‹ Godeau, évêque de Grasse et de Vence (1605-1672) (volume 2)Chapitre 112 sur 192 · G., d'ap. Rec. Conrart, in-4\ V, fol · texte numérisé non relu

G., d'ap. Rec. Conrart, in-4\ V, fol

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Les jours qui se sont écoulés depuis notre séparation, ne mont apporté que de l'âge et des douleurs. Je suis toujours étranger dans les bons livres. Quand j'aurais brûlé ces enfants difformes desquels vous me parlez, je ne serais point accusé d'avoir violé la première loi de la nature... Une liste de mes fautes, écrite de votre main, m'aurait témoigné avec plus de fidélité que vous m'estimez hors du commun, que toutes ces belles paroles qui font voir à ma honte que la rhétorique possède seule le secret de changer les autres métaux en or ».

Voici d'autre part une des plus importantes affaires dont notre évêqueeut à s'occuper : celle de Lérins.

Les Gassinistes étaient à Lérins depuis plus d'un siècle *. Augustin de Grimaldi, évoque de Grasse et abbé commendatairede Saint-Honorat, avait voulu réformer le monastère, et demandé à Louis XII d'en charger le grand prieur de Cluny, le prieur de Saint-Martin de Tours et celui « de Morsam » , de l'autoriser en outre à mettre dans le couvent des religieux «de la congrégation Sainte-Justine dudit ordre de saint Benoît » et à l'unir à celle-ci. François Ier confirma, le il\ avril i5i5, la bulle Fia recorda lione par laquelle Léon X, étant à Florence, avait, le 29 janvier, prononcé cette union -. Depuis Jérôme de iMontferrat, installé le 2 juillet 1016 comme abbé régulier du Mont-Cassin, jusqu'à Honoré d'Ubraye, élu en i632, on a compté 3g abbés réguliers, sans parler ici des commendataires. Deux ont été particulièrement en vue : Grégoire Gortèse de Modène (1024-7), qui chanta Lérins en vers et fut cardinal ; Denis Faucher (104^-7), qui passa pour un écrivain de talent.

Sur cette quarantaine d'abbés, très peu avaient été Français. L'union de Lérins au Mont Gassin avait été cassée par le roi même qui y avait consenti ; François Ier avait aussi défendu en [543 de recevoir des moines étrangers dans l'île.

1 ^ur lout enci, voir Moris, Car t. de Lérinst 1. il. 1906, i> kxu ^\>\ a. Avant le Concordat, comme on in lii remarquer par la suite (voii \loiis. <>f>. eU . p. \i. m.

En 1 54 7 , Henri IT avait confirmé à nouveau la bulle de LéonX, mais exigé que les moines étrangers quittassent Saint-Honorat en temps de guerre. Menacés par Guillaume Pélicier, évêque de Montpellier, et abbé commendataire de Lérins, en mars i558, d'être expulsés et remplacés par des Glunistes, les Gassinistes furent rétablis par le Conseil du roi en juillet. En i56/i, Pélicier avait à nouveau essayé de les chasser : Charles IX avait maintenu l'union le 1 1 septembre. Henri IV la confirma, notamment pour être dispensé de construire un des quatre couvents qu'il s'était engagé, lors de sa conversion, à édifier en vue d'obtenir l'absolution ; le 4 décembre 1597, des lettres-patentes la maintinrent1, mais à condition que l'abbaye fût régie par des Français, élus par le chapitre général du Mont-Cassin.

Louis XIII avait confirmé ces mesures en octobre 161 1. Si les Espagnols chassèrent les moines en septembre i635, ainsi que la garnison établie par le gouverneur de Provence à Sainte-Marguerite, on accusa, quand ils revinrent de Vallauris à Lérins, en 1637, ceux surtout d'entre eux qui n'étaient pas Français d'avoir été de connivence avec l'ennemi, et on les soupçonna de favoriser les espérances des Espagnols dont les navires de guerre se montraient encore de loin en loin. Richelieu redouta un nouveau coup de main.

Louis XIII désunit Lérins du Mont Cassin par des lettrespatentes du ier mars i638 2. Le i5, il chargea le général des Mauristes d'envoyer « quelque nombre » de ses religieux dans l'île 3. Le 17, par des lettres-patentes qu'il donna à Saint- Germain- en-Laye et que contresigna Bouteiller, il chargea l'évêque de Grasse et l'intendant de Provence, François Bouchart, sieur de Sarron et Ghampigny, conseiller d'Etat4, de faire sortir les Cassinistes et de les remplacer par les religieux de Saint-Maur, que le roi priait le supérieur général

1. On y insista dans la suite (voir Moris, op. cit., p. xlu).

2. Tisserand (God., p. i/j6) date cet édit de désunion du 27 mai

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