Mot de Chapelain à Balzac
qués. Chapelain parle encore à Godeau des négociations qu'Arnauld et Conrart continuaient avec le prieur de TEnfourchure, c'est-à-dire- Jean de Grasse-Cabris.
Le cardinal de La Valette avait été désigné le 3o mars pour remplacer le maréchal de Créqui à la tête de notre armée d'Italie. « Vous allez jouir du voisinage de votre illustre ami », écrit Chapelain à Godeau le 3o avril. Puis le 7 mai : « Vous aviserez bien au voyage que vous desseignez ' de faire vers M. le cardinal de La Valette ; si vous m'en croyez, vous ne l'entreprendrez qu'après avoir envoyé vers lui pressentir son opinion. Vous le connaissez : il pourrait être choqué de votre soin, si vous l'alliez visiter dans la chaleur de la guerre ». Godeau suivit ce conseil et ne se rendit pas auprès de « l'Eminence générale », comme Chapelain qualifiait La Valette dans une lettre à Balzac du 7 mars i638.
Les Espagnols restaient menaçants, sinon sur la Méditerranée, du moins dans l'Italie du Nord. Le 7 juin, Richelieu recommande au comte d'Alais de « mettre un tel ordre dans le gouvernement de Provence qu'il ne puisse être surpris par un débarquement » 2. Verceil avait été investie par les « marranes » de Leganez le 27 mai et ravitaillée par les deux La Valette { le 2 juin ; ce qui ne l'empêcha pas de capituler le 5 juillet.
Le 10 mai, Chapelain écrit à Balzac : « La terre a tremblé sous M. de Grasse et sous son petit évêché ». Le 20, à notre prélat qui venait de sentir le tremblement de terre en question, il n'en parle pas, mais dit : « Nous avons vu et observé les deux premiers de vos psaumes et vous devez maintenant en avoir en nos sentiments. La moitié du Benedic aussi, et je l'ai trouvé presque partout admirable ». Suit la phrase où Chapelain parle, avec une modestie don! la sincérité peut être équivoque, de ses « croassements », afin de
1. C'est-à-dire* que vous avez le dessein «l'entreprendre ». '}.. Ij'II. (U Hirhrl., éd. Wenel, I. VII, dans Lefl DOC. inrri
3. " Les deux frères ultramontains .comme disait Chapelain £ Balsac le 6 novembre 16
Qodeau.
mieux faire valoir les qualités de poète qu'il vante chez Godeau.
Notre petit évêque est heureux de son existence ; le pittoresque du pays lui plaît à tel point qu'il le décrit en vers; d'ailleurs, il se tient au courant des nouvelles de Paris et trouve en Chapelain, dit M. Cognet, « une vivante gazette >>. Il continue à cultiver la poésie, écrit des Eglogues spirituelles, y chante la campagne qu'il a sous les yeux et montre un amour de la nature assez semblable à celui qui respire, vers la même époque, dans les lettres que Balzac écrit sur les bords de la Charente. Il étudie l'italien, le sait en quelques mois, lit avec transport les grands poètes de l'Italie l et se passionne pour les ouvrages du cardinal Guido Bentivoglio, un des protégés d'Urbain VIII alors régnant, notamment pour son Histoire des révolutions de Hollande2. Issu d'une célèbre famille bolonaise, il avait, selon un mot de Chapelain, « une marotte, la prétention au souverain pontilicat » 3. Ce fut le protecteur d'Henri Arnauld.
M. l'abbé Cognet a mis en lumière la belle manière dont Godeau, lisant cet ouvrage de Bentivoglio4, parle de la fondation de la République hollandaise. « Dieu a voulu en cette occasion confondre la prudente politique des hommes et leur montrer que, comme c'est Lui seul qui empêche que la mer ne noie la Hollande, c'était Lui seul qui la retenait dans la fidélité et que, ayant fondé de nouveaux empires par des conquérants et par des soldats, Il peut fonder des états par des gueux et rendre des besaces aussi terribles que des épées 5 » .
i. G., d'ap. Chapelain, Lett., t. I, p. a3i, et Godeau, Lett., t. I, p. 28.
2. C., d'ap. Godeau, Lett., t. I,p. 29. Balzac admirait beaucoup ce cardinal et parle souvent de lui dans ses Lettres : on crut qu'il deviendrait pape à la mort d'Urbain VIII. 11 mourut en i644. Il était de la promotion cardinalice dont fit partie Louis de Nogaret de La Valette. J'ai dit (p. 62) qu'il avait été évêque de Riez de 1622 à 1625.