COR
COQUER, V. act.— Cocher, qui exprime lacté du coq sur la poule • « C'estoit un diable de coq, il mourut enragé, qui fut dommage; car il chantoit bien, il cavqmit bien les gélines. » (JV. Fabrique )
En patois, coquer s'applique aussi à l'espèce humaine.
Cauchemar est formé de coquer, cauquer! (lat. calcare) et d'un mot germanique mar, démon, incube. V. fr. quauquemare : « J'ay autres fois oy dire que qui moust ses vaches le vendredy par entre deux jambes par derrière, la quauquemare le traveille tost, et son mary en a l'aventure. » (Ev. des Quenouilles, p. 153.)
COQUÊNE, n. m. - Erable des haies. Quequesne, dans le Gloss. latin-français de la Bibl. de Lille, E, 36.
COQUERON, n. m.— Villotte de foin, de trèHe, de vesce, etc.: «Le temps menace, il faut mettre le sainfoin en coquerons ; » on dit aussi mettre en coqs. Dans C. Gauchet, cocheter a cette acception. {Les Moissons, p. 131.)
COQUILLE, n. f. — Plante que l'on mange en salade; c'est la mâche, dite aussi salade de poule ou de chanoine.
CORBATTRE (Se), v. réfl. — Se débattre, lutter contre : « J'ai eu beau me corbattre, il a fallu céder. — La truite retirée de l'eau se corbat quelque temps avant de mourir. «
CORDIAU, n. m. — Cordeau.
CORE, adv. — Aphérèse de encore : « Mentiras-tu core polisson. » Cor, en v. fr., ex. :
« Dius ", dist li père, cor eusse un sergaut Qui le gardast trestout à son talant.
Li Roiimans de Saint-Alessin.
GORNAILLE, n. f. — Corneille.
Eu tam comme il se demcutoit Lieve sa teste et venir voit Une cornaille à la volée.
Ren., v. 22841.
Ensi aviut k'une cornaille S'assit sur le dos d'une oaille.
xMarie, Fabl. 20.
CORNER, V. act. — Donner des coups de corne : « Prenez garde, cette vache corne, y)
Il Se corner, se dit des taureaux et des vaches qui se battent à coups de cornes : « Ces expressions, qui sont de la campagne, devraient être reçues, car elles ont été faites là où seulement elles pouvaient se faire. » (Littré.)
CORNILLER, v. n. — Jouer avec les cornes : « De sorte qu'en cornillant, et poussant l'un contre l'autre, leur bois se mêla si bien l'un dans l'autre, qu'ils demeurèrent pris.» (N. Fabrique.)
CORPORANCE, n. f. — Prestance, embonpoint, corpulence : « Un homme de belle corforance .y>
Ci-gist le jeune Jean le Veau, Qui en sa grandeui' et puissance
Fut devenu bœuf ou toreau
Car on dit (veu sa cor2')orance) Que ce eust été un maistre bœuf.
Marot.
CORPS, n. m. — Loc. particulières : « Un pauvre corin, un pauvre diable, un idiot. — Un drôle de corps, un original.»
COSSA, n. m. — Colza. -
COSSU, adj. — Celui qui est riche, qui réussit dans ses affaires : « N'être pas cossu, être pauvre, et au fig. avoir une santé délicate, être malade.»
COTERIE, n. f. — Amitié : « Ils sont toujours ensemble, c'est une coterie terrible.y>
COTRON, n. m. — Jupon, diminutif de cotte. Le v. fr. avait cotteron.
COUAILLOT, n. m. — Lait caillé ; autrement maUes.
COUCOU, n. m. — Jeu d'enfants. On dit jouer au coucou, comme jouer à cache-cache. Ce jeu est ainsi appelé parce que l'enfant bien caché crie : Coucou.
il Bran de coucou, espèce de gomme que distillent certains arbres, et surtout le cerisier. (V. Brand'agache.)
cou 87
COUDRE, V. act. — On conjugue ainsi ce verbe : Ind. nous coudons, vous confiez, ils coudent ; imp., jo coudois ; fut., je coudrai ; cond., ]c coudrais ; suijj, que je coude ; part., coudu
« Avoir le bec coudu, se dit de quelqu'un qui ne parle pas ou ne veut pas parler.»
COUDRE, n. f. — Ce mot a gardé chez nous le genre qu'il avait ordinairement dans l'ancienne langue.
Desor une coudre menue.
Ren. V. 2^912.
Gentil rossignol passager Qui t'es encor venu loger Dedans ceste coudre ramée.
RONSAJRD.
De là les noms de famille Lacoudre, Delacoudre.
COUDRILLONNER, v. act. et n. — Coudre souvent, passer son temps à raccommoder de vieilles loques ; se prend toujours en mauvaise part.
COUDROIE. Coudraie. n. m. — Nom de localité; du latin cori/lus, coudrier, d'où coryletum. On sait combien de localités ont tiré leurs noms des arbrisseaux les plus ordinaires, des plantes les plus simples. (V. Cocheris. Origine et formation des noms de lieux.)
COUENNE, n. f. — Lâche, poltron : « Ne me parle pas de L....,
c'est une couenne.»
COUÉSIR, Coisir, v. act. — Choisir : « Einsinc que deussent roi coisir. (Marie, fabl. 37.) Dans l'ancienne langue, ce mot est synonyme de voir, apercevoir; par extension, trier, distinguer, démêler.
COUILLE, n. f. — Testicule. Lat. colens, grec «Xeô;.
Fu la couille à Pierre (Abélard) tolue, A Paris, en son lit, de nuis.
Dont moult ot travail et anuis.
La Rose, v. 9546.
COUILLON, adj. pris subst. — Poltron. Couenne et couillon sont à peu près synonymes. Dériv. couillonnade,couiUonnrrie, mots rabc-
laisiens : « Et les personnes qui usent de telle coïonnerie sont voluntiers ces muguets et veaux de ville.... » (Tahureau, Dial., p. 156.)
COULANT-D'EAU, n. m. — Petit fossé qui sert à l'écoulement des eaux.
COULEUR, n. f. — Mensonge. Racine l'a employé dans ce sens : J'inventai des coideur s, y armai la calomnie.
Esther.
Il En faire voir à quelqu'un de toutes les couleurs, ennuyer, tourmenter de toutes les façons.'
COULOTTE, n. f.— Coulée, petit chemin que trace le lapin dans les bois.
COUP, n. m. — S'emploie dans beaucoup de loc. particulières : « La nouvelle de sa mort m'a donné un coup, » c.-à-d. m'a causé une surprise pénible, une grande douleur. Avoir un coup de soleil, être légèrement gris. Un coup de chien, manœuvre perfide, déloyale, comme on dit en fr. coup de jarnac.
Le coup-d' à-cheval, le coup de l'étrier.
Le coup d'adieu, le coup que l'on boit en se disant adieu.
Coup de malheur, accident, crime.
Apaise, ma Chimène, apaise ta douleur,
Fais agir ta constance en ce coup de malheur.
Corneille.
Faire les cent coups, faire le diable à quatre, mener une vie déréglée.
Etre ânx cent coups, ne savoir plus où donner de la tête.
A coup, bien à propos : « Cet héritage lui est venu bien à coup. »
Du coup, pour du coup, à ce coup, cette fois, pour cette fois : « Il faut confesser que nous sommes pris à ce coup, plus serfs et plus esclaves, que les chrestiens de Turquie » (Ménippée, 125.) « C'est à ce coup qu'il faut que tout le monde marche. » (Henri IV.)
Dict. : « Un hon coup paiera tout, » vous serez pris une bonne fois et vous expierez vos méfaits.
« Ses plus grands coups sont rués, » se dit d'un homme qui est sur l'âge.
cou 89
COUPLET, n. m. — Cime d'un arbre, faite d'une maison, le haut dune colline :
Là jusques au coxiplet de sa teste chenue, D'une robe fourré (sus une autre vestue)
Cache son col ridé
Gaiichet.
Coypeau dans Palsgrave ; coupeau dans la plupart de nos vieux auteurs.
Et vous, divin troupeau, Qui les eaux de Pégase Tenez, et le coupeau Du chevelu Parnasse.
Ronsard.
Vient à Vanves à pied, pour grimper au coupeau
Du parnasse françois
Régnier, Sat. 11.
COURAILLER, v. n. — Courir de côté et d'autre ; se prend toujours en mauvaise part.
COURBATURÉ, adj. — Courbatu.
COUREUX, adj. — Celui qui court les filles ; même sens que dans ce vers de Villon :
Coureux, allans, francs de fauls or, d'aloy. Coureuse, prostituée.
COURIAS, Couriache, adj. — Coriace ; au fig. dur à la fatigue.
COURIE, n. f. — Cœur, foie et poumons d'un animal : « Avoir la œurie bien placée, se dit de quelqu'un qui ne s'émeut pas aisément, qui a le cœur dur. » Auciennement, corée, cœur.
Cascuus si tient el poig destre Tespée,
As paieus coupent maint poing, mainte corée.
Aliscans, v. 271.
Parmi ces champs les véissiez gésir.
Et ces boiax et corées saillir.
Garin, v. 145.
L'oudor des roses savourées M'entra ens jusques es corées.
La Rose, v. 1636.
Le V. fr. avait aussi écorer, arracher le cœur.
COURIETTE, n. f. — Petite lanière de cuir pour lacer les souliers ou pour mettre à la poignée d'un bâton de voyage. Lat. corium.
COURS DE VENTRE, n. m. — Diarrhée.
COUTEUME, n. f. — Coutume. Cette prononciation est aussi celle du Berry.
COÛTER, V. act. — Loc. part : « Cela me coûte les yeux de la tête, » c.-à-d. fort cher.
COUTIAU, n. m. — Couteau : « Il tenoit trois coustinus en son poing, dont l'un entroit ou manche de l'autre. » (Joinville, cité par Littré.)
« Celui qui estrine sa dame par amours,le jourdel'anjde cousteaux, sachiez que leur amour refroidira. » {Ev. des Quenouilles.)
Chez nous, cette croyance superstitieuse existe toujours, et l'on dit communément que « les coutiau.v coupent l'amitié. »
Le couteau joue un grand rôle dans les superstitions populaires : « Joannes de Piano Carpini, décrivant, en 12i6, les mœurs et coutumes des Tartares, dit qu'une de leurs superstitions, c'est qu'il ne faut pas enfoncer un couteau dans le feu, ni d'aucune autre manière toucher le feu avec un couteau, ni même tirer de la viande hors d'une marmite avec un couteau. — Chez les habitants de Kamschatcka, chez les Indiens Sioux de l'Amérique du Nord, on retrouve ces mêmes superstitions qui semblent tirer leur origine de cette maxime pythagoricienne : IIûp [jt-a/^aipa (x?) irxaXeusiv, ne pas remuer le feu avec un couteau. » (M. Muller, Essais sur la Mythologie.)
COÛTIMENT, n. m. — Coût, dépense.
Je voi aucuu riche home faire maisonnement ; Quand il a fissouvi trestout entièrement, Si li fait-on .i. autre de petit coutement.
Rut., Li Dis de la Voie de Tunes.
J'ai entendu dire aussi coûtage, mot qu'à employé J. Le Houx :
» En donnant un vuide tonneau,
Un aultre de sidre nouveau.
On vous emplira, sans coiistage. "
Vous souciez-vous du coustage ?
Le Nouv. Pathelin.