MARS
L'Académie, en mars, s'occupe activement
D'une autre édition de son dictionnaire ;
Après quinze ans enfin d'un rude accouchement,
Le grand travail s'avance et la lettre A s'achève.
Mais sur le mot Béjat, qu'on veut répudier,
Une discussion assez vive s'élève
Entre Monsieur Flourens et le baron Pasquior :
Le médecin Flourens, célèbre anatomiste,
Soutient l'opinion que le béjat existe ;
Mais, en sa qualité d'ancien président
De la chambre des pairs. Monsieur Pasquier prétend
Poliment le contraire. Afin de mettre un terme
De ces deux immortels à la discussion
Qui d'un grave conflit pourrait être le germe,
L'Académie envoie en députation
A Vendôme, où, selon une ancienne croyance,
Au quartier du Bourg-Neuf le Béjat prit naissance,
Trois membres, Messieurs Thiers, de Broglie et Guizot.
Ces illustres savants se rendant aussitôt,
A peine descendus, à jeun, de diligence,
A la société littéraire du Mail,
Dans un de ses salons commencent leur travail.
Après une secrète et courte conférence
Des savants de Vendôme et de ceux de Paris,
Ceux-ci, se déclarant suffisamment instruits,
Chargent monsieur Guizot, que ce rapport attriste,
De prouver, de dIsu, que le Béjat existe.
Béjatine (bé-jôn*), s. m. Bienvenue payée par le nouveau dans une corporation.
A rOraloire de Vendôme, il était d'usage, à la réception d'un nouveau père, ou d'un nouveau maître, de lui adresser une pièce de vers satirique, rondeau, sonnet ou chanson. Le récipiendaire répondait par une autre pièce. Ces menus morceaux littéraires se nommaient des Béjaunes.
Belettes de Malignae. Dicton vendômois. — Envoyer aux belettes à Malignas, congédier, envoyer promener, envoyer au diable Vauvert. Malignas, nom de localité peut signifier le malin esprit. Il y a peut-être là un jeu de mots.
Beliner (bli-né), v. n. Dodeliner de la tète. Ce mot parait dérivé de belin, nom du mouton dans le roman du Renard. D'après Diez, bélin vient du flamand bel, angl. bell, clochette, parce que le bélier dans le troupeau porte une clochette au cou. Beliner voudrait dire remuer la tête comme le belin qu fait sonner sa clochette.
Beluet (beu-lué), s. m. Btuet, fleur, bleuet.
Beluèter (beu-luô-té), v. unip. Pleuvoir légèrement. —Il bcluète ou il blute, il tombe une pluie fine. Il Briller, étinceler. — Ça me beluète devant les yeux.
Beluette (beu-Iuèf), s. f. Étincelle. — Des beluettes de feu. Ane. forme normande de bluette, du grec pào;, éclair, d'après Dumcril.
Ane. fr. belue, berlue, éblouissement.
Bep (bôr), s. m. Bercaau. On donne aussi le nom de Ijer àla partie de la voiture qui est entre les rancherj;.
Ane. fr. J)ers, du b. lat. bersa, claie d'osier. Gael. beir,
...En cette isle ou souloient Jadis sauter les hommes qui balloient Gardant le bers du grand Saturnien.
(Ronsard.)
Li comte d'Artois Robert Dès lors qu'il issit du bers Chanta tous les jours do sa vie Largesse, honneur, chevalerie.
(Roman de la Rose.)
Berbis (beur-bi), s. f. Brebis.
Ane. fr. berbis, du b. lat. berhicem, dans la loi salique, forme de vervex.
La forme ber est restée dans les mots berger, bergerie, berbicarius.
Berce (bers*), s. fr. Ornière profonde qui imprime aux voitures un mouvement de berceau. — Y a dans ce cirmin des berces à casser les r'sorts.
Berchet (beur-ché), s. m. Bréchet, sternum, creux de l'estomac; ne s'emploie plus en français qu'en parlant des oiseaux. || Figuré : on dit d'une personne qu'elle soigne son beurchet, pour dire qu'elle se nourrit bien.
Berchu (beur-chu), adj. Bréchu, brèche-dents, ébréché.
Berdacher (beur-da-ché), v. a. Dire des paroles inutiles, parler sans raison. — L'curé nous a berdâché du latin tout le long du sarmon. On dit aussi berdailler.
Étym. inc.
Berdâclé (beur-d.Vclé), adj. Tourmenté par l'esprit malin, hanté, ou mieux qui se croit possédé.
Étym. inc.
Berdada (beur-da-da), interj. Exclamation de celui qui fait une chute, ou voit tomber une personne, onomatopée. Chute. — Quel berdadas il a fait !
Berdancer (beur-dan-sé), v. n. Remuer avec bruit, mouvoir inutilement toute sorte d'objets. — Le vent fait berdancer la porte. — Tas pas fini d'berdancer? — Va donc voir quoi qui berdance dans l'guernier. || Berdancer, s'occuper à des vétilles. Un berdancier^ qui s'occupe de riens, Étym. inc.
Berdancerie (heur-dan-se-ri), s. f. Action de herdancer.
Berdassée (Ijeur-da-sée), s. f. Chute faite lourdement. — Oh ! J'sais-ti-chu une beurdasée.
Berdauder (beur-dô-dé), v. n. Gronder, résonner. Se dit d'un bruit sourd et lointain : le canon, le tonnerre )>erdaude. Dans TYonne on dit berdoler, berdonner.
Berdou (bér-dou), adj. Béta, niais. (V. Bardou.)
Berdouserie (bér-dou-ze-ric), s. f. Niaiserie, sottise.
Bergeau, bergeas (bcr-jo), s. m. Mouton, bélier châtré. On trouve en v. fr. bergeas dans le sens de bergerie.
Où courez- vous comme ça, mes gas ?
D'si bon matin qu'allez vous faire?
Que vous quittez voutre Bergeas Faut qu'vous n*ayez cor guère à faire I
(Ancien noêl Manreau,}
« De 20 ans on ne vit la cherté des foins telle qu'il fut en la dilte année, tant que les pauvres bestes et principalement les hergcaux moururent presque io[X9, 9 (Mémoires du chan, Garrault.)
Bergeon (ber-jon), s. m. Terrain de forme aigué, triangulaire.
Bergeonner (ber-jo-né), v. n. Être en pointe, en triangle, en écoinçon.
Étym. inc.
Bergère (ber-jér'), s. f. Sorte de petit pot en terre avec une anse allant d'un bord à l'autre, comme celle d'un seau. Il servait à transporter la nourriture dans les champs. Il n'est plus guère usité.
Berière (beu-rièr' ou beu-ruer'), s. f. Bruyère. — Un balai de berière ou de beruère.
Bériot (bé-rio), s. m. Taureau.
Berlan (beur-làn), s. m. Désordre. — Mettre en berlan. — Commencer une foule de choses sans rien finir.
Berlaud (beur-lô), adj. Sot, étourdi. — Mon pauv'gas, t'es ti berlaud ! Dérivé probablement de berlue, qui agit comme s'il avait la berlue.
Berllnguette (beur-lin-ghët), s. f. Petite clochette. Étym. inc.
Berlin l'envers, loc. adv. A rebours. — Je suis tombé berlin l'envers. — J'aimis mon bonnet berlin Tenvers. Il Berlin peste. Jeu d'enfant analogue au pigeon vole.
Étym. inc.
Berlombette (beur-lon-bét), s. f. Jeune fille étourdie. Ce mot doit être une forme de éberlobé, étonné, étourdi.
Berloque (beur-lok'), s. f. Breloque, mauvaise montre.
Berloquer (beur-lo-ké), v.*a. Breloquer, remuer bruyamment le loquet d'une porte.
Berln (beur-lu), adj. Louche, qui a la berlue. Il Même sens que berlaud.
Bemache (beur-n&ch'), s. f. Vin blanc nouveau qui est encore bourbeux et trouble. Ce que dans l'argot parisien on nomme du Macadam. Ce mot signifie probablement vin breneux.
(beur-na-sé), v. n. Travailler malproprement, grossièrement, tripoter. On dit aussi brenasser. La racine est Bran ou Bren^ excrément, ordure.
Berne (à la), loc. adv. A la renverse. — Tomber à la Berne.
(t)eur-née), s. f. (V. Bran et Emhemer,)
Bemide (beur-nicl'), adv. Bernique. Ce mot se prononçait bernicle au xvii« siècle. Bernicle était, dit-on, une sorte de supplice usité chez les Sarrazins. Bernicle voudrait peut-être dire : Je ne me soucie pas d'être mis aux bernicles.
(beu-rouas'), s. f. Brouillard qui se résout en pluie fine.
(beu-roua-sé), v. unip. Brouillasser, il berouasse. — Les dict. de locutions vicieuses enseignent qu'il ne faut pas dire : il brouillasse, mais bien il bruine. Seulement personne ne dit : il bruine, à l'exception de quelques vieux académiciens, mais on ne les comprend pas. D'ailleurs bruiner n'a pas exactement le même sens que brouillasser. Bruine, de l'aveu de l'Académie, est un brouillard avec légère gelée blanche, avec de la barbelée.
Beroaée(beu-rouée), s. f. Petit pain au beurre très peu cuit qui se mange chaud.
Ane. fr. bru, breu, broet, du bas-lat. Brodium, brouet, a\U
Brod, pain. || Même sens que brouasse, brouillard. Salive que Ton lance en parlant.
Ane. fr. Broue, broe, nuée, écume, brume du matin.
Et bon vin, s*ilsen peuvent fournir afin de charmer la brouée.
(Amb. Paré.)
Ces raisins ne craignent pas trop brouées ni gelées.
(Olitieu de Serre.)
Veu que dès cy et déjà Court merveilleuse brouée.
(Ch. d'Orléans.)
Brouée appartient évidemment à la même racine que brouillard. Littré adopte Tétymologie anglo-saxone hroiUi, vapeur, oll. hroden, islandais, ^rawrf, vapeur, nuée. Mais Vitufaitremarquor avec raison qu'on n'explique pas la disparition du Dv
Berouette (beu-rouét), s. f. Brouette.
Ane. fr. berohôle, du bas lat. herocata, de lis et un diminutif hypothétique déroba, roue. Il est probable que la beroète avait originairement deux roues comme certains appareils usités dans les gares de chemin de fer pour transporter les Ixagages ; cependant la brouette unirote parait remontera une haute antiquité, malgré le préjugé qui attribue à Pascal Tinvention de cet engin.
Beroui (beu-roui), adj. Flétri, fané, grillé, se dit des feuilles noircies ou grillées par la berouée, ou les gelées de la lune rousse. C'est le participe d'un ancien verbe français brouir, brûler, aujourd'hui inusité.
Bersiller (beur-si-ié), v. a. Brésiller.
Bertelle (beur-tèl), s. f. Bretelle.
Berton (à) (beur-ton), loc. adv. A rebours, à l'envcre. Mettre ses gants, ses sabots à berton, le droit pour le gauche. Ëtym. inc.
Bernant (beu-ruan), adj. Bruyant, dans le Perche. — Un enfant bernant.
Berué. Prononciation du mot Breuil, nom de localité ; du baslat. hroilum, bois. Cette prononciation est presque impossible à noter en caractères actuels, la métathèse de l'é déformant complètement le son euil. Si on prononçait beur-eil, le mot serait nettement en deux syllabes, tandis qu'en réalité on jfl'çn entend presque qu'une seule. Le e initial est presque élidé
et se confond avec le eil final. Le son tient le milieu entre beu-ruei et breuei.
Béailler (sa) (bé-zi-ié), v. r. Se fatiguer à un travail pénible, au-dessus de ses forces. Florentin Lebarbier, à tort suivant nous, donne à ce mot le sens de se hâter et cite le dicton sui*> vaut :
Les putains de la rue des Béguines Quand elles voient venir la nuit se bésillent.
Ane. fr. bésiller, besilier, vexer, tourmenter, massacrer. Bas-lat. Bessilium, hcssilamentam. Je me bésille h, ce travail veut dire littéralement : Je me tue à faire cela.
Basson (bé-son), s. m. et adj. Jumeau, jumelle, double.
Puis tout autour d'une lèvre bessone Qui d'elle-même en s'éleva nt semone D*ôtre baisée.
(Ronsard.)
De ton sein blanchissant Le petit mont besson.
(R. Bbllrau.)
Ce mot, bien qu'inusité aujourd'hui, est admis par TAcadémie.
Bastial (bestial). Bétail. I| Terme injurieux équivalant à animal. Ane. fr. bestiaille, bas-lat. hestialia, bestiaux. Il n'est resté dans le français moderne que le pluriel bestiaux.
Beatail, bestial, tous deux sont bons, mais bestaîl est beaucoup meilleur. Il semble que bestial est plus dans l'usage de la campagne et que l'autre est plus de la ville et de la cour.
(Vaugslas.)
Bèta (béf), s. f., loc. percheronne. — Avoir la bête aux mains, l'onglée. Cela veut dire avoir le sang bété, coagulé dans les mains. (V. le mot suivant.)
Bételar (bé-t'lé), v. n. Tourner, cailler, se coaguler. Du lait bételé, une sauce bételée. Un ciel bételé, ciel pommelé. Ane. fr. Béter, coaguler. Du sang bêté, dans Froissard.
Bêter (bô-té), v. n. Faire la bètc, niaiser, s'amuser bétenjent h des riens,
Bètiau.(bé-tio),'s. m. Animal domestique. — J*vas chez l'artiss', mon betiau est malade. — Prôte-moi ton betiau pour labourer. Il Betau noir, nom vulgaire de la blatte à Vendôme. — Cette maison est gueurlue de betaux noirs.
Beugne (beugn'), s. f. Bosse, enflure à la tête par suite d*un coup ou d'une chute. On trouve beugne avec ce sens dans Mé- . nage.
Étym inc.
Béad (bézi), s. m. Sorte de poire, Bezi Chaumontel. D'après Legrand d'Aussy, le mot bézi est un terme normand signiflant sauvageon.
Béadtre (bé-zitr'), s. m. Dégât. — L'orage a fait bien du bézitre. Étym. inc.
Biftle (bi-âl'), s. m.. On dit aussi buale, plante aquatique que l'on confond quelquefois avec le cresson ; elle est, dit-on, vénéneuse.
Biau (bi-o), adj. Beau.
Boutons nos habits les plus biaux Que j ons quand il est fête.
{La grande bible des Noêls.)
Biaule (bi-ôl'), s. f. Espèce de blouse. — J'vas mettre ma belle biaule pour l'assemblée. Ce nom désignait plus spécialement une blouse à taille et à boutons qui était adoptée par les maîtres d'école. Aujourd'iiui qu'il n'y a plus que des instituteurs, la biaule a disparu. Avec les mots s'en vont les choses ! Florentin Lebarbier fait venir biaule du bas-lat. BelosiuSy qui a incontestablement donné blouse. Biaule parait plutôt une forme du v. fr. bliault, bliaud, vêtement de dessus au moyen âge, par la transposition de Tl. La forme berrichonne biaude vient évidemment du bas-latin bliaudus, bialdus. Roquefort donne le mot biale dans le même sens.
Biauler (bi-ôlé), v. a. Duper, tromper. A rapprocher de Blouser.
Bibuse (bi-buz'), s. f. Chose de peu d'importance, une misère, une quantité négligeable.
Étym. inc.
Bicler (bi-klé), v. n. Cligner de l'œil, loucher. ^Bigler, dans VAcadémie,
Bictonner (bik-to-né), v. n. Être long, prolixe, ennuyeux, rabâ-
cher : bégayer, parler comme une biqtie (?). || Mettre bas, en parlant de la chèvre.
Biffer (bi-fé), v. a. Subtiliser, se venger, se rebiffer. Ane. fr. biffer, tromper.
Bigarre (bi-gar*), s. f. Toupie en bois plein en forme de poire ; on la fait tourner en enroulant autour une ficelle qu*on déroule brusquement en la langant ; le mot de toupie est réservé pour désigner le jouet en bois ou en métal creux qui produit un ronflement en tournant.
Biger (bi-jé>, v. n. Mesurer la dislance dans les jeux de boule, de canette, etc. (V. Piger,)
Bigobarm ibi-go-bâ-ru), adj. Mal fait, irrégulier, mal tourné. Se dit des personnes comme des choses.
Étym. probable du vieux fr. biguer, boiter.
Bigorne (bi-gorn'), s. f. Grosse souche de forme irrégulière.
Billarder (bi-iar-dé), v. n. Marcher en frottant les chevilles Tune contre Tautre; se dit surtout des chevaux.
Bille (biy'), s. f. Cheville, morceau de bois taillé en pointe; on s'en sert pour tordre le lien autour des gerbes.
Biller (bi-ié), v. n. Lorsque deux voitures chargées se trouvent au bas d'une côte rapide, on détèle un cheval et on Tattelle comme cheval de renfort à la dernière voiture, puis au sommet de la côte les deux chevaux descendent reprendre la première charrette. Cela s'appelle biller.
Billette (bi-ièf), s. f. Labillette était un petit faisceau de menu bois que Ton suspendait à l'entrée des villes pour indiquer le lieu où se percevait le péage. On a dit longtemps : payer la billette, le droit de billette.
« 1*6 seigneur péager était tenu de suspendre à une branchiére ou potence une bille de bois en signe de son droit et pour avertif le passant qu'il eût à payer. Plus tard, dans certains lieux, on remplara la billette par une pancarte lixée sur un poteau, indiquant la nature et le tarif des droits à payer. »
(Mantri.lier.)
Billette (bi-iot*), s. f. Petite meule de fourrage. Moyette.
Bin. Prononciation de bien.
Biner (bi-né), v. a. Donner la deuxième fiiçon aux vignes. Il Embrasser, faire mignon. (V. ce mot.)
Bintoût (bin-toù), adv. Bientôt.
Bion (bion), s. m. Bec. — Ouvre le bion. — G*te femme, comme à lève le bion en marchant.
Étym. inc.
Bique (bik*), s. f. Chevalet en forme d'X, qui sert à supporter les bûches que Ton scie.
Biquet (bi-ké), s. m. Petit de la bique, chevreau. Bien que ce mot soit dans- le dictionnaire de TAcadémie, nous le reproduisons pour pouvoir citer le dicton suivant :
Biquet, biquet, où ves-tu?
— J'và à Vendôme.
— Et quand reviendras-tu ?
— Jamais, ais, ais, ais.
{[ci on imite le bêlement du biquet.)
Allusion au commerce de ganterie de Vendôme ; les chevreaux y laissent leur peau.
Biqufiton (bik-ton), s. m. Troisième pied d'une chèvre de charpentier. Quand la chèvre a peu de hauteur, le hauban est remplacé par une pièce de bois.
Biquetonner. (V. Bktonner,)
Birer (bi-ré), v. n. Loucher.
Birette (bi-rèt), s. f. Fantôme, revenant. Loup-garou. Il existe encore dans les campagnes, et même dans les villes, des gens qui le soir sont tourmentés par la crainte de rencontrer une birette. La birette était un sujet inépuisable de récits effrayants à la veillée.
Étym. inc.
Biron (bi-ron), adj. Louche.
Biron, s. m. Cruche en terre, sorte de pichet contenant deux pintes.
Étym. de buire, vase, burette.
Bironne (bi-ron*), s. f. Femelle de Toie.
Biro<|uette (bi-ro-kèl*), s. f . Sorte de petite coiffe en usage chez les femmes du Perche.
Bise (biz'), s. f. Vent du nord-est. Dans VAca<lêmic, vent du nord.
Langue d'oc, 6tra, ou bas-breton, biz. — Vent du nord-est.
Après chaud temps Vient la bise.
(C/i. d'OrUana.)
Bisjoueter. (V. Bëchevetcr.)
Bisquer (bis-ké), v. n. Éprouver du dépit, être vexé, enrager. Ce mot n'est français que depuis 1879. Jusqu'alors l'Académie n'avait jamais songea l'admettre, mais un académicien homme d'esprit (il y en a) s'est souvenu qu'il avait longtemps bisqué sur le pont des Arts, en voyant un rival heureux entrer sous la Coupole, et il a insisté pour l'adoption du mot. Larousse croyait ce mot spécial au midi.
Bissètre (bi-sétr'), adj. Malheureux, désagréable, de mauvais augure. Se dit volontiere d'une entreprise d'un succès douteux. — C'est ben bissètre. Ce n'est pas sûr. — Un enfant bissètre, désagréable.
Étym. généralement admise : Bissexte, parce que les années bissextiles étaient considérées comme portant malheur. Le jour complémentaire était regardé comme néfaste, sans qu'on puisse s'expliquer l'origine de cette superstition.
Bissieux (bi-sieù), s. m. Partie d'un pain qui s'est attachée à un autre pendant la cuisson. On dit aussi: baisure.
Bistoquet (bis-to-kè), s. m. Jeu d'enfant. Plus connu à Paris sous le nom de bâtonnet. Petit morceau de bois appointi par les deux bouts, qu'on fait sauter au loin en H'appant l'une des extrémités avec une palette.
Bl&xné (blâ-mé), adj. Connu, réputé, se dit en parlant de la contenance d'une pièce de terre. — Ce champ est blâmé pour deux arpents. On trouve encore dans des titres relativement modernes cette expression. — Une pièce de terre contenant trente perches suivant le cadastre et trente-trois suivant le blâme. Au moyen âge, le blâme était la contestation faite par celui qui recevait l'aveu.
Étym. du b. lat. blasphemare.
Blanc (à), adv. Tout couvert. (V. A blanc.)
Blée (blet), s. f. Sorte de rente foncière en nature, distribution de pain fondée par testament.
Ane. fr. blée, récolte.
Bleu (bleu), s. m. Contusion avec épanchement de sang sous la peau. (V. beugnc.)
Blonde (blond'), s. f. Bonne amie, maîtresse. — Il se promène avec sa blonde. Comme le fait remarquer Jaubert, une blonde peut être parfaitement brune.
Blu (blu), adj. Bleu.
Oh I beau crystal murmurant Que le ciel est azurant D'une belle couleur Blue Où Cassandre toute nue A mille fois remiré Son front des Dieux admiré.
(Ronsard )
Boban, bobeau ou bobet (bo-ban), adj. Niais, sot, frivole. Ane. fr. bobe, plaisanterie, bobu, niais. • Bobans, orgueil, étalage. B. lat. bombicuSf fanfaron, turbulent.
Il ne voulut naître
En bobans et grand appareil.
(Noêh nouveaux de Sanson Bédouin.)
Bobiohe (bo-bicb*), s. f. Petite bosse au front. On dit aussi : bobèche.
Bobichet (bo-bi-chè), s. m. Nom d*une pomme à cidre.
Bobichon (bo-bi-chon), adj. Dim. de bobet, niais.
Bobillon (bo-bi:ion), adj. Gaqueteur, diseur de riens. Tous ces mots paraissent venir du vieil ail. bob. — Jeune garçon, enfant.
Bobine (bo-bin'), s. f. Viande de qualité inférieure.
Bobinette tbo-bi-nët), s. f. Pièce de bois maintenant le loquet fermé.
Tirez la bobinette, la chevillette cherra.
{Le petit Chaperon rouge.)
Bocquer (bo-ké), v. a. Heurter, choquer. — J*m'ai bocqué cont* la porte.
Dans plusieurs dialectes, boquer (se) veut dire s'embrasser. Ce mot parait une onomatopée du bruit du choc.
Bodeau, bodet (bo-do), s. m. Jeune veau. On prononce bedon dans la Beauce.
Ane. fr. ventre, bedaine, tripes.
Boèle (bou-èr), s. f. Petite vallée, tranchée étroite. Le ruisseau qui arrose la vallée de Lunay se nomme le Boel ; la vallée de Boôl, commune d*Azé.
Ane. fr. boèl. Bas-lat. botellus, bodellusy boyau.
Bogue (Bôgh'), s. f. Cosses des léj^u mineuses. — Des bogues de pois, de haricots. Enveloppe de la châtaigne. Bas lai. bauca, bauga, boga, bracelet, anneau.
Boile (hoir), s. f. On prononce aussi bouélle, fille, fillelte. — Une belle boile. - Eh ! les boiles, v'nez-vous à la danse? Cette locution est usitée dans la Beauce blésoise et orléanaise. En patois lyonnais, hoilla.
Étym. inc. ; peut-être de piiella, à moins qu'on ne veuille y voir le sans;;rit bala, jeune fille.
Boire (boar'), v. n. Boire sur les clous, sur \i camomille, sur les quatre fleurs, c'est boire une infusion da ces substances.
Boisseau. (V. anciennes meaures.) || Boisseau d'eau, quantité coulant par un orifice déterminé.
Boisselée (boi-se-lée), s. f. Quantité de terre qu'on peut ensemencer avec un boisseau de grain. (V. anciennes mesures.)
Boissier (boua-sié), s. m. Bûcher, lieu où l'on serre le bois de chauffage. Il Bûcheron, celui qui travaille le bois dans la forôt.
Boite (boèt), s. f. Boisson, ce qui se boit couramment dans la maison, abondance. Une boile de marc gras. S'applique aussi aux animaux. — Donner la boite aux cochons.
Ane. fr. Boite, boisson.
Boiter (boua-lé), v. a. BYapper avec un bois. — Cet enfant va se faire boiter. (Perche.)
Boiture (boit-tur'), s. f. Même sens que boite, mais plus spécialement liquide mélangé avec de la farine ou du son que l'on prépare pour les animaux domestiques.
Ane. fr. Boyture, dans Villon.
Bombarbe (bon-bard'), s. f. Petit instrument de musique (?) composé d'un anneau en fer sur lequel est soudée en travers une lame d'acier flexible. En plaçant cet instrument devant les dents et on émettant un son, il seproduitune vibration plus ou moins désagréable. « Au commencement du siècle, dit Ncilz, on voyait quelques joueurs de bombarde accompagner les chanteurs. On ne sait pourquoi ce petit instrument n'est plus en usage aujourd'hui. »
Du latin bombas, bourdonnement d'abeilles. (V. Guimbarde.)
Bon (bon), superlatif. — C'est parfait bon ; — nout' cochon est gros bon.
Bonder (bon-rlé), v. n. Entass -r, emplir jusqu'à la bonde. Un grenier bondé de foin. — L'jour de l'assemblée, noul' maison était bondée de monde.
Bonjour (Simple comme), loc. populaire pour dire qu'une chose est la plus facile du monde à faire, à comprendre.
Bonne amie, s f. Maîtresse, promise. (V. Blonde.)
Bonnes gens (honn-jan), interj. sans signification bien précise, employée pour provoquer l'attention, appuyer le discours, correspondant à peu près à : oui, mes amis, mon cher! Bonnes gens, c'est la vérité du bon Dieu. La locution, employée aussi en exclamation par l'auditeur vivement intéiessé ou impressionné par le récit, veut dire alors: Vraiment! C'est pas Dieu possible!
Bonnet carré, s. m. Nom vulgaire du fusain, evonymu» europœus, à cause de la forjiie de ses fruits, qui rappelle avec un peu de bonne volonlé la forme d'une burette de prêtre.
Bon sang. Juron. — Bon sang de la vie, dans les grandes occasions.
Bordage (bor-daj'), s. m. Petite fermette, locaturc, maison avec une petite culture. Le bordage est ordinairement exploité par une famille seule sans concours de domestiques.
Borde (bord'), s. f. Môme sens. Il Nom d'un grand nombre de localilés non seulement dans le Vendômois, mais dans toute la France. — La Borde, Bordebure, la Borde Guérin, les Bordes, commune de Bocé, de Faye, etc. — Ces mots sont des termes de la basse latinité, signifiant métairie, masure, demeure. Jionla, hordcria, bordia, hordagiumy bordellus, bordellum, bordchtrin; ces mots, d'après Du Gange, viennent du saxon hordy ujaison. Bordage voulait diœ plus spécialement, au moyen âge, petite métairie tenue par un honmie libre et chargée de quelque redevance envers le seigneur. Dans l'ancienne coutume de Normandie. « tenue par Bordage si est comme aucune borde e^t baillée à aucun pour fèie les vils services à son seigneur, ne poet homme c(il fiement ne vendre, ne engager, ne dormer, et de c'en n'tst pas hommage fet. «
De Juobu!* uuicin Hordaçi'is (jtise super nos clamabant, infra terrain meam, in re.^per.tu reinan:*U, donec opportune idem placitarenius.
(Tab. abb. Vindocin, ch. 30?, cité par Du Gange.)
Et In nemore sancli Martini bordajium terrœ quod tenet flélie Brullou,
Rrgestum Castri lœdi {Château du Loir).
Bosse (Bos'), s. f. Grain de blé carié, charbonneux.
Bossier(bo-siè), s. m. Gousse, bogue.
Bossu, adj. Nom de localité. — Tout le monde à Vendôme connaît le tertre Bossu.
Botté (bo-lé), adj. Tourné, aigri, qui a un goût de fût, en parlant du vin, bouté.
Étym. du normand bolle, tonneau.
Boubique (bou-bik'), s. m. Vin mêlé avec du cidre, en général toute espèce de mélange. (Perche.)
Boucaut (bou-cô), s. m. (V. anciennes mesures.)
Bouchon (bou-chon), s. m. Enseigne de cabaret. C'est ordinairement une branche de houx ou de genévrier. || l.e cabaret lui-même. — Lever le bouchon, abattre le bouchon, ouvrir, fermer un cabaret. Ce mot se trouve dans le dictionnaire de l'Académie; nous le citons à cause de l'usage qui existait dans le Perche de suspendre au bouchim un chapelet de pommes en aussi grand nombre que la pinte se vendait de sous.
Bouet (boutj), s. m. Trou, passage dans une haie. — Quand le bouet est foulé, tout le monde y passe. (Dicton local.)
Bouéte (bo i-êl'), s. f. Tro i, ouve.luro étroite, petite feriôlre, trou de boulin. — Il a mis le nez à l:i bonète. Ane. fi'. bouet, bouetp, on\ertur«/.
Bouéte (bou'éf), s. f. Boite, qui .se pronongait ainsi au XVh* siècle; on trouve bouéte dans la Satyre Mcnippée. Au siècle dernier on écrivait couramment boète.
Bouge (bouj'), s. m. Convexité, bombement du tonneau. Il Gros ventre. — Cet individu a du bouge. Il Aire de la grange où l'on bat le grain.
Ane. fr. bouge, convexité du bouclier.
B. lai. biflga, sac, buurse arrondie.
Bouger (bou-jé), v. a. Remuer, déplacer, enlever. — J'peiix pas bougrr c'te pierre. — Moi, j'vas bon la bouger d'pl:ice.
Bougon (bou-gon), s. m. Pli gênant dans un vèteuienl, dans une chaussette. — Mon bas s'est mis eu bougon. — V'ià
ti un enfant bon liabillé, su ch'niise est tout en bougon dans son dos.
Bougot (bou-go), s. m. Fragment de souche, d'airachagÇ de bois, dans un défriclienient. Les bougots appartiennent aux ouvriers, qui les vendent comme bois de chauffage. Étym. inc.
Bougrasser (bou-gra-sé), v. a. Brutahser, malmener.
Bouillard (bou-iard), s. m. Cépage de vigne noire, raisin assez gros, à peau très dure, de qualité inférieure. || Peuplier bouillard, populus nigra. Chêne bouillard, quercus pubescens. Bouillard désigne ces arbres parce qu'ils se cultivent en bouillée, en tête de saule.
Bouillaud (bou-iô), adj. Chaud, bouillant. Autrefois à Vendôme les pâtissiers promenaient le dimn riche dans les rues des petits pâtés, en criant: Pâtés bouillauds, pâtés tout chauds, tout chauds, tout bouillauds. A la fin de la tournée les petits pàlés étaient loin (Fétre bouillauds.
Bouillée (bou-iée), s. f. Cépée, touffe d'herbes, de l)i anches serrées sur une souche. Une bouillée d'ortie, d'osier. (V. Talle )
Bouinote (boui-not'), s. f. Petite ouverture. Diminutif de bouète. (V. ce mot.)
Bouis (boui), s. m. Buis. Buxus scntperrirens.
Ane. fr. Ménage constate que cette prononciation était en usage à la Cour et il la recommande conmie seule correcte.
Bouji-bouju, adv. Pêle-mêle, en désordre.
Bouloir (bou-loué), s. m. Pilon à long manche servant à écraser le raisin.
Boulvari (boul-vû-ri), s. m. Hourvari, bruit, tapage, remueménage, bouleversement, désordre. — Un boulvari de tous les diables.
Bouquet «bou-ké), s. m. Outre le sens ordinaire, ce mot signifie plante en pot ou repiquée. La potée de basilic sur la fenêtre du savetier s'appelle un bouquet. — Planter des bouquets. — Arrose donc mes bouquets.
Bourasser (bou-ra-sé), v. n. F'aire des bourrées.
Bourassicr (bou-ra-slé), s. m. Celui qui fait des bourrées. Il S. m. Tas de boulrées, fagotier.
Bourboule (bour-boul'), s. f. Grand ravin, torrent, passage d'eau dans une vallée. Tout le mondu connaît, au moins de
repopulation, lY'tablissoment thermal do la Bonrhoule dans le Bou ri connais.
Bourde (bourd'», s. f. Fourche en boi? ti deux dents inégales qui sert aux fagoteurs à remuer les épines. Gros bôton destiné à porter un fagot sur le dos. Dérivé de bourdon, bâton.
Bourder (hour-dé), v. n. S'arrêter net, s'empêtrer, rester court. — Un enfant qui ne sait pas sa leçon bourde. — Vn candidat dans une réunion électorale reste court : on dit qu'il a bourde.
Bourdet (bour-dé), s. m*. Même sens que bourde, mais le bùton est plus court.
Bourdonneau (bour-do-nio), s. m. Terme de construction, ferrure principale d'une porte tournant sur pivot. C'est la pièce de fer en pointe qui repose dans la crapaudine.
Bouri (bou-rii, s. m. Ane, bourriquet.
Du latin burricus, petit cheval dans saint Aiigustin; dans Végèce, rosî?e.
Bourie iboii-rie), s. f. Petite ferme, borderie, nom de plusieurs localités dans la Bcauce. A Orléans, il y a les rues de la Bourie-Blanche et Bourie-Ronge. — Boérie dans lebas-Vendômois. Bas-latin Boeria, petite ferme.
Bouroufler (bou-rou-flé), v. n. Gronder, murmurer, parler avec colère.
Ane. fr. Borofler, même sens. — Conf. germ. biroufan, tirer Ips cheveux.
Bourrantes (bou-ranf), s. f. Pommes cuites.
Bourre- coquin, loc. Haricots.
Bourrer (bou-ré), v. a. Bourrer a un sens plus étendu que celui du dictionnaire de l'Académie. Il veut dire faire entrer de force des objets dans un lieu. — Bourrer ses poches. — Un grenier bourré de foin.
Beurrier (bou-rié), s. m. Fétu, balayure, ordure. Ce mot n'est pas local, mais nulle part il n'est d'un usage aussi fréquent. — J'ai un beurrier dans l'œil. — Jeter aux bourriers. — La seille aux bourriers. — A Paris on dit une Poubelle. Ane. fr.
Sépare les bourriers de la lx)nne semence.
Lors les bourriers volants comme poudre menue.
(Ronsard, passim.)
Bourse à Judas. Nom de plante, Capsella hursn patUorh.
Bousin (bou-zin), s. m. Ternie de l'argot des collèges, tapage. Les écoliers font du bousin lorsqu'ils ont un sujet de mécontentement, ou tout simplement pour le plaisir de faire du chahut.
Boustifaille (bous-ti-faye), s. f. Nourriture. Mot emprunté à Targot faubourien de Paris.
Bout (bou), s. m. Ce mot s'emploie dans le sens de petit morceau. — Un bout de bois. — Tn bout de pain. — C't'onvrage demandera un bout de temps.
Boutée (bou-tée), s. f. Bout de temps, boutade, travailler une boutée, ou par boutée.
Bouter (bou-té), v. a. Mettre, placer.
Boutons DOS habits les pus biaux Que j'ons quand il est fêle.
{La grande bible des Nocls.)
Par la Morgue, y faut y bouté ordre...
Je dirais à la roène : Mademoiselle la roène, si vous voulez bouté le dafinement (la fin) de tous ces trébouillemens illec, y faut que vous boutiez dehors la France ce Margazin (Mazarin) qu'il en est cause. {Dialogue de deux Quâpi ns d'Ingrésur les affaires dutemps. 1649.)
Boute-roue (bout'- roue), s. m. Bornes placées à l'angle des maisons ou le long des murs pour les préserver de l'atteinte des roues. Aujourd'hui qu'il y a des trottoirs dans les moindres villages, bien des gens ne savent plus ce que c'est qu'un boute-roue.
Boutret (bou-trè), adj. Non aiguisé, mousse, obtus. Un outil boutré, un esprit boutré. (Perche.)
Boutri (bou-tri), s. m. Baril, boucault, vase à mettre du vin. Ane. fr. bouteris, môme sens.
Bouvet (bou-vè), s. m. Plante, Avum maculatum, vulg. Pied de veau dans les flores ou chicotin.
Brâe (brâe), s. f. Couche à langer les enfants, torchon. || Femme malpropre. — Oh, c'te grand bràe.
Brai (bré), s. m. Distance entre les roues, tracé des roues sur un chemin. — Une voiture qui n'a pas le brai ; qui n'a pas la voie II Laisse donc ton ch'vau suivre le brai. Il Dans le Perche, brai est synonyme de chemin creux, chemin couvert, souvent
rempli d'eau et i\e boue; on peut faire venir ce mot de braver, broyer, ce qui est broyé, et le r.npprocher du bas-latin rupta, route, et du français : aller sur les brisées. — Mais rétymologie la plus acceptable est celle du bas-lnt. Braimn, boue, fange. La Braye veut dire rivière fangeuse.
Braillard (bra-iar), adj. Vantard.
Ane. fr. Braïerie, cri, tapage, braiemént.
Brailler (bra-ié), v. n. Se vanter. (Perche.) Le Hériché, Glossaire des nonis propres, donn^ à ce mot, qu'il écrit brayard, le sens de fier, brave, bien parc. — Brayard est, dit il, employé par Ronsard dans le sens de fier. Il viendrait d'un radical celt. Brao, brave. Brav, bas-bret. bnavOy kym. breaghy Irl. et Gaël, même sens.
Bran (bran), s. m. Sciure de bois. — Du bran de scie. — En V. fr. bran signifiait son ; la sciure de bois ressemble en efi'et à du son ; par extension Bran a été pris pour déchet, ordure, excrément. Il Interj. Bran!... nous ne nous voulons pas écrire la rime unique à perde.
Bran ! vous me cajoliez, laissez-moi je vous prie.
(R. Belleau.)
Branche (branch'), s. f. Série. - Nous allons avoir une branche de froid.
Branciller (bran-si-ié), v. n. Brandiller, balancer. — Le vent fait branciller les arbres. Il Se branciller, se balancer sur la brancilloire.
Brancilloire (bran-si-ioir'), s. f. Balançoire composée d'une longue planche placée en équilibre sur une pierre ou un morceau de bois; on dit aussi bransculoire.
Étvm. inc.
Brander (bran-dé), v. n. Passer rapidement sur un travail sans le bien faire, travailler trop vile, sans soin. Un jardinier qui taille sans soin brande. Tne vache brande quand elle broute sans appétit.
Étym. inc.
Brandi (bran-di), adj. Tout brandi, tout d'une pièce. — Déplacer une armoire toute brandie. — De branJir, terme de charpente, cheviller des pièces de bois de manière à en faire un tout rigide. — On monte une ferme toute brandie.
« I^ lendemaÏD du comltat He Vendôme «1^0», le froid fut tellement intense que les morts étaient ctillés à tcm^ par la gelée. On les chargeait tout htrandis dans les voitun^. • •
«Nf.ii^. Xotcf fur le paf.-'QQC de Varméc de !a Loire ft Vendôme^ 1H70 ISTl )
Brandons (hi^ii-dôn>, s. m. Feux de paille ou d'herbes qu'il était d*usage d'allumer dans la campagne le premier dimanche de carême, en dansant et chantant autour.
Nous croyons devoir donner quelques-uns des chants qui se répétaient à cette occasion.
Brandons! i>randons !
Fur les terres et sur les champa, Sur les grains et les froinens.
Pour les petits, comme pour les grands!
Brandons, brandons,
(Beauee orléanaUe.)
Brandons, brûle/!
Dans les vignes et dans les blés !
La grand groine de froment Pour semer l'année qui vient !
Brandons, brûlez!
(Tour y, Eure-et-Loir.)
Ces strophes beauceronnes ont une espc'ce de caractère religieux. En Sologne, le chant a une allure tout à fait satyriqtie, et doit être d'une facture plus moderne.
S^orlezd'ici, mulots!
Ou j'vas vous brûler les crocs !
Quittez, quittez ces blés.
Allez, vous trouverez
Dans la cave du curé
Plus à lK)ire qu'à manger !
Éty. perm. Brant, tison.
Branle (branF), s. m. Chant des bergers du Perche pour faire partir leurs bestiaux. Le branle consiste plutôt dans l'intonation que dans les paroles, qui n'ont le plus souvent aucun sens. (V. Adrê.) \\ Air sûr lequel se chante une chanson. Dans tous les recueils de Noels, nous voyons : Noël sur un branle nouveau. Il Danse. Lever le branle. Dans les assemblées les jeunes gens formaient une ronde, sorte de farandole, sur la place publique pour entraîner les amateurs de danse. Ces mots sont admispar l'Académie, mais tellement tombés en dé-
suétude que nous avons cru devoir les reproduire. || Branle, pièce de bois suspendue à des cordes ou à des chaînes pour séparer les chevaux dans Técurie.
Brasil (bnVzi), s. m. Menue braise ardente.
Brasiller (brû-zi-ié), v. s. Chauiïer à l'aide de brasil. Outre le sens de griller, rôtir, donné par TAcadémie, il signifie réchauffer un objet en y passant rapidement de la braise éprise. — Attends, mon gas, que jHe brasille tes sabots pour aller h l'école.
Branlée (bran-léa), s. f. Sonnerie de cloche à toute volée. || Charge branlante d'une voiture qui a trop de balan. || On dit d'un homme ivre : il en a, une branlée !
Brasse (bras'), s. f. Mesures de longueur. (V. Anciennes mesures.)
Br&ter (brà-lé), v. a. Détourner à bras une voiture. Ane. fr. Brast, détour, tournant.
Bravette (bra-vèf), s. f. Pièce de tablier qui remonte sur la poitrine. (V; Bavette.) Les bonnes qui servent dans les bouillons Duval ont des tabliers à bravette.
Breuil (beu-ruey'), s. m. Nom de plusieurs localités : les roches du Breuil, c«' de Lunay. I>e Breuil, c« de Villefrancœur. Bas-lat. BroUwHy bois, du vieux fia m. BroH.
Bréyer (brè-ié), v. a. Broyer; on écrit aussi brayer et bréger. — Bréyer le chanvre, séparer le chaume de la filasse en brisant les tiges. Les malins prétendent qu'on faisait ce travail bruyant pendant la nuit, pour faire savoir aux voisins qu'on avait récolté une grande quantité de chanvre, surtout lorsqu'on avait des filles à marier.
Breyé (bré-ié), adj. Rompu, éreinté. — J'viens de séyer, j'en suis tout breyé. — Il est tombé d'un Abre, on l'a relevé tout breyé. || Galette breyée, dont la pâte a été pétrie avec le brayoir. C'est une sorte de pain bénit à pâte très dure.
Bricole (bri-kol'), s. f. Tontes sortes de menues occupations. Ane. fr. Briche, fragment, miette.
Bricoler (bri-ko-lé'), v. n. Faire toute sorte de métiers, se dit en bonne part. Un homme bricole lorsqu'il sait s'occuper à toutes sortes de choses, qu'il fait seul sans outillage spécial de menus travaux de menuiserie, serrurerie, etc. Un petit rentier bricole toute la journée pour se dénuyer (se désennuyer).
Brimballer (brin-ba-lé), v. n. Outre le sens admis par l'Académie, brimballer signifie chercher l'incertain, ne pas suivre
une direction dc^terminée. — Faire brimhaller quelqu'un, le faire dévier du droit chemin, au propre et au figuré.
Brinder (brin-dé), v. n. Enlever la terro an pied d'une souche de vijïne, pour faciliier la taille.
Brinet (bri-né), s. m. Taureau. On dit aussi bernet : mener la vache au bernet.
Étym. inc.
Bringue (bringh'), s. f. Grande femme, mal tournée, mal habillée, ayant mauvais genre. |1 Mettre en bringues, briser, mettre en pièces. — Gré polisson, ta culotle est encore en bringues. — Un ivrogne rentrant chez lui répond aux reproches de sa femme en mettant tout en bringues.
Élym. germ. Bvcchen, rompre.
Brinqueneller (brin-keu-né-lé^, v. n. Changer de travail à chaque instant. Ne rien faire avec suite.
Étym. inc.
Brinsander (brin-san-dé), v. n. Tourner et virer sur soi-même. Ne rien faire qui vaille.
Ktym. inc.
Brinsandier (brin-san-dié), s. m. Ouvrier qui travaille le chanvre, Hltoupier.
Brinsandilles (brin-san-diy'), s. m. Brindilles, menues branches dont on fait les balais.
Brion (bri-on), s. m. Amulette, sorte de sachet ou scapulaire qu'il est d'usage à la campagne de suspendre au cou des jeunes enfants, pour les préserver des accidents ou de certaines maladies. Le brion est orné de signes qui diffèrent suivant le saint auquel l'enfant a été voué.
Étvm. inc.
Briqué (bri-ké), adj. Trop cuit, brûlé. — Le pain est briqué. — Le foin est briqué par le soleil, fttyni. prob. : qui prend la couleur ou la dureté delà brique.
Broc (bro), s. m. Fourche en fer servant h enlever les gerbes pour les charger sur la voilure.
Brocante (bro-kanf), s f. Menus travaux exécutés par un ouvrier en dehors des heures de travail dues au patron. J'me fais toujours quéqu'sous avec la brocante.
Broche (broch'), s. f. Petit tampon en bois servant h fermer le trou d'une cannelle dans un fût; c'est une sorte de petite bonde.
L'Académie la confond avec le fossotondouzil. Autrefois broche voulait dire robinet.
Brocher (Bro-chè),v. n. Tricoter, avec la broche ou aiguille. A Lavardin, ou Ton fabriquait une grande quantité de bonneterie, toutes les femmes brochaient, comme cela a lieu aujourd'hui dans les Landes.
Broqueter (l>ro-k*té), v. n. Charger les gerbes de blé avec le broc.
Broqueteur (bro-k'teux), s. m. Celui qui se sert du broc. C'est un ouvrier spécial, ce travail pénible n'étant pas à la portée de tous les moissonneurs.
Brou (brou), s. m. Feuilles érussées qu'on donne à brouter au;c animaux. Il Fig. Gagner son brou; sa nourriture. Dér. de Brouter.
Brouasser. (V. Berouasscr.)
Brouillard de M. de Vendôme. (V. Vendôme.)
Brouillasser (brou-ia-sé), V. unip. (V. Berouasscr.)
Brouiller (brou-ié), v. n. On dit aussi breuiller. Se dit du cri d'alarme des bêtes à corne sous l'influence d'un danger, de la peur. Le breuillement diffère du mugissement. — La couleuvre fait breuiller les vaches.
Étym. inc.
Brûlée (bru-lée), s. f. Volée de coups, raclée. — Il a reçu une fameuse brûlée.
Brumftle (bni-màl'), adj. Animal d'un sexe douteux. Étym. inc.
Brune (brun'), s. f. Maîtresse, bonne amie. (V. Blonde.)
Buaillon (buù-ion), s. m. Petite buée.
Buée (buée), s. f. Lessive. — Couler la buée. — Accoutrer la buée. — Casser le cou à la buée, arrêter l'écoulement du Icssu en retirant le iuauiw. ce mot) qui le conduit du cuvier dans la chaudière. Le mot buée est dans le dictionnaire de l'Académie, mais il est tellement inusité à Paris que bien des Académiciens jureraient sur l'honneur qu'il n'est pas français, et ne comprendraient certes pas le terme ; Casser le cou à la buée.
Langue d'oc : Bugada; breton, hugat, lessive. Littré etBurguy pensent que Buée doit venir d'un radical celtique, peutêtre du Gallois Bog, tremper, et non d'une forme latine hueve, imhuere, qui n'aurait pas donné le roman bugada.
Buhie (l)iiio), s. f. Cruche on terre munie d'nnc anse verticale placée au-dessus de rouvcrlure et d'une tétine, sorte de l»ec ou hiheron, sur laïKinse.
Ane. fr. Huio, iKihe, buïon;en patois normand, buliot, corne des fauclieurs.
Bas-lat. Buffa, trou, cavité, par extension vase creux, et non du latin bibere, comme on Ta dit quelquefois.
Has-lat. buholerhts, ouvrier qui fait les buhies.
Burichon (hu-ri-chon), s. m. Nom vulp^ire du roitelet ou troglodyte. On dit aussi bérichon.
Ce terme, d'après Jaubert, viendrait de bure, étolTe, à cause de .<îa couleur brune.
Hussard (bu-sar), s. m. Tinette, tonneau portatif en forme de cône tronqué. (V. anc, mesures.)
Busse (bus'j, s. f. Tonneau, futaille en mauvais état, poinçon défoncé par un bout. — Une busse de vendange. — Élever des lapins dans une busse.
V. fr. nn.<?se, du bas-lat. Bussa^ espè<*e de navire, ou Buceîlus, bois.soau.
Busson (bu-son), s. m. Buisson, anc. fr.
Butet (bu-té), s. m. Petite hotte en osier, sen'ant aux jeunes garçons pour porter les terres et le fumier dans les vignes. Le butet ditTèrede la hotte par sa dimension, et parce quil n'est pas goudronné à l'intérieur. Xeilz a eu entre les mains le compte d'une closerie sise à Montrieux, c^ de Naveil ; il en résulte qu'on payait aux porte-butets, en 1768, douze sous à r;\gc (le douze ans, plus un sou par année en plus. I^e chargeur était payé vingt sous, il Les jardiniers se servaient du butet pour porter les légumes au marché.
Anc. fr. Buté, pot, vase. Butel, bouteille, du bas-lat. Bnlicula^ bouteille.
Butet signifie aus.si les petits tas ou buttes de fourrage que l'on drosse le soir dans les champs, quand on craint la pluie. Il Porte-butet, nom de l'éphippigère des vignes. (V. Hotieux.)
Bzeau (b'zo), s. m. On dit aussi berjot. Clou, furoncle.
Ça (sa», pro.n. déin. Cela. Ça va bien, ça marche. Il a gelô, ça va faire du tort aux vignes. || Employé dans les verbes unip. à la place du sujet t7. — Ça pleut, ça neige. || Quelquefois, ça est employé à la place d'un sujet dont le sens est indéterminé. — Ça rabàte, ça revient dans cette maison. — Quelque chose rabûte (V. ce mot), il y a des revenants dans la maison.
Caban (ka-ban), s. m. Sorte de petit chantier ou poulain en bois léger servant à poser les poinçons de vin dans une voiture pour les empêcher de rouler. On ne s'explique guère comment le mot caban a pu prendre le sens de support. Peut-être n'est-ce qu'une déformation de Cabas, panier de paille tressée. En effet l'appareil nommé caban est usité surtout par les marchands de vins; les petits particuliers, pour caler les pièces de vin, se servent ordinairement de torches de paille.
Cabasser (ka-ba-sé), v. a. Tracasser. Celte allai re me cabasse. Conf. anc. fr. Cabuser, tromper.
Étym. inc.
Caboche (Ka-boch'), s. f. Sorte de clous à grosse tête.
Cabosser (ka-bo-sè), v. a. Bosseler, se faire des bosses à la tête.
Anc. fr. Caboce, télé, cabuceau, couvercle. Chabocer, bosseler la vaisselle.
Gaboumeau (ka-bour-gnio), s. m. Mauvais chapeau de forme ridicule. — J'vas t'renfoncer ton cabourniau. Éiym. inc.
Cabre (kàbr'), adj. Noir, triste. En patois picard, cabri, chevreau, est employé adjectivement pour désigner un homme fantasque, écervelé. (V. Macabre et âbre cabre.)
Caburoche (ka-bu-roch'), s. f. Petite cabane, maisonnette servant d'abri dans les vignes ; dérivé de cabane.
Gacabrer (ka-kà-brè>, v. n. Crier, en parlant de perdrix, imiter ce rri.
Du liitin cifcaharcj nicnie seni, onomatopée.
Et cocahrent romine perdrix.
fAinbr. Paiik.)
Gacailler (ka-ka-ié), v. n Glousser, imiter le cri de la poule; une poule cacaille lorsqu'elle a pondu. || Au fig., parler à tort et à travers. Ce mol, comme le précédent, est une onomatopée du cri de ces oiseaux. Il est œgrettable que les mois ne soient pas restés dans la langue actuelle.
Du lat. cacUlare^ même sens.
Alors on voit aussi la poule apprivoisée No!)ie race des coqs, d'une voix redoublée.
Gomme l'eau dessus l'eau distille, cacailler.
(R. Belleau )
Cachecou (kacb'-cou), s. m. Fichu qui se met autour du cou.
Gachepot (a), loc. adv. En cachette. — Vendre du vin à cachepot, en fraudant les droits.
Gâcher (ka-ché), v. a. Serrer, presser, fouler. Cacher du foin dans un grenier, le presser, Tempilcr. || Cacher, couvrir. — Cache-t<ji la léle, i faitben fred.— Va donc cacher les melons, crainte de la gelée.
Kn V. fr., cacher voulait dire lever ou percevoir un droit. Aujourd'hui on dit fouler, écraser le contribuable.
Du lat. coactare.
Gachotier (ka-cho-tié), aJj. Qui fait des cachotteries.
Gadre (kadr' ou kàd'). s. m. Tableau, gravure, par métonymie.
— .l'ai acheté des beaux cadres pour mettre dans mon salon.
— 11 y a du reste pas mal de gens pour lesquels le Ciidre doré a plus de valeur que le contenu.
Dans l'argot des saloniers, on emploie souvent ce mot pour lableau : c'est un divs meilleurs cadres qu'il ait exposés.
Gaforniau (ka-for-gnio), s. m Cabinet, fourre-tout, capharnaum. Langue d'oc Caforno, cavité.
Gageot (ka-jo), s. ni. Petite corbeille d'osier servant de moule à fromages. || On dit aussi Cageotte, c'est une corbeille plus grande.
Gagnard (ka-gnari, petit ivchaud portatif en terre cuite, ou en fonte.
Ane. fr. Lieu exposé au soleil.
Gagne (kagn'),adj. Lâclwî, poltron, cafard.