‹ Glossaire de la vallée d'Yeres, pour servir a l'intelligence du dialecte hautnormand et a l'histoire de la vieille langue françaiseChapitre 151 sur 257 · LEU · texte numérisé non relu

LEU

LENTIPONNIER, n. m. — Homme lent, irrésolu. Mot formé de l'adjectif lent et du verbe pondre, porter, dans le patois berrichon. Pontardf sobriquet que l'on donne à certains paysans qui ne sont jamais pressés, est un mot composé comme lentiponnier.

Le verbe lantiponner appartient au fr. populaire : « Ne laniiponnez pas davantage. » (Molière, Méd. malgré lui.)

LESSIVEUSE, n. f. — Lavandière. Ce mot qu'on emploie partout n'est pas dans le Dict. de l'Académie.

LEU, n. m. — Loup.

Ensi avint k'uiis leiis ruiija Uns os que el col li entra.

Marie, fab. VIL S'uns lei(S avoit chape roonde Si resambleroit-il provoire.

Rut., la Descorde de l'Univ. et des Jacobins.

La dame fii el bois, qui durement plora, S'oï les ?eï<5 uller et li liuans hua.

Berte, V. 704.

Cil (Jupiter) mist le venin es serpens; Cil aprist les leus à ravir.

Rose, v. 21063,

Loc. part.: «Vivre comme un Icu, » vivre seul. Un pauvre leu, » un pauvre hère.

Avoir le mal saint Leu. Etre malade de la peur ; on invoque saint Loup contre la peur, et contre l'épilepsie. (V. Du Gange.)

Mont-Jean-le-Leu, nom de localité, près de Grandcourt.

Cacheleu, nom de famille ; celui qui chasse le loup.

En français leu a été conservé dans cette locution : A la queue leu leu.

LEUNE, n. f. — Lune. Ainsi se \)rononcent prenne, eune, hreune (prune, une, brune, etc.) Voir la remarque faite au mot aleumelle : « Etre bien ou mal leuné, » être de bonne ou de mauvaise humeur.

LEUR; pron. pers. — On prononce leu devant une consonne, leus devant une voyelle : « Ej leu dirai ce que je pense. — X-ms as-tu promis d'aller les voir ? »

LEUR, adj. poss. — Lm.f, an [iliir., devant une voyelle on nn h muet: « Les femmes viendront avec Iras lionimes. » Leu. au sin". et au plur. devant une consonne : « Je connais leu maison. — Leu domestiques sont partis. » Lent, au sing. féminin, devant une voyelle : « Je crois que leut aflairc va mal»

LEUVE, n. f. — Louve : « Une pauvre leuvc, une pauvre femme; quelquefois une femme de mauvaise vie, comme le latin lapa, i\\i\ avait le sens de courtisane, ainsi qu'on peut le voir dans Piaule et dans ce passage du Liber de Spectaculis^ attribué à saint Cyfirien : « Quod si rursum prœrogem quo ud illud spectaculum itinere perveiierit, confitebitur per luparum, per prostitutarum nuda corpora ....n Ou te counaît dans le bordeau ; C'est là que tu tiens ton bureau, Vilaine louve diffamée, Reste des goujats de l'armée.

Paris biirl. par le sieur Berthod.

De même, dans la vieille langue, le nom de lisse (chienne) était souvent appliqué aux prostituées :

Pute mauvese, vil lisse abandonée.

Aliscans, V. 3041.

LEU-WAE.OU, n. m. — Loup-garou. J'ai entendu dire aussi par quelques paysans warder, esicarer, au lieu de garder et égarer, mais cette prononciation appartient proprement au picard et aux dialectes de la Flandre française. Les trouvères et chroniqueurs originaires de cette région écrivent want, icaitier, reivarder, tcerredoner, wimple, wurir, werpir, ivise, au lieu de gant, gai lier, regarder, guerredoner, guimpe, guérir, guerpir, guise. Ces vieilles formes et d'autres semblables se rencontrent surtout dans la Vie Saiid-Alessin, rédaction du XlIIerac siècle.

LEVÉ (Être bien ou mal), loc. — Etre bien ou mal disposé, de bonne ou de mauvaise humeur.

LI, prou. — Lui, du latin illi : « Voilà un pauvre, donne-// un bou. » Notre patois a gardé ce pronom usité depuis lorigine de l.i langue jusqu'au XIV"'® siècle :

En piez se drescet, si li vient controdiro.

Ch. uk Hol, p. 18.

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