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3. Godeau, dit M. Cognet, avait beaucoup médité là-dessus. Témoin ce que Chapelain lui écrivait le 29 nov. i63o : « Vous me pressez sur l'éclaircissement du doute où vous êtes de la nécessité des 24 heures pour les poèmes dramatiques » (Lett., t. II, p. 34 1, note).
Un autre jour, Théopompe sert à ses deux hôtes uneéglogue dont il est l'auteur. La scène est une allée de gazon que terminent six grands orangers. Des bergers (c'est-à-dire les gens de l'évêché) récitent des vers où Théopompe décrit son départ de Paris, son arrivée à Grasse, les misères de la vie de la cour, les charmes de la solitude provinciale et provençale. Léodamas applaudit : « Je renonce aux règles de la comédie pompeuse et tiens pour ces bergers de Grasse, pourvu qu'ils parlent toujours si agréablement ... vous avez bien trouvé le moyen d'adoucir votre bannissement ... l'églogue est un poème que notre langue n'osait entreprendre ... j'ai ouï dire à feu M. de Malherbe qu'il eût mieux aimé faire un poème épique qu'un seul chant pastoral ». Nous verrons ailleurs ce qu'est cette églogue de l'évêque de Grasse.
On voit quel intérêt présentent ces lettres « longues et belles qui, toutes les semaines, enrichissaient les recueils de Conrart », comme Chapelain l'écrivit à Godeau le 18 fé vrier i638. Œuvre, non de l'évêque de Grasse, comme on l'a cru longtemps, mais du P. Hercule, ainsi que M. l'abbé Cognet a su le reconnaître, elles nous rappellent ce que Godeau avait fait jusque-là ou bien nous indiquent ce qu'il fera dans la suite. Cette correspondance sans nom d'auteur, que le plus récent biographe de Godeau analyse assez heureusement, sinon avec toute l'exactitude désirable, constitue un des documents les plus précieux pour les premiers mois de son épiscopat.
Tisserand avait insisté sur ce que ces écrits, — de Godeau, croyait il par erreur, — disent d'une corbeille de fleurs d'oranger avec force bouquets de citrons qui parfumaient toute la salle, de « quatre bouteilles d'eau de nafre ' dont le montant était capable de rendre vraisemblables les hyper hoirs de MM. Balzac cl Desnoyers » 2. de petites figurines d'ambre « qui avaient toutes sortes de poses et de figures burlesques » \ etc.
i. Ou plutôt de naffe (de l'espagnol nafa qui vient de l'arabe nafha, « odeur agréable ») : c'était do l'eau de fleura d'oranger distillée
a. (Tétait un présent d'un ermite de Mec à Théopomp* S. De même.
Ces lettres du supérieur général des Pères de la Doctrine Chrétienne, à qui Balzac écrivit quelquefois1, ont une valeur déplus, si l'on songea l'origine de cette congrégation et à ce que Godeau devait faire pour elle. On sait que César de Bus 2 l'avait fondée en France en i5o2, que Clément VIII l'avait approuvée en 1697 et le roi par lettres-patentes de 1610, qu'elle fut quelque peu agitée jusqu'en 16^7, et qu "Innocent X la constitua alors dans la forme qu'elle garda jusqu'à la Révolution 3. C'est parmi ses Pères que Fléchier — qui devait remplacer Godeau à l'Académie 4 — passa quelques années.
Tisserand avait rapporté à Godeau ces missives du P. Hercule. M. Cognet a, le premier, publié une lettre, malheureusement non datée, où notre évêque remercie ce religieux 5 qui lui avait envoyé des excuses et des compliments. « Je viens de recevoir un riche trésor... J'ai toujours bien cru que la passion avec laquelle j'ai recherché l'honneur de votre amitié, le désir violent dont j'ai donné autant de témoignages que les occasions m'ont pu permettre et la part que j'ai prise dans vos intérêts... pouvaient obliger une âme toute franche et toute généreuse, comme la vôtre, à se souvenir quelquefois de moi... Je ne me trouvai malheureux que quand je me trouvai à la dernière ligne... Parmi ces occupations glorieuses qui vous retiennent, dans ces conférences où vous régnez sur l'esprit de tous ceux qui vous écoutent... vous m'accordez une faveur qui me fera autant d'envieux qu'elle aura de témoins. Peut-être que depuis votre départ vous avez oublié qui je suis... Le même importun qui vous a cent fois blessé les oreilles d'un mauvais entretien, vous persécute encore par ses lettres.