‹ Glossaire de la vallée d'Yeres, pour servir a l'intelligence du dialecte hautnormand et a l'histoire de la vieille langue françaiseChapitre 54 sur 257 · BRO · texte numérisé non relu

BRO

C'est à tort que dans le Dictionnaire de Littré on attribue ces vers à Poisson.

CHIGNON, n. m. — Biau chignon ! belle tête, ironiquement.

CHIMETIÉRE, n. m. — Cimetière.

CEINDRE, n. f. — Cendre : « Le mercredi des chindres. »

CHINQ, adj num. — Cinq : «Ilfistenson temps un chatel nommé Marcoussi, lequel cousta à faire plus de chine chenz mille livres. » {Chr. Nonn., p. 403. ) Cette prononciation chuintante est particulière au dialecte normand, ainsi qu'on Ta déjà pu voir par les mois chavetier , chabouler , chivot, cherfeuil, chindre, etc., etc.

CHION, n. m. — Scion ; petit rejeton d'un arbre, d'un arbrisseau.

CHIONNER, V. act. — Frapper avec un chion ; de là donner une chionnée, c'est-à-dire une bonne volée de coups de baguette.

CHIPOTEUX, adj. — Chipotier, qui marchande mesquinement. En anglais chip, morceau. Dans son Glossaire de Rabelais, L'Aulnaye dit que les couturières appellent chippes les morceaux qu'elles volent à leurs pratiques.

CHIQUE, n. f. — Morceau : « On lui a donné une bonne chique de viande avec une grosse chique de pain.»

CHIQUER, V. act. et n. — Manger beaucoup, dévorer. Rabelais l'a employé en ce sens .

CHIQUETTE, n. f. — Petit morceau, comme chiquet, d'oîi déchiqueter.

CHIRE, n. f. — Cire. - Chire-poix, poix dont se servent les cordonniers pour cirer leur fil. On prononce de même : Chitron, chitrouille, chucre. chirot, etc.

CHIVIERE,n.f. — Civière : «Du bas-lat. cœno-vehum, de cœnu7n, boue, et vehere, porter.»

Cette étymologie, quoique supposée par Littré, rappelle un peu celle que l'on a donnée du mot cadavre (cadaver, idest, caro data iiermiÔMs.) Il était beaucoup plus simple de rattacher civière à chive-

GHO 77

reum, mot que l'on trouve dans le Magnus rotulus Scaccarii Normanniœ (1188) publié, en Anglelerre, par M. Stapleton en i84i.

CHOCHONNER, v. n. — Se dit de deux petits cultivateurs qui réunissent leurs chevaux pour cultiver leurs terres.

Ce verbe vient de l'adjectif sochon, lat. socius, qui voulait dire associé, compagnon : « Illec avoit une sochonne à Transeline ({ui dist : plus ne parlons de deuil. » {Ev. des Quenouilles, 10().)

« Deux de ses bons soldions, mariniers comme luy. (C. N. N., p. 406).

CHÔMER, V. n. — Manquer : « Si les fleurs ne coulent point, nous ne chômerons point de fruits cette année.»

CHOPAINE, n. f. — Chopine, Ainsi se prononcent épine, racine, fine, ravine, fouine, etc.

CHOQUE, n. f. — Souche.

CHORBER^ V. n. — Chopper : « Son cheval a chorbé en partant.»

CHOSE, n. m. — Ce mot s'emploie pour désigner quelqu'un dont on ne sait pas ou dont on a oublié le nom, comme dans ces vers de Régnier :

Il faut rire de tout : Aussi bien ne peut-on Changer chose en Virgile, ou bien Fautre en Platon.

Il Etre tout chose, être souffrant, abattu.

CHOUETTE, adj. — Beau, superbe ; « Voilii mv^q chouette maison, une chouette lille.»

« Il abandonne son père, ça n'est pas chouette. »

Chouette est probablement une corruption du v. fr. souef, doux, suave, lat. suavis.

Dériv. choueltement : « Cette robe est choueftement faite. »

Voici une autre étymologiehistori([ue de ce mot, d'après M. Moisy : « Au moyen-âge, l'on donnait chaque jour aux chanoines de la cathédrale de Rouen, un petit pain, fait de fleur de farine, dit paiji choesne, par abréviation, i^onr pain de chanoine. Puis, avec le temps, choesne,àe qualificatif spécial, est devenu qualificatif général, s'apjiliquant à toute personne ou à toute chose ayant un mérite ou une va-

Page 1