G. d'ap. Arch. du min. des Aff étrang., n" 1700, f
peu avant que Godeau quittât Grasse. Nous avons dit que la campagne de 1609 m^ insignifiante en Piémont et que nos troupes y occupèrent seulement quelques places. Mais Godeau y perdait un grand personnage dont il avait plus d'une fois chanté le nom dans ses vers ; on croit qu'il assista aux honneurs funèbres que l'on rendit là bas au cardinal, puis il se dirigea de Turin, non sur Grasse, mais sur Paris. Nous verrons qu'il garda « dans la salle » de son évêché de Vence « les tableaux des cardinaux de Richelieu et de la Valette » et les légua par testament à son médecin Signoret.
Le 3 octobre, Chapelain ignorait encore la mort du troisième fils l du vieux duc d'Epernon et envoyait à Monlausier, qui était à Colmar et avait failli être, quelques jours auparavant, brûlé dans une hôtellerie entre Lyon et Genève, ces mots : « On dit que le cardinal est mort. Si cette nouvelle est contredite par d'autres courriers... si Dieu nous rend une vie si importante, nous ferons chanter le Te Dcmn à la Lionne, et M. de Grasse fera pour son ami et patron des Soteries "2 où il se surmontera ». Le 16, Chapelain écrivit à Balzac : « M. de Grasse n'est arrivé qu'un jour après la mort du cardinal ». Et le 27 novembre, quand notre évêqur fut arrivé et installé à Paris pour l'hiver de 1 63o- lo : « Il ne parle point de célébrer la mémoire du défunt, encore moins le docteur profane» : allusion, dit Tamize) de Larroque, à François Guyct qui avait dirigé les études du mort, lorsque celui-ci ne portait (pie le titre d'abbé de Grandselve {.
1. L'ainé, Henri, était mort, quelques mois avant, le 1 1 février, à Casai. ?.. Du grec S<>l cria.
$. Guyet, qui mourut en 1 <>;>:>. fui un ami de Balzac, <l<> Ménage et de Régnier qu'il avail retrouvé à Rome en [608. Il n\;iii une grande réputation comme poète latin, commentateur ei critique, malgré ses exagé ■ us en littérature el <mi religion. « Si j'eusse été un juif ». <lis;iii il. 1 j aurais appelé de la sentem <• <l<- Pilale a minima » Il considérai donc connue trop faible la peine prononcée pai le procurateur de Judée contre le Christ, lorsque, dans le procès civil, il ratifia le jugemeni du procès ecclésiastique, <|ui avail eu lieu chez Caïphe
On sait que le cardinal de La Valette, qui avait été archevêque de Toulouse, sans avoir reçu les ordres, avait eu le chapeau rouge en 1621, au titre de Saint-Adrien, et s'était démis de son archevêché pour se livrer à la vie militaire. Il avait demandé à être enterré à Saint-Sernin de Toulouse, « où il y a », dit Balzac dans une lettre à Chapelain, « les corps de trois apôtres et de plusieurs saints». Ses restes y arrivent le 23 octobre et sont reçus à la porte Saint-Michel, par l'archevêque de Toulouse, Mgr de Montchal, qui avait, en janvier 1628, remplacé le cardinal de La Valette, parl'évêque de Ramiers, Mgr Henri de Sponde, celui de Rieux, Mgr Jean- Louis de Berthier, et celui de Mirepoix, Mgr Louis de Nogaret de La Valette ', ainsi que par les chanoines de la cathédrale Saint-Etienne. Telle fut la dernière marque de respect que l'on donna aux restes d'un étrange prélat, dont la nomination comme chef de notre armée d'Italie avait mécontenté Urbain VIII, au point que Ghavigny écrivit au maréchal d'Estrées, le 6 avril i638, — sur un ton qui semble indiquer que c'est Richelieu qui dictait ces paroles : « On a déclaré au nonce à Paris que la mauvaise humeur du pape ne ferait rien changer à cette résolution ; s'il voulait procéder contre le cardinal comme désobéissant au Saint-Siège, vous lui déclarerez nettement et au cardinal Barberini 2 que S. M. tiendrait cette offense comme faite à sa personne » â. Le cardinal de La Valette fut enseveli dans la chapelle de Saint-Exupère, malgré le vieux duc d'Epernon qui avait envoyé chercher le cadavre de son fils et voulait enterrer le prince de l'Eglise à Cadillac, au tombeau familial des Nogaret.
Godeau arriva à Paris à la fin d'octobre 1639. Ce qui le prouve, c'est que Chapelain écrit le l\ novembre à Montausier qui était à Golmar : « M. de Grasse est à Mézières à présent et s'en va être deux fois évêque ; il vous écrira à son
1 Un des bâtards du vieux duc d'Epernon : coadjuteur en 1629, et. depuis i63o, évêque de Mirepoix, il devint, en 1 655, évêque de Carcassonne et mourut en septembre 1679.