‹ Godeau, évêque de Grasse et de VenceChapitre 194 sur 242 · Voir plus loin · texte numérisé non relu

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des provinces du monde chrétien, tiennent la place du clergé et du peuple à qui elles doivent appartenir * ».

Godeau raconte que le père de Maroni lui envoya, un jour d'étrennes, un bréviaire et une épée, avec ordre de choisir ; qu'il demanda trois jours ; que durant les trois nuits, il lui sembla toujours que des prêtres vêtus de blanc le prenaient dans la nef de l'église et le portaient à l'autel. Il proclame saint Charles Borromée « l'Ambroise du xvie siècle ». Quant à l'évêque de Bazas, il vante la frugalité de sa table, la solidité de sa science, l'ardeur de sa prédication. « Il a recueilli une abondante moisson de sa semence évangélique dans une paroisse dépendante de son abbaye de Saint-Nicolas, caverne de brigands, tanière de bêtes sauvages... forêts de lions dont il fit des agneaux... vallée de sang qui devint un lieu de pieuses larmes... temple de Baal et de Moloch qui finit par être un séjour de vrais chrétiens ». Les libertins n'aimaient pas Mgr Maroni : à ce propos, nouvel éloge de saint Charles Borromée : « Notre courageux évêque fut presque traité comme lui ». Après la mention du séminaire qu'il établit à Bazas, Godeau ajoute : « La plus belle partie de la vie des évêques, c'est d'ordinaire la fin : quand ces soleils se couchent, c'est dans la lumière... Ne le pleurons pas : regardons-le comme un des astres du firmament ».

Le 26 mars 1 646, Balzac, quand il eut reçu un exemplaire de cette oraison funèbre, écrivit à Chapelain qu'il l'admirait : a Ou je ne m'entends point en de pareilles choses, ou elle est digne du meilleur temps de l'Eglise grecque ». Il faisait toutefois une réserve.

Henri Listolfi Maroni, fils du marquis de Suzarre, né auprès d'Evreux, d'abord abbé de Saint-Nicolas-au Bois, dans le diocèse d'Evreux, puis aumônier du roi, avait été nommé évêque de Bazas en mars i634- Il avait montré une grande indépendance lors de -l'Assemblée générale du clergé tenue

1. Ainsi Godeau est hostile au Concordat de i5i6 par lequel la nomination des évêques fut réservée au roi.

à Mantes en i64i. Il avait approuvé la Fréquente Communion d'Arnauld ! a dans la langue, sinon dans le style, de Virgile, comme il convenait à un descendant de ce poète, si toutefois les Maroni, qui étaient de Mantoue, descendaient vraiment de P. Vergilius Maro » 2. Il avait fait ensuite une retraite à Port-Royal-des-Champs, sous la direction de Singlin. L'oraison funèbre que Godeau prononça le 24 novembre i645, contient malheureusement une allusion à l'idée que son collègue de Bazas avait au sujet de sa parenté avec Virgile. « Une chose qui m'a déplu et que j'ai trouvée ridi cule dans cette harangue », écrivit Balzac à Chapelain 3, le 26 mars 1646, « c'est la parenté de Virgile alléguée sérieusement et comme une pièce de bon aloi ». Sur ce texte de Balzac, il convient de citer ce qu'a dit Tamizey de Laroque :

« Le Moréri de 1752 reproche à Godeau d'avoir à ce sujet avancé ce qui serait sans cloute fort difficile à prouver. Pierre de Marcassus, dans ses Commentaires sur les élégies de Ronsard dédiés à Listolfi Maroni qui n'était pas encore évêque de Bazas 4, avait soutenu la même thèse. Mais il est triste que Godeau ait osé redire, du haut de la chaire de vérité, ce qui avait déjà paru excessif dans l'épître dédicatoire d'un famélique Gascon ».

Ce qui intéresse encore notre évêque dans la vie de son collègue de Bazas, c'est la façon dont il avait tenu tête au pouvoir civil. Le fameux Labadie, qui commença par être Jésuite et finit par devenir pasteur à Genève après avoir fait tous Les métiers5, avait prêché dans ce diocèse et tenu des

i. Il avait assisté aux excuses du P. Nouet.

2. Ant. de Lantenay (abbé L. Bertrand), Labadie et le Carmel de la Graville, Bordeaux, 1886, p. 32.

3. Lett. inèd. de Balzac, p. 365 ; non cité par Gognet, ce texte m'est signalé par le travail de l'abbé Bertrand.

4. Tamizey renvoie à la p. 877 et à la p. g48 du t. Il des OEuv. compl. de Ronsard, édit. de 1609, in-80.

5. Voir ce qu'en disent Jean du Ferrier, dans ses Mémoires (analysés par moi, Toulouse, Privât, 1902, p. 63, 109 et ni) et Godefroi Hermant, dans les siens (publiés par M. Gazier, Paris, Pion, 1905, t. I, p. 292, 486 et 54i et t. III, p. g3).

propositions que l'évêque, dont la négligence n'est guère douteuse, laissa passer. Le lieutenant-général de Bazas voulut les poursuivre. Maroni s'opposa à ce que personne allât déposer devant le magistrat et menaça le juge séculier de l'excommunication. Appel comme d'abus interjeté par le procureur général au Parlement ; défense faite par le Parlement d'obéir à l'ordonnance de l'évêque. Le 28 l novembre i645, Godeau signalait cet empiétement du pouvoir civil à l'Assemblée générale du Clergé qui s'en plaignit au roi. Un arrêt du Conseil privé annula, le 16 mars 1 646, celui du Parlement et défendit « d'empêcher, en quelque façon et manière que ce soit, les prélats du royaume d'informer de la doctrine qui aura été prêchée dans leurs diocèses par les ecclésiastiques tant séculiers que réguliers - ». Le 28 novembre, Godeau s'était mis au bureau de l'Assemblée et l'avait entretenu de ce que, tandis qu'il préparait l'oraison funèbre, il avait appris au sujet des magistrats, du lieutenantgénéral de Bazas, du Parlement de Bordeaux, du secrétaire d Etat qui avait « le département de la province, et de leurs entreprises sur la connaissance de la doctrine ». Mais en voilà assez sur cet évêque de Bazas et l'éloge dont il fut l'objet. Revenons aux séances de l'Assemblée.

Le ier décembre, Godeau dit qu'il avait remis aux «religieuses de Sainte-Marie » le bref du Pape, adressé à l'Assemblée, en réponse à la lettre qu'elle avait écrite au Saint-Père pour la canonisation de François de Sales, mort en 1622. Le 18, il fut chargé d'écrire à l'agent qui la poursuivait à Rome. Le i5 février 1 646, il donna lecture de la lettre de l'évêque de Genève, neveu de François et son successeur, qui remerciait l'Assemblée, et il fut prié d'y répondre.

Le 3o décembre, Godeau parla « dune demoiselle mariée trois fois » et fut chargé, à propos de cette trigame, d'agir

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