virge potes ! £ “Que le Seigneur commande, ou que ta voix le prie, “Tout s’accomplit de même, Ô puissante Marie !
Eh quoi ! s’écrie saint Augustin, n'est-ce pas chose digne de la bonté du Seigneur d’honorer ainsi sa Mère ? n'a-t-il pas déclaré qu'il était venu en ce monde, non pour abroger, mais pour accomplir la loi, qui nous ordonne entre autres choses d’honorer nos parents? Selon saint Georges, archevêque de Nicomédie, une des fins que Jésus-Christ se pro en exauçant toutes les prières de sa Mère, c’est d’acquitter en quel-
ue sorte la dette qu’il a contractée envers Celle dont il a reçu l’être humain. Le martyr saint Méthode s’écriait dans le même sens : ‘“‘Réjouissez-vous, Ô Marie, vous avez pour débiteur un Fils qui donne à tous et ne reçoit rien de personne. Nous autres, nous sommes tous redevables à Dieu de tout ce que nous avons, puisque tout vient de lui ; mais Dieu lui-même vous est redevable à vous, depuis qu’il a daigné prendre de vous la chair humaine.”
Sur saint Augustin reprend : Marie ayant mérité de donner au Verbe divin ce corps qui nous x servi de rançon et qui nous a délivrés de la mort éternelle par son immolation, elle peut, mieux que tous les autres saints, nous aider dans l'affaire de notre salut.” On lit également dans les œuvres de saint Théophile, patriarche d'Alexandrie et contemporain de saint Jérôme : “Le Fils aime à être prié par sa Mère, parce qu’il veut accorder par amour elle tout ce qu’il accorde de grâces, et reconnaît ainsi le service qu’elle lui a rendu en le revêtant de %a chair
humaine.” Enfa, dans sa liturgie, l'Eglise grecque parle ainsi à la Vierge : ‘“‘Vous pouvez nous sauver tous, Ô Marie, puisque vous êtes la Mère de Dieu ; l'autorité d’une Mère auprès de son fils donne à vos prières une valeur sans bornes.”
Au souvenir de l’immense bienfait que le Seigneur accorda aux hommes quand il leur donna Marie pour avocate, saint Bonaventure lui adresse à elle-même ces paroles qui nous serviront de conclusion : “O immense, Ô adorable bonté de notre Dieu, qui a daigné donner à des malheureux, à des criminels, une avocate telle que vous, 6 notre Reine, qui pouvez par votre intercession leur obtenir tout ce qu’il vous plaît ! O ineffable clémence de notre Dieu, qui, ne voulant pas que nous ayons trop à redouter la sentence qu’il doit prononcer dans notre cause, nous a destiné pour avocate ca propre Mère et la Maîtresse de la grâce !”’
EXEMPLE
Le père Razzi, camaldule, rapporte l’histoire d’un jeune homme, qui, par suite de la mort de son père, avait été envoyé par sa mère à la cour d’un prince. En lui faisant ses adieux, sa mère, qui était fort dévote à Marie, lui avait fait promettre de réciter chaque mn un Ave Maria, avec cette invocation : “Vierge
nie, assistez-moi à l’heure de ma mort l” Arrivé à la cour, le jeune homme se livra bientôt au vice avec un emportement qui obligea le prince de le congédier. Privé ainsi de tout moyen d’existence et ne sachant que devenir, l’infortuné se mit à courir les grands chemins, et à rançonner et parfois assassiner les VOyageurs, sans toutefois renoncer à sa coutume de se recommander, selon le conseil de sa mère, à la très sainte Vierge. Il finit par être arrêté et condamné à mort. La veille du jour marqué pour son supplice,
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il pleurait amèrement dans sa prison, en pensant À son déshonneur, à la douleur de sa mère, à la mort qu’il devait subir.
Voyant son extrême abattement, et voulant en
rofiter, tout à coup le démon lui apparait sous la mt d’un beau jeune homme, et lui promet de l’arracher à la mort et de le tirer de prison, sous certaines conditions qu’il lui fera connaître. Le condamné se montre prêt à tout. Jetant alors le masque : “Je suis le démon, dit le fantôme au jeune homme ; je suis venu pour t'aider ; mais d’abord il faut que tu renies Jésus-Christ et les saints sacrements”” Le malheureux y consent.—“Maintenant, ajoute le malin esprit, il faut encore renier la Vierge Marie et renoncer à sa protection.—Oh ! pour cela, réplique le jeune homme, je ne le ferai jamais.” Et aussitôt s'adressant à Marie, il répète la prière qu’il a apprise de sa mère : “Vierge bénie, assistez-moi à l'heure de ma mort !” À ces mots, le démon disparut.
Mais le jeune homme demeura excessivement
igé du crime énorme qu’il avait commis en reniant Jésus-Christ. Il eut cependant recours à la sainte Vierge, et elle lui obtint une grande douleur de tous ses péchés, qu'il confessa avec de vifs sentiments de contrition et en versant un torrent de larmes. Comme il se rendait au lieu du supplice, il rencontra en chemin une statue de Marie, et il la salua en récitant sa prière accoutumée : “Vierge bénie, assistez-moi à l’heure de ma mort l” Il vit alors, et tous les assistants purent voir que la statue inclinait la tête comme pour lui rendre le salut. Vivement ému, il demanda qu'on lui permit de baiser les pieds de la sainte image. Les exécuteurs y répugnaient ; mais les cris du peuple les forcèrent de se prêter à son désir. Or, tandis qu’il se penchait sur les pieds de la statue par un nouveau prodige, celle-ci étendit le bras, saisit le condamné
par la main, et le retint avec tant de force qu'il fut impossible de l’arracher de là. A cette vue, tous les spectateurs de crier : “Grâce ! grâce !” et la grâce fut accordée. Revenu ensuite dans son pays, ce jeune homme y mena une vie exemplaire, et se montra toujours dévoué à la bienheureuse Vierge, qui l’avait délivré de la mort temporelle et de la mort éternelle.
PRIERE
Auguste Mère de Dieu, je vous dirai avec saint Bernard : “Votre divin Fils vous écoute, et il est disposé à vous accorder tout ce que vous lui demanderez ; parlez donc, 6 Marie, notre avocate, parlez pour nous, misérables que nous sommes.” Daïignez ne pas l'oublier : ce n’est pas pour votre seul avantage, mais pour le nôtre aussi, que vous fûtes élevée à une si haute dignité et investie d’une si grande puissance. Si un Dieu a voulu se rendre votre débiteur en prenant de vous la nature humaine, ce fut afin que vous puissiez, à votre gré, faire
part aux pauvres pécheurs des trésors de la miséricorde " divine.
Nous sommes vos serviteurs, nous nous sommes consacrés d’une manière spéciale à votre culte ; je parle ainsi parce que j'ai la confiance d’être de ce nombre ; nous nous faisons gloire de vivre sous votre protection ; si vous faites du bien à tous, même à ceux qui ne vous connaissent pas ou qui négligent de vous honorer, à ceux même qui vous outragent et vous blasphèment, combien plus ne devons-nous pas espérer de votre bonté, qui va cherchant les malheureux pour les soulager, nous qui vous honorons, qui vous aimons, el qui nous confions en vous! Nous sommes de grands pécheurs ; mais Dieu vous a enrichie d'une bonté et d’une puissance bien audessus de toutes nos iniquités. Vous pouvez nous sauver, vous l2 voulez ; et nous, de notre côté, nous
voulons atlendre de vous notre salut avec d'autant plus de confiance que nous en sommes plus indignes, afin de vous glorifier davantage dans le ciel, quand nous y entrerons par votre intercession.
O Mère de miséricorde, nous vous présentons nos âmes, autrefois belles, lavées qu’elles étaient dans le sang de Jésus-Christ, mais qu’ensuite nous avons horriblement souillées par le péché ; nous vous les présentons, afin que vous pensiez à les purifier. Obtenez-nous un sincère amendement ; obtenez-nous l'amour de Dieu, la persévérance, le paradis. Nous vous demandons de grandes choses : mais, quoi ! n’êtes-vous pas assez Puissante pour nous les obtenir? dépassent-elles les bornes de l'amour dont vous êtes l’objet de la part de Dieu ? Il vous suffit d'ouvrir la bouche et de priez votre divin Fils ; il ne vous refuse rien. Priez donc, 6 Marie, priez pour nous, priez, et vous serez certainement exaucée, el nous serons infailliblement sauvés.
Mari est une Avocate compatissante, qui ne refuse pas de défendre la cause des plus misérables.
Combien de motifs nous font une loi d’aimer notre affectueuse Reine ! Quand même on louerait Marie d’un bout de l'univers à l’autre ; quand même on ne perlerait que de Marie dans tous les sermons : quand même tous les hommes donneraient leur vie pour l’amour de Marie, ce serait peu encore pour honorer et reconnaître l’amour si tendre dont elle aime tous les hommes,sans en excepter les plus misérables pécheurs, ceux-là du moins qui conservent envers elle quelque sentiment de dévotion.
Le bienheureux Raymond Jourdain, qui prit par humilité le nom d’Idiot, disait que Marie ne sait se
défendre d’aimer ceux qui l’aiment, qu’elle ne dédaigue pas même de servir ceux qui la servent, et que, s’ils sont pécheurs, elle déploie toute la puissance de son intercession pour les réconcilier avec son divin Fils. “Telle est, continue-t-il, sa bonté, telle est sa miséricorde, que nul, pour désespéré que paraisse son état, ne doit craindre de se jeter à ses pieds ; car elle ne repousse jamais celui qui recourt à sa protection.” Remplissant à notre égard l'office de l’avocate la plus dévouée, Marie offre elle-même à Dieu les prières de ses serviteurs, et spécialement celles qui lui sont adressées ; car, si le Fils intercède pour nous auprès du Père, Marie intercède pour nous auprès du Fils ; et elle ne cesse de traiter, auprès de l’un et de l’autre, la grande affaire de notre salut, et de nous obtenir les grâces que nous sollicitons.”’
Denis le Chartreux a donc raison de proclamer Marie l’unique Refuge des âmes abandonnées, l’Espérance des malheureux, et l’Avocate de tous les pécheurs qui ont recours à elle.
Et si quelque pécheur, tout en croyant à la puissance de Marie, manquait de confiance en sa miséricorde, et craignait que, vu l’énormité de ses fautes, elle ne refusât de l’aider, saint Bonaventure relèverait son courage, en lui disant : ‘“‘Marie jouit auprès de son Fils d’un grand et singulier privilège : par sa prière elle en obtient tout ce qu’elle veut. Or, ajoute-t-il, de quoi nous servirait cette grande puissance de Marie, si elle ne prenait nul souci de nous? Mais bannissons tout doute à cet égard, conclut le Saint, et rendons d’incessantes actions de grâces au Seigneur et à sa glorieuse Mère, dans la persuasion que si elle est auprès de Dieu plus puissante que tous les saints, elle est également l’Avocate la plus bienveillante et la plus zélée pour nos intérêts.”
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“Et en effet, Ô Mère de miséricorde, s’écrie avec joie saint Germain, quel autre, après votre Fils Jésus, se montre aussi affectionné que vous à nos personnes, aussi soucieux de notre bien ? Qui nous protège comme vous dans les maux dont nous sommes affligés? Qui prend la défense des pécheurs à l’égal de vous? Qui va comme vous jusqu’à combattre en quelque sorte pour eux? O Marie, les soins dont vous nous entourez sont si efficaces et si tendres que nous ne parviendrons jamais à le comprendre.”
“Les autres saints, ajoute le pieux Idiot, peuvent plus en faveurs de leur clients particuliers qu’en faveur des autres ; mais Marie est l’Avocate et la Protectrice de tous, aussi bien qu’elle est la Reine de tous : et elle prend à cœur le salut de tous.” .
Elle s'intéresse à tous les fidèles, sans en excepter les pécheurs ; c’est même de ceux-ci surtout qu’elle se glorifie d’être appelée l’Avocate, comme elle l’a déclaré à la vénérable sœur Marie Villani : ‘Après le titre de Mère de Dieu, lui dit-elle, je me fais surtout gloire d’être nommée l’Avocate des pécheurs.”
Le bienheureux Amédée assure que notre Reine se tient sans cesse en la présence de la divine Majesté, et lui offre continuellement en notre faveur ses toutespuissantes prières. “Du haut des cieux, ajoute-t-il, elle connait parfaitement nos misères et nos besoins, son Cœur vraiment maternel, son cœur tout plein de bonté et de tendresse ne songe qu’à nous secourir et à nous sauver.”
C’est pourquoi Richard de Saint-Laurent engage chacun de nous, si misérable soit-il, à recourir avec confiance à cette douce Avocate, en tenant pour certain qu’il la trouvera toujours prête à l’assister. Car, selon l’abbé Geoffroi, Marie est toujours toute disposée à prier pour tout le monde.
Oh ! avec quel amour et avec quel succès cette douce Avocate traite nos intérêts éternels ! Parlant de l’Assomption de Marie : ‘Du milieu des exilés, dit saint Bernard, s’est élevée vers la patrie une Avocate que son double titre de Mère du Juge et de Mère de miséricorde rend plus zélée et plus apte à plaider l'affaire de notre salut.” Saint Augustin célèbre également l’affectueux empressement de Marie à prier pour nous, à supplier la divine Majesté de nous accorder la remise de nos péchés, le secours de sa grâce, l'éloignement des dangers, le remède de nos maux ; et il s’écrie : ‘““O Marie, nous savons qu'entre tous les saints, vous êtes la seule Protectrice de la sainte Eglise.” Et il dit bien ; car, à notre Reine, bien que tous les saints désirent notre salut et prient pour nous, néanmoins, à la vue de cette charité, de cette tendresse que vous nous témoignez du haut des cieux, d’où votre prière fait descendre sur nous les flots des divines miséricordes, nous sommes bien obligs de confesser que vous êtes au ciel notre unique
vocate, la seule qui s'emploie avec amour et zèle à procurer notre bonheur.
Qui, en effet, pourrait comprendre la sollicitude avec laquelle Marie intercède continuellement pour nous auprès de Dieu? “Son ardeur à nous défendre est insatiable.”” Cette belle expression est de saint Germain. Oui, pressée par sa tendresse et par compassion pour nos misères, Marie prie toujours ,et recommence toujours à prier, et ne se rassasie jamais de prier, afin de nous préserver des maux qui nous menacent, et de nous obtenir les grâces dont nous avons besoin : son ardeur à nous protéger est vraiment insatiable.
Que nous serions à plaindre, nous pauvres pécheurs, si nous n'avions pas cette grande Avocate ! Elle est si puissante, si miséricordieuse, et en même temps si