‹ Godeau, évêque de Grasse et de VenceChapitre 156 sur 242 · Vernet, l. c · texte numérisé non relu

Vernet, l. c

ni l'astrologie judiciaire ni la chiromancie. Qu'ils méditent la Bible, « avec de courtes gloses d'Emmanuel Sa *, Menochius i », le Concile de Trente, le Catéchisme, le bon Laboureur, la Vie des Saints, le Pédagogue chrétien, Y Instruction du chrétien du cardinal de Richelieu 3, la Sainteté des prêtres de Molina \ la Somme de Tolet, 5 « les œuvres de Grenade 6

1. Sa, casuiste portugais, mort en 1596, à Milan, où il avait fondé le séminaire, appartenait à la Société de Jésus. Son plus célèbre ouvrage a pour titre Aphorismi confessariorwn et parut en 1627 à Douai: il s'y montra hardi vis-à-vis de l'autorité royale. Il s'agit ici soit de ses Scholia in quatuor evangelia ( i5g6), soit de ses Notationes in totam sacram Scripturam (i598).

2. Jean-Etienne Menochius, fils d'un Padouan qui est assez connu comme jurisconsulte, appartenait aussi à la Société de Jésus. Il vivait encore et ne mourut qu'en i655 à Rome. Il s'agit ici de sa Brevis expositio sensus literalis totius Scripturae qui, publiée à Cologne en i63o, fut assez souvent réimprimée.

3. Le livre De la profession du chrétien date de l'époque où Louis XIII avait renvoyé Richelieu dans son diocèse de Luçon, puis, sur les conseils • le Luynes, l'avait relégué à Avignon. Aumônier de la reine-mère, qu'il avait cherché à réconcilier avec le roi, il n'avait pas encore le chapeau rouge quand il écrivit cet ouvrage.

4. Il ne s'agit pas de Louis de Molina, jésuite espagnol, mort en 1601, dont le De liberi arbitrii cum gratiae donis concordia, publié en i588, fut opposé à la Somme de saint Thomas et joua un grand rôle dans les querelles religieuses du xvne s. Il est question d'un autre théologien du même pays, Antonio de Molina, augustin, mort en 161 2, dont Vlnstruccion de sacerdotes venait d'être traduite en français en 1639 et avait le plus vif succès.

5. François Toledo, jésuite, originaire de Cordoue, cardinal en i5g3 — le premier jésuite qui ait reçu la pourpre — avait laissé une Summa conscientiae qui parut en 1618 et fut traduite en français. Nous verrons, à propos de Vence, que c'est un des ouvrages auxquels Godeau tenait le plus.

6. Grenade, dominicain, mort en i588, s'était distingué comme prédicateur et comme écrivain ascétique. Sa Guida de peccadores était particulièrement estimée, liichelieu en avait recommandé la lecture de la traduction française : témoin les ordonnances synodales de i6o3, à l'usage de son diocèse de Luçon (Hanotaux, Richelieu, Paris. Didot, t. I, p. 106). Nous avons vu précédemment que Godeau avait encouragé la jeune abbesse d'Yères à en profiter.

et de François de Sales » *. Qu'ils étudient enfin les statuts synodaux de leur diocèse. Aux processions, point de « tableaux lascifs » ni de tapisseries représentant « des actions déshonnêtes ». Que les hérétiques ne peignent leurs armoiries ni dans les églises ni dans les cimetières. Que l'on respecte à la cathédrale (de Grasse) les statuts de 160/i ; que l'on ne chante point de Noëls qui soient en français ou en provençal; que l'on fasse la procession du vœu de Louis XIII ; que 1 on suive « le Rituel romain nouvellement corrigé par Paul V 2 ». Enfin, je relève cette jolie phrase : « L'Evêque est obligé de rendre à son Epouse le devoir de la visite, et de ne craindre ni précipices ni incommodité ni dépenses pour une si juste et si utile fonction ». Inutile d'ajouter que ce serait une lourde erreur de chercher dans les Canons Pénitentiaux des traits de mœurs propres au diocèse de Grasse, une indication de ce qui s'y pratiquait, une prévision de cas à juger. J'ai vu cependant des lecteurs de ce livre deGodeau se tromper à ce sujet.

Le Traité des superstitions de l'abbé Thiers, un des ouvrages les plus curieux du xvnes., relève dans les Ordonnances synodales de Godeau et fait admirer la façon dont l'évêque de Grasse avait dénoncé la croyance aux faux miracles. « Sous de graves peines, nul miracle nouveau ne se publiera sans notre permiasion. Quand il plaira à Dieu d'en faire un, on nous en donnera incontinent avis, afin de le vérifier authentiquernent. Si quelque prêtre ou autre en suppose de faux, nous le déclarons excommunié ipso jacto et en ferons une correction exemplaire ». L'abbé Thiers signale aussi

i . Mort en 1622 à Lyon.

2. Paul V Borghèse, qui avait été pape du 16 mai i6o5au 28 janvier 1621., (Test lui qui avait canonisé Charles Borromée, en 16 10. Il est surtout connu pour le procès que le Saint-Office fit à la théorie de Copernic, par la séance plénière de la Congrégation de l'Inquisition qui, présidée par lui le 25 février 1616, fit sien le jugement des onze théologiens qui avaient déclaré ce système « sot, absurde, hérétique ». Paul Y est l'auteur delà bulle In coena Domini à laquelle il donna sa dernière forme. Il renouvela la constitution de Sixte IV sur l'Immaculée Conception.

dans son livre « la belle réflexion » de Godeau « sur le faux culte des saints, dans ses Œuvres chrétiennes », ou, pour préciser, dans son Idée d'un bon magistrat dont nous parle rons plus loin. Mais il convient de ne pas oublier que « le culte des faux saints » intéressait moins notre évêque que « le faux culte des saints » : témoin les apocryphes Pandoise et Pandolphe qu'il laissa les gens d'un village voisin de Grasse, Cabris, vénérer de la façon la plus inconsidérée1.

M. l'abbé Cognet a tiré un bon parti des Ordonnances synodales de notre évêque. Dans sa thèse, il a parlé plusieurs fois de ce livre important. Il a montré que l'ignorance de ses prêtres y était déjà dénoncée par un prélat qui se promettait de la combattre. « Un ecclésiastique ignorant », dit Godeau, «est un monstre ; ses lèvres doivent avoir la science en dépôt ; il est établi pour annoncer aux peuples les volontés divines ». Non qu'il condamne la lecture des auteurs profanes : mais il veut qu'on n'y attache pas son cœur, qu'on ne se laisse point subjuguer par la beauté du style, que la simplicité de l'Evangile n'excite pas le dédain. Non qu'il dissimule les dangers de la science : « c'est une nourriture si délicieuse et si propre pour contenter la curiosité de l'esprit humain qu'il est malaisé d'empêcher son intempérance ». Le prêtre devra à l'étude un plus grand amour de Dieu et une plus vive charité pour le prochain. Il demande au prédicateur la sainteté et l'austérité. Les arguments convertissent moins, selon lui, que les exemples. La discipline des temps apostoliques plaît à cet ami de Port Royal, à cet ennemi des casuistes, à celui qui devait écrire l'histoire des premiers siècles de l'Eglise. M. Cognet note que la peine de mort était assez souvent stipulée par l'évêque de Grasse, notamment pour le port du 'vêtement ecclésiastique. D'ailleurs, il avait dit, dans le discours adressé à son synode et imprimé en tête de ce livre 2, qu'il saurait être indulgent à l'occasion ; qu'il espérait « plutôt employer le frein pour

i. Voir mon article dans la Rev. histor. de Prov. de 1902. 2. Le discours n'est pas daté, nous l'avons dit

vous retenir que l'éperon pour vous pousser et châtier » ; que ses prêtres et leurs paroissiens seraient « ma couronne et ma joie en N. S. ». Constatons la sévérité de notre évêque dans ses Ordonnances et instructions synodales de i644 ; ne l'exagérons point. Nous verrons ailleurs l avec quelle animosité le chapitre de Grasse le? accueillit, surtout quand il sut, à ce qu'il semble, qu'elles allaient être imprimées. Il vaut la peine de les rapprocher de certaines pénalités parti culières à la Provence, et datées de cette même époque. Ainsi l'édit deLouis XIIÏ, daté de Chantilly etdu 5 mai i636, enregistré par le parlement d'Aix le 2 juin, et dirigé contre les blasphémateurs, très nombreux alors en Provence 2.

Nous avons parlé des retraites annuelles de dix jours que Godeau imposait à ses prêtres. C'est encore une idée de saint Charles Borromée. On sait que les conférences tenues périodiquement dans chaque diocèse, par ordre de l'évêque, entre les curés et les autres prêtres, ont repris une vie nouvelle après le Concile de Trente, à Milan d abord, sous l'influence de saint Charles Borromée qui les voulut mensuelles en i565, puis aux conciles provinciaux d'Aix en i585 et de Toulouse en i5qo, enfin surtout sous celle de saint Vincent de Paul dont les « conférences du mardi » commencèrent en i633 à Saint Lazare 3. D'après son exemple et celui de Pavillon, qui les établit en i64o dans son diocèse d'Alet et ne les rendit obligatoires qu'en 1674, Godeau les institua en 1 644 à Grasse4. Que nous sommes loin de l'époque où il n'était pas encore d'Eglise et fréquentait « chez Marie Bruneau, dame des Loges, cette Limousine, en apparence fort libre, qui d'ailleurs professait en réalité la sévère morale huguenote et autorisait la licence des propos, non celle des gestes » 5.

Notons une lettre de Balzac à Chapelain, où Godeau est

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