‹ Gloires de Marie [microforme]Chapitre 38 sur 45 · CLEMENCE ET BONTE DE MARIE · texte numérisé non relu

CLEMENCE ET BONTE DE MARIE

Combien sont grandes la clémence et la bonté de Marie.

Pour exprimer la merveilleuse bonté de Marie envers nous, pauvres enfants d’Eve, saint Bernard l'appelle la véritable “terre promise où coulent la lait et le miel.” Selon saint Léon, on Gevrait la nommer,

également la pensée de saint Bonaventure. Voyant d’un côté Marie devenue Mère de Dieu en faveur des

porte, et qui semble ne lui plus laisser qu’un désir, celui de subvenir à leurs besoins ; le saint disait qu’en présence de la bienheureuse Vierge il oubliait presque la justice divine, pour ne plus voir que la divine miséricorde dont elle est toute remplie. Voici ce passage plein d’onction : “Oui, auguste Souveraine,

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Telle est, en un mot, la bonté du cœur compatissant de Marie, que selon le mot de l'abbé Guéric, il ne peut cesser un instant de produire pour nous des fruits de bonté. Eh ! s’écrie saint Bernard, que

Pro jaillir d’une source de bonté, sinon de la nt

Voilà pourquoi Marie elle-même se dit : Pareille à un bel olivier qui croit dans les champs. De l'olivier il ne sort que de l’huile, symbole de miséricorde ; et des mains de Marie il ne tombe que grâces et miséricordes. On pourrait donc, avec % vénérable Louis du Pont, appeler le cœur de Marie la source de l’huile, puisqu'il est la source de miséricorde. Ainsi, lorsque nous recourons.à cette tendre Mère pour lui demander l'huile de sa bonté, nous n'avons pas à craindre qu’elle nous réponde par un refus, comme firent les vierges prudentes aux vierges folles en alléguant l'insuffisance de leur provision. Non, l'huile de miséricorde ne saurait lui manquer ; car elle en est toute remplie, selon la remarque de saint Bonaventure. Aussi la sainte Eglise la proclame-t-elle non pas seulement Vierge prudente, mais Vierge très prudente ; c’est nous donner à entendre, dit Hug1es de Saint-Victor, qu’elle est assez riche de grâce et de bonté pour nous en pouriet tous abondamment, sans courir le risque de la voir jamais s’épuiser : “O pleine de grâce, vous en êtes tellement pleine, que le monde entier peut aller puiser en vous et s’enrichir de votre surabondance ; les vierges prudentes prirent de l’huile dans leurs vases pour entretenir leurs lampes ; mais vous, qui êtes la Vierge très prudente, vous avez pris avec vous un vase inépuisable, et d’où l’huile de la miséricorde déborde et suffit à tenir enflammées les lampes de tous les mortels.”

Mais pourquoi, dans le texte que nous expliquons, est-il dit de ce bel olivier qu’il se trour< au milieu

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champs? Pourquoi pas plutôt dans un jardin entouré de murs ou de haies ? C’est, répond Hugues de Saint- Victor, afin que tous puissent aisément le voir et s’en approcher, pour en obtenir le remède dont ils ont besoin. — Saint Antonin confirme cette belle pensée : “Quand un olivier est exposé dans un champ ouvert à tout le monde, observe-t-il, chacun peut aller en cueillir les fruits ; ainsi en est-il de Marie : tous les hommes, justes et pécheurs, peuvent recourir à elle pour avoir part à ses bontés.” Oh ! continue le saint, combien de sentences, de châtiments, la bienheureuse Vier-

e a su faire révoquer par ses charitables prières, en dveus des pécheurs qui ont eu recours à elle !”? — “Et quel refuge plus assuré pour nous que le sein compatissant de Marie ? Là, le pauvre a un asile, le malade y puise des remèdes et l'affigé des consolations ; dans la perplexité on y trouve des conseils, et dans le délaissement un appui.” Ainsi parle le dévot Thomas A.Kempis. .,

Que nous serions à plaindre, si nous n’avions pas cette Mère de miséricorde, si attentive et si empressée à nous secourir dans nos misères ! Où la femme man-

ue, dit l’Esprit-Saint, l'indigent souffre et gémit.

ar cette femme, saint Jean Damascène entend Marie, sans laquelle nous sommes tous infirmes et souffrants. C’est bien dit, car, Dieu ayant décrété qu'aucune grâce ne s’accordera qu’à la prière de Marie, là où cette prière n'intervient pas, il n’est nul espoir de miséricorde ; ainsi le Seigneur lui-même l’a-t-il déclaré à sainte Brigitte.

Mais qui sait ?peut-être Marie ne voit pas nos misères, ou les voit sans compassion. Gardons-nous de cette pensée : bien mieux que nous-mêmes elle les voit et elle est loin d’y être insensible, “Entre tous les saints, il n’en est aucun qui compatisse comme elle à nos maux, ”’dit saint Antonin. Aussi, “partout

où elle aperçoit des souffrances, elle y "ourt avec l remèdes de sa grande miséricorde.” Cette pens de Richard de Saint-Laurent est confirmée en c termes par Mendoza : “Oui, Ô Vierge bénie et not Mère, vous répandez à pleines mains vos bienfai là où vous rencontrez nos besoins.” — Et ce chai table office, notre bonne Mère ne cesscra jamais de remplir ; c’est elle qui ous l’assure ; J'e ne cesser jusqu'au siècle futur, de remplir mon miniatère en pr sence du Seigneur dans la sainte demeure. Parol que le cardinal Hugues commente ainsi : “Je 1 cesserai pas, jusqu’à la fin du monde, de secourir 1 hommes dans leurs besoins, et de prier pur les p cheurs, afin qu’ils se sauvent et qu’ils soient préserv du malheur éternel.”

Au rapport de Suétone, l’empereur Titus était désireux d’accorder ses faveurs à qui les lui demandai que, si parfois il n’avait pas eu l’occasion d’accorde

uelque grâce, il disait tout contristé : Diem perdidi

e jour est un jour perdu pour moi, puisque je li es sans faire de bien à personne. — Vraiseml:

lement, Titus parlait ainsi plus par vanité, ou ps une recherche ambitieuse de l’estime du monde, qu par un sentiment d'humanité. Il n’en est pes ain de notre Reine Marie ; si jamais un de ses jours s passait sans être signalé par aucun bienfait, de dirai aussi : J'ai perdu ma journée : mais elle le dirai uniquement parce qu’elle est pleine de charité et ani mée du désir de nous faire du bien. Ce désir va : loin que, selon Bernardin de Bustis, il surpasse notr avidité à recevoir ses bienfaits. Aussi, ajoute 1! même, jamais nous ne recourrons à elle sans lui trou ver les mains pleines de miséricorde et de libéralité

Marie a été figurée par Rébecca, dont on sait l’his toire. Comme le serviteur d'Abraham lui deman dait un peu d’eau à boire : Buvez, Seigneur, lui ré

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ee ; versez donc, non seulement au serviteur d’A-

» Mais aussi à ses chameaux. C'est-à-dire :

Vous êtes pleine de bonté et plus libérale que Rébecca ; aussi, non contente de faire sentir les effets de votre immense miséricorde au serviteur d'Abraham, qui représente les fidèles serviteurs de Dieu, vous en faites

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plus qu’on ne lui demande.

dit Richard de Saint-Laurent, ressemble à celle de son Fils, dont les largesses vont toujours au-delà de nos requêtes, et qui, pour cette raison, est appelé par saint Paul un Dieu riche de grâces, et prodigue de ses dons à l’égard de tous ceux qui le prient. 1e là cette prière d’un pieux auteur à Marie : “Vierge sainte, daignez prier vous-même EOour moi ; car vous solliciterez les grâces pour moi avec bien plus de dévotion que je ne saurais le faire, et vous m'obtiendrez beaucoup plus que je ne saurais demander.”

Les Samaritains ayant refusé de recevoir Jésus- Christ et sa doctrine, saint Jacques et saint Jean dirent au divin Maître : ‘Seigneur, voulez-vous que nous Commandions au feu du ciel de descendre sur eux et de les dévorer ?” Mais le Sauveur répondit : Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. C'est-à-dire: Mon esprit n’est que miséricorde et douceur ; car Je suis venu du ciel pour sauver les pécheurs, et non

pour les punir ; et vous demandez leur perte? Quoi !

u feu, des châtiments ! taisez-vous, ne me parlez

plus de châtiments ; ce n’est pas là mon esprit. —

Or, l'esprit de Marie étant entièrement conforme À celui de son Fils, nous ne pouvons douter de son inclination à user de miséricorde : elle-même disait un jour à sainte Brigitte : ‘“‘On m'appelle la Mère de miséricorde ; c’est avec raison, ma fille, car la miséricorde de mon Fils m'a rendue compatissante et douce envers tout le monde.” C’est dans ce sens que saint Bernard interprète la vision où Marie fut montrée à saint Jean revêtue du soleil : “Céleste Reine, dit le saint Docteur, vous revêtez le soleil, et le soleil vous revêt ;”’ vous avez revêtu le Verbe divin de la chair humaine, et à son tour il vous a revêtue de sa puissance et de sa miséricorde.

Cette Reine est donc si clémente et si bonne que, quand un pécheur vient réclamer son assistance, elle ne commence point par examiner ses mérites, assure le même saint, ni s’il est digne ou non d’être exaucé ; mais elle exauce et secourt quiconque se présente. Voilà pourquoi, remarque saint Hildebert, elle est dite belle comme la lune. Elle éclaire et aide les plus indignes pécheurs, comme cet asire .cpand ici-bas sa douce et bienfaisante lumière sur les êtres les plus vils. D'autre part, bien que la lune emprunte au soleil toute sa lumière, elle la distribue en bien moins de temps que lui ne distribue la sienne : ce qu’il fait en un an, remarque un auteur, elle le fait en un mois. Et selon saint Anselme, nous obtenons parfois plus promptement le secours du ciel en invoquant le nom de Marie qu’en invoquant le nom de Jésus. Hugues de Saint-Victor ajoute que, si nos péchés nous font craindre de nous approcher de Dieu, Majesté infinie et offensée par nous, du moins nous ne devons pas hésiter d’aller à Marie, en qui nous ne trouvons rien de redoutable. Sans doute, elle est sainte, elle est immaculée, elle est Reine de l’univers, elle est Mère de Dieu ; mais enfin elle est revêtue de la même chair que nous ; comme nous elle est enfant d'Adam.

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